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De l'art de gouverner par les lois et par la force d'après Nicolas Machiavel

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par Julien Bukonod
Université Saint Augustin de Kinshasa - Gradué en philosophie 2009
  

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CHAPITRE II

MACHIAVEL ET L'EXERCICE DU POUVOIR : LE PRINCE

II. 0. Introduction

Dans le contexte de l'instabilité historique des institutions florentines et de la faiblesse des cités de regnum italicum (règne italien) face à l'invasion d'étrangers, barbares certes, mais puissants, Machiavel adopte la posture de l'histoire en temps de crise, telle que H. Arendt la définit : « Lorsque les événements présents ont rendu caduque la sagesse héritée du passé et sans pertinences les observations du  `sens commun', il devient nécessaire de retrouver la portée politique du jugement »33(*). C'est pourquoi, convaincu que les plaies de l'Italie ne se cicatriseraient pas à moins que celle-ci engendre un libérateur, Machiavel, en attendant l'arrivée de ce messie politique, lui conçoit une recette qui lui permettra de faire siennes les lois et la force, deux armes sine qua non dans l'art de gouverner. Ainsi, une fois qu'il ait conquis le pouvoir, le prince puisse être à mesure de le conserver. « L'exercice du pouvoir procède de deux manières dans Le Prince : modes de conquête et genres de conservation »34(*). Le prince, si clairvoyant soit-il, ne peut faire l'économie de cet effort de compréhension et de détermination des conditions de son action.

Pour Machiavel, le prince doit écouter la parole de « celui qui, en retrait de l'action et sans décision à prendre, a le temps d'observer et de discerner »35(*). La valeur de son conseil tient à sa connaissance pratique de l'Art de l'État et, de manière générale, à une expérience acquise pendant des années de service pour la chancellerie de Florence. Dans ce chapitre nous analyserons l'exercice du pouvoir d'après que l'entend le très pénétrant36(*) Nicolas Machiavel.

II. 1. Gouverner par les lois et par la force

La notion machiavélienne de gouverner par les lois et par la force lui semble venir de Cicéron qui, à propos de deux manières de régler les conflits, écrit : « Dans la République il faut avant tout observer les droits de la guerre : il y a deux sortes de conflits qui se règlent les uns par un débat, les autres par la violence »37(*). A son tour, Machiavel résume l'art de gouverner en deux substantifs

 évoquant typiquement Chiron le centaure38(*): les « lois » et la « force », le premier étant propre à l'homme et le second aux bêtes. Puisque, maintes fois, le premier ne suffit pas, il convient au prince de recourir au second pour guider son peuple mais également pour garder le pouvoir plus généralement et donc se protéger lui-même : « Avoir pour précepteur un être mi-bête, mi-homme, cela ne veut rien dire d'autre, sinon qu'il faut qu'un prince sache user de l'une et de l'autre nature, et l'une sans l'autre n'est pas durable »39(*). Dans la bête, Machiavel voit deux animaux indispensables l'un comme l'autre, le lion et le renard, représentant la force extrême permettant au prince de garder le contrôle sur son peuple et la ruse lui permettant d'user d'ingéniosité pour garder ce même contrôle, comme il le dit lui-même : « Il faut être renard pour connaître les filets (les pièges ?) et lion pour effrayer les loups »40(*). On se souviendra bien que la Bible nous présente le lion comme une des figures du roi Salomon (cf. 1 R 10, 19), que Dieu lui-même serait comme un lion (cf. Os 5, 14 ; Ez 1, 10 ; Ap.4, 7) et que Jésus appela Hérode « ce renard » (Luc 13, 32). Ce qui sous-entend que les caractères de lion et de renard chez les gouvernants sont bien antérieurs à Machiavel.  

II.1.1. Les lois

Dans la pensée de Machiavel les lois renvoient à l'homme comme la force à la bête. Parler de l'homme dans la conception du florentin, c'est parler de l'ordre légal et des sentiments moraux. Le prince doit en tenir compte pour mener à bon port la res publica. Puisqu'en empruntant cette voie tous les grands de l'histoire ont réussi, le prince doit faire autant, car « les hommes suivent généralement les chemins frayés par d'autres, se gouvernent par imitation (...) ; aussi un homme sage doit-il suivre toujours les sentiers battus par les grands personnages »41(*). En revanche, le respect des lois (constitutions, règles, coutumes...) conduira les gouvernés à la liberté et au bien-être.

A en croire C. Rousseau, Machiavel ne fait pas de distinction entre bonnes lois et mauvaises lois. Pour lui, toute loi est bonne à condition qu'elle ait une emprise de la force. « Des lois quasiment iniques ou absurdes ont de l'efficacité si la force les appuie (...) »42(*).

* 33 H. ARENDT, Juger - Sur la philosophie de Kant, paraphrasée par M. GAILLE-NIKODIMOV, op. cit., p. 9.

* 34 J. de Dieu NGAMO Dekekomo, L'Exercice du pouvoir dans « Le Prince » de Nicolas Machiavel, Mémoire présenté en vue de l'obtention du titre de gradué en philosophie, Kinshasa, 2004-2005, p. 14.

* 35 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 9.

* 36 C'est ainsi que le nomme Spinoza.

* 37 CICÉRON, Des devoirs, cité par É. BRÉHIER, in  Les Stoïciens, Paris, Gallimard, 1962, p. 507.

* 38 Le centaure Chiron, évoqué par Xénophon, dans Cyropédie, est un monstre mythologique, fils du dieu Chronos qui éduqua Achille, Asclépios et Jason.

* 39 N. MACHIAVEL, op. cit., p. 128.

* 40 Ibid.

* 41 Ibid., p. 91.

* 42 C. ROUSSEAU, Le Prince Machiavel. Analyse critique, Paris, Hatier, 1978, p. 45.

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