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De l'art de gouverner par les lois et par la force d'après Nicolas Machiavel

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par Julien Bukonod
Université Saint Augustin de Kinshasa - Gradué en philosophie 2009
  

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I.4. Les Circonstances Historiques

Nous sommes à la fin du XVè siècle, début XVIé siècle. L'Italie n'est alors qu'un conglomérat d'États qui se font continuellement la guerre et sur lesquels pèse l'appétit des grandes puissances : la France, l'Espagne et le Saint Empire germanique. Elle (l'Italie) est une belle proie pour elles. Sur place, les personnages les plus puissants sont les légendaires condottieres dont les plus brillants ont pris le pouvoir dans de nombreux États : Bentivoglio à Bologne, Este à Ferrare, Gonzague à Mantoue, les Visconti et les Sforza à Milan. La guerre qui était pour eux un gagne-pain devient pour eux un moyen d'agrandir leurs États et leurs fortunes. Seules les villes de Rome (appartenant au pape), Naples (qui était entre les mains de l'Espagne) et les cités de Venise et Florence (les deux seuls États républicains) échappèrent à ces familles16(*). Mais Florence n'était pas complètement épargnée car le système républicain qui s'y trouva a été vicié par les Médicis.

Entre temps, le jeune Machiavel, qui a hérité de son père la littérature et de sa mère la poésie, refuse, après ses études secondaires du deuxième cycle, d'aller à l'université et commence à remplir quelques petits travaux mal payés : traduction, copies, etc, jusqu'à ce que la chance lui sourît.

C'est alors la grande époque du moine Jérôme Savonarole (1452-1498), qui dénonce les moeurs du temps dans ses prêches et accable les Médicis. On a souvent essayé de l'assassiner mais  « il désarme les sbires par son regard : ses grands yeux noirs sous ses sourcils roux et broussailleux paralysent les assassins comme ils fascinent les fidèles ! »17(*). Il a même si bien bouleversé le roi de France, Charles VII, que ce dernier a épargné Florence qui, sans cela, aurait été réduite à feu et à sang. Florence a plus peur de Savonarole que de Charles VII,  « les poètes déchirent leurs vers licencieux, les érudits ferment leurs livres, les peintres crèvent leurs toiles, les seigneurs commencent à mener une vie chaste »18(*). Or, l'homme comblé ne dure pas (cf. Psaume 49, 13). Voilà qu'à la manière du sanhédrin juif, les florentins complotent contre le pauvre pieux moine et cherchent voies et moyens pour le faire périr. Le gouvernement théocratique du moine va s'effondrer effectivement bientôt, au moment précis où Machiavel entre comme fonctionnaire au palais et devient secrétaire des Dix.

Pour avoir prêché l'austérité des moeurs, osé invectiver la puissante famille des Médicis et voulu bannir de la ville toute activité allant contre les préceptes de l'Évangile, le moine dominicain, sous les hurlements de la foule, lève les yeux au ciel, abandonnant sans regret son corps torturé et brûlé. De la fenêtre du palais, un homme de vingt-neuf ans, qui vient d'entrer pour la première fois dans son bureau de fonctionnaire, regarde mourir celui que le pape appelle la « monstrueuse idole »19(*). Ainsi, devant ce vieillard agonisant, et face au ciel énigmatique, le plus grand théoricien de la politique, Niccoló Machivelli, commence sa singulière carrière. Savonarole, mort, a perdu son pari ; Machiavel s'apprête à gagner le sien devant la prospérité.  « Qu'un homme aussi influent vint à une si misérable fin apprît à Machiavel une leçon précoce au sujet du pouvoir relatif des forces du bien et du mal dans la société »20(*).

Devant une telle situation, il faut à tout prix un libérateur, un messie qui puisse enfin incarner l'Italie et mettre fin à ses déchirements. Ce sera alors la préoccupation de Machiavel ; toute sa vie durant il sera à la recherche d'un véritable chef, un guide digne de ce nom. « C'est pour cela qu'il a tant travaillé, réfléchi, lu, médité, écrit ; c'est pour cela qu'il entre dans l'administration afin de perfectionner son expérience politique ; c'est pour cela, enfin, qu'il a écrit ses livres »21(*). Les fins aussi tragiques que sottes de César Borgia, du pape Jules II, du pape Clément VII et de Laurent le Magnifique sur qui Machiavel comptait énormément pour la libération de l'Italie, ne furent qu'augmenter en lui le désir d'un monarque. En février 1513, déjà privé de toutes ses fonctions, il est emprisonné et torturé, car soupçonné d'un complot. Libéré le 13 mars, il se réfugie à la campagne. C'est dans ce contexte qu'il se met à écrire le premier ouvrage de la politique des temps modernes, son chef-d'oeuvre qui fît à la fois sa gloire immortelle et son aversion perpétuelle : Le Prince, une oeuvre qu'on ne saurait lire sans prêter attention à l'avertissement de Marie Gaille-Nikodimov : « Lecteur, tu tiens entre tes mains un texte mille fois lu, sans cesse traduit et infiniment commenté. Solaire et clairvoyant pour les uns, diabolique et courtisan pour d'autres, il a traversé les siècles avec fracas, allant conquérir des lecteurs qui s'en considèrent les disciples, croient y voir énoncées des recettes et veulent les appliquer, qui au politique, qui au militaire, qui à la séduction amoureuse, qui à l'économie du marché »22(*).

Tel a été grosso modo le sitz im leben23(*) qui a révolté l'homme que Spinoza appelle « sagace », l'obligeant à remettre partiellement en cause la morale chrétienne, foulant ainsi au pied le type d'État proposé par Thomas d'Aquin tout en transformant les pensées politiques d'Érasme et de Martin Luther en une base radicalement séculière.

* 16 Ibid.

* 17 I. CLOULAS, Savonarole ou la Révolution de Dieu, Paris, Fayard, 1994, p. 254.

* 18 Ibid.

* 19 G. MAURIN, op. cit., p. 43.

* 20 E. S. STUMPF, op. cit., p. 211- traduit par nous. Voici le texte original: «That such an influential man came to such a miserable end taught Macchiavelli an early lesson about the relative power of good and evil forces in society».

* 21 M. BRION, op. cit., p. 103.

* 22 N. MACHIAVEL, op cit, p. 5.

* 23 Terme allemand qui explique la situation sociologique d'un genre littéraire.

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