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Fécondité des adolescentes en RDC: recherche des facteurs explicatifs

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par Frédéric POUMBOU
Université de Yaoundé II - Cameroun - Diplôme d'études supérieures spécialisées en démographie 2008
  

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II.1.2.4. Les facteurs familiaux

Dans cette approche, la famille est le premier et le principal groupe de socialisation des individus. Elle constitue le lieu par excellence d'apprentissage, de socialisation, d'éducation et de transmission des normes et des valeurs. Les parents servent de modèles pour les enfants ; ils assurent les premières tâches d'encadrement et de contrôle des comportements. Les aînés servent généralement de modèles aux cadets. Dans l'Afrique traditionnelle, les jeunes grandissaient sous le contrôle parental et se mariaient peu après la puberté. Aux côtés de sa mère, la fille apprenait les usages nécessaires à la tenue d'un foyer. L'activité sexuelle prémaritale était réduite. Au cours des dernières décennies, l'âge à la puberté a baissé progressivement alors que l'âge au premier mariage, lui, a augmenté. Les filles ont le temps de vivre leur adolescence et même leur jeunesse avant de s'engager dans une relation de mariage. Ceci pouvant entraîner dans des essais hasardeux dont les conséquences (grossesses non désirées, IST, SIDA) peuvent les affecter toute leur vie. Pour la World Health Organization (2007), citée par M. Yode et T. LeGrand (2007), « la famille est l'élément central de l'environnement social qui conditionne une transition en bonne santé des adolescents à l'âge adulte. »

Mais durant cette phase de vie marquée par une grande curiosité pour les questions de sexualité, les filles ne sont pas toujours adéquatement encadrées par leur entourage, la sexualité étant encore un sujet tabou dans de nombreuses cultures. Dans un environnement où les pratiques de socialisation sont encore empreintes de valeurs traditionnelles et parentales, l'influence familiale serait prépondérante sur les comportements et les choix des individus. Cependant, dans les milieux marqués par l'influence extérieure, les familles sont souvent tiraillées entre des représentations contradictoires, notamment entre la banalisation ou dramatisation de la sexualité et de la maternité des adolescentes.

Du fait que la famille constitue le premier cadre de socialisation, l'environnement familial de l'adolescente pourrait jouer un rôle significatif dans l'entrée à la fécondité. Il sera appréhendé, dans cette étude, par les variables suivantes : le sexe du chef de ménage, le niveau de vie du ménage et l'exposition à la télé ; l'absence d'une variable comme la discussion de la PF avec les parents dans notre base est une limite pour l'approche de l'environnement familial basée sur la socialisation de l'adolescente.

a) Le niveau de vie du ménage

Les conditions de vie matérielles ont une certaine influence sur les comportements dans la mesure où elles permettent ou non de résoudre les problèmes quotidiens. Les attitudes de l'adolescente à l'égard du mariage et de la maternité précoce sont en grande partie façonnées par les moyens dont elle dispose pour satisfaire ses besoins essentiels. L'effet du niveau de vie des parents (ou du ménage de résidence) se manifeste à trois niveaux :

§ Premièrement, les parents ou tuteurs disposent des moyens pour subvenir aux besoins de leur fille, ceci déterminera leur autorité sur l'adolescente ou leur attitude face aux modèles traditionnels (mariage forcé, union précoce, etc.) ;

§ Deuxièmement, le niveau de vie des parents détermine leur aptitude à faire bénéficier un encadrement pouvant lui permettre d'accéder à des statuts autres que traditionnels (par la scolarisation) et le support social dont peut disposer l'adolescente pour la connaissance et la pratique de la contraception ;

§ Troisièmement, les moyens à sa disposition influenceront le degré d'engagement de l'adolescente dans les relations sexuelles.

Des études empiriques ont montré qu'au sein d'un même pays, les adolescentes issues des familles les plus riches sont celles qui ont la fécondité la plus faible (Kouton, 1992; Delaunay, 1994; Calvès, 1996; Evina, 1998). Ce lien s'opère notamment à travers l'accroissement des moyens financiers et matériels dont elle bénéficie ; l'amélioration de la qualité d'éducation qu'elle peut recevoir, l'utilisation des méthodes contraceptives ainsi qu'une certaine évolution des mentalités. On peut penser ici que le fait pour les adolescentes de vivre dans un ménage où la richesse permet à ces facteurs de jouer séparément ou ensemble peut les aider à mieux contrôler leur fécondité.

Dans une étude sur le Cameroun, Calvès (1996) montre que pour les adolescentes célibataires, les filles pauvres utilisent la grossesse comme un moyen de bénéficier du soutien financier et matériel d'un partenaire plus riche. Toujours dans le contexte camerounais, Nouetagni (2005) a souligné l'influence du niveau de vie des ménages sur la survenance des « premiers événements » de la vie génésique de la femme. De ses analyses, il conclut que les femmes pauvres connaissent leur première union un an plus tôt que les femmes non pauvres (respectivement 19 et 20 ans) ; et concernant la première naissance, il observe une forte différenciation entre ces couches sociales avec un écart d'environ deux ans de plus en faveur des femmes non pauvres. D'après cet auteur, il existe au moins un an d'écart entre l'âge à la première union et l'âge à la première naissance chez les femmes pauvres, tandis que cet écart atteint deux ans chez les non pauvres. Ainsi, l'on peut penser que les adolescentes des ménages riches ont plus tendance à reporter leur maternité que celles des ménages pauvres. Et, pour les adolescentes venant de familles pauvres, il peut être difficile de résister à certaines incitations. En effet, Delaunay (1994) montre que la grossesse prémaritale est, chez les jeunes filles « Serer » du Sénégal, une stratégie d'instaurer une relation durable et pouvant conduire au mariage avec un homme. Kibali et al. (2004) affirment qu' « en face d'une pauvreté des ménages croissante en RDC, la multiplicité des partenaires chez les adolescentes sert d'un indicateur de la prostitution à ces âges. » Ils montrent, ensuite, que les adolescentes appartenant aux ménages les plus pauvres, pauvres et moyens courent respectivement plus de 8 fois, 7 fois et 6 fois plus de risque d'avoir connu au moins deux partenaires sexuels que celles des ménages plus riches. Par ailleurs, les adolescentes des ménages pauvres et moyens courent deux fois ou plus le risque de grossesse que leurs homologues des ménages riches ; mais ces derniers résultats deviennent non significatifs après contrôle avec le lien de parenté avec le chef de ménage. La pauvreté des ménages dans lesquels vivent les adolescentes constitue de fait un mobile pour les comportements sexuels à risque et des grossesses/naissances non désirées et/ou précoces.

b) Discussion sur la Panification Familiale avec les Parents

La communication avec les parents conditionne la façon dont les enfants communiquent avec autrui. Aussi, le fait de pouvoir déjà évoquer les questions sur la sexualité et la contraception avec leurs parents peut faciliter ces mêmes conversations avec des partenaires. Dans de nombreuses régions du monde, particulièrement en Afrique subsaharienne, l'exposition aux risques de santé que comporte une grossesse précoce se trouverait accrue par le manque de communication des adolescentes avec leurs parents en matière de sexualité et de contraception (UNFPA, 1997). La discussion sur la contraception dans le cadre familial peut de ce fait freiner les comportements sexuels à risque, l'exposition aux grossesses non désirées et la maternité précoce.

c) Le sexe du chef de ménage

Les familles, par les normes et les valeurs qu'elles transmettent, par les rôles qu'elles assignent à leurs membres, par les modes de vie résidentiels qu'elles favorisent, par les solidarités qu'elles mettent en oeuvre, parfois même par les cultes religieux dont elles sont les gardiennes, contribuent amplement à la régulation de la vie en société. Le changement social (scolarisation, baisse relative de la mortalité, urbanisation, migrations et plus récemment, crises économiques) exige des adaptations, des innovations qui remettent en cause, plus vite et plus radicalement qu'auparavant, les valeurs et les normes qui régissaient les comportements des individus dans la collectivité.

Historiquement au Congo, comme dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, la famille patriarcale a joué un rôle majeur dans l'éducation des adolescents en matière de santé sexuelle et reproductive. La valorisation de l'autorité paternelle, symbole de l'équilibre du groupe domestique, permettait à la jeune fille et au jeune garçon de grandir selon les règles de la communauté, en ayant une sexualité « contrôlée ». Avec l'évolution des moeurs, l'institution familiale a connu de nouvelles « régulations » : une crise de la nuptialité, une banalisation du divorce, un développement de la cohabitation juvénile et un accroissement de la fécondité illégitime. A sexe et âge donnés, la probabilité de vivre seul ne cesse d'augmenter. Le groupe domestique s'étiole et n'est plus qu'une unité de consommation et un lieu d'hébergement. La maîtrise de l'acte reproductif lui échappe et les prérogatives en matière de procréation ou d'éducation ne sont plus exclusivement de son ressort ...

Malgré le statut précaire des femmes dans la plupart des sociétés africaines, les statistiques attestent que les femmes qui assument la responsabilité d'un ménage sont assez nombreuses et que leur proportion est en augmentation ; et les femmes chefs de ménage sont surtout nombreuses en ville (Locoh, 1995). En outre à Brazzaville, le célibat féminin est bien accepté, et la tendance, pour certaines femmes de vivre seules s'est fortement accentuée ; actuellement des femmes célibataires, dès qu'elles travaillent, n'hésitent plus à louer un logement indépendant (Antoinne et Nanitélamio, 1990).

De nos jours en Afrique, une femme chef de ménage traduit plusieurs situations possibles : l'absence de co-résidence entre conjoints (polygamie, union libre, deuxième bureau, etc.), ou célibat féminin c'est-à-dire femme seule avec enfant(s). Dans un cas comme dans un autre, cela a impact sur l'encadrement familial. D'une part, l'absence d'un chef de ménage de sexe masculin affaiblit le contrôle parental (des filles comme des garçons) et, d'autre part, elle entraînerait une meilleure communication entre « la chef de ménage » et les autres membres du sexe féminin (y compris les adolescentes).

Des études ont montré que pour les adolescentes, les mères et les soeurs plus âgées sont le plus souvent consultées au sujet de la santé sexuelle et reproductive. Les résultats d'une étude du CEFFEVA28(*) au Sénégal montrent que les femmes communiquent plus avec leurs filles que les hommes de la SSR (respectivement 80% et 53%). Mais concernant la structure familiale, Evina (1998) a abouti aux résultats selon lesquels : « La séparation des parents par rupture d'union semble augmenter la propension des adolescentes aux premiers rapports sexuels et par la suite leurs risques de grossesses adolescentes » et « la vie sous le toit familial de l'adolescente avec ses parents réduit considérablement ses risques de grossesses précoces. Si l'on considère les parents non mariés, la proportion d'adolescentes ayant déjà débuté leur vie féconde et qui ne vivent pas avec leurs parents est de 2,5 fois supérieure à celle des adolescentes qui vivent avec leurs parents ». De ce fait, les adolescentes des familles monoparentales ou des familles recomposées en une structure acéphale et sans lien de parenté sont plus exposées aux risques de grossesses adolescentes.

d) Exposition à la télévision (aux médias)

Les médias29(*) audiovisuels offrent un univers symbolique qui crée un espace de communication spécifique pour adolescents. La musique, la radio ou la télévision, à travers les messages et les images qu'elles véhiculent, apportent aux adolescents une sorte de formation générale qui leur permet de se construire une identité. Ceci engendre de nouveaux styles de vie correspondant à autant de visions du monde qui s'expriment par la manière de s'habiller, de vivre les rapports avec le sexe opposé, de se tenir à l'égard des parents et des aînés, etc. Les médias, avec leur remarquable capacité de diffusion, ont modifié les rôles traditionnellement attribués aux générations. Des thèmes et des images, surtout relatifs à la sexualité, qui étaient autrefois considérés comme exclusivement masculins ou féminins, adultes ou juvéniles, n'appartiennent plus à des groupes sociaux bien définis, ceci parce qu'ils sont étendus par les médias à l'ensemble de la société ; et de tous les médias, c'est la télévision qui a le plus contribué à défaire les catégories de générations et les groupes définis par l'âge (Cardoso et Hamburger, 1994).

D'une part, le suivi régulier des programmes télévisés peut entraîner l'adolescente aux activités sexuelles précoces et à risque. En effet, les programmes diffusés à la télévision dans la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, tout comme au Congo, sont importés des pays occidentaux et particulièrement des Etats-Unis où les images font étalages des scènes choquantes de la vie privée des célébrités. Pour Meyrowitz (1984) cité par Cardoso et Hamburger (1994), « la télévision abolit le cloisonnement des espaces qui garantit une définition claire du féminin et du masculin, de l'enfantin et de l'adulte.  Pour ce faire, elle vient s'insinuer dans tous les recoins de la vie privée des familles. » En exposant publiquement les images de la sensibilité familiale, l'amour, la sexualité et le mariage, la télévision sape l'autorité que bon nombre de parents aimeraient exercer sur leurs enfants ; ce faisant, elle contribue à l'érotisation de l'enfance et de l'adolescence, d'où d'innombrables conflits. Et, les filles sont les plus profondément touchées par ces changements. Leur sexualité, sujet tabou que l'on ne pouvait traiter qu'avec le mariage, est désormais exposée au grand jour dans l'immensité des thèmes exaltant le corps que la télévision saisit et exprime. D'autre part, le suivi régulier de la télévision par l'adolescente peut s'avérer favorable pour une sexualité « responsable ». Car les médias, et particulièrement la télévision, véhiculent également des informations sur la santé sexuelle et reproductive et sur la contraception.

Bien que, de nos jours, ce processus planétaire d'intégration culturelle engendré par les médias de masse, particulièrement par la télévision, atteint pratiquement toutes les adolescentes, certaines sont cependant mieux orientés que d'autres pour se prémunir de ces changements. Dans une étude sur les adolescents ivoiriens, Talnan et al. (2003) font remarquer que les filles qui regardent chaque jour la télévision ont moins de chances (OR=0,65) de vivre l'expérience d'une relation sexuelle précoce quand on les compare aux filles qui sont rarement exposées à ce médium. Et, ces auteurs poursuivent en montrant que le fait de regarder régulièrement la télévision diminue, chez les filles, les risques d'être engagée dans des pratiques sexuelles sans utilisation du condom (OR=0,6).

* 28 Comité d'Etudes sur les Femmes, la Famille et l'Environnement en Afrique, La communication Parents-Enfants sur la Santé de la Reproduction : éducation sexuelle et santé de la reproduction des jeunes. Résultats de recherches ; in Pacific Institute for Women's Health (2002).

* 29 Les médias peuvent être définis comme des moyens de communication de masse ; les journaux écrits, la radio et la télévision produisent des messages destinés à un large public ; ils doivent informer, c'est-à-dire diffuser les nouvelles du monde, mais aussi distraire et être des moyens de culture ; ils permettent de connaître la production littéraire et artistique, ainsi que de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons.

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"Soit réservé sans ostentation pour éviter de t'attirer l'incompréhension haineuse des ignorants"   Pythagore