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De l'art de gouverner par les lois et par la force d'après Nicolas Machiavel

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par Julien Bukonod
Université Saint Augustin de Kinshasa - Gradué en philosophie 2009
  

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I.5. Présentation de l'ouvrage

Écrit en italien, sous le titre Il Principe24(*), cet opuscule dont le principal motif fut l'unification de l'Italie déchirée, fut d'abord dédié à Julien de Médicis (1453-1478) puis à son cousin Laurent de Médicis (1449-1492), qui, par l'éventail de ses talents, était considéré comme l'une des plus belles incarnations de l'idéal de l'Homme de la Renaissance. L'auteur y donne les raisons : « Désirant donc pour ma part m'offrir à votre Magnificence avec quelque témoignage de mon dévouement à son égard, je n'ai rien trouvé, dans mon attirail, chose qui me soit plus chère ou que j'estime plus que la connaissance des actions des grands hommes, apprise par moi d'une longue expérience des choses modernes et d'une continuelle leçon des anciennes »25(*).

Aussi, il invite son lecteur à prendre au ses directives sérieux car elles sont le fruit de sa longue expérience : « Si l'on lisait ce livre, on verrait que, pendant les quinze années où j'ai eu l'occasion d'étudier l'art du gouvernement, je n'ai point passé mon temps à dormir ou à jouer, et chacun devrait tenir au service d'un homme qui a su acquérir ainsi aux dépens d'autrui tant d'expériences »26(*). Avoir de l'expérience, disait de La Beaumelle, ce n'est pas avoir vieilli, c'est avoir vu, et l'on voit mieux jeune que vieux. « Tout art repose sur l'expérience et d'abord celle qu'on a acquise par la pratique personnelle des affaires »27(*). Comment donc mettre en doute la fidélité d'un homme qui, à l'âge de 43 ans, est pauvre après avoir servi longtemps l'État, et qui, ayant toujours observé jusque-là foi et loyauté, ne va maintenant pas apprendre à trahir ?

Machiavel se veut très réaliste ; il décrit les moyens couramment utilisés par tous les souverains pour conserver le pouvoir. Il met à nu ce que les hommes font vraiment, sans employer « la langue de bois » qui camouflait cette réalité de la politique derrière le discours religieux qui avait alors cours, et qui faisait croire que les hommes faisaient toujours ce qu'ils devraient faire. Le gouvernement d'Athènes n'exécuta-t-il pas l'illustre Socrate de peur de perdre contrôle sur le peuple et le pouvoir ? Hérode ne massacra-t-il pas les enfants innocents pour conserver son pouvoir (Matthieu 2, 16) ? Pilate n'ordonna-t'il pas que Jésus soit crucifié de peur de perdre sa réputation et sa confiance auprès de César (Jean 19, 12) ? Et la liste n'est pas exhaustive. C'est là le sens de la phrase de Francis Bacon qui rend grâce à Machiavel d'avoir dit la vérité, d'avoir dit ce que font les hommes.

Machiavel écrit sans doute pour éclairer le peuple, comme le remarque Jean Jacques Rousseau, et non, comme on l'a cru, pour conseiller les rois. « En feignant de donner les conseils aux Rois, Machiavel en a donné de grands aux peuples »28(*). C'est pourquoi en Angleterre, au XVIIIè siècle, Le Prince était lu comme une dénonciation des pratiques tyranniques des monarques29(*).

I.5.1. Division de l'ouvrage

Le Prince comporte 26 chapitres. Dans le premier chapitre, les différents États sont classés selon deux grands types : les républiques et les monarchies, ces dernières étant soit héréditaires, soit nouvelles. À cette occasion, l'essai évoque les évènements récents qui agitent l'Italie au Quattrocento, notamment les agissements de César Borgia (1475-1507) pour s'installer en Romagne et les intrigues des Sforza à Milan visant à évincer les Visconti.

Dans les chapitres II à XI, l'auteur étudie les différents moyens de conquérir la Romagne et Milan et de les conserver. Dans les chapitres XII à XIV, les questions militaires sont abordées ; Machiavel se prononce notamment en faveur d'une conscription nationale au détriment de l'usage de mercenaires toujours susceptibles de causer plus de torts que de bien pour le prince.

Les chapitres XV à XXIII exposent l'essentiel de ce que la postérité a retenu sous le nom de « machiavélisme ». Ce sont là des conseils qui semblent être dénués de tout moralisme et qui sont relatifs à la conservation du pouvoir : la fin justifie les moyens et il n'y a pas de morale qui tienne. Enfin, les chapitres XXIV à XXVI dévoilent les intentions de l'auteur : ces conseils doivent permettre de libérer et d'unifier sa patrie, l'Italie.

* 24 D'après certains auteurs le titre original serait De Principatibus, l'ouvrage racontant l'histoire des principats ; d'autres auteurs parlent de De principe.

* 25 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 55.

* 26 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 40.

* 27 M. LAMY, op. cit., p. 1680.

* 28 J. J. ROUSSEAU, Du contrat social, in  OEuvres Complètes, Paris, Gallimard, 1964, p. 409.

* 29 Cf. N. MACHIAVEL, op. cit, p. 128.

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