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Dynamique familiale et gestion de l'environnement en chefferie de Ngweshe. une analyse praxéo-interdiscursive

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par Pierre BAKENGA SHAFALI
Université Officielle de Bukavu - Doctorat en Sociologie 2012
  

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2.4. Le changement social

On peut dire, à juste titre que tout peuple ne prône que le changement, un changement positif. Bien qu'il ne soit pas toujours facile à atteindre, il demeure un idéal pour tous les peuples de l'humanité depuis les périodes préhistoriques jusqu'à l'époque contemporaine. C'est à travers des actions rationnellement conçues et réalisées, à travers sa capacité transformatrice qu'une communauté quelconque passe d'un temps tel à des lendemains meilleurs. Ceci fait que tout acteur social rationnellement agissant n'envisage que le changement de sa communauté et pour que celui-ci soit profitable, il faut qu'il soit durable, perceptible dans la continuité, remarquable à travers diverses transformations. Ainsi, ce thème englobera conjointement changement et prospective, cette dernière étant la prétention d'envisager des lendemains souhaités.

En effet, chaque jour, nous agissons tous individuellement ou collectivement en fonction de l'avenir, en fonction de l'image que nous en faisons. Nous subissons certes des contraintes : celles de l'environnement dans lequel nous sommes plongés et aussi celles de notre passé. Notre environnement, notre histoire personnelle et celle de la collectivité à laquelle nous appartenons pèsent parfois lourdement sur nos actes. Ces contraintes, prises en compte, déterminent notre avenir, notre agir quotidien et façonne notre comportement.

Une réflexion prospectiviste est, en ce sens, une réflexion sur les avenirs possibles d'une communauté humaine, une réflexion non pour prévoir l'avenir mais pour aider à construire un avenir qui réponde aux aspirations de cette communauté pour préparer de meilleures décisions qui auront plus de chances de conduire au futur souhaitable. C'est une réflexion difficile et le choix d'une méthode pour la guider est crucial.61(*) Trois éléments entrent en compte dans tout processus prônant un changement : l'analyse du passé et du présent, les projets des acteurs, l'évolution de l'environnement.

Evolution de

l'environnement

Analyse du Projets des acteurs

Passé et du

Présent

Futurs possibles

sgr eeeeee

Source : un guide pour les réflexions prospectives en Afrique, p.20.

Fig. n° 1 : les composantes d'une réflexion prospective

Toute réflexion prospective exige :

1°. Le choix de méthode

Les méthodes de la prospective ont été proposées par Philippe Hugon et Olivier Sudrie. Il s'agit de :

- méthodes de scénario décrivant des futurs possibles, eux mêmes déterminés par l'évolution à long terme des facteurs clés ;

- méthodes de prévision basées sur la construction des modèles formalisant le comportement des acteurs ;

- méthodes basées sur l'histoire raisonnée, c'est-à-dire sur des tendances lourdes du passé, tendances qui peuvent subir des ruptures ;

- méthodes basées sur le fil d'Ariane d'une façon motrice dont l'action déterminera les futurs possibles.

2°. Les étapes d'une réflexion prospective

- L'identification des aspirations qui font l'objet d'un large consensus au sein de la communauté et en fonction de ces aspirations, identifier les problèmes qui seront traités dans l'étude.

- La construction de la base, c'est-à-dire le rassemblement des éléments et l'analyse des données nécessaires pour l'exploration du futur. Cette seconde étape est la plus cruciale, car, de la qualité des données rassemblées et de la qualité des analyses faites dépendront la pertinence de l'exploration, donc la pertinence de la réflexion stratégique et l'efficacité des actions qui seront proposées.

- L'analyse rétrospective : elle consiste à dresser un état des lieux (du système et son environnement), puis à analyser les processus qui ont caractère global et embrasser tous les aspects de la vie de la communauté aussi bien dans le milieu naturel que dans les divers aspects de la vie en société. L'analyse rétrospective doit s'enfoncer profondément dans le passé et insister sur l'histoire des trois dernières décennies qui ont vu les sociétés africaines accéder aux indépendances. Elle doit déboucher sur :

a) les invariants qui sont des relations qui ne changent pas ou qui ne changent qu'imperceptiblement à l'échelle d'une génération

       Ex. : le desséchement d'une contrée, une insécurité qui a trop duré.

b)   les tendances lourdes qui n'évoluent que très lentement mais qui sont susceptibles d'être infléchies à l'échelle d'une génération

Ex. : le système de production agricole, le rétablissement de la paix, la reconstitution d'un cheptel décimé par la guerre et des pillages.

c). les germes de changement porteurs de transformations et susceptibles de modifier à long terme les tendances lourdes 

d). le choix des variables : on en distingue quatre principales telles que reprises dans la figure

ci-dessous :

Influence

Variables d'entrée Variables relais

(motrices, peu dépendantes) (motrices et dépendantes)

Variables exclues variables résultats

(peu motrices, peu dépendantes) (Dépendantes)

Source : Un guide pour les réflexions prospectives en Afrique, p.75.

Fig. n° 2 : Les variables dans le plan influence-dépendance

Commentaire :

Les variables d'entrée : sont motrices et peu dépendantes. Ce sont elles qui feront évoluer le système et auxquelles il faudra accorder une attention particulière dans la construction des scénarios et la réflexion stratégique ;

Les variables exclues : sont peu motrices et peu dépendantes. Elles font figure d'invariants dans le système. Elles seront aussi utiles pour l'élaboration des scénarios ;

Les variables relais : motrices et dépendantes, elles ne jouent pas de rôle dans la construction des scénarios, mais pourront aider à la réflexion stratégique ;

Les variables résultats : sont fortement dépendantes et peu motrices.

3) le choix de la méthode

La méthode recommandée est celle qui aide à analyser le jeu des acteurs lorsqu'on considère de nombreux acteurs et une série d'enjeux. C'est la méthode Mactor ou Méthode d'analyse des acteurs. Elle comporte sept phases :

1°. Construire le tableau des stratégies des acteurs, c'est-à-dire établir pour chaque acteur important identifié une carte d'identité avec ses objectifs, ses projets, ses contraintes, ses forces...

2°. Identifier les enjeux stratégiques et les objectifs associés

3°. Positionner les acteurs et mettre en évidence les convergences et les divergences d'intérêts. On construit une matrice acteurs-objectifs en indiquant pour chaque acteur et chaque objectif son accord (noté +1) ; son désaccord (noté -1) ou sa neutralité (notée +0). On peut aussi mettre en évidence les groupes d'acteurs qui ont des intérêts convergents et ceux qui s'opposent.

4°. Hiérarchiser pour chaque acteur ses priorités d'objectifs

5°. Evaluer les projets de force des acteurs en construisant un graphique dans un plan influence-dépendance des acteurs.

6°. Intégrer les rapports de force dans l'analyse des convergences et des divergences, ce qui donne une nouvelle présentation des alliances et des conflits potentiels entre acteurs en tenant compte de la hiérarchie de leurs objectifs et de leurs rapports de force.

7°. Formuler des recommandations stratégiques compte tenu des jeux d'alliance et les conflits potentiels.

4) Elaborer des scénarios

La méthode qui consiste à élaborer des scénarios dans l'exploitation des futurs possibles a été proposée par Herman Kahan dès les années 1950 aux Etats-Unis et développée en France par Datar.

Un scénario, pour les cinéastes, est un résumé de l'action qui va constituer la trame d'un film à partir d'une situation de départ donnée, il développe ce que vont faire les acteurs au cours de différents séquences.

Un scénario, dans une étude prospective est un ensemble formé par la description d'une situation future et du cheminement des événements qui permettent de passer de la situation origine à la situation future.

C'est une description riche et détaillée d'un futur possible, un portrait aux couleurs suffisamment vives pour que le planificateur puisse clairement voir le problème, les défis, les opportunités qu'un tel futur présenterait.

Un scénario doit comporter deux aspects :

- Une image plausible du futur de la communauté à une date déterminée

- La description du cheminement qui conduit de la situation actuelle à l'image du futur. C'est au cours de ce cheminement qu'il est possible d'agir pour réaliser un projet.62(*)

Nous retiendrons, avec Michel Godet qu'un scénario ne décrit pas la réalité future, qu'il n'est pas une prédiction, qu', il n'est pas non plus un modèle de simulation, mais qu'il est un moyen commode de représenter une réalité future plausible, d'en donner une image simplifiée pour éclairer l'action présente à la lumière des futurs souhaitables.

On distingue deux sortes de scénarios :

- Les scénarios exploratoires : celles qui conduisent à des images des futurs possibles, vraisemblables à partir de la situation actuelle et des tendances passées et présentes faisant des hypothèses sur les incertitudes liées à l'environnement et sur les facteurs du changement.

- Les scénarios normatifs sont ceux qui sont construits à partir de différentes images du futur, des futurs qui peuvent être souhaités ou au contraire redoutés.63(*)

La grille ci- dessous nous éclaire sur la façon de constituer une grille sur des lendemains meilleurs :

Grille des sondages sur l'avenir

= ce qui est souhaitable = ce qui est prévisible

= ce qui est jugé comme

Bon ou mauvais parmi

Les futurs possibles

= ce que l'on se déclare = ce que l'on éprouve disposé à faire comme sentiment

1. Les attentes à

L'égard du

futur

2. Les images du futur

3. Les grands espoirs

Les grandes craintes

Concernant le futur

5. Optimisme ou pessimisme à l'égard du futur.

4. Les attitudes à l'égard du futur

Fig. n° 3 : Une grille d'analyse de sondages

Source : Futuribles, l'avenir, hier, aujourd'hui et demain, p. 33.

Commentaire :

Comme cela apparaît à travers cette figure, l'élaboration du futur repose sur des attentes, des espoirs et des craintes. A cela s'ajoutent des attitudes d'optimisme, de pessimisme car il est tout normal que tout en étant optimiste dans le projet que l'on veut monter, il n'en demeure pas moins qu'il s'affiche des doutes de réalisation dudit projet. Ceci étant, les sondages sur la perception du futur portent très souvent sur le pessimisme et l'optimisme à l'égard de l'avenir, c'est-à-dire sur un sentiment plus ou moins global d'inquiétude ou de sérénité qui est éprouvé lorsque l'on évoque les années à venir.

Certes, dans l'univers où se mène cette étude, il y a des problèmes et des attentes par rapport à ces problèmes et, ainsi, l'on s'y construit une certaine image du futur. Cette image en perspective exige des attitudes qui peuvent être optimistes ou pessimistes selon les acteurs, et selon l'ampleur du problème, les stratégies mises en oeuvre, les moyens et les ressources nécessaires. Dans tous les cas, l'élaboration du futur possible exige une certaine hiérarchisation, car on ne saurait pas embrasser tous les problèmes au même moment.

Il va sans dire qu'une communauté qui se fixe pour objectif de réfléchir régulièrement sur ses futurs a plus de possibilités de se développer que celle qui ne dispose que des tendances forts attentistes et qui se voue à la recherche des solutions à ses problèmes, essentiellement par la prière ou par des aides extérieures. Ce sont, fort dommage, des telles tendances parmi tant d'autres qui ont maintenu nos sociétés africaines dans le sous-développement.

Considérons, enfin, avec Guy Rocher, que le changement social dispose de cinq caractéristiques :

- Il est un phénomène collectif qui affecte les conditions et les modes de vie de toute une collectivité ;

- Il concerne un changement de structure en ce sens que l'organisation est sollicitée dans sa totalité ou dans certaines de ses composantes ;

- Le changement social est identifiable dans le temps, et par rapport à un point de référence ;

- Le changement social a un caractère de permanence en ce sens qu'il présuppose des transformations profondes, durables et non superficielles ni éphémères ;

- Le changement social affecte le cours de l'histoire d'une société64(*).

A titre d'exemple, le passage, en République Démocratique du Congo, de la dictature à la démocratisation relève d'un véritable changement social dans notre pays.

* 61 FUTURS AFRICAINS, Un guide pour les réflexions prospectives en Afrique, Paris,     Karhala, 2001, pp.16-18.

* 62 FUTRURS AFRICAINS, op. cit, pp. 80 - 92.

* 63Idem, pp. 92-93.

* 64 G. ROCHER, Introduction à la Sociologie Générale, t3, Le changement social, Montréal, HMH, 1968, p.34.

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"Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années"   Corneille