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De l'art de gouverner par les lois et par la force d'après Nicolas Machiavel

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par Julien Bukonod
Université Saint Augustin de Kinshasa - Gradué en philosophie 2009
  

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IV. CONCLUSION GÉNÉRALE

Dans ce travail nous avons voulu défendre la philosophie authentique d'un honnête homme, Nicolas Machiavel, pour lui rendre justice. Pour ce faire, nous avons étudié, dans le chapitre premier, le noble florentin dans l'ambiance de son époque ; ce qui nous a permis de mieux le comprendre et mieux le juger car, comme le dit le Talmud juif, « ne pas juger autrui sans se mettre à sa place ». Dans le deuxième chapitre, nous avons exposé sommairement la philosophie politique de l'incontournable Machiavel telle qu'il nous l'a léguée dans Le Prince, mais aussi dans L'art de la guerre, Discours sur la première décade de Tite-Live et Les histoires florentines. Le troisième chapitre qui se voulait une justification vis-à-vis de la pensée de Machiavel, nous a servi de réponse à la problématique : la politique est inséparable de Machiavel, et repenser la politique signifierait repenser le « machiavélisme  authentique ». Ce chapitre nous a conduit à conclure, d'abord, que le machiavélisme comme concept est né hors du pays de Machiavel ; ensuite, qu'il a existé avant Machiavel et qu'il existe encore après lui malgré toutes les critiques qu'on fait à l'homme ; enfin, que la pensée originale de Machiavel a été déformée par certains princes. En incluant les philosophes nous avons voulu accentuer ce dernier aspect tout en portant quelques critiques à cette philosophie pour montrer avec quelle prudence l'on devra l'aborder.

Qu'il nous soit permis de rappeler que Machiavel fait partie de la tendance réaliste en politique, comme H. Arendt fait partie du réalisme intégral146(*). La tendance réaliste veut, non sans raison, que le domaine de la politique soit différent des autres (morale, économie...) à tel point qu'une réflexion sur la politique doit se dérouler en dehors des règles morales, religieuses, économiques : à Dieu ce qui est à Dieu, à l'homme ce qui est à l'homme. Encore est-il que Machiavel n'écarte pas complètement la religion, il lui donne plutôt sa place : « Dieu ne veut pas faire chaque chose, pour ne pas nous ôter le libre arbitre et la part de cette gloire qui nous revient »147(*). Ce n'est que compréhensible de voir un homme qui ne sait pas faire la distinction entre les différentes tendances politiques de crier au diable à Machiavel. Amelot de la Houssaye a raison de dire : « comme Machiavel est un auteur qui n'est ni à l'usage ni à la portée de beaucoup de gens, il ne faut pas s'étonner si le vulgaire est prévenu contre lui »148(*).

Force est de souligner ou de rappeler que Machiavel ne s'adressait pas (d'abord) aux Européens en général, ni aux Asiatiques, ni aux Américains, moins encore aux Africains, mais à ses compatriotes, les Italiens. Il n'y a qu'à lire la conclusion de son classique pour s'en apercevoir. En s'adressant à la personne à qui il l'avait dédicacé, Laurent de Médicis dit Le Magnifique, Machiavel le conclut ainsi: « On ne doit donc pas laisser passer cette occasion, afin que l'Italie voie après si longtemps apparaître son rédempteur149(*)(...). Que votre illustre Maison prenne donc cet engagement, avec cet esprit et cette espérance avec lesquels on mène les entreprises justes, afin que, sous son enseigne, cette patrie soit ennoblie, et sous ses auspices, se vérifie ce dit de Pétrarque : `Vertu contre fureur prendra les armes, et le combat sera court, car l'antique valeur dans les coeurs des italiens n'est pas encore morte »150(*).

Cependant, à lire attentivement ce chef-d'oeuvre, on se sent à la fois éveillé et attristé. Machiavel est un fin astucieux, un vrai stratège qui sait jouer habilement avec les humeurs : tantôt il apparaît loyal, tantôt déloyal ; tantôt il encourage le bien, tantôt il prône le culte du mal ; tantôt il exhibe sa foi chrétienne, tantôt il montre un visage pire que celui d'un païen endurci... . Ce travail peut servir de preuve à ce paradoxe de la philosophie de Machiavel. Cette versatilité peut nous mettre, comme énoncé à l'introduction générale, between the devil and the dead blue sea. Quoi qu'il en soit, une porte doit être fermée, une autre ouverte. Un homme est dit être vertueux lorsque de trois caractéristiques données il possède deux vertus et un vice ; autrement dit, lorsque la balance se penche sur le côté positif.

De ce qui précède, il ne reste plus qu'à présenter Machiavel comme souverain, à le recommander à tous ceux qui rêvent d'un art de gouverner efficace. A ceux-là, nous disons : Ecce homo ! Ecce celui qui, par un souci de réalisme, entrevit de voir l'homme tel qu'il est, passionné et avide lorsqu'il est question de politique, et refuse de le juger mais lui donne les moyens d'être politiquement efficace. « Mon seul crime a été de dire la vérité aux peuples comme aux rois ; non pas la vérité morale, mais la vérité politique ; non pas la vérité telle qu'elle devrait être, mais telle qu'elle est, telle qu'elle sera toujours. Ce n'est pas moi qui suis le fondateur de la doctrine dont on m'attribue la paternité, c'est le coeur humain »151(*).

Ceci dit, s'il y a quelque chose à changer ou à blâmer c'est le coeur humain : c'est de là que viennent tous les maux. En prime, l'histoire nous enseigne que ceux qui, en dehors du pouvoir, critiquent un régime en place, empruntent malheureusement le même chemin que ce régime quand ils sont élus. Lorsqu'il était candidat, Nicolas Sarkozy avait déclaré au cours d'un de ses meetings, en janvier 2007, qu'il ne serait jamais complice d'une dictature. Il avait critiqué les officines sur fond d'affaire Clearstream152(*), Jacques Chirac et sa politique Françafrique. Or, élu président, on se rend compte qu'il se comporte exactement comme Chirac, allant même jusqu'à augmenter son salaire de 140 % ! Comme quoi, « le pouvoir corrompt », et « Il n'est point d'homme au monde qui, pouvant tout et sans contrôle, ne sacrifie la justice à ses passions »153(*).

Résolument, si Senghor recommandait à tout jeune qui venait à lui, déçu et las en cherchant sa voie, de lire Teilhard de Chardin, nous recommandons à tout politique, déçu et las, de lire Machiavel. Il est celui qui fait descendre l'homme de son piédestal et lui rappelle qu'il n'est pas un ange. « Tous les hommes ont en vue un même but : la gloire et les richesses »154(*). Nonobstant, ils n'agissent pas tous de la même manière pour y parvenir. Par conséquent, que ceux qui veulent prendre le contre-pied fassent ainsi et qu'ils défient, s'ils sont à la hauteur, cet inlassable vengeur de la liberté, Niccolò Machiavelli.

* 146 Cf. M. MBAMBI, Cours de philosophie sociale, année académique 2004-2005, p. 52.

* 147 Ibid., p. 164.

* 148 N. AMELOT DE LA HOUSSAYE, Préface à la traduction du Prince, Volland, tome VIII, 1793, p. LV.

* 149 C'est nous qui soulignons.

* 150N. MACHIAVEL, op. cit., p. 166-167.

* 151 MACHIAVEL cité par Maurice JOLY, op. cit., p. 3.

* 152 L'affaire Clearstream 2 (ou affaire EADS- Clearstream ou affaire du corbeau des frégates de Taïwan) est une affaire française apparue en 2004. Un petit groupe de politiciens et d'industriels tenta de manipuler la justice afin d'évincer des concurrents, en voulant faire croire à l'implication de ceux-ci dans le scandale des frégates de Taïwan. Cette histoire comporte au moins deux volets scandaleux: une succession de morts suspectes et le versement de pots-de-vin faramineux, qui ont profité à de nombreux intermédiaires, mais aussi, très vraisemblablement, à des hommes politiques.

* 153 M. DUVERGER, Introduction à la politique, Paris, Gallimard, 1964, p. 29.

* 154 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 166.

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