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Etude socioéconomique de la pauvreté chez les communautés vivant dans les zones cacaoyeres

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par Christian René KOFFI
UFHB - Master 1 2015
  

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Chapitre 3 :

Ancrage théorique : Opérationnalisation du cadre théorique

Section 1 :

Rappel des familles théoriques et choix théorique

Le concept porteur de la problématique qui est modélisé en variable dans l'hypothèse est la pauvreté. Ce concept est issu des familles théoriques, ces dernières divergent sensiblement quant à la définition de la pauvreté, et partant, la fixation de la ligne de pauvreté. Cette absence de consensus pose évidemment qu'il n'y a pas de cadre unificateur. Notre propos n'est pas ici d'en proposer une revue détaillée12(*), mais de présenter une typologie succincte des différentes approches et préciser dans quelle posture théorique nous nous inscrirons dans le cadre de la présente étude.

§1 : Rappel des familles théoriques

En sciences sociales, notamment en économie et en sociologie, plusieurs chercheurs ont théorisé sur le concept de pauvreté.

La pauvreté n'est pas un phénomène homogène prenant un visage identique en tout lieu et en tout temps. Etre pauvre en France ne signifie pas la même chose qu'être pauvre en Afrique, et être pauvre aujourd'hui n'a pas la même signification qu'il y a un siècle (Oduro et Aryee, 2003)13(*). Cependant, offrir une définition de la pauvreté n'est pas simplement une question de lieu ou d'époque. En effet, si l'on circonscrit la problématique de la pauvreté au domaine économique, il existe un débat autour de l'espace informationnel à mobiliser. Plusieurs tendances se dessinent depuis quelques décennies : une première, plutôt historique, puisqu'elle repose sur la philosophie morale anglo-saxonne du 18ème siècle, définit la pauvreté sous la forme d'un niveau d'utilitéinférieur à une norme préalablement définie. Economiquement, cette utilitéserait approximée par une variable monétaire, le revenu ou la dépense, seule capable de rendre compte de la satisfaction individuelle.

Selon l'approche monétaire, est pauvre un individu ou un ménage dont le revenu est inférieur à un certain seuil. Celui-ci (le pauvre) peut être défini en termes « absolues » (terme appliqué aux pays ex-socialistes et aux pays en voie de développement-PVD)et en termes « relatifs » (terme employé dans les pays développés). La pauvreté monétaire absolue est définie par l'incapacité de satisfaire les besoins essentiels en nourriture, vêtements, logement et soins. Elle concerne les individus ou ménages qui ont des revenus inférieurs à un seuil minimum conventionnel (correspond à un panier de biens et service), qui n'évolue qu'avec la hausse du niveau générale des prix (mesure américaines ou canadiennes). La pauvreté monétaire relative est un indicateur d'inégalité : est pauvre celui qui n'a pas accès aux biens consommés par la grande majorité de ses concitoyens. Selon l'INSEE (Institut National de Statistique Et de l'économie), elle concerne les individus ou les ménages dont les revenus par unité de consommation est inférieure à 50% du revenu médian ; 60% du revenu médian pour Eurostat. La théorie monétaire a été l'objet de plusieurs études ; de Adam Smith à Chombart de Lauwe en passant par Moscovici. En effet, dès 1776, Adam Smith décrit le concept de pauvreté comme une privation des nécessités de la vie quotidienne dans nature et cause de la richesse des nations. Pour Frédéric le PLAY14(*), après avoir observé le mode de vie des ménages (familles), découvre que le budget voire le revenu et les dépenses de consommations sont des indicateurs spécifiques pour déterminer le type de famille ; soit des familles pauvre, soit des familles riches. Ainsi, selon Le Play, est pauvre, tout individu dont le revenu et les dépenses ou le budget ou encore la quantité monétaire est inférieur à un seuil conventionnel (selon la banque mondiale ce seuil est fixé à au moins 1 dollar par jours). La pauvreté que nous pouvons qualifier de welfariste ou utilitariste serait donc un état dans lequel l'individu considéré ne possèderait pas suffisamment de ressources monétaires pour rendre maximal son bien-être économique. De fait, selon Ravallion, « nous pouvons dire qu'une situation de pauvreté existe dans une société lorsque une ou plusieurs personnes n'atteignent pas un niveau de bien-être économique censé constituer un minimum raisonnable correspondant aux standards de cette société » (source : povertylines in theory and pratice living standard measurementstudyWorkingpaper. N0133. The world Bank, 1998, p3.

En somme, l'approche monétaire, en définissant la pauvreté à partir d'un manque de ressources monétaires et en la stigmatisant à travers les concepts de revenu et de consommation, définit un critère unique de pauvreté : le revenu. Est donc pauvre tout individu qui n'est pas capable de mobiliser un revenu suffisant pour acquérir les moyens de sa subsistance

Toutefois, un grand nombre de voix se sont élevées contre cette appréhension strictement monétaire de la pauvreté. La première série de critiques correspond à ce que l'on peut qualifier d'approches en termes de résultats (outcome-basedapproaches). Deux critiques apparaissent nettement : tout d'abord, la théorie de la justice de J.Rawls15(*)[1971] selon laquelle l'utilitarisme n'offre pas un cadre cohérent à la mise en oeuvre d'une société bien ordonnée. Selon lui, le caractère téléologique de l'utilitarisme fourvoie cette dernière dans une impasse théorique.

Ensuite, la seconde voie explorée, prolonge en quelque sorte celle de Rawls, tout en se voulant plus pragmatique. La critique qu'elle soulève à l'égard de l'utilitarisme concerne plus particulièrement l'information retenue pour définir la pauvreté.

Pour les tenants du courant des besoins essentiels (basic needsapproach), évaluer la pauvreté à partir des seules ressources monétaires occulte une partie des besoins humains. Pour eux, la pauvreté est une réalité multidimensionnelle qui s'exprime à travers une série de besoins nécessaires à la survie non satisfaits (Stewart, Streeten [1981])16(*).Toutefois, et nous le montrerons, de larges ambiguïtés persistent entre ces deux courants qu'a priori tout oppose: la place de la composante monétaire dans l'approche des besoins essentiels est sous-estimée. C'est en cela que certains auteurs ont proposé d'intégrer les besoins de base dans une fonction d'utilité exprimée en termes de coûts nécessaires pour acquérir ceux-ci. Ainsi, en construisant une ligne de pauvreté monétaire en coûts de besoins de base, ils ont répondu à l'ambiguïté précédente, tout en contribuant à précipiter la chute d'une approche qui n'a jamais rencontré le succès escompté.

Cette chute a également été précipitée par l'apparition au début des années 1980 de l'approche par les capabilités (Sen [1981, 1985, 1992, 1999b], Nussbaum [1995, 1999, 2002]). En réaction à la théorie du choix social, courant auquel il appartient, Amartya Sen17(*)propose une approche du bien-être qui ne repose ni sur l'espace de l'utilité, ni sur celui des besoins essentiels. En s'appuyant sur les limites de chacune des approches précédemment proposées, Sen offre un cadre théorique à l'étude de la pauvreté en se concentrant sur une nouvelle base informationnelle : la capabilité. En faisant de l'être humain le coeur de l'analyse, en accentuant l'importance de son rôle d'agent, en se focalisant sur la liberté d'être et de faire, et en dépassant une évaluation de la pauvreté en termes de biens, Sen marque un renouveau dans l'appréhension du développement et de la pauvreté. Cette dernière ne sera plus perçue comme un manque de ressources (monétaires ou en termes de biens et services) mais comme une inadéquation de l'ensemble capabilité constitué par l'individu, compte tenu de son environnement social et de ses caractéristiques personnelles. A l'image des approches fondées sur les biens (primaires et essentiels), l'approche de Sen est une approche multidimensionnelle, qui ne réduit plus la pauvreté aux seules ressources monétaires proposées.

Selon l'approche subjective, sont pauvres les individus qui se déclarent comme tels.

A cet effet, pour le sociologue Georg Simmel, dans son ouvrage intitulé les pauvres (1908), la pauvreté est non seulement relative mais est aussi construite socialement : ceci nous amène à considérer le caractère relatif du concept de pauvreté. Ainsi est `'pauvre'', celui dont les moyens ne suffisent pas à atteindre ses fins.

De fait, chaque milieu, chaque classe sociale a ses besoins typiques ; l'impossibilité de les satisfaire signifie la pauvreté.

Par ailleurs, pour Simmel : «C'est à partir de ce moment où ils sont assistés, peut être lorsque leur situation pourrait normalement donner droit à l'assistance, même si elle n'a pas été encore octroyée, qu'ils deviennent partie d'un groupe caractérisé par la pauvreté.

Ce groupe ne reste pas unifié l'interaction entre ses membres, mais par l'attitude collective que la société comme totalité adopte à son égard » (les pauvre : 1908).

S'inspirant de Georg Simmel, Serge Paugham18(*) définit la pauvreté comme une «relation d'interdépendance entre la population qui est désignée socialement comme pauvre et la société dont elle fait partie». A chaque type de relation d'interdépendance correspond une forme élémentaire de pauvreté. Il distingue trois formes élémentaires de pauvreté : la première forme estla pauvreté intégrée qui est «définie comme la condition sociale d'une grande partie de la population », où les pauvres forment un groupe socialétendu, et peu stigmatisé. Cette forme est généralement spécifique aux sociétés traditionnelles, aux pays en voie de développement(PVD) mais aussi dans certaines régions de pays développés où la couverture sociale est faible et les solidarités familiales sont fortement développés ; comme par exemple Mezzogiornoen Italie.

Dans les pays peu développés, cette pauvreté est perçue comme un «héritage », «un état permanent et reproductible ».

La deuxième forme est la pauvreté marginale qui est celle des« inadaptés de la civilisation moderne, ceux qui n'ont pu suivre le rythme de la croissance et se conforment aux normes imposées par le développement industriel». Cette minorités est fortement stigmatisée (cas sociaux).

Et en fin, la pauvreté disqualifiante qui relève du processus d'exclusion sociale dans les sociétés post-industrielles. Elle est« une forme spécifique de la relation entre une population désignée comme pauvre en fonction de sa dépendance à l'égard des services sociaux et le reste de la société». Dans les pays développés où le taux de chômage est élevé, cette nouvelle pauvreté s'accompagne d'un sentiment d'insécurité sociale des individus en situation d'instabilité professionnelle.

Comme nous venons de le voir, la pauvreté est un concept assez complexe dont l'analyse dépend de l'approche utilisée.

Pensée dans le cadre de sa thèse, Oscar Lewis19(*) théorise sur le concept pauvreté par l'approche de culture de la pauvreté. Il définit la culture de la pauvreté comme un ensemble de valeurs, d'attitudes et de comportements, essentiellement différent de celui des classes moyennes, adopté en réaction à des circonstances qui ne permettent pas de s'intégrer dans la société. Devant vivre au jour le jour, les pauvres se replient sur le présent ; n'ayant que peu d'opportunités de promotion sociale, les pauvres abaissent leurs aspirations ; les hommes ne pouvant nourrir leurs foyers, ceux-ci sont tenus par les femmes, etc. Par la suite, les enfants s'appropriant ces modes de vie et attitude, l'adaptation aux circonstances extérieures se transformerait en un mode de vie pérenne qui interdirait aux descendants de profiter d'une éventuelle transformation des circonstances extérieures.

§2 :Choix théoriques opérés dans le cadre de ce mémoire

Dans le cadre de notre étude, nous nous attacherons à une combinaison de deux approches les plus couramment usitées aussi bien au niveau des institutions financières internationales que par les structures d'aide au développement. Il s'agit de l'approche monétaire, qui traduit le bien-être à travers les ressources et donc le revenu, et de l'approche non monétaire, particulièrement l'approche par les besoins de base qui considère qu'un individu doit pouvoir satisfaire certains besoins fondamentaux (éduction, santé, hygiène, eau potable, habitat, etc.) qui sont nécessaires à l'atteinte d'une certaine qualité de vie. Les autres théories nous permettrons d'approfondir nos analyses.

Section 2 :

Définition des concepts issus des familles théoriques

§1 : Le concept de pauvreté monétaire

C'est la pauvreté basée sur l'appréciation des variables monétaires telles que le revenu, les dépenses et la consommation. La pauvreté monétaire est la plus usuellement utilisée pour définir la pauvreté. Elle présente l'avantage de permettre de valoriser différentes composantes du bien-être et facilite ainsi la résolution de certains problèmes d'agrégation et de comparaison. Cependant, elle comporte des difficultés opérationnelles : quel prix affecté à la consommation des biens publics, au temps libre, à l'intensité des relations sociales ou, plus largement, à la qualité de vie ? Par ailleurs, faire l'hypothèse que toutes les consommations s'additionnent pour accroître le niveau du bien-être n'est pas toujours justifié. Enfin, on peut reprocher à la pauvreté monétaire le fait que les variables monétaires (telleque le revenu ou les dépenses) soient difficiles à collecter et soient soumises à des variations conjoncturelles.

§2 : Le concept de pauvreté multidimensionnelle ou de pauvreté liée aux conditions d'existence

Afin de pallier aux difficultés liées aux aspects opérationnels de la pauvreté monétaire, un certain nombre de mesures de la pauvreté se fondent sur des critères objectifs non monétaires. Parmi ces derniers, on prendra en compte les conditions d'existence (le patrimoine, les conditions de logement et l'accès à des services de base) ou la jouissance d'un capital physique (patrimoine), humain (éducation) et social. De plus, comme les indicateurs portent sur des stocks, ils permettent d'appréhender la pauvreté dans la durée.

Les caractéristiques du logement et l'accès à des services de base tels que l'eau et l'électricité font partir des critères objectifs le plus souvent retenus pour évaluer les conditions de vie des ménages. Ces critères sont mobilisés en particulier lorsqu'on ne dispose pas des variables monétaires (niveau de revenu ou de consommation) qui sont plus difficiles à collecter. En fait, sachant que pour la grande majorité de la population, la pauvreté se caractérise avant tout par des conditions matérielles d'existence difficiles, considérer les conditions de logement et la possession d'un certain nombre d'éléments de confort se justifie pleinement pour identifier les pauvres. D'ailleurs, on verra également que « disposer d'un logement décent » et « avoir accès à l'eau et à l'électricité » figurent parmi les besoins estimés comme vitaux par les populations.

Du point de vue des concepts de pauvreté, il nous sera moins aisé de le définir puisqu'il existe dans l'univers de l'abstraction. En effet, notre butde définir nos variable est d'éviter de se lancer dans des recherches ou des interventions ou des concepts, qui semblent à priori intéressantes mais qui revêtent en réalité différentes significations selon les moments, selon les lieux, selon l'objet d'étude, selon les personnes etc.

Toutefois, l'exercice de définition des concepts consiste à donner les indicateurs des variables modélisées dans notre hypothèse.

* 12 Voir par exemple Herpin et Verger (1997), Fleurbey et alii (1997) et Ravallion (1996.)

* 13 Abena D. Oduro et IvyAryee sont issus du centre for Policy Analysis au Ghana.

* 14Le Play est l'un des premiers sociologues de terrain. Son oeuvre fut continuée par plusieurs disciples tels Adolphe Focillon, Émile Cheysson, Alexis Delaire etc...

On redécouvre aujourd'hui les travaux de ces leplaysiens et leur influence dans le développement des approches empiriques en sociologie (voir, par exemple, les travaux d'Emmanuel Todd, qui s'y réfère largement)

* 15John Rawls, A Theory of Justice, Harvard, HUP, 1971. Il veut résoudre le problème de la justice distributive en critiquant l'utilitarisme, et en faisant appel aux positions de Kant et au contrat social.

* 16Streeten Paul, Economic integration: aspects and problems, 1961.

* 17Armatya Sen, Development as freedom, Oxford University Press, 2001. Il a reçu le prix Nobel d'économie en 1998, pour ses travaux sur la famine, sur la théorie du développement humain, sur l'économie du bien-être, sur les mécanismes fondamentaux de la pauvreté, et sur le libéralisme politique. Il est l'initiateur de l'approche par les capabilités. Il est aujourd'hui professeur universitaire Lamont à l'Université Harvard.

* 18 L'auteur distingue trois formes élémentaires de pauvreté. La pauvreté intégrée - pauvreté traditionnelle qui résulte du développement à long terme des économies, touche une large partie de la population voir Les formes élémentaires de la pauvreté, 2005.

* 19 Anthropologue Américain dont les monographies de familles pauvres ont connu un succès mondial, définissant, comme nous l'avons vu, la culture de la pauvreté comme un ensemble de valeurs, d'attitudes et de comportements, essentiellement différent de celui des classes moyennes, adopté en réaction à des circonstances qui ne permettent pas de s'intégrer dans la société.

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"I don't believe we shall ever have a good money again before we take the thing out of the hand of governments. We can't take it violently, out of the hands of governments, all we can do is by some sly roundabout way introduce something that they can't stop ..."   Friedrich Hayek (1899-1992) en 1984