WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Vulnérabilité et adaptation des activites agropastorales à  la variabilité climatique dans la région du Mandoul au Tchad

( Télécharger le fichier original )
par Siadmadji Allaissem
Université de Yaoundé 1 - Doctorat Ph.D en Geographie option Climatologie 2016
  

sommaire suivant

Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy

REPUBLIQUE DU CAMEROUN REPUBLIC OF CAMEROON

PAIX - TRAVAIL - PATRIE PEACE - WORK - FATHERLAND

******** ************

UNIVERSITE DE YAOUNDE 1 THE UNIVERSITY OF YAOUNDE 1

********** ***************

FACULTE DES ARTS, LETTRES FACULTY OF ARTS, LETTERS

ET SCIENCES HUMAINES AND SOCIAL SCIENCES

*********** **********

CENTRE DE RECHERCHE ET DE POST GRADUATE SCHOOL, FOR

FORMATION DOCTORALE EN SOCIAL AND EDUCATIONAL

SCIENCES HUMAINES, SOCIALES SCIENCES

ET EDUCATIVES

******** *********

U UNITE DE RECHERCHE ET DE DOCTORAL RESEARCH UNIT FOR

FORMATION DOCTORALE EN HUMAN AND SOCIAL SCIENCES

SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES

********* *********

DEPARTEMENT DE GEOGRAPHIE

DEPARTMENT OF GEOGRAPHY

VULNERABILITE ET ADAPTATION DES ACTIVITES AGROPASTORALES

A LA VARIABILITE CLIMATIQUE DANS LA

REGION DU MANDOUL AU TCHAD

THESE

Présentée en vue de l'obtention du grade de

Docteur (Ph.D.) en Géographie

Option : Climatologie

Par

ALLAÏSSEM SIADMADJI

Membres du Jury

Président : TCHAWA Paul, Pr.

Rapporteur : NGOUFO Roger, MC.

Membres : GONNE Bernard, MC.

NOUPOU Moïse MC.

DZANA Jean-Guy, MC.

Présentée et soutenue le 20 juin 2016

DEDICACE

A mon père Siadmadji Madita et ma mère Seloum Sophie. Pour votre amour, votre soutien, vos encouragements, votre confiance, et tous vos sacrifices qui m'ont permis d'aller au bout de mes rêves. Merci d'avoir cru en moi. Aujourd'hui, c'est le reflet du fruit de tous vos efforts.

REMERCIEMENTS

Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à toutes les personnes qui se sont constamment investies pour la bonne réussite de ce travail de recherche. Qu'il me soit permis de les remercier vivement.

A mon Directeur de thèse, le Pr Roger Ngoufo, qui a assuré l'encadrement scientifique de ce travail. Les mots me manquent pour lui témoigner toute ma gratitude. Sa volonté, sa persévérance, sa disponibilité et son soutien moral, sont autant de facteurs qui m'ont beaucoup stimulé. Il m'a appris à me battre et à ne pas m'arrêter à mi-chemin, quels que soient les obstacles. Sa rigueur et ses critiques pertinentes ont apporté un plus à ce travail; elles m'ont aidé à cultiver le sens de la perfection.

Qu'il me soit permis aussi d'exprimer mes vives gratitudes aux membres du jury pour avoir accepté d'examiner ce travail malgré leurs multiples tâches. Au Pr. Paul Tchawa, Chef du Département de Géographie de l'Université de Yaoundé I, au Pr. Tsalefac, au Dr. Abossolo, à tous les Enseignants du Département de Géographie de l'Université de Yaoundé I, au Service de la Scolarité et au Décanat, j'adresse mes remerciements : aux uns pour leur apport dans la reformulation et la validation du thème d'étude et aux autres pour leur contribution dans l'aboutissement des différentes démarches administratives et scientifiques.

Que Madjirebaye Bernéal, Me Nadji Madou, Freddy Millet, Dr Mouimou Djekoré, Djiddi Klamong, Hervé Kembatna, Modjiyo Sou, Allara Ngalbogui, Bétokari Djimamnodji, Roger Rangarmardé, Ada Bourkou, Abdoulaye Goudja, Solange Padja, Abakar Abdelkerim trouvent ici l'expression de ma profonde gratitude pour leur assistance et encouragements. Je leur suis gré des contributions multiformes qu'ils m'ont apportées. Je ne saurais oublier mes amis qui m'ont apporté leur soutien moral et indéfectible, il s'agit de: Mora Touimbaye, Madjadoum Hermann, Ratnan Théodore, Ngueyam Josué et bien d'autres.

Mes pensées et ma sincère reconnaissance vont à mes frères et soeurs Neloumta, Benjamin, Madjimta, Béni, à mes fils Nguerassem Allaïssem, Bonheur Allaïssem, Prince Allaïssem, Mesack Allaïssem, Evodie Rémadji Allaïssem et à mon épouse Mata Koulsi, qui m'ont soutenu, encouragé et supportant mes longs moments d'absence.

Enfin, in memorium à mes fils Ephraïm Allaïssem, Abednégo Allaïssem et à ma fille Tryphose Allaïssem, rappelés auprès du Seigneur.

RESUME

Cette étude menée dans la région du Mandoul au sud du Tchad porte sur la variabilité climatique. Son objectif principal est de faire une évaluation générale de la vulnérabilité et des stratégies d'adaptation des populations locales face à ce phénomène et aux risques associés. La question centrale de cette étude consiste à savoir comment les populations locales s'organisent, ou pourraient s'organiser pour mieux s'adapter aux répercussions des effets négatifs de la variabilité climatique dans une région entamée par la vulnérabilité ? De cette interrogation, l'hypothèse principale stipule que la variabilité climatique affecte de manière négative et de plus en plus croissante les productions agropastorales.

Pour vérifier cette hypothèse principale et les hypothèses secondaires afférentes, une analyse statistique de la période allant de 1960 à 2009 est faite, en se basant sur la démarche IMRAD combinée au modèle Pression-Etat-Réponse (PSR). Les données socio-économiques qui ont été collectées sur un échantillon de 250 personnes ainsi que les entretiens obtenus révèlent que les deux décennies les plus marquées sont 1970-1980 et 1981-1990. Les risques climatiques identifiés sont les sécheresses, les inondations, les vents forts, la température élevée, la mauvaise répartition des pluies, le décalage des saisons... L'analyse de ces impacts a montré une tendance à la hausse de la température (0,2°C) et une baisse progressive de la pluviométrie (-250 mm) qui porte un coup négatif sur les productions agropastorales.

A cet effet, les populations ont développé plusieurs stratégies d'adaptation leur permettant de réduire la vulnérabilité. Ainsi, à l'est et l'ouest de la région, où l'impact de la variabilité climatique est très fort, les populations sont très conscientes et adoptent les mesures d'adaptation dont les plus dominantes sont: l'utilisation du fumier, l'utilisation de la variété précoce, les semis hâtifs, les diguettes, les cordons pierreux et la mobilité du bétail. Par contre, au Sud de la région, dans le département de Barh-Sara, où l'impact est modéré, les mesures d'adaptation sont limitées et certains producteurs restent indifférents tout en étant conscients des risques climatiques.

Mots clés : Variabilité climatique, vulnérabilité, adaptation.

ABSTRACT

This study carried out in the region of Mandoul, southern Chad focuses on climate variability. Its main objective is to make a general assessment of vulnerability and the adaptation strategies of local people towards this phenomenon and the associated risks. The central question of this study was to investigate how local people are organizing themselves, or could organize to better adapt to the impact of negative effects of climate change in a region hindered by vulnerability. From this question, the main hypothesis states that climate variability has increasing negative impacts on agropastoral productions.

In order to verify this main hypothesis and the others assumptions linked to it, a statistical analysis has been made on the period 1960-2009 based on the IMRAD method combined with the Pressure - State - Response (PSR) model. The socio-economic data that were collected on a sample of 250 people and the interviews made show that the two decades more concerned are 1970-1980 and 1981-1990. The identified climate risks are droughts, floods, strong winds, high temperature, poor distribution of rainfall, seasons shifting... The analysis of these impacts has shown a rising trend in temperature (0.2°C) and a gradual decline in rainfall (250mm) which carries a negative hit on agropastoral productions.

To this end, people have developed many adaptation strategies to reduce their vulnerability. Thus, in the east and west parts of the region, where the impact of climate change is very strong, people are very conscious and adopt adaptation measures; the most dominant are the use of manure, the use of early maturing variety, the early plantings, bunds, stone bunds and livestock mobility. On the contrary, in the south of the region, in the department of Barh-Sara, where the impact is moderate, adaptation measures are limited and some producers are indifferent while being aware of climate risks.

Keywords: Climate variability, vulnerability, adaptation, impacts.

SOMMAIRE

Dédicace I

Remerciements II

Résumé ............ III

Abstract IV

Liste des figures VII

Liste des tableaux IX

Liste des photos XI

Introduction 1

Première partie 41

Chapitre I : Contexte géographique de la region du mandoul 42

1.1. Bref aperçu sur le Tchad.............................................................................42

1.2. Etude diagnostique de la région du Mandoul.....................................................45

1.3. Contexte naturel de la production..................................................................75

1.4. Contraintes de l'élevage face à la variabilité climatique.........................................82

Chapitre II : Variabilité climatique dans la region du mandoul entre janvier 1960 et decembre 2009 90

2.1. Une crise climatique aux conséquences multiformes............................................90

2.2.. Démmarage de la saison des pluies............ 96

2.3. Les périodes climatiques ........................................................................119

2.4. Les chroniques climatiques étudiées sur la période 1960-2009..............................121

2.5. Années extrêmes en fonction des précipitations et températures moyennes................123

2.6. Une évolution pluviométrique significative après 1988........................................123

2.7. Variabilité climatique interannuelles des écarts à la moyenne (1960-2009) ...............124

2.8. Projection régionale de scenario de futurs changements à l'horizon 2030, 2060 et 2100.........................................................................................................................................126

2.9. Projection de changement au niveau local........................................................126

2.10. Quelles projections pluviométriques régionales................................................127

Deuxieme partie :........................................................................................132

Chapitre III : Vulnérabilité et impacts de la variabilité climatique sur le système agricole......................................................................................................133

3.1 Contraintes des variabilités climatiques......................................................... 133

3.2. Identification des risques climatiques.............................................................136

3.3. Vulnérabilité de l'agriculture face à la variabilité climatique ..............................141

3.4. Les groupes vulnérables et les causes de leur vulnérabilité....................................142

3.5. Méthodes traditionnelles d'élaboration du calendrier agricole................................148

3.6. Sécheresses agricoles...............................................................................151

3.7. Les risques climatiques observés par les populations locale .................................158

Chapitre IV: Vulnérabilité et impacts de la variabilité climatique sur les différents systèmes d'élevage dans la region du mandoul 176

4.1. Déficits pluviométriques et activités pastorales................................................176

4.1.1 Le pastoralisme....................................................................................179

4.1.2 Les ressources fragmentaires............................................................... ...180

4.1.3 Les moyens d'existence mobile............................................................... 180

4.2. Les différents types d'élevage.....................................................................182

4.3. Influence du climat sur la dynamique des aires pastorales 188

Troisième partie .......................................................................................219

Chapitre V: Adaptation des systemes agricoles à la variabilité climatique dans la région du Mandoul...................................................................................................220

5.1. Les faits..............................................................................................220

5.2. Les Adaptations du type collectif 244

5.3. Le rôle des femmes 244

5.4. Modification de la date des semis 245

5.5. Les techniques culturales d'adaptation mises en place par les ONGs.......................245

5.6. Lutte contre les "faux départs"...................................................................245

Chapitre VI : Adaptation des activités pastorales liées à la variabilité climatique dans la région du Mandoul...............................................................................................265

6.1. Comment les éleveurs tentent-ils de s'adapter.............................................................266

6.2. Comprendre le risque sanitaire pour mieux lutter contre les maladies.....................269

6.3. Description de l'année pastorale ..............................................................269

6.4. Une extrême mobilité ...........................................................................272

Conclusion générale....................................................................................306

Bibliographie.............................................................................................316

LISTE DES FIGURES

Figure 1 : Schéma conceptuel lié à la variabilité climatique et de ses impacts 21

Figure 2 : Arborescence de la démarche méthodologique 32

Figure 3 : Matrice synthétique de la recherche 40

Figure 4 : Zone d'étude dans le découpage régional du territoire tchadien 45

Figure 5: Zone bioclimatique du Tchad 47

Figure 6 : Evolution moyenne de l'évapotranspiration potentielle de 1960 à 2009 à la station de Koumra 50

Figure 7 : Réseau hydrographique de la région du Mandoul 52

Figure 8 : Differents types de sols de la region 57

Figure 9 : Evolution de la température moyenne annuelle de 1960-2009 92

Figure 10 : Evolution moyenne de l'humidité relative entre 1960 et 2009 94

Figure 11: Evolution pluviométrique moyenne mensuelle de la région du Mandoul de 1960 à 2009. 99

Figure 12: Diagramme ombrothermique de la région du Mandoul 100

Figure 13: Evolution pluviométrique interannuelle de la décennie 1960-1969 102

Figure 14: Evolution pluviométrique interannuelle de la décennie 1970-1979 103

Figure 15: Evolution pluviométrique interannuelle de la décennie 1980-1989 104

Figure 16: Evolution pluviométrique interannuelle de la décennie 1990-1999 105

Figure 17: Evolution pluviométrique interannuelle de la décennie 2000-2009 106

Figure 18 : Déviation pluviométrique interannuelle entre 1960 et 1969 108

Figure 19: Déviation pluviométrique interannuelle entre 1970 et 1979 108

Figure 20 : Déviation pluviométrique interannuelle entre 1980 et 1989 109

Figure 21 : Déviation pluviométrique interannuelle entre 1990 et 1999 109

Figure 22: Déviation pluviométrique interannuelle entre 2000 et 2009 110

Figure 23: Proportions de décades sèches et humides 116

Figure 24 : les températures mensuelles moyennes des cinq stations (en °C) 124

Figure 25: le cumul mensuel des précipitations (en mm) des cinq stations 124

Figure 26: Indicateurs d'exposition climatique sur les écosystèmes 145

Figure 27 : Indicateurs d'impacts ou de risques climatiques sur les groupes cibles 147

Figure 28: Indicateurs d'exposition climatique sur les populations 147

Figure 29: Evolution des fréquences des petites pluies inferieures à 10 mm 156

Figure 30 : Risques climatiques de la région du Mandoul classés par ordre décroissant 159

Figure 31: Evolution des superficies cultivées et de la production en mil (1960- 2009) 162

Figure 32: Evolution des superficies cultivées et de la production du sorgho de 1960 à 2009 dans la région du Mandoul 163

Figure 33: Evolution des superficies cultivées et de la production agricole en Maïs (1960- 2009) 164

Figure 34 Evolution des superficies cultivées et de la production en riz (1960- 2009) 166

Figure 35: Evolution des superficies cultivées et de la production arachidière (1960- 2009) 166

Figure 36: Répartition des répondants selon le sexe. 221

Figure 37: Répartition géographique des répondants 222

Figure 38 : Répartition des répondants par tranche d'âge et sexe 223

Figure 39: Situation professionnelle des répondants. 224

Figure 40: Perception de la variabilité climatique par les populations de la région 226

Figure 41 : Répartition spatiale des impacts de la variabilité climatique 227

Figure 42 : Causes liées à la variabilité climatique 231

Figure 43 : Conséquences de la variabilité climatique sur l'agriculture 231

Figure 44 : Stratégies d'adaptation 235

Figure 45 : Quelques stratégies mises en place 236

Figure 46: Pratique des différentes techniques de rétention de l'eau 246

Figure 47 : Schéma de l'organisation d'un ferrick non loin du village Laboute au Mandoul-Est _275

Figure 48 : Position des ferricks par rapport aux villages 279

Figure 49 : Réseau social établi entre les éleveurs 283

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1 : Des saisons de la région du Mandoul 48

Tableau 2 : Situation géographique du réseau pluviométrique 49

Tableau 3 : Superficie d'unités d'occupation des sols en 1964 79

Tableau 4 : Déficit pluviométrique théorique (1960-2009) 94

Tableau 5: Précipitations et températures moyennes mensuelles 100

Tableau 6: Décennie 1960-1969 101

Tableau 7: Décennie 1970-1979 102

Tableau 8: Décennie 1980-1989 103

Tableau 9: Décennie 1990 -1999 105

Tableau 10: Décennie 2000-2009 106

Tableau 11 : Synthèse de séquences pluviométriques sur la station de Koumra 110

Tableau 12 : Statistiques sommaires des variables 115

Tableau 13: Matrice des corrélations de la première CAH 115

Tableau 14: Première caractérisation des classes 1 et 2 par les variables 116

Tableau 15: Première caractérisation des classes par les variables 117

Tableau 16 : Seconde caractérisation des classes 1 et 2 par les variables 120

Tableau 17: Seconde caractérisation par les variables 122

Tableau 18 : Variation des températures moyennes interannuelles des cinq stations de 1960 à 2009 122

Tableau 19 : Moyennes pluviométriques interannuelles des cinq stations de 1960-2009 122

Tableau 20: Côtes d'inondations à Bedaya 139

Tableau 21: Impacts environnementaux et socio économiques des évènements climatiques 140

Tableau 22: Causes de la vulnérabilité des écosystèmes à la variabilité climatique 142

Tableau 23: Causes de la vulnérabilité des groupes cibles à la variabilité climatique 143

Tableau 24 : Echelle de cotation 143

Tableau 25 : Evaluation des services rendus 144

Tableau 26: Evaluation des modes d'existence 146

Tableau 27: Périodes de semis ou bouturage 150

Tableau 28 : Pentades sans pluies qui stressent les cultures sur parcelles à faible capacité de rétention d'eau dans les plaines en saison humide 152

Tableau 29: Rendements extrêmes en kilogramme à l'hectare 158

Tableau 30 : Degré de risque climatique sur les différents secteurs d'activités 159

Tableau 31: Evolution des superficies cultivées et la roduction du mil.............................162

Tableau 32 : Exigence de quelques cultures maraîchères 168

Tableau 33: Effet de la chaleur sur les vaches laitières 210

Tableau 34: Différents systèmes de production des bovins 216

Tableau 35: Cas des productions porcine et avicole 217

Tableau 36 : Répartition des répondants selon les tranches d'âge et le sexe. 223

Tableau 37 : Manifestation des aléas et prise de conscience des populations 229

Tableau 38: Technique de lutte contre les «faux départ » 246

Tableau 39: Quelques plantes insecticides ou insectifuges 251

Tableau 40: Différents points d'abreuvage en 2008 267

Tableau 41 : Techniques utilisées 268

LISTE DES PHOTOS

Photo 1 : Fleuve Bahr Sara, Cliché Rebaye, Maïnané, Juillet 2009. 53

Photo 2 : Une vue sur le petit Mandoul, Cliché A. Siadmadji, Kemkada, Septembre 2009. 54

Photo 3 : Savane du type 1, cliché INSH, 2008. 61

Photo 4 : Savane du type 2, cliché INSH, 2008. 62

Photo 5 : Savane du type 3, cliché INSH, 2008 63

Photo 6 : Forêt galerie, cliché INSH, 2008 64

Photo 7 : Ilot forestier, cliché INSH, 2008. 65

Photo 8: Champ de coton 74

Cliché 9: L'occupation des sols en 2008 77

Photo 10: Elagage sévère d'un Parkia biglobosa 83

Photo 11: Troupeau de bétail dans un champ de sorgho 85

Photo 12: Troupeau de transhumance 86

Photo 13: Sous-bois dégradé et marre d'eau en disparition dans le canton Ngalo 178

LISTE DES ABREVIATIONS, SIGLES ET ACRONYMES

AGNU : Assemblée Générale des Nations Unies

ASECNA : Agence de Sécurité et de Navigation Aérienne

BAOBA : Bureau d'Appui aux Organisations de Base

BET: Borkou Ennedi Tibesti

BP : Before Present (avant le présent)

CAH : Classification Ascendante Hiérarchique

CBLT : Commission du Bassin du Lac Tchad

CCIAMA : Chambre de Commerce, d'Industrie, d'Agriculture, de Mines et Artisanat

CCNUCC : Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques

CCNUCD : Convention Cadre des Nations Unies Contre la Désertification

CFC : Chlorofluorocarbure

CH4 : Méthane

CIN : Comité Intergouvernemental de Négociations

CNI : Communication Nationale Initiale

CNUED : Conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le Développement

CO : Monoxyde de Carbone

CO2 : Dioxyde de Carbone

COMIFAC : Commission des Forêts de l'Afrique Centrale

CP : Conférence des Parties

CSC : Captage et Stockage du Carbone

CT : Continental Terminal

DREM : Direction des Ressources en Eau et en Météorologie

ESE : Est Sud-est

FEM : Fonds Mondial pour l'Environnement

FIT : Front Intertropical

GES : Gaz à Effet de Serre

GIEC : Groupe International des Experts sur l'Evolution Climatique

GMVS : Grande Muraille Verte du Sahel

GPS: Global Positionning System

HCFC: Hydro chlorofluorocarbure

HFC : Hydrofluorocarbure

IP : Indice de Pluviosité

IPCC Intergovernmental Panel on Climate Change

ITH: Indice de Température - Humidité

JEA : Jet d'Est Africain

MDP : Mécanisme de Développement Propre

N2O : Hémioxyde d'Azote

NASA : National Aeronautics and Space Administration

NNE : Nord Nord-est

OMD : Objectifs du Millénaire pour le Développement

OMM : Organisation Mondiale de la Météorologie

ONDR : Office National de Développement Rural

ONG : Organisation Non Gouvernementale

ONU : Organisation des Nations Unies

PAN/LCD : Plan d'Action National de Lutte Contre la Désertification

PAN/PB : Plan d'Action Nationale pour la Protection de la Biodiversité

PANA/CC : Programme d'Action Nationale d'Adaptation aux Changements Climatiques

PAS : Plan d'Action Stratégique

PFC : Perfluorocarbone

PIB : Produit Intérieur Brut

PIDR : Plan d'Intervention au Développement Rural

PITTE/ABN : Projet d'Inversion de la Tendance à la Dégradation des Terres et Eaux de l'Autorité du Bassin du Niger

PNAE : Programme National d'Action pour l'Environnement

PNB : Produit National Brut

PNUD: Programme des Nations Unies pour le Développement

PNUE : Programme des Nations Unies pour l'Environnement

PRAPENS : Projet Régional d'Augmentation des Précipitations par Ensemencement des Nuages au Sahel

PROADEL : Projet d'Appui au Développement Local

PS/CO2 : Puits de Séquestration du Dioxyde de Carbone

RCA : République Centrafricaine

Rd /RU : Rapport disponible à la Reserve Utile

REDD : Réduction des Emissions issues de la Dégradation et de la Déforestation

SDT : Stratégies de Développement du Tchad

SF6 : Hexafluoride de soufre

SMA: Secteur de Modernisation Agricole

SNP : Stratégie Nationale pour la pêche

SNRP : Stratégie Nationale de Réduction de la Pauvreté

SO2 : Dioxyde de Soufre

SPAANCR : Stratégie et Plan d'Action pour l'Auto-évaluation Nationale des Capacités à Renforces pour l'Environnement Mondial

SRES : Spécial report on Emission Scenarios

SSW : Sud Sud-ouest

TAA : Trypanosomiases Animales Africaines

TBM : Taux Brut de Mortalité

TBN : Taux Brut de Natalité

UNICEF: United Nations International Children's Emergency Fund

WNW : Ouest Nord-Ouest

ZCIT : Zone de Convergence Intertropicale

INTRODUCTION

En raison de leurs répercussions immédiates et durables sur le milieu naturel et sur l'homme, les questions de changement et de la variabilité climatique sont placées depuis quelques temps au centre des préoccupations des scientifiques et des décideurs politiques dans le monde. Le cycle de l'eau étant l'une des composantes majeures du climat, les implications de ces changements sur les régimes pluviométriques sont importantes. Les précipitations représentent le facteur le plus important du climat tant pour les populations que pour les écosystèmes. Elles sont faciles à mesurer. Autant de raisons qui font que la plupart des études et analyses portent sur les précipitations bien plus que sur d'autres paramètres du climat. Caractériser l'impact de la variabilité climatique sur les régimes pluviométriques saisonniers devient alors indispensable pour proposer des solutions adaptées aux projets de développement. La variabilité des conditions climatiques en Afrique de l'Ouest et Centrale en général et au Tchad en particulier, n'est plus à démontrer (Paturel et al., 1997 ; Servat et al., 1997 ; Servat et al., 1998 ; Servat et al., 1999 ; Ardoin et al., 2003, Ardoin, 2004 ; Kouassi et al., 2008).

Au Tchad, elle a d'abord affecté le Nord, puis progressivement s'est étendue vers le centre et enfin vers le sud. Ces anomalies pluviométriques constatées depuis près de cinq décennies ont connu une résonance exceptionnelle dans les régions nord et centre du pays. Mais en réalité, l'ensemble du pays présente une vulnérabilité importante aux déficits pluviométriques. La variabilité climatique, en tant que phénomène a longtemps été étudiée et caractérisée. La question la plus importante, tant pour l'Afrique que dans les autres régions du monde, est la recherche de facteurs explicatifs. La plupart des études climatiques réalisées se sont limitées à l'analyse des données pluviométriques annuelles ou mensuelles. Aussi, des variables afférentes aux pluies telles que les fréquences de jours de pluies et les durées des saisons pluvieuses, ont-elles été généralement très peu étudiées. Cela pourrait se justifier par la difficulté à acquérir des données de mesures quotidiennes, fiables et comportant peu de lacunes.

Durant les cinq décennies (1960-2009), Il apparaît que l'environnement a évolué en fonction de plusieurs contraintes dont les principales sont d'ordre climatique et anthropique, affectant ainsi certains milieux très sensibles, voire vulnérables. Cette vulnérabilité, si elle est établie, expose aujourd'hui les populations, dont les ressources de subsistance et de rente proviennent des productions agro-sylvo-pastorales, à une grande dépendance pour leur survie. Ainsi au cours de cette étude, nous tenterons d'analyser les paramètres climatiques tels que la température de l'air, l'humidité relative de l'air et la fréquence des jours pluvieux et étudier leur impact sur la variabilité du régime des précipitations dans la région du Mandoul au sud du Tchad.

En effet, placée dans la zone soudanienne au Tchad, la région du Mandoul, objet de notre étude, est située entre le 8ème et le 12 ème degré de latitude nord et entre le 18ème et le 23ème degré de longitude est. Elle couvre une superficie de 20531 Km², soit 7,4 % du territoire national, et comprend, au plan administratif, 03 départements, 12 sous préfectures et 32 cantons renfermant près de 750 villages officiels. Le département du Mandoul-ouest, avec son chef lieu administratif Bedjondo, est le moins étendu et couvre une superficie de 1420 Km², soit (14 %) du territoire de la région. Celui du Bahr Sara avec son chef lieu Moïssala couvre 6949 Km² (29 %) et enfin Mandoul-est avec chef lieu Koumra couvre 7358 Km² (soit 57 %).

La ville de Koumra, qui est la capitale régionale, se trouve dans le département de Mandoul-est. Elle s'est engagée dans un processus de décentralisation qui a abouti à son découpage en départements, sous préfectures et cantons. C'est dans cette espace administratif et géographique au climat rude que la population évolue. Les actions d'anthropisation de la région sont principalement l'agriculture sur brûlis, le pastoralisme, les feux de brousse incontrôlés, la chasse et la coupe mal contrôlée des bois de chauffe. Ces différentes activités multiformes ont contribué à la modification du couvert végétal.

Cette région serait devenue très vulnérable à partir de la période 70 jusqu'à nos jours. Sa vulnérabilité s'est manifestée à la suite de la baisse pluviométrique liée à la variabilité climatique, enregistrée à la même période (Ousseini, 2002) malgré certaines hausses constatées vers la fin de la décennie 90. A cela, il faut ajouter une croissance continue de la population qui est à l'origine des modifications de l'occupation du territoire à travers les mouvements naturels et migratoires différentiels selon les localités et les départements.

Ces migrations en provenance de certaines régions voisines plus peuplées ont entrainé des mutations socioéconomiques dans la région du Mandoul (adaptation des systèmes de cultures et d'élevage, diffusion de la culture du coton et sésame) qui ont des conséquences environnementales remarquables, concernant l'ampleur des superficies défrichées annuellement et le morcellement de l'espace, lequel limite la mobilité de la faune dans la localité. Le poids démographique et les densités d'occupation de chacun de ces départements en sont affectés. La modification de la répartition spatiale de la population a des répercussions sur l'environnement aux niveaux local, départemental et régional.

La combinaison de ces différents facteurs fait ressortir des problèmes majeurs qui sont la dégradation des sols, la raréfaction de la biodiversité et ceux liés au peuplement humain. Les ressources naturelles (hydriques, halieutiques, ligneuses, animales, édaphiques, etc.) sont disponibles à l'heure actuelle. Mais déjà, se pose le problème des impacts négatifs du climat sur ces ressources et la manière même de les gérer pose des problèmes au niveau des couches vulnérables, surtout en qui concerne les potentialités agricoles. La dégradation du sol par les piétinements et le surpâturage, les défrichements incontrôlés, ainsi que les feux de brousse sont fréquemment relevés.

La réduction du potentiel de ressources se traduit tout d'abord par la naissance d'une compétition pour l'accès à l'eau et aux pâturages, ensuite, par une réduction de la saison de pluies et une augmentation de la longueur de la transhumance vers les terres agricoles, avec des risques accrus de conflits, et finalement l'émigration plus ou moins définitive de groupes entiers d'éleveurs vers ces nouvelles terres d'accueil.

C'est dans ce contexte que se situe notre étude intitulée « Vulnérabilité et adaptation des activités agropastorales à la variabilité climatique dans la région du Mandoul au Tchad ». Il s'agit pour nous de faire une étude diagnostique de la région du Mandoul face au défi de la variabilité climatique qui est un phénomène naturel et non des changements climatiques, de voir aussi quel est le degré de prise de conscience des populations locales par rapport à ce phénomène. L'étude prendra en compte l'aspect agricole et pastoral à travers les différentes manifestations climatiques. La zone choisie pour cette étude couvre un vaste secteur des plaines inondées et exondées ainsi que des vallées.

Du point de vue temporel, cette étude s'étend sur une période de cinquante ans, allant de 1960 à 2009, ce qui est insuffisant pour appréhender un changement mais important pour mieux cerner la variabilité climatique sur cette période et évaluer le degré d'adaptation des populations de la région du Mandoul. C'est pourquoi, le présent document se propose de diagnostiquer et d'évaluer la vulnérabilité de la région du Mandoul au Tchad, et de voir aussi comment s'adaptent ou comment pourrait mieux s'adapter les populations locales, à travers des stratégies appropriées, pour juguler les menaces de variabilité climatique. D'où l'orientation de notre problématique de recherche.

1. Problématique

La variabilité climatique reste dans le contexte actuel l'une des problématiques cruciales pour l'humanité tout entière, mais aussi particulièrement pour l'Afrique où vivent des populations les plus pauvres de la planète. Ce phénomène, qui a des causes diverses, n'est pas sans conséquences et oblige aujourd'hui le milieu scientifique à repenser de nouvelles approches pour une meilleure adaptation des populations locales face à la vulnérabilité de leurs différentes régions.

Située au sud du Tchad, la région du Mandoul, objet de notre étude, n'est pas du reste. Elle recelait d'énormes potentialités agricoles, pastorales, fauniques, ressources en eaux de surface et souterraines, etc. Cependant, durant les trois dernières décennies (1970-2000), son économie basée essentiellement sur le développement rural est fragilisée par les aléas climatiques et la variabilité climatique est venue s'ajouter, rendant ainsi les populations plus vulnérables. Les conséquences sont de plus en plus visibles. Nous assistons impuissamment à l'assèchement des cours d'eaux, des vallées, à la baisse des nappes phréatiques, à des inondations ponctuelles dans des agglomérations ainsi qu'à la dégradation continuelle de la biodiversité. Tout cela est susceptible de causer des migrations vers d'autres horizons, voire des conflits intercommunautaires. La bande sahélienne du pays est la plus exposée aux aléas climatiques (Fourissala Houli et Gormo, 2013).

Caractérisée par un climat de type tropical humide, la région est singulièrement influencée par la proximité des fleuves Chari, Bahr Sara et la vallée du Mandoul. Selon certaines données issues de la station météorologique de Koumra, chef lieu de la région, sur une période allant de 2000 à 2008, les pluies commencent dans cette zone généralement à partir de mai et se terminent en octobre.

Les moyennes annuelles sont de l'ordre de 950 et 1100 mm/an. Le mois le plus arrosé de l'année est le mois d'août avec une fréquence de 300 à 350 mm/an et l'année la plus arrosée de cette période est 2003 avec un total annuel de 1197,3 mm. Les températures moyennes maximales annuelles se situent entre 37,3 et 38,5°c, et les moyennes minimales entre 16,5 et 20,5°c. Le mois d'avril apparaît le plus chaud avec des maxi se situant entre 40 et 43°c et les minima entre 18 et 20,4°c. Le mois le moins chaud est le mois de janvier avec une moyenne maximale de 29 à 32,4°c et une minimale de 10 à 14°c. Il se dégage à cet effet une très forte amplitude moyenne annuelle qui oscille entre 10 et 13,5°C (DREM, 2009).

Ainsi donc, après une période extrêmement pluvieuse allant de 1950 à 1970, la région est entrée dans une phase climatique plus aride qui a perduré jusqu'en 1984. Cette longue période de sécheresse marquée par deux années particulièrement désastreuses (1974 et 1984) a atteint une intensité sans équivalence depuis l'origine des mesures pluviométriques (Rognon P. 2009).

Ce phénomène a entraîné une baisse générale du niveau des nappes phréatiques alimentées annuellement par les eaux de pluies, une baisse des écoulements de surface, une réduction ou une modification de la faune ainsi que de la flore, une surexploitation des surfaces agricoles conduisant souvent à un appauvrissement, puis à la stérilisation des sols.

A ces déficits climatiques et leurs conséquences sur l'environnement s'ajoutent les effets de la démographie galopante sur l'exploitation de l'espace. Ce dynamisme démographique explique l'exploitation accrue des sols par des pratiques culturales non adaptées et des ressources naturelles déséquilibrant ainsi les écosystèmes déjà affectés par les aléas climatiques. En fait, ces conséquences anthropiques sont le plus souvent amplifiées par le maintien, par les populations locales, des pratiques agricoles et pastorales inadaptées au nouveau contexte écologique et climatique. Un tel comportement combiné aux aléas du climat aboutit à des détériorations quasi irréversibles du milieu avec d'importantes répercussions sur les populations (Lazarev, 1989).

Les aléas climatiques nous alertent sur les impacts négatifs potentiellement dramatiques de la variabilité climatique sur la santé humaine, la sécurité alimentaire, les activités économiques, les ressources en eaux, les infrastructures physiques. L'agriculture et l'élevage, principales activités de la région, sont sérieusement bouleversés, menant à la chute des rendements des récoltes dans la région. Les maladies tropicales s'étendent. Tandis que personne ne pourra échapper aux aléas du climat, ce sont les populations les plus pauvres qui sont les plus vulnérables à leurs impacts négatifs.

C'est pourquoi, la gravité et le rythme de la variabilité climatique présente aujourd'hui de nouveaux défis. La modification graduelle des températures, des précipitations et la fréquence des phénomènes météorologiques devraient se traduire par des pertes de la production agropastorale. Au cours de ces cinquante dernières années, les sécheresses sont devenues plus récurrentes et la sécurité alimentaire est menacée, ce qui oblige les populations à cultiver des terres peu productives. La réduction de la couverture végétale s'observe d'une manière générale à proximité des villages et des villes, près des forages, des mares et dans les vallées, exposant ainsi les sols et aggravant les effets de la sécheresse.

La combinaison du phénomène de sécheresse avec des pratiques anthropiques est susceptible de rompre les grands équilibres écologiques au point de causer la dégradation des ressources naturelles, dont les sols et la baisse de la productivité agricole, (Tsalefac et Ngoufo, 2004). Ce sont autant de révélateurs d'un processus quasi inexorable de la variabilité climatique.

Confrontées à une baisse vertigineuse de leur production agricole principalement du fait d'une faible productivité des sols, les populations ont souvent réagi par des migrations et le défrichage des nouveaux espaces agricoles dans les forêts et savanes, mais la solution est-elle vraiment adaptée lorsqu'elle fait disparaitre ainsi le couvert végétal à une vitesse vertigineuse. Avec des activités agro pastorales dépendantes des aléas climatiques dans une région déjà affectée par la vulnérabilité, comment les populations locales pourraient-elles s'adapter à ces nouvelles conditions ? Cette situation nous interpelle aujourd'hui et c'est dans ce cadre que se justifie l'intérêt de ce thème qui est d'actualité, mais qui soulève aussi particulièrement de questions.

2. Questions de recherche

Toutes les observations ci-dessus nous amènent à nous poser la question centrale de cette étude qui est de savoir comment les populations locales s'organisent, ou pourraient s'organiser pour mieux s'adapter aux répercussions des effets négatifs de la variabilité climatique dans une région entamée par la vulnérabilité ? De cette interrogation principale découlent six questions spécifiques.

a- Quelles sont les spécificités géographiques de la région de Mandoul ?

b- Comment se manifeste la variabilité climatique?

c- Quelles sont les influences de la variabilité climatique sur les systèmes agricoles?

d- Quelles sont les influences de la variabilité climatique sur les systèmes d'élevage ?

e- Quelles sont les réponses propres aux systèmes d'agriculture ?

f- Quelles sont les réponses propres aux systèmes pastoraux ?

Pour essayer de répondre à de telles interrogations, il convient de les placer dans le contexte scientifique avant de clarifier les concepts clés et de préciser les objectifs, les hypothèses ainsi que la démarche méthodologique adoptée.

3. Contexte scientifique

Le thème choisi pour notre étude qui est vulnérabilité et adaptation des activités agro-pastorales à la variabilité climatique dans la région du Mandoul au Tchad, met en évidence l'originalité du travail et a fait l'objet d'études de la part de plusieurs chercheurs. Cependant, il faut constater que certains travaux abordent séparément, si ce n'est partiellement, les différentes facettes du problème. Cela ne permet pas une compréhension complète des phénomènes physiques et humains liés à la variabilité climatique.

Les questions de la variabilité climatique préoccupent depuis quelques temps les scientifiques et les décideurs politiques en raison de leurs conséquences immédiates et durables sur l'environnement. Les conclusions d'analyses faites sur l'évolution du climat par l'Intergovernmental Panel on Climate Change (IPPC, 2001 et 2007) ont prouvé une modification de l'équilibre énergétique du système « Terre-0céan-Atmosphère-Biosphère ». Aux basses latitudes, ce déséquilibre est caractérisé par une péjoration ou altération climatique.

En effet, l'espace climatique tropical connaît depuis quelques décennies une variabilité pluviométrique. Celle-ci a attiré l'attention de la communauté universitaire (Paturel et al., 1998 ; Servat et al., 1999) ; elle se manifeste par des anomalies et des crises plus ou moins aléatoires. Cette variabilité se caractérise aussi par de phases successives ou alternatives d'excédents et de déficits hydriques. Ses conséquences peuvent être durables sur le cycle hydrologique surtout lorsqu'elle se traduit par de longues périodes de sécheresse ou d'excès d'eau (Afouda et al., 2001).

Au Tchad comme ailleurs en Afrique Tropicale, la pluviométrie est le paramètre climatique le plus fréquemment observé dans les réseaux de mesures météorologiques au sol. Elle est même qualifiée de « variable rebelle » compte tenu de sa grande variabilité spatio-temporelle. A ce propos, Fontaine (1990) évoquant la diversité et la variabilité des climats dans les basses latitudes note qu'ils sont marqués par l'absence d'un véritable hiver thermique et la primauté du critère pluviométrique. La plus grande abondance des précipitations, leur répartition dans l'espace et dans le temps, constitue les principales contraintes pour l'adaptation des organismes vivants du milieu. Cette affirmation laisse entrevoir que l'enjeu majeur pour initier les politiques d'aménagement de l'espace en terme du climat peut résider dans l'appréhension de ces contraintes. La bonne répartition spatio-temporelle des pluies a donc une importance particulière pour les activités socio-économiques, les écosystèmes naturels et anthropiques.

Cependant, depuis la fin de la décennie 60, des sécheresses récurrentes ont frappé les régions sahéliennes de l'Atlantique aux contrées de la Corne de l'Afrique en passant par les régions de l'Afrique Centrale au point où, Paturel et al.(1996) ont démontré que la sécheresse gagne également l'Afrique Tropicale humide. Cette succession d'années déficitaires n'est pas annonciatrice d'une irréversible dégradation de la pluviosité (Suchel, 1988). Toutefois, elle a provoqué des désastres écologiques et une baisse drastique des productions agricoles, caractérisées essentiellement par une baisse sensible de la pluviométrie et une diminution des apports en eau de surface, ces fluctuations semblent s'étendre plus au Sud vers les régions équatoriales.

L'analyse de cette situation climatique a permis à Tsalefac (1986) de noter que la tendance à la baisse de la pluviosité observée en Afrique de l'Ouest depuis la décennie 70 a eu des répercussions jusque dans les massifs forestiers de la Sangha Mbaéré en Centrafrique et de la Mayombe au Congo. Elle est marquée par un déficit pluviométrique manifeste en 1982 et 1983. Pour Bakam (1999), ces années exceptionnellement sèches s'expliquent par une perturbation dans la migration latitudinale de l'anticyclone de Sainte-Hélène influencé périodiquement par la circulation océanique du Pacifique. Ainsi, les résultats des travaux réalisés par les Hydrologues du projet ICCARE (Servat et al., 1999) et FRIEND-AOC (Amani et al., 2002) indiquent qu'il est possible d'établir une relation à l'échelle annuelle entre le phénomène El Nino Southern Oscillation (ENSO) et la succession des périodes sèches et humides observées en Afrique Occidentale et Centrale au cours des cinquante dernières années.

A cet effet, les populations s'efforcent de diversifier les sources de moyens de subsistance et de renforcer les mécanismes régulateurs de capacité et d'assurance, mais elles accordent moins d'attention à la variabilité climatique. Un certain nombre des stratégies et des mécanismes proposés ont trait à la pratique de la culture et de l'élevage, en particulier à la combinaison de créneaux agro écologiques. C'est pourquoi, il est important de mener les recherches dans ce domaine, pour analyser les effets de la variabilité climatique et les comportements d'adaptation des populations face à la vulnérabilité de la région.

En Afrique Tropicale aussi, d'importantes études sur la variabilité climatique en relation avec le développement et l'environnement ont été menées par plusieurs auteurs dont : Motha et al. (1980), Fontaine (1981), Janicot (1985), Boko (1988), Samba-Kimbata (1991), Bakam (1996), Bigot et al. (1998), Houndénou (1999), Ndjendolé (2001), Philippon (2002), Sighomnous (2004) et Brou (2005). Ces auteurs, par la densité des travaux entrepris, ont montré l'existence d'une opposition de phase entre les anomalies pluviométriques du Golfe de Guinée et celles des régions des Grands Lacs à partir des séries de la Côte d'Ivoire, du Bénin, du Nigeria et des deux Congo. La tendance à la baisse des totaux annuels dans un champ pluviométrique relativement homogène a été observée. Les statistiques appliquées aux séries des hauteurs annuelles précipitées montrent l'existence d'une rupture survenue entre les années 1968 et 1973.

Pour Bekayo (1999) et Oueddo (1990), la variabilité climatique qui s'est manifestée à travers l'évolution récente de la pluviométrie est marquée par une forte variabilité aussi bien interannuelle qu'intra annuelle. Cette situation s'est traduite par une baisse sensible des hauteurs de précipitations entre 1960 et 1990 de l'ordre de 200mm/an et une migration des isohyètes du nord au sud. A titre d'exemple pour la vallée du Mandoul, les stations pluviométriques de Koumra et Bekamba qui étaient respectivement sur les isohyètes 980 et 1200 mm/an entre 1950 et 1967 se sont retrouvées dans les années 1985 sur les isohyètes 800 et 950 mm/an respectivement pour Koumra et Bekamba.

La baisse de la pluviométrie au regard de l'évolution décennale entre les années 1960 et 2010 est remarquable par un glissement des isohyètes d'environ 50 à 150 km vers le sud selon Tsalefac et Ngoufo (2002). Cette situation peut être liée aux graves sécheresses de 1974 et 1984 liées à plusieurs événements climatiques. En dépit de la remontée de l'isohyète au cours des années 1990, la tendance à la baisse des précipitations persiste toujours dans la région du Mandoul lorsqu'on considère une échelle restreinte de temps.

Les années de rupture se situent entre 1960 et 1967 (Mahé et al., 2001), années à partir desquelles on remarque un changement des régimes pluviométriques avec une plus grande fréquence d'années à pluviométrie déficitaire. Cependant les années 90 (Lienou et al., 2008) ont été marquées par une reprise des précipitations dans la plupart des stations lorsqu'on les compare à celles des années de graves sécheresses de 1972-1973 et 1984-1985.

Les différentes informations sont corroborées par des récentes études (Bahoutou, 2007) qui sur 19 des 40 années d'observations se sont révélées excédentaires et 21 déficitaires justifiant une légère prééminence des années sèches sur les années humides dans la région méridionale du Tchad, dont les données de la plupart des stations ont été utilisées. Parmi les années déficitaires, l'année 1984 s'est montrée particulièrement plus sévère que l'année 1983. En effet, ces deux années qui ont marqué le paroxysme de la sécheresse des cinquante dernières années du sahel n'ont pas épargné la région du Mandoul, tandis que les années excédentaires sont celles de 1960, 1969, 1975 et 1988, ce qui atteste leur ressemblance.

Ces observations sont également confirmées (Nadji, 1999) à travers des études faites sur la période de 1961 à 2000 dans la partie sud du Logone, faisant ressortir le caractère excédentaire de la décennie 1961-1970 par rapport aux décennies 1971-1980 et 1981-1990 qui restent largement déficitaire. Les années déficitaires sévères sont des années consécutives à partir de 1972 jusqu'à 1985. Les impacts de la tendance climatique future de cette zone ont fait l'objet de certaines études (Ardoin, 2004) en utilisant le modèle HadCM2, scénario A2 pour les grands bassins versants en Afrique de l'Ouest et du Centre. Cette étude a fourni les valeurs actuellement observées pour l'évapotranspiration potentielle de 1708,1 mm/an.

Une analyse a été réalisée dans le cadre de l'évaluation des besoins urgents et immédiats pour faire face aux variabilités climatiques (MEERH, 2009) faite sur l'évolution des indices des températures minimales de la station de Koumra. Elle montre une augmentation d'une faible amplitude des températures maximales alors que l'amplitude de l'évolution des températures minimales est très forte. On remarque aussi que les températures minimales augmentent plus vite que les maximales sans doute liées au phénomène de l'effet de serre (Ndjouenkeur, 2002).

L'assèchement progressif de la région du fait de la variabilité climatique est une réalité. Il se traduit notamment par la diminution de la pluviosité, l'accentuation de la variabilité pluviométrique, le raccourcissement des saisons de pluies moins homogènes, l'augmentation sensible des températures minimales, l'accroissement de la fréquence et de l'efficacité morphologique des vents, l'augmentation de l'évapotranspiration (Schneider, 1989). Pour Bedaux (2005), les causes de la variabilité climatique pourraient aussi s'expliquer :

- Par l'évolution de certains centres d'action de la circulation atmosphérique, et en particulier, par le renforcement des anticyclones subtropicaux : l'anticyclone des Açores et l'anticyclone de Sainte Hélène ;

- La modification des caractères des Jet Stream Intertropicaux c'est-à-dire, le Jet d'Est Tropical (JET) et le Jet d'Est Africain (JEA). Selon Bedaux, il se peut que l'accélération ou le ralentissement de ces vents rapides d'altitude ait des effets sur les modalités d'advection de l'air, par conséquent, sur l'abondance ou sur la faiblesse des pluies estivales.

- Il se peut aussi que l'assèchement de la région soit lié, directement ou indirectement, à la déforestation ou aux changements intervenus dans la composition de l'atmosphère depuis le début de ce siècle.

Aussi, il convient de signaler que la ressource en eau est fonction des eaux de surface disponible. Cette eau de surface est en lien direct avec la pluviométrie, donc dépendant. Les résultats de nombreuses études (Mahé et al., 2001, Sighomnou et al., 1997), soulignent l'existence d'une alternance de décennies humides (1961-1970) et sèches (1971-1980 et 1981-1990) mettant aussi en évidence la variabilité des régimes pluviométriques en durée et en intensité qui a des incidences directes et significatives sur la vie des populations locales. A la persistance et à la sévérité de la baisse pluviométrique de toute la décennie 1980-1990 correspond celle d'écoulement déficitaire caractérisée par la faiblesse des systèmes d'apport moyen annuel, des maximums annuels de crue.

Quant au débit minimum, les valeurs calculées laissent penser que les nappes souterraines ont été elles aussi durement touchées ne pouvant supporter de la vallée du Mandoul et du fleuve bahr Sara. La crise pluviométrique amorcée dans le Mandoul depuis le début des années 60 (Soumarés, 1996) est confirmée par de nombreux auteurs. Diouf (1996) fait remonter plus loin cette décroissance en dépit des irrégularités interannuelles : une évolution globale de 1940 à 1993 en deux phases. Sur la base des données de la station de Koumra, deux périodes peuvent être dégagées :

· Une première phase de lente décroissance (1945-1961) caractérisée par la faiblesse de la pente de la courbe de régression des données pluviométriques.

· Une deuxième phase (1962-1978) qui se poursuit et qui marque une courbe de tendance à pente beaucoup plus forte que la première. Elle traduit une accélération du processus de péjoration pluviométrique et, par extension, climatique.

Toutes ces caractéristiques expriment bien le stress pluviométrique auquel est confronté le Tchad dans son ensemble et qui au niveau du Mandoul s'exprime et aboutit à un enchevêtrement de conséquences, vu la complexité et la sensibilité du cadre spatial. Cette brève analyse sera davantage approfondie tout au long de ce travail au regard des interrelations générées avec notre objet de recherche. Il s'agit tout d'abord d'une réduction combinée à une irrégularité des quantités d'eau précipitées aux échelles inter mensuelles et interannuelles.

Au plan social, les incidences du déficit pluviométrique sont multiformes et restent perceptibles dans les rapports complexes que l'homme entretient avec son milieu. Il en résulte une pression accrue sur les autres opportunités offertes par la nature qui restent plus diversifiées en milieu d'interface (Abraao S. 1994). Le contexte climatique exerce une influence sur les activités humaines et sur l'évolution de la biocénose. Il faut dire que les modifications climatiques intervenues ces dernières décennies ont fortement influencé l'environnement, à travers lui, les activités et la mobilité des hommes.

4. Cadre théorique et conceptuel

Nous avons adopté la méthode IMRAD (Introduction, Methods, Research, Analysis and Discussion) mise au point par Tove Jansson en 2005. Elle s'articule autour d'un cadre de référence théorique, du choix des variables, de la collecte et du traitement des données.

Les différentes phases d'un diagnostic sont la revue de littérature, les enquêtes informelles, les enquêtes formelles, la planification de la recherche (identification des problèmes et des causes suivis des solutions probables et enfin la priorisation des problèmes et des solutions). Par souci de clarté, nous évoquons ici les concepts clés de ce thème de recherche intitulé : vulnérabilité et adaptation des activités agropastorales à la variabilité climatique dans la région du Mandoul au Tchad.

4.1. Changements et Variabilité climatique 

Aujourd'hui, on parle beaucoup de « changements climatiques » considérés comme l'une des menaces les plus graves posées au développement, avec des impacts significatifs sur l'économie des pays en développement et les moyens de vie des populations les plus pauvres de la planète. Ils désignent un changement du climat attribué directement ou indirectement aux activités humaines qui altèrent la composition de l'atmosphère globale et qui s'ajoutent à la variabilité climatique naturelle observée sur des périodes de temps comparables (UNFCCC, 1992). La variabilité climatique, quant à elle, se réfère à la variation naturelle intra et interannuelle du climat.

Nous nous baserons uniquement sur la notion de la variabilité climatique compte tenu du fait que la série de données disponible est limitée dans le temps (49 ans ne permettant de couvrir qu'un « climat ». Par ailleurs, les outils nécessaires pour mesurer l'impact de l'homme sur le climat ne sont pas à notre portée. Nous nous réfèrerons néanmoins, de temps en temps, aux prévisions du GIEC dans les analyses et interprétations des données. . En tant qu'élément intégrateur de la recherche, l'expression « la variabilité climatique » a été définie par plusieurs auteurs dont Boko (1988), cité par Beltrando (1995) et Brou (2005). Elle fait pressentir la mobilité ou la variation du schéma pluviométrique moyen et l'accentuation des valeurs extrêmes à toutes les échelles temporelles et spatiales. Autant que possible, elle est analysée par rapport aux valeurs centrales ou médianes des séries plutôt que par rapport aux valeurs moyennes ou normales, qui sous-entendent l'idée de fixité du climat. La variabilité climatique peut être due à des processus internes naturels au sein du système climatique ou à des variations du forçage externe anthropique.

Dans ce travail, il s'agit de caractériser les tendances et les cycles. Pour cela, notre étude se basera plus sur la variabilité climatique que les changements climatiques qui peuvent être définis comme étant « Une variation statistiquement significative de l'état moyen du climat ou de sa variabilité, persistant pendant une période prolongée (généralement six décennies ou plus).

4.2. Vulnérabilité

Définie de manière générale, la vulnérabilité est le degré selon lequel un système est susceptible d'être atteint du fait d'une exposition à des perturbations ou à des stress. Dans le contexte de la variabilité climatique, la vulnérabilité peut être définie comme le degré selon lequel un système est sensible - ou incapable de faire face - aux effets adverses des changements, y compris la variabilité climatique et les phénomènes extrêmes. La vulnérabilité d'un système est donc fonction de la nature, de l'ampleur et du rythme de la variation et des changements du climat à laquelle il est exposé, de sa sensibilité et de sa capacité d'adaptation.

De nos jours, la question de la vulnérabilité est au coeur d'un grand nombre de problématiques en sécurité civile. Les définitions de la vulnérabilité sont multiples et sont souvent adaptées aux domaines dans lesquels on y fait référence : vulnérabilité en sécurité civile, en hydrologie, en psychologie, ... Sur le plan étymologique elle peut se traduire comme étant une caractérisation de ce « qui peut être blessé, frappé par un mal ou qui peut être facilement atteint, se défend mal. » (Le Petit Robert, 2012). Ceci réfère à la notion de conséquences d'un évènement donné et de la capacité à les subir ou non.

Aux yeux du MSPQ (2008) la vulnérabilité constitue « une condition résultant de facteurs physiques, sociaux, économiques ou environnementaux, qui prédispose les éléments exposés à la manifestation d'un aléa à subir des préjudices ou des dommages » . Il existe ainsi la notion d'un certain potentiel, d'un ensemble de conditions favorables à l'apparition de défaillances en cas d'aléas. Cette caractérisation peut être couplée avec celle de l'exposition, et donc implique également dans une certaine mesure celle de sensibilité.

Le MSPQ (2008) définit également trois composantes caractéristiques de la vulnérabilité d'un élément exposé à un aléa :

- le degré d'exposition;

- l'importance stratégique;

- la sensibilité.

En y incorporant l' « importance stratégique », le MSPQ (2008) ouvre ainsi la porte à la criticité au sens retenu dans sa conception de la vulnérabilité. Il existe ainsi une corrélation entre la sensibilité et la criticité d'un élément.

Quant à la vulnérabilité des éléments à risque, c'est l'un des éléments les plus difficiles à évaluer. Il existe à cet effet deux approches complémentaires, car selon R d'Ecole (1996) « la première technique et la plus ancienne, considère la vulnérabilité comme un indice ou un pourcentage de ce qui peut être perdu (vies humaines, biens, valeurs diverses). La deuxième, sociale désigne la vulnérabilité comme la propension à subir des dommages, suivant la capacité de réponses des sociétés concernées vis-à-vis des menaces d'origine naturelle, anthropique ou mixte. La seule présence des populations dans les zones à risque constitue un facteur de vulnérabilité. » Selon United Nations Disaster Relief, ces risques généralisés à tous les aléas naturels sont représentés sous la formule suivante :

Risque = (Eléments à risque) × (Aléa naturel × Vulnérabilité)

Les éléments à risque  sont l'ensemble de la population, des bâtiments, les travaux d'ingénierie civile, l'activité économique, les services publics et les infrastructures à risque dans une région donnée ;

Les aléas naturels représentent la probabilité d'occurrence, dans un intervalle de temps donnée pour une région particulière, d'un phénomène naturel ayant une potentialité à causer des dommages ;

La vulnérabilité est le degré de perte de 0 et 1 d'un élément à risque, ou d'un ensemble de tels éléments, résultant de l'occurrence d'un phénomène naturel.

Elle représente aussi le niveau auquel une unité ou une entité, est perturbée ou compromise par suite des variabilités climatiques, les facteurs socio-économiques et les facteurs physiques étant importants dans la détermination de la vulnérabilité. Elle dépend non seulement de la sensibilité de l'unité, mais également de sa capacité à s'adapter aux nouvelles conditions climatiques.

Elle peut aussi être définie comme étant le potentiel de perte associé aux populations humaines et à ce qu'elles considèrent comme précieux (Mitchell, 2001). Dans le contexte de phénomènes naturels dangereux, la vulnérabilité inclut les notions corrélées d'exposition, de résistance et de résilience.

En d'autres termes, la vulnérabilité se définit comme la capacité à la fois de subir un phénomène dangereux, d'en réduire les effets et de se remettre des pertes subies. Les populations associant une forte exposition au risque, un faible niveau de résistance et une faible résilience sont les plus vulnérables face aux phénomènes dangereux.

Selon le GIEC, (2001b) la vulnérabilité est la mesure dans laquelle un système est sensible - ou incapable de faire face - aux effets défavorables des variabilités climatiques, y compris la variabilité du climat et les phénomènes extrêmes. La vulnérabilité est fonction de la nature, de l'ampleur et du rythme de la variation du climat à laquelle le système considéré est exposé, de la sensibilité de ce système et de sa capacité d'adaptation.

4.3. Adaptation

Les modifications du climat à venir vont profondément affecter la manière de fonctionner de nos sociétés, et les problématiques liées aux moyens de s'adapter sont désormais au coeur des enjeux majeurs des années à venir.

Le consortium Ouranos définit l'adaptation comme étant « un processus par lequel les communautés et les écosystèmes s'ajustent aux changements et effets associés, afin de limiter les conséquences négatives et de profiter des bénéfices potentiels » (Ouranos, 2010a).

De son côté, le GIEC définit plusieurs types d'adaptation différents (GIEC, 2007a) :

· L'adaptation anticipative qui consiste à agir avant que les effets des changements anticipés se fassent sentir;

· L'adaptation autonome qui consiste en une réponse spontanée mais non planifiée aux impacts climatiques, et qui peut être issue des « changements écologiques dans les systèmes naturels ou d'une évolution des conditions du marché ou de l'état de bien-être dans les systèmes humains »;

· L'adaptation planifiée qui se base sur la définition d'une stratégie visant à mettre en place des mesures de réponse aux variabilités climatiques observés et subis.

Dans le cadre de l'adaptation planifiée à la variabilité climatique, il appartient aux populations concernées de définir dans la stratégie d'adaptation un ensemble de mesures visant à réguler les conséquences des impacts, que ce soit en vue de les annuler ou encore de les réduire.

L'adaptation à la variabilité climatique désigne aussi les stratégies, initiatives et mesures individuelles ou collectives (entreprises, associations, collectivités, etc.) visant à réduire la vulnérabilité des systèmes naturels et humains contre les effets réels ou attendus des changements climatiques.

Il s'agit aussi donc d'anticiper les effets des dérèglements climatiques sur l' environnement et donc sur l'économie, la société, la santé et la vie quotidienne. Cette stratégie est complémentaire de la stratégie d'atténuation, qui vise à moins émettre de gaz à effet de serre et à restaurer ou protéger les capacités de puits de carbone des écosystèmes ou agro-écosystèmes.

L'adaptation est rendue difficile par les marges d' incertitudes temporelle et géographique de la prospective climatique, par les difficultés à appliquer le principe de précaution dans l' aménagement du territoire, et parce que le potentiel d'adaptation pour les systèmes humains et écologiques est très inégal selon les régions et les contextes économiques. La capacité d'adaptation est très liée au développement social et économique (GIEC, 2007) du territoire.

Une partie du contenu des stratégies d'adaptation reste théorique dans la mesure où elle relève de la précaution dans un domaine où la prospective ne peut reposer que sur des probabilités et non des certitudes absolues, y compris quant à l'ampleur et à la localisation des conséquences attendues.

L'adaptation consiste à rendre les systèmes ou territoires moins vulnérables aux dérèglements climatiques, au travers d'actions diminuant les impacts de la variabilité climatique, ou améliorant les capacités de réponse des sociétés.

L'adaptation est un processus d'ajustement des systèmes naturels et humains à un stimulus climatique constaté ou anticipé, à ses effets et ses impacts. Il désigne un changement de procédures, de pratiques et de structures visant à limiter ou supprimer les dommages potentiels ou à tirer bénéfice des opportunités créées par les mutations de climat. Il induit des ajustements afin de réduire la vulnérabilité de certaines communautés, régions ou activités/secteurs pendant de nombreuses périodes, allant de quelques années à plusieurs décennies.

L'adaptation est aussi l'un des volets des plans "climat" et une démarche de réduction et de gestion des risques et dommages, préparée et mise en oeuvre par des collectivités, entreprises et individus. Ces acteurs peuvent s'appuyer sur d'éventuelles études rétrospectives et prospectives, pour chercher à anticiper les effets des bouleversements climatiques Il s'agit en particulier de se préparer à mieux ou moins subir les effets des aléas climatiques tels que :

· Les sécheresses, les canicules, l'augmentation des moyennes de température nocturne, les tempêtes et les fortes pluies ;

· les coulées de boues ou glissements de terrain ;

· la montée du niveau des mers avec pour conséquence une moindre efficacité des digues et des brise-lames et une probable aggravation de l' érosion du trait de côte ;

· La raréfaction (locale ou estivale) des ressources en eau douce ou potable ;

· les incendies de forêts, les maladies ou l'attaque parasitaires des arbres dus au stress hydrique ;

· la régression et la dégradation des sols, la désertification et la salinisation;

· Le développement de maladies émergentes et la progression d' espèces invasives ;

· La chute de la productivité agricole, les pertes importantes de récoltes ou de cheptels ;

· Les remontées d'espèces animales, fongiques, végétales ou microbiennes dont certaines pourraient avoir un comportement invasif (Vissin, 2001).

L'adaptation comprend aussi les différentes mesures prises par des particuliers ou des systèmes pour éviter, résister ou tirer parti de la variabilité du climat et de ses impacts actuels ou futurs. Elle abaisse la vulnérabilité d'un système ou accroît sa résilience aux impacts.

Cependant, il convient peut-être de commencer par s'attarder sur l'inadaptation du langage. Le mot « adaptation » fait maintenant partie du vocabulaire général de la variabilité climatique en général. Mais que signifie encore l'adaptation ? La réponse à cette question est différente en fonction des endroits qu'on se trouve sur le globe.

Pour la plupart des populations des pays riches, l'adaptation est pour le moment un processus relativement indolore. Isolés par des systèmes de chauffage et de refroidissement, elles peuvent s'adapter à des conditions météorologiques extrêmes par le simple réglage d'un thermostat. Face aux menaces d'inondations, les gouvernements peuvent protéger les résidents à l'aide des systèmes de défense climatiques sophistiqués.

Pour la plupart des populations les plus défavorisées et les plus vulnérables du monde, l'adaptation signifie tout autre chose que le premier sens évoqué dans les pays riches. On sait que 2,6 milliards de personnes vivent avec moins de 2 dollars US par jour. Comment un pauvre agriculteur peut-il s'adapter lorsque les épisodes de sécheresse plus fréquents et des pluies plus réduites limitent la production ?

Peut-être en réduisant l'alimentation déjà insuffisante de son ménage, ou en déscolarisant ses enfants. Comment un habitant des taudis urbains vivant sous des feuilles de plastiques et de tôles ondulées s'adapte t-il à la menace que représentent les cyclones plus intenses ? Comment les populations de certaines régions de basses altitudes sont-elles supposées s'adapter à l'inondation de leurs maisons et de leurs terres ?

L'adaptation devient un euphémisme pour l'injustice sociale à échelle mondiale. Alors que les citoyens du monde riche sont protégés des dommages, les populations pauvres, vulnérables et affamées doivent faire face à la dure réalité des variabilités climatiques au niveau de leur vie quotidienne. Exprimé sans complaisance, les pauvres du monde sont lésés par un problème dont ils ne sont pas responsables.

A titre d'exemple, on sait que le bilan carbone d'un fermier tchadien ou d'un habitant des bidonvilles sud africains est à peine visible dans l'atmosphère, pourtant, ils sont les premiers à subir les contrecoups des GES. Rien de tout cela n'est inéluctable.

4.4. Impact

Selon le dictionnaire des Nations Unies sur le développement durable, on entend par impacts "Toute modification de l'environnement, négative ou bénéfique, résultant totalement ou partiellement des activités, produits au service d'un organisme". Le terme impact exprime aussi la variation de bien-être des populations provoquée par les rétroactions de la variabilité climatique sur les systèmes naturels et l'activité humaine.

Ces rétroactions sont nombreuses, d'autant qu'elles sont parfois enchevêtrées au travers des tissus économiques et sociaux. Citons par exemple les effets de synergie (diminution du rendement des cultures, tensions sur les ressources en eau, avec des impacts non négligeables pour des systèmes de production intensive irriguée), les effets de propagation sectoriels et régionaux (conséquences socioéconomiques d'un choc dramatique sur une culture comme le café), l'in?exion des dynamiques économiques de long terme (baisse de productivité, accélération de l'obsolescence du capital installé, perte de con?ance des investisseurs devant des projets devenus plus risqués) et les risques d'une mal adaptation en raison de l'incertitude sur les impacts futurs. La figure N°1 qui représente le schéma conceptuel de la vulnérabilité nous permet de mieux apprécier ce phénomène.

Variabilité climatique

Risques

Sécheresse

Inondation

Température extrême

Vents violents

Erosion

Vulnérabilité des écosystèmes

Mares

Marigots

Vallées

Végétation

Fleuves

Forêts

Berges

Agrosystèmes

Sols

Agrosystèmes

Forêts

Etang

Végétation

Marigot

Végétation

Sols

Feux de brousse

Sols

Fleuves

Berge

Tombée des arbres

Impacts environnementaux

-Tarissement des eaux, -difficultés d'exploitation de la vallée, -détérioration de la végétation

-Difficultés d'exploitation agricoles, -érosion, - fort ruissellement,

Stress des plantes, maladie, Evaporation et Evapotranspiration des plantes, mort des bétails

Destruction des arbres et des toitures, dégradation des sols,

Dégradation des sols à travers les pluies torrentielleset les vents forts

Impacts socio-économiques et culturels

Baisse de rendement agricole, baisse de revenu, mort du cheptel, exode rural, famine, maladie, changement d'habitude alimentaire

Famine, maladies hydriques, déplacement des populations, perte en vies humaines, conflit agriculteurs-éleveurs

Recrudescence des maladies, mauvaises récoltes, mort du bétail, mort des personnes à travers les canicules,

Famine, pression de l'homme sur le sol, litige et conflits sociaux

Baisse de rendement, coût de production élevé

Mesures d'adaptation

Abandon des cultures plus exigeantes en eau, semence de variété précoce, zaï, cordon pierreux, semis hâtif, rétention d'eau

Technique des épis de berge, barrage seuil en gabion, lutte biologique contre les parasites

Protection des personnes âgées, des enfants et des animaux à l'ombre, plantation des arbres,

Plantation des arbres, des haies vives, installation des brises vent à travers les ceintures vertes,

Utilisation des cordons pierreux,

Aménagement des berges ;

Canalisation de l'eau ;

Plantation des arbres

Figure 1 : Schéma conceptuel de la variabilité climatique et de ses impacts

5. Les Objectifs

L'objectif principal de cette thèse est de faire une évaluation générale de la vulnérabilité de la région du Mandoul face à la variabilité climatique à travers le degré d'exposition des populations de la région du Mandoul, et aussi, de savoir comment ces populations sont préparées par rapport aux changements du climat. L'étude se focalisera sur les dynamiques observées sur les cinquante dernières années (1960-2009) pour mieux analyser et diagnostiquer les futures échéances selon les horizons.

Les objectifs spécifiques sont les suivants :

a- Décrire le contexte géographique de Mandoul dans ses diverses composantes ;

b- Analyser et caractériser la variabilité climatique de la région de Mandoul ;

c- Evaluer l'impact de la variabilité climatique sur les systèmes de production agricole;

d- Evaluer l'impact de la variabilité climatique sur les systèmes d'élevage ;

e- Identifier les modes d'adaptation des systèmes agricoles productifs;

f- Identifier les modes d'adaptation des activités pastorales à la variabilité climatique.

6. Hypothèses de recherches

Au regard de ce qui précède, nous formulons l'hypothèse générale selon laquelle la variabilité climatique affecte de manière négative et de plus en plus croissante les productions agropastorales dans un contexte où les stratégies mises en place par les acteurs sont inefficaces parce que mal coordonnées. Elle est sous tendue par six (6) hypothèses secondaires :

a- Située en zone soudano-sahélienne, la région de Mandoul présente une fragilité intrinsèque ;

b- Les années et décennies les plus récentes sont plus déficitaires au plan de la pluviométrie ;

c- Les paramètres clés d'évolution du climat peuvent être corrélés avec la production agricole ;

d- Les paramètres clés d'évolution du climat peuvent être corrélés avec la production pastorale ;

e- Face à la variabilité climatique, les agriculteurs adaptent des semences et diversifient les champs ;

f- Face à la variabilité climatique, les éleveurs renforcent les itinérances et adoptent des réponses plus individuelles que collectives ;

Ces hypothèses nous suggèrent une démarche méthodologique conséquente.

7. Données et méthodes

7.1. Les Données :

Les données météorologiques : Il s'agit dans cette section de préciser la source des données collectées et de montrer leur utilité. Ce sont : les données météorologiques, hydrologiques, forestières, agro économiques et sociales. Les stations pluviométriques retenues obéissent à des critères de longueur de séries et de qualité des données, comme prévu par l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM).

Les données climatiques utilisées dans cette étude sont la pluviométrie, la température de l'air et l'humidité relative de l'air. Elles ont été collectées auprès du service de météorologie nationale. Les pluies journalières des stations de Bekamba, Koumra, Doba, Moundou, Bongor et Sarh couvrent la période 1960-2009. Ces données sont assez homogènes, de bonne qualité et représentatives de la zone d'étude. En ce qui concerne les températures et les humidités relatives de l'air à ces mêmes stations, elles couvrent respectivement les mêmes périodes. Les périodes des données de température et d'humidité de l'air sont liées à la disponibilité de ces données au niveau du service de météorologie nationale. Les données utilisées ont servi à l'étude de la variabilité climatique dans le temps et dans l'espace ainsi qu'à son impact sur les régimes climatiques saisonniers dans la région du Mandoul.

Le réseau des stations et postes pluviométriques du Tchad est l'un des moins denses de la sous région. Certains relevés pluviométriques sont de bonne qualité sans interruption significative depuis la date de leur installation, c'est le cas de la station de Koumra et de Moundou qui ne comportent pas trop de lacunes. D'autres relevés pluviométriques comportent des lacunes au seuil tolérable d'au plus 5%, ils ont été contrôlés et considérés de qualité satisfaisante, c'est le cas pour les stations synoptiques de Doba, Sarh, Ndjamena, et Bongor ayant donc la capacité de fournir des données climatologiques complètes. Après le test d'homogénéité, ces stations ont été retenues. Avec une superficie de 167.800 km², cela représente une densité moyenne d'une station pour 41.950 km², ce qui est extrêmement faible. Cette situation pose un problème pour l'analyse des données climatologiques à des échelles spatiales fines (Brou, 2005) quand on sait que l'une des caractéristiques principales du climat tropical est sa très forte variabilité spatiale, surtout en ce qui concerne le paramètre pluviométrique.

Les relevés des stations climatologiques et postes pluviométriques de la zone d'étude ont été abandonnés au motif qu'ils présentent de nombreuses irrégularités et d'importantes lacunes liées à la guerre qu'à connu le pays. Ainsi, la plupart de ces stations non seulement n'ont pas de données normales et régulières, mais ne sont plus en état de fonctionnement entre la fin des années 70 et le début de la décennie suivante, alors qu'elles appartiennent à la génération 50. En 2000, même si on constate la remise en marche de quelques stations et postes pluviométriques à Monkara, Montian et Bedaya, ces postes sont souvent tenus par des bénévoles ou auxiliaires sans compétence recrutés pour la cause par l'ONDR.

Les soubresauts militaro-politiques et la conjoncture économique que connaît le pays depuis 1990, ont aggravé les difficultés matérielles déjà récurrentes sur le terrain : vétusté des appareils de mesure, manque de personnel qualifié, maintenance et entretien non performants des équipements, retard chronique dans le versement de salaire, source de démotivation, d'où l'irrégularité et la fréquence élevée des données lacunaires. Une critique rigoureuse de l'ensemble des observations nous permet cependant d'affirmer que celles retenues pour notre étude sont de bonne qualité. Ainsi, compte tenu de l'objet principal de l'étude qui vise l'analyse de la variabilité climatique et des tendances pluviométriques, la collecte des données s'est limitée aux stations de longues séries d'observation.

Les données écologiques, agro économiques et sociales : Les données écologiques sont recueillies au Centre National d'Appui à la Recherche et l'ITRAD de N'Djamena, Bebedjia et à la Représentation de la FAO à Tchad. Les données agro-économiques et sociales ont été collectées auprès de la Direction de l'Institut des Statistiques, des Etudes Economiques et Sociales (DSEES).. Il s'agit d'indicateurs permettant de comprendre les relations entre les hommes et les écosystèmes naturels. Sur le terrain, les informations recherchées sont qualitatives et quantitatives portant par exemple sur la perception locale de la variabilité climatique et ses enjeux, les techniques d'adaptation, l'évolution spatio-temporelle des différentes activités agropastorales, les stratégies des acteurs locaux (migrations, gestion de l'espace), et enfin les politiques environnementales. Malheureusement, depuis quelques années, il est difficile d'exploiter les bases de données nationales car les informations récentes sont éparses et de moins en moins centralisées pour les mêmes motifs relatifs aux relevés pluviométriques. Pour ce faire, le test d'homogénéité a été systématiquement appliqué aux séries.

Homogénéisation des séries pluviométriques : L'étude de l'évolution des précipitations ne peut utiliser les données hétérogènes. Plusieurs méthodes statistiques permettent de tester l'homogénéité des séries pluviométriques avant l'utilisation. Parmi elles, nous avons retenu pour sa pertinence et sa simplicité, le test graphique des doubles cumuls ou de cumul simple des totaux pluviométriques annuels (Escourou, 1978). Il s'agit de savoir si les données d'observation sont fiables, donc utilisables telles quelles. En effet, les changements d'observateurs, de déplacements et de fermetures de postes, occasionnent de ruptures de continuité dans les séries. Ces aléas peuvent expliquer la présence d'hétérogénéité dans les données. L'intérêt des conclusions des tests apparaît au cours de la classification des régimes pluviométriques et lors de la constitution de la matrice des données en vue d'une étude globale de l'organisation du champ pluviométrique.

7.2. Choix des méthodes et des tests statistiques

Il n'existe pas de procédés générateurs d'information en dehors des procédés de mesure (Laborde, 2005). Cet adage, vieux comme le monde, s'applique à toute démarche scientifique et à la climatologie en particulier. Depuis des siècles, l'étude du climat suscite l'intérêt de l'homme aussi bien d'un point de vue fondamental de compréhension des phénomènes, que d'un point de vue plus appliqué de prédétermination des risques et contraintes pour les activités humaines. L'étude de la pluviométrie et de sa variabilité climatique nécessitent de disposer de longues et de plusieurs séries d'observations, soumises préalablement au test d'homogénéité et à l'assurance de leur fiabilité.

Pour ce faire, l'informatique aura servi comme outil d'aide aux traitements statistiques des données dans cette étude diagnostique du climat, surtout lorsqu'il s'agit d'une approche exploratoire à plusieurs variables. Les méthodes statistiques ont permis d'analyser l'organisation de l'espace géographique sur le plan pluviométrique. C'est dans cette optique que Bouroche et Saporta (1980), cités par Houndénou (1999) et Vissin (2001), ont montré l'importance des techniques statistiques qui donnent un aperçu général des paramètres météorologiques et mettent en relief les liaisons, les ressemblances et les dissemblances qui existent entre les données de différentes stations.

Les données statistiques utilisées dans ce travail sont essentiellement quantitatives. Nous les avons traitées au Laboratoire du CNAR. La synthèse et l'essai d'explication des résultats ne se sont pas avérés fastidieux car rendus aisés par l'ensemble constitué des tableaux et graphiques. Outre les analyses statistiques classiques, nous avons utilisé pour l'analyse des séries continues une procédure de segmentation qui vise à tester leur stationnarité. Cette procédure permet de découper en autant de sous séries stationnaires que possible la série primitive.

7.3. ''' Méthodes d'étude de la variabilité climatique

''' Analyse de la température et de l'humidité relative de l'air : La température de l'air et l'humidité relative ont été analysées à partir de statistique descriptive (valeurs moyennes) et de représentations graphiques. Cette analyse a été effectuée à partir des stations synoptiques citées ci-haut et a permis de comprendre la variation saisonnière et interannuelle de la température et de l'humidité relative de l'air dans la région du Mandoul. En effet, ces différents paramètres influencent les précipitations de la zone d'étude.

''' Cartographie des indices pluviométriques : En vue d'apprécier l'évolution de la pluviométrie au cours des différentes années, la méthode de l'indice pluviométrique a été appliquée. Cette méthode a l'avantage de mettre en évidence les périodes excédentaires et déficitaires. Ainsi, pour chacun des postes pluviométriques retenus, un indice de la pluie interannuelle a été déterminé. Il se définit comme une variable centrée réduite exprimée par Servat et al., 1998 .

La représentation cartographique des indices pluviométriques interannuels, calculés par décennie sur la période 1960-2009, traduit l'évolution dans l'espace de la variable centrée réduite étudiée tout en soulignant les zones tantôt déficitaires, tantôt excédentaires. Cette cartographie a été réalisée à partir du logiciel Excel.

''' Analyse des jours pluvieux : L'étude de la variabilité du nombre annuel de jours de pluie a été très peu abordée au cours des travaux antérieurs (Servat et al., 1998). Pourtant, du point de vue climatologique, l'étude des jours pluvieux peut contribuer à améliorer nos connaissances sur les aspects des déficits pluviométriques saisonniers et annuels ainsi que sur les changements susceptibles d'affecter l'évolution des précipitations. En effet, ces déficits peuvent résulter de la diminution de la fréquence des fortes précipitations ayant atteint ou dépassé un certain seuil. Des points de vue agronomique et hydrologique, la diminution de la fréquence des fortes pluies et la répartition des pluies au sein de la saison sont des données importantes. Elles doivent être prises en compte dans la modélisation de la variation du taux d'humidité du sol, dans le calage des ouvrages évacuateurs des eaux de ruissellement et d'irrigation ainsi que dans les modèles de prévision des crues des rivières. Un consensus s'est établi : la sécheresse subie constitue une séquence anormale vis-à-vis de la variabilité pluviométrique du 20e siècle. L'ampleur de ses conséquences dépendra de la durée de cette persistance et du déficit pluviométrique qui en découlera. Ainsi, une caractérisation des régimes pluviométriques ne peut donc se limiter à une analyse statistique simple de cumuls pluviométriques. Elle doit aussi comporter les fréquences des jours pluvieux. En effet, la pluie n'est pas un phénomène continu. Les précipitations surviennent au cours d'événements pluvieux de durées variables se succédant suivant des intervalles de temps variables.

7. 4. Une démarche IMRAD combinée avec le modèle Pression- Etat -Impact- Réponse (PEIR)

Pour ce travail, l'outil d'analyse utilisé est « Pression-Etat-Impact-Réponse » (PEIR). Il modélise le cadre conceptuel et théorique. En effet, le modèle PEIR est un outil d'analyse et de gestion environnementale. Il a été élaboré par les chercheurs de l'OCDE (1997) pour prévenir les effets directs et indirects du fonctionnement de l'environnement considéré par l'ensemble de ses composants comme un système. L'un des avantages du modèle PEIR est qu'il facilite la connaissance dans le domaine de l'évaluation intégrée des composantes socio-économique, politique et environnementale. Son but permet d'identifier les tendances et les solutions durables aux problèmes environnementaux, en fondant l'analyse de l'état de l'environnement sur des facteurs causaux de la composante étudiée. C'est dans ce sens que le calage du modèle PEIR est possible dans le contexte de la région du Mandoul.

Ce diagnostic est fait généralement d'un état des lieux de la zone de l'étude. Ce qui permet de connaitre les travaux effectués dans le domaine de recherche, les points forts et les insuffisances. Pour cela, nous avons besoin des informations adéquates sur les producteurs, leurs conditions de travail, leurs méthodes, les contraintes auxquelles ils doivent faire face par rapport à la vulnérabilité liée aux effets néfastes du climat etc. L'un des schémas possible pour mener ces études est le modèle Pression- Etat-Impact- Réponse (PEIR) qui étale des relations de base entre :

· Les pressions exercées sur l'environnement par la société humaine ;

· L'état ou la condition qui en résultent sur l'environnement ;

· La réponse de la société à ces conditions afin d'atténuer les impacts négatifs.

Les Pressions sont classées parmi les facteurs ou causes sous-jacents telles que la croissance démographique, la pauvreté, la consommation, etc.

L'Etat se rapporte à la condition de l'environnement telle qu'elle résulte des pressions précédentes (la dégradation des sols, la déforestation...)

La Réponse est l'élément de la méthode PEIR qui se réfère aux actions menées par la société, tant sur le plan individuel que collectif, destinées à atténuer ou à prévenir les impacts négatifs sur l'environnement, tout en corrigeant les dégâts existants ou en préservant les ressources naturelles.

7. 5. Définition de l'aire d'étude

L'aire d'étude est définie en fonction de deux macros facteurs suivants :

Les facteurs socio-économiques : nous avons choisi une zone autour des sous-préfectures de Koumra, Moïssala,Béboro,Goundi, Bekamba, Begara et Dembo qui présentent une similitude de situations économiques de par l'influence des activités agro-pastorales.

Les facteurs écologiques : nous avons choisi de nous placer dans une zone relativement homogène d'un point de vue bioclimatique, de façon à éliminer les gradients de variations des facteurs climatiques et du milieu naturel qui sont susceptibles d'influencer la composition et la structure végétale ainsi que la structure des sols.

7.6. Les références théoriques

Les références théoriques nous ont permis de mener une réflexion suivant laquelle s'opèrent l'analyse des faits et les processus identifiables de terrain. Ainsi donc, notre première étape de diagnostic constitue la revue de littérature suivie des enquêtes.

Ø Recherche documentaire et revue de la littérature

La recherche documentaire et la revue de la littérature ont permis de dresser l'état des lieux de la question et d'affiner les pistes de recherches. Cette première approche a consisté en une revue de documents consultables au niveau de plusieurs sites au Tchad et au Cameroun:

· La Bibliothèque Universitaire (BU) de l'Université de N'Djamena;

· L'Institut Tchadien de Recherche pour le Développement (ITRAD) de N'Djamena et Bébédjia;

· La Bibliothèque de l'Institut des Sciences de l'Environnement (ISE) à Sarh au Tchad;

· La Bibliothèque du Département de Géographie de l'Université de Ndjamena;

· La Bibliothèque du Département de Géographie de l'Université de Yaoundé I ;

· La Bibliothèque Centrale de l'Université de Yaoundé I ;

· La Bibliothèque de Cameroon Environmental Watch (CEW) à Yaoundé ;

· L'Institut National des Sciences Humaines (INSH) à N'Djamena;

· La Direction de l'Environnement et des Ressources en Eau de N'Djamena;

· La Direction de l'Agriculture de N'Djamena;

· La Direction des Ressources en Eau et de la Météorologie (DREM) de N'Djamena;

· La Bibliothèque Centrale du Centre Régional d'Education et de Formation Environnementale pour Lutter contre la Désertification (CREFELD) à Sarh;

· Le Centre National d'Appui à la Recherche (CNAR) de N'Djamena;

· La Bibliothèque du Centre d'Etude et de Formation pour le Développement (CEFOD) de N'Djamena;

· Les sites internet, le logiciel de recherche Encarta, les dictionnaires ont été consultés.

L'exploitation des documents a constitué le point de départ. Elle a consisté à la lecture des ouvrages tant généraux que spécialisés (thèses, mémoires, archives, textes officiels, rapports, cartes, journaux etc.) ayant un rapport direct ou indirect avec notre thème ou le site de notre étude. L'objectif de cette exploitation documentaire est celui de trouver une inspiration pour l'originalité du travail.

La revue des documents nous a ainsi permis de nous rendre compte qu'à part quelques études socio économiques menées sur la zone, la région n'a pas fait l'objet d'études spécifiques sur la variabilité climatique. Par conséquence, nous orientons notre travail dans ce contexte novateur et d'actualité. Sans prétendre combler totalement ce vide, nous espérons que ce travail contribuera à pallier en parties certaines lacunes.

7.6.1. La collecte des données de terrain

Deux sources ont été privilégiées dans cette phase. Il s'agit des données de sources primaires recueillies à partir des travaux de terrains (cartographie, observations directes ; entretiens, concertations participatives, enquêtes par questionnaire...) et des données secondaires à travers les documents relatifs à notre thème disponibles dans les différents centres de documentation.

7.6.2. Démarches méthodologiques de terrain

Le souci permanent d'essayer d'atteindre les objectifs que nous nous étions assigné au départ de pouvoir harmoniser, à défaut d'améliorer la méthodologie, reste de rigueur. Pour des raisons de commodité, nous présentons l'arborescence de la méthodologie générale qui sera progressivement approfondie tout au cours de ce travail.

Cela permettra de maintenir l'option méthodologique, étant donné que nous considérons ces importants renseignements comme moyens de validation et de garantie de ce travail. Les objectifs recherchés justifient le recours à deux séries de données en nous basant sur la méthodologie de technique de mesure suivantes:

La collecte de données quantitatives ;

La collecte de données qualitatives.

Les observations de terrain nous ont permis d'apprécier l'ampleur de la vulnérabilité de la région à travers la dégradation des sols et l'état actuel de la végétation dans sa diversité. A cet effet, plusieurs voyages de terrain ont été effectués. Le premier voyage qui a duré 21 jours a eu lieu dans 12 villages de la région. Une enquête auprès des groupements villageois de Kol, Bekamba, Bediondo, Kaba 6, Mainané, Dilngala, Doro, Bedaya, Bessada, Koko, Kotkouli et Peni.

Après le premier voyage, un deuxième voyage de deux semaines a eu lieu et nous a permis de discuter avec les autorités administratives des départements ainsi que les leaders d'associations et les responsables des ONG exerçant dans la localité sur les différents sujets liés à la variabilité climatiques et ses impacts sur la région. Il s'agit de World vision, Proadel (Projet d'Appui au Développement Local), ONDR (Office Nationale de Développement Rural), Baoba (Bureau d'Appui aux Organisations de Base) etc. Tous ces aspects sont reflétés dans le graph méthodologique ci-après (Figure 2).

Démarche méthodologique

Recherches documentaires

Collecte des données de terrain

Instituts, Centres de recherche, Bibliothèques, Directions, Internet, etc.

Quinze villages de la région du Mandoul

Travaux de reconnaissance

Données quantitatives

Données qualitatives

Questionnaire, Enquête-ménage à un échantillon de quinze villages, entretien, interview.

Identification des impacts liés aux variabilités climatiques et validation

Enquête informelle

Production des cartes et des photos

- Premières conclusions et orientations

- Traitement et analyse des données

Résultats

Réflexions et analyses

Vulnérabilité et adaptation des activités agropastorales à la variabilité climatique

Prospectives

Figure 2 : Arborescence de la démarche méthodologique 7.7.. La collecte des données quantitatives

L'enquête-ménage, le suivi et l'inventaire sont les moyens de recherche diagnostique auxquels nous avons recourus. Ils ont constitué une phase clé de ce travail de recherche tant par leur durée, leur complexité que par les informations obtenues.

L'enquête-ménage

Elle a été guidée par les objectifs principaux ainsi que notre connaissance du milieu. Les questions pour une première phase, délibérément simples et pour l'essentiel ouvertes, offrent à l'individu interrogé un large champ de formulation des réponses. Les fiches d'enquête ont été adressées en partie au Chef de ménage et à l'une ou plusieurs de ses épouses, selon le cas, leur disponibilité et la question. Les réponses obtenues ayant été maintenues et au besoin réactualisées par la suite.

L'administration du questionnaire

A notre arrivée au village, la prise de contact avec les autorités administratives et traditionnelles a été suivie de deux journées de sensibilisation sur l'objet de notre étude auprès des responsables d'associations, des religieux, des ONG et de certaines personnes très impliquées dans les activités communautaires. Toutefois, mettant à profit toutes les occasions, en dépit des nombreuses réticences et méfiances à l'interrogation, plusieurs tentatives et suggestions nous ont conduits à identifier plusieurs villages.

La collecte des données qualitatives

Pour être mieux analysées, bon nombre de données quantitatives requièrent souvent un certain nombre d'observations supplémentaires que notre temps de présence ne permet pas d'obtenir ou de comprendre. Cela aurait souvent exigé un plus long séjour qui, malgré tout, n'aurait pas systématiquement résolu les ambiguïtés. Ce qui suggère de recourir à des moyens alternatifs et complémentaires pour combler ces lacunes. Cette approche ne doit pas pour autant conduire à faire abstraction d'un esprit d'analyse, critique au besoin et surtout objectif. Les données qualitatives auront eu le mérite de combler les limites des données quantitatives. En effet, les indicateurs quantitatifs ne peuvent solitairement apporter une réponse complète aux questions soulevées par un constat en vue d'une analyse.

Les données qualitatives reposent sur des témoignages, des enquêtes et sur l'observation, pour l'essentiel, des éléments de la MARP dont le Guide d'entretien et les interviews semi-structurés. Leurs recoupements avec d'autres informations ont permis de limiter ainsi les biais. Par ailleurs, cela constitue un excellent moyen de faire partager les connaissances des autochtones sur la question et d'intégrer les atouts, les contraintes et les solutions proposées dans le cadre des problèmes locaux identifiés à la base. Les données recueillies sont surtout relatives :

- au système d'exploitation agropastoral ;

- à la gestion des questions foncières en relation avec notre champ d'intervention;

- aux modifications observées durant ces cinquante dernières années;

- aux stratégies d'adaptation développées;

- à l'appréhension et la perception locale du phénomène.

Ces différents entretiens nous paraissaient aussi importants que nécessaires. Par sa rigueur et ses procédures de recoupement de l'information, ils permettent d'en réduire voire combler les insuffisances. Toutes les occasions susceptibles de fournir de l'information qualitative n'ont pas été ménagées.

7.8. L'échantillonnage 

Les populations des villages choisis ont constitué notre univers d'enquête. Pour le choix de l'échantillon, nous avons adopté la méthode aléatoire qui a l'avantage d'offrir « au chercheur une certaine garantie lors du processus de généralisation » Gauthier B (1990). Ce choix s'est fait en deux étapes à savoir la définition des strates et le choix de l'échantillon final. Pour ce faire, nous avons procédé à un filtrage à trois conditions des données sur ces densités à partir du logiciel Microsoft Excel.

La condition 1 est la valeur comprise entre 70 et 150 habitants au kilomètre carré ; la condition 2 est celle qui est comprise entre 30 et 69 habitants au kilomètre carré ; la condition 3, la valeur comprise entre 1 et 29 habitants au kilomètre carré. Faute d'avoir des données exhaustives sur les superficies des villages, ce traitement s'est appliqué uniquement au niveau de 10 cantons de la région qui constituera la zone d'étude.

Ainsi, trois strates ont été définies : Pour ce faire, les niveaux de vulnérabilité sont a priori déterminés hypothétiquement en fonction de la rudesse du climat en supposant qu'elle serait déterminante et modulerait la vulnérabilité. Sur cette base sont distingués, les cantons présentant de vulnérabilité avancée, les Cantons présentant des vulnérabilités moins avancées et les cantons présentant des faibles vulnérabilités face aux aléas climatiques. Néanmoins, un traitement similaire a été appliqué au niveau des villages avec pour critère de discrimination l'effectif en chiffre absolu de la population de ces villages au dernier recensement général de la population de 2009. Trois conditions ont également servi à ce filtrage.

La première condition est la valeur supérieure à 1000 habitants ; la deuxième est la valeur comprise entre 999 et 500 habitants et la troisième, la valeur inférieure à 500 habitants. Cependant, l'analyse croisée des résultats de deux filtrages nous permettra de constater que les cantons supposés avoir une faible densité de la population sont parfois composés des villages à fort effectif de population.

Inversement les villages à faible effectif de population appartiennent quelquefois à des cantons densément peuplés. Il sera ainsi donc difficile de se baser sur un seul filtre pour déterminer un échantillon représentatif. Raison pour laquelle, après croisement des résultats des deux filtrages, nous opterons pour les villages répondant aux critères de discriminations utilisées dans ces traitements. Ainsi, notre échantillon final a été choisi dans les strates suivantes : d'abord dans les villages à fort effectif de populations appartenant à des cantons présentant des fortes vulnérabilités; ensuite des villages à effectif moyen de populations appartenant à des cantons présentant des vulnérabilités moyennes et enfin des villages à faible effectif des populations à des cantons présentant des faibles vulnérabilités. Ces trois strates constituent les sous populations dans lesquelles est choisi notre échantillon final. Les villages concernés par cet échantillon ont été soumis à un tirage exhaustif sans remise pour constituer un nombre de 250 à enquêter.

7.9. Le traitement des données 

Les informations quantitatives et qualitatives sur les variabilités climatiques ont été combinées pour des besoins d'analyse. L'examen de leur traitement constitue un moyen pour mieux comprendre, corriger des apparences souvent prises pour des réalités, alimenter le débat et davantage cerner le cadre contextuel.

Après l'enquête et la vérification des documents, les données ainsi collectées ont été d'abord rassemblées en vue d'une éventuelle exploitation. Ensuite, nous avons procédé au dépouillement. Les informations convergentes ont été regroupées. Les grandes tendances dégagées ont fait l'objet d'analyse pour être ensuite interprétées.

Les autres informations et non les moindres sont également prises en compte et intégrées à l'analyse. Cela a permis d'avoir une idée globale de la situation socio économique qui prévaut au niveau de la région et de la vulnérabilité.

Les fiches de questionnaires d'enquête ont été dépouillées, saisies et compilées sur le logiciel Epinfo ou tout autre logiciel adapté pour être par la suite traitées et analysées sur SPSS. C'est à l'issue de ce travail d'analyse et de traitement que la phase de rédaction a commencé véritablement. Elle a consisté à organiser les idées et à les ordonner autour d'un plan basé sur l'arborescence de la démarche méthodologique.

7.10. Intérêt de l'étude

Cette étude présente plusieurs enjeux. D'abord du point de vue théorique, elle apporte un éclairage sur l'évaluation des populations locales de la région de Mandoul face au défi imposé par la dynamique climatique. Les différentes hypothèses évoquées permettent de savoir si les populations se sont déjà préparées ou se mettent en oeuvre pour des nouvelles formes aux phénomènes.

Ensuite, du point de vue appliqué, la dimension régionale de l'étude est indispensable pour l'accompagnement des politiques publiques. Il s'agira de mettre à la disposition des acteurs et décideurs, un outil permettant de mieux appréhender les enjeux des variabilités climatiques dans la région.

7.11. Organisation de la rédaction

L'étude de vulnérabilité et d'adaptation des populations locales à la variabilité climatique dans la région du Mandoul au Tchad passe par l'analyse d'un certain type de variables relevant des domaines socio démographiques, socioéconomique et biophysique. Les variables socio démographiques sont nécessaires pour l'étude des facteurs de croissance démographique, le processus de densification de l'espace et ses incidences sur la modification ou la transformation du milieu naturel tandis que les variables socioéconomiques permettent l'analyse du fonctionnement des systèmes de productions et des modes d'exploitation et de gestion de l'environnement.

Les variables biophysiques ou écologiques quant à elles, servent à l'appréciation quantitative et qualitative de la dynamique de l'espace et des problèmes environnementaux liés aux différentes modes d'exploitation des ressources naturelles. A la lumière de ce qui précède, nous avons scindé nos travaux de recherches en trois grandes parties :

- La première partie présente le milieu d'étude dans son cadre naturel vulnérable avec une forte pression démographique et une régression d'un espace multifonctionnel sous l'effet du climat. Elle analyse les traits bioclimatiques et les indicateurs environnementaux et socio-économiques de la région.

- La deuxième partie décrit et quantifie les activités agropastorales et les variabilités climatiques, ceci permet d'établir la vulnérabilité des milieux à la variabilité et aux fluctuations climatiques actuelles (échelles saisonnière et interannuelle). Une section est consacrée à l'estimation des risques agricoles et pastoraux consécutifs à un climat modifié ainsi que ses impacts socio-alimentaires au regard des tendances futures.

- Enfin, la troisième partie de la thèse présente les principaux résultats d'analyse issus des scénarios climatiques, de la simulation des climats futurs et du bilan de la susceptibilité des écosystèmes naturels. Dans cette dernière partie, il est envisagé l'évaluation de l'efficacité des mesures d'adaptation existantes afin d'étudier la possibilité de préconiser des nouvelles options d'adaptation des agrosystèmes comme résilience ou réponse aux effets néfastes du climat.

7.12. Domaines d'application potentiels des résultats de la thèse

Conformément au libellé du thème, la présente étude doit déboucher sur les résultats suivants :

Ø L'analyse diachronique permettant aux agriculteurs et aux éleveurs de faire face aux aléas climatiques de plusieurs façons: par le boisement des arbres, la réduction de la jachère, l'accroissement de la couverture végétale, l'amélioration de la gestion des pâturages, la modification des espèces fourragères et des races animales ;

Ø L'utilisation plus efficace des engrais organiques, la sélection des semences améliorée ;

Ø La promotion de l'utilisation de technologies agricoles appropriées pour décourager l'agriculture itinérante, par exemple l'agriculture biologique ;

Ø La préparation des populations par rapport aux aléas climatiques;

Ø La mise à la disposition des producteurs et des décideurs le savoir indigène lié au climat.

Ø La corrélation entre les variabilités climatiques et l'influence des activités agro-pastorales dans la vulnérabilité des écosystèmes naturels ;

Ø La mise en évidence de la vulnérabilité de l'agriculture et de l'élevage par rapport à la variabilité climatique ;

Ø L'évaluation de l'efficacité des stratégies actuelles d'adaptation de l'agriculture et de l'élevage et en vue d'envisager les nouvelles options pour renforcer les mesures préconisées;

Ø Proposition de l'introduction des variétés de cultures aux cycles cours qui fournissent les rendements élevés dans des conditions ingrates ; par exemple, les variétés de sorgho et d'autres céréales à haut rendement, qui conviennent parfaitement aux zones non inondées.

7.13. Les difficultés rencontrées

Grâce à l'attestation de recherche délivrée à cette fin par le Chef de Département de Géographie de l'Université de Yaoundé1, notre stage a été possible et certains contacts ont été facilités. Le milieu d'enquête n'a pas été trop hostile car, les personnes contactées étaient assez disponibles pour répondre à nos questions et/ou nous donner accès aux centres de documentation. Cependant, il n'en demeure pas moins que l'insuffisance des centres de documentation relative au thème choisi ont rendu un peu difficile la recherche. Une autre difficulté, qui n'est pas la moindre, est liée à l'insuffisance des moyens tant financiers que matériels.

A cela, il faut ajouter également l'inaccessibilité de certains villages due au mauvais état des routes. Cela nous a obligés à l'utilisation des moyens de transport à risques élevé d'accidents. Les sorties en motos taxi, la traversée des fleuves en pirogue et la marche à pied sur des dizaines de kilomètres nous a exposé aux coupeurs de route et aux agressions de toutes sortes. Ailleurs, il faut de fois côtoyer des reptiles. D'autres contraintes tiennent à la traduction des entretiens qui, dans certains cas, allonge la durée des entretiens et peut remettre en cause la fiabilité des informations. L'indisponibilité des paysans en période de récolte nous a aussi obligés à nous rendre quelquefois aux champs pour recueillir les informations. La majorité de la population étant analphabète, l'approche participative a souffert de ce que les paysans avaient des difficultés à cerner les questions qui leur étaient posées. Au final, la méthodologie adoptée pour notre travail se résume à la matrice synthétique représentée dans la figure N°3.

40

Questions de recherche

Objectifs spécifiques

Hypothèses

Méthodologie adoptée

Chapitres

Quelles sont les spécificités géographiques de la région de Mandoul ?

Décrire le contexte géographique de Mandoul dans ses composantes

Situé en zone soudano-sahélienne, la région présente une fragilité intrinsèque

Recherche documentaire, revue de la littérature, enquête et entretien

Contexte géographique de la région du Mandoul

Comment se manifeste la variabilité climatique dans la région du Mandoul?

Analyser et caractériser la variabilité climatique de la région de Mandoul

Les années et décennies les plus récentes sont plus déficitaires au plan de la pluviométrie

Recherche documentaire, collecte des données de terrain, enquête et entretien,

Variabilité climatique de la région du Mandoul de 1960 à 2009

Quelles influences de la variabilité climatique sur les systèmes agricoles?

Evaluer l'impact de la variabilité climatique sur les systèmes agricoles

Les paramètres clés d'évolution du climat peuvent être corrélés avec la production agricole

Recherche documentaire, enquête, entretien et discussion de groupe

Vulnérabilité et impacts de la variabilité climatique sur le système agricole

Quelles influences de la variabilité climatique sur les systèmes d'élevage ?

Evaluer l'impact de la variabilité climatique sur les systèmes d'élevage

Les paramètres clés d'évolution du climat peuvent être corrélés avec la production pastorale

Enquête de terrain, entretien et observation directe

Vulnérabilité et impacts de la variabilité climatique sur le système pastoral

Quelles sont les réponses propres aux systèmes d'agriculture?

Identifier les modes d'adaptation des systèmes agricoles à la variabilité climatique

Face à la variabilité climatique, les agriculteurs adaptent des semences et diversifient les champs

Enquête de terrain, entretien et observation directe, analyse et traitement des données

Adaptation des systèmes agricoles à la variabilité climatique

Quelles sont les réponses propres aux systèmes d'élevage ?

Identifier les modes d'adaptation des activités pastorales à la variabilité climatique

Face à la variabilité climatique, les éleveurs adoptent des réponses plus individuelles que collectives

Analyse, traitement des données et rédaction de la thèse

Adaptation des systèmes pastoraux à la variabilité climatique

Figure 3 : Matrice synthétique de la recherche

PREMIERE PARTIE

CONTEXTE GEOGRAPHIQUE ET ANALYSE DE LA VARIABILITE CLIMATIQUE DANS LA REGION DU MANDOUL

La première partie de cette étude est consacrée à une étude diagnostique. Après un bref aperçu sur le Tchad, l'état des lieux de la région du Mandoul a été présenté. Le point est fait sur la situation géo-climatique et socio-économique de la région du Mandoul en insistant sur la relation de cause à effet qui lie les deux aspects. La péjoration climatique, à l'origine du déficit pluviométrique qui dure depuis une trentaine d'années, affecte dangereusement les ressources naturelles et par voie de conséquence l'environnement socio-économique de la région. Les potentialités et les contraintes du milieu biophysique sont aussi présentées en référence à la variabilité climatique. Ensuite, le chapitre 2 est consacré à l'analyse des variabilités pluviométriques de la région depuis 1960 à 2009. Il en ressort un déficit hydrique, dont les conséquences sont manifestes sur les principaux secteurs économiques à savoir l'agriculture et l'élevage.

CHAPITRE I : CONTEXTE GEOGRAPHIQUE DE LA REGION DU MANDOUL

Introduction :

L'objectif de ce chapitre est de présenter notre terrain d'étude, la région du Mandoul dans son contexte régional. Ainsi, nous aurons à présenter tout d'abord un bref aperçu sur le Tchad pour mieux situer le lecteur. Ensuite, une première analyse portera plus précisément sur le cadre biophysique, géographique et socioéconomique de la zone de l'étude et enfin, nous présenterons les principaux enjeux et contraintes liés à la variabilité climatique sur les activités agropastorales de la région.

1.1. Bref aperçu sur le Tchad

Vaste pays enclavé dans l'Afrique Centrale, le Tchad couvre une superficie de 1284000 Km2. Il appartient à la fois à la zone saharienne, sahélienne et soudanienne. Il est situé entre le 7ème et le 24ème degré de latitude Nord et le 13,25ème et le 24ème degré de longitude Est. A l'instar des autres pays sahéliens, le Tchad est largement tributaire des conditions climatiques et plus particulièrement de la pluviométrie. Le climat est de type tropical à deux saisons: une saison sèche et une saison de pluie.

Le relief du Tchad est accidenté avec une succession de plaines et de montagnes. La végétation se caractérise par des savanes boisées, arborées et des galeries forestières en zone soudanienne. La zone sahélienne est le domaine de la savane arborée et arbustive. La zone saharienne est caractérisée par la rareté de végétation rabougrie et des palmiers.

Le réseau hydrographique est important, caractérisé par le système Chari-Logone, des Lacs et leurs vastes plaines d'inondations ainsi que le potentiel en eaux souterraines

Le pays recèle d'importantes ressources naturelles, tant du point de vue des ressources en eau que des ressources floristiques, fauniques, halieutiques ou encore des ressources minières. Le Tchad compte environ 39 millions d'ha de terres cultivables (soit 30% du territoire) dont 20 millions d'hectares de terres arables (Lazarev, 2008).

Selon les résultats du RGPH 2009, la population est estimée à un peu plus de 11 944 000 en 2010, dont plus de 80 % vivent en milieu rural. Elle est caractérisée par une population jeune (55 %) qui s'accroît rapidement (3,4 % par an).

L'économie tchadienne est basée essentiellement sur les secteurs secondaire et primaire. Quoi qu'encore dépendante des variations climatiques, l'agriculture occupe la première place dans l'économie tchadienne avec des revenus situés à environs 45 % des recettes. Globalement 80 % de la population rurale vivent des activités agricoles (Inseed, 2005).

L'élevage représente un pôle important dans l'économie nationale. Il emploie 40 % des populations actives et contribue pour 13 % au PIB. La faune domestique est variée. On trouve au Tchad des caprins, ovins, bovins, camelins, équins, porcs et volailles dans presque toutes les zones bioclimatiques. Malgré la dégradation des ressources naturelles en général et des ressources hydriques en particulier, le Tchad dispose de potentialités considérables des ressources halieutiques. Les zones de pêche sont principalement constituées du Lac Tchad, des fleuves Logone et Chari, des lacs inférieurs et des plaines inondées.

Le potentiel halieutique est fortement dépendant de la pluviométrie. Il varie de 144.000 tonnes à 280.000 tonnes en période de bonne pluviométrie. La contribution de la pêche au PIB est d'environ 10 % Le secteur est en cours de structuration. Le Plan directeur de la pêche définit les axes stratégiques du sous secteur. Il a permis de dresser l'état des lieux et de définir les projets prioritaires du développement de la pêche et de la pisciculture. La production du pétrole à partir des champs pétroliers de Doba a été estimée à près de 250 000 barils/jour. Cette activité donne un nouveau souffle à l'économie tchadienne en injectant plus de 2,5 milliards de dollars US par période d'exploitation estimée à 28 ans.

Elle cause d'autres dommages à l'environnement car le pétrole Tchadien est drainé par pipeline sur une distance de 1096 km jusqu'à Kribi au large du Cameroun. D'autres bassins ont été découverts récemment dans les régions du Mandoul, du Moyen Chari, du Mayo Kebbi, dans le Kanem, etc. Ces réserves de pétroles, si elles arrivaient à être exploitées, contribueraient davantage à dégrader l'environnement si des mesures adéquates ne sont pas prises.

La question environnementale n'est pas un phénomène récent. Elle a commencé véritablement avec les sécheresses des années 1970 et 1980 où des modifications drastiques de l'environnement se sont produites. Les variabilités climatiques ont provoqué le déplacement des isohyètes vers le sud entraînant d'importants bouleversements des paysages. Cette situation est aggravée par la pression anthropique suite à une croissance démographique de plus en plus forte. A cela s'ajoute l'insécurité et les conflits armés récurrents, les problèmes du Darfour qui ont fait que le Tchad accueille de nombreux déplacés de l'intérieur et des pays voisins et cela n'est pas sans incidence sur l'environnement du pays.

Pour faire face à ces questions environnementales, le Tchad, à l'instar des autres pays de la sous-région, a mis au point une nouvelle orientation et des stratégies inspirées des conclusions des rencontres internationales en vue d'améliorer le cadre de vie des populations (Siadmadji, 1994). C'est ainsi qu'un certain nombre de programmes ont été élaborés parmi lesquels, le Plan d'Action National pour la Lutte Contre la Désertification (PAN/LCD) en 1999 et la SNRP (Stratégie National de Réduction de la Pauvreté) en 2003, le Plan National d'Action Environnemental (PNAE) 2004, la Stratégie Nationale et Plan d'Action en matière de Diversité Biologique (SNPA-DB) en 1992, le Schéma Directeur de l'Eau et de l'Assainissement (SDEA) en 2003, etc. Ces programmes ont inscrit dans leurs objectifs prioritaires la Protection, la Restauration des sols et l'amélioration des conditions de vie des groupes vulnérables avec une mention spéciale sur une agriculture productive et pérenne et un élevage durable et respectueux de l'environnement.

Sur le plan régional et sous régional, il convient de souligner que depuis des décennies plusieurs initiatives politiques ont été prises pour faire face aux défis de l'environnement. Parmi ces initiatives on peut citer l'adhésion du Tchad aux organisations inter-régionales ou internationales suivantes: Centre d'application de la Météorologie au Développement (ACMAD), Commission des Forêts d'Afrique Centrale (COMIFAC), Conférence sur les Ecosystèmes des Forêts Denses et Humides d'Afrique Centrale (CEFDHAC), Autorité du Bassin du Niger (ABN), Commission du Basin du Lac Tchad (CBLT), Comité Permanent Inter- Etat de Lutte Contre la Sécheresse au Sahel (CILSS), Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique(NEPAD), etc.

Sur le plan International, les débats sur les questions environnementales qui se déroulent aujourd'hui dans les instances internationales cherchent à identifier les moyens d'intégrer les instruments clés adoptés par la communauté internationale depuis le sommet de Rio en 1992. Il s'agit notamment, des Objectifs de Développement pour le Millénaire des Nations Unies (OMD) qui visent à réduire de moitié la pauvreté et l'insécurité alimentaire d'ici 2015.

1.2. Etude diagnostique de la région du Mandoul

La région du Mandoul (9,21o nord et 17,22o est) au sud du Tchad et sur les marges septentrionales de la République Centrafricaine, couvre 3 départements (figure 4) se trouve dans une ambiance de climat soudanien.

Source BCR, Moutedje 2007

Figure 4 : Zone d'étude dans le découpage régional du territoire tchadien1.2.1. Un climat soudanien contrasté

Par sa position géographique, la région est soumis à un système de deux vents : le vent de secteur Nord-est (Harmattan) qui est l'alizé issu des zones de hautes pressions de Libye et de la dorsale de l'anticyclone des Açores, puis le vent de secteur Sud-Ouest (mousson guinéenne) issu de l'anticyclone de Sainte Hélène. Le premier est un vent sec, froid pendant la période décembre-février et chaud en mars-mai. Le second est chaud et humide. Le contact dynamique de ces vents définit la zone de convergence intertropicale (ZCIT) appelée le front intertropical (FIT). La migration du FIT est fonction du comportement (renforcement/affaiblissement) des anticyclones.

De novembre à mars avec le renforcement des anticyclones des Açores et de Libye, et l'affaiblissement de l'anticyclone de Sainte Hélène, le FIT se trouve aux environs de 5°-7° N. Durant cette période, prédomine l'Harmattan. A partir d'avril, la légère remontée du FIT donne lieu à des précipitations dans la partie méridionale du pays.

Dans sa progression saisonnière, le FIT atteint sa position septentrionale la plus avancée (20°-22° N) en juillet-août, mois pendant lesquels tombent environ les trois quarts des précipitations annuelles. En septembre, les précipitations sont encore notables, mais le FIT rétrograde rapidement vers le Sud. La saison sèche s'installe vers la fin de ce mois ou début d'octobre mais, les pluies peuvent être observées jusqu'en novembre. Les précipitations sont marquées par une forte irrégularité dans leur répartition tant spatiale que temporelle. Cette irrégularité s'explique par l'importance de la distribution du flux de la mousson guinéenne, principale source d'humidité.

Les données climatiques utilisées pour nos travaux de recherches proviennent de la station météorologique de la zone d'étude. Il s'agit de la station du poste de l'ONDR de Koumra, chef lieu administratif de la région, qui se trouve à 395 m d'altitude, comparée à ceux de Doba, Moundou, Sarh et N'Djamena.

La région du Mandoul est soumise à un climat soudanien contrasté, singulièrement influencé par la proximité des fleuves Chari et Bahr Sara ainsi que la vallée du Mandoul. Ce climat succède à une nuance guinéenne au Sud. Au-delà, sur le reste du territoire tchadien, on passe à la zone sahélo-soudanienne (figure 5).

Figure 5: Zone bioclimatique du Tchad

Source : DREM, 2006,

Le régime alterné de mousson provoque dans la région des pluies, irrégulières, souvent violentes, étalées sur six mois selon la latitude, avec des chutes maximales en juillet et août, comme le montre le tableau 1.

Le régime thermique est caractérisé par une période froide (décembre, janvier et février) avec une température de 12°C à 25°C. Le maximum de température est atteint entre mars et avril 43° à 45°C.

Tableau 1 : Des saisons de la région du Mandoul

Saisons

Sèche

Pluvieuse

Air dominant

L'harmattan

La mousson

Mois

- Sec et frais entre Décembre et Février ;

- Chaud entre mars et mai

Humide et chaud entre mai et novembre

Source : CNAR, 2004.

Ce climat se caractérise d'une part par une forte insolation et une faible amplitude thermique annuelle et d'autre part par la distribution monomodale des précipitations. Cela se traduit par la succession d'une saison sèche de six mois et d'une saison pluvieuse de six mois. La saison sèche couvre la période allant du mois de novembre au mois de mai. Elle correspond au passage dans la région de l'harmattan venant du nord.

Ce passage est marqué par l'assèchement complet des herbes pendant que la majorité des arbres perdent leurs feuilles vers la fin de cette saison. L'atmosphère est chargée des fumées noires issues des feux de brousses et des particules de poussières soulevés par les vents : c'est la période des brumes sèches. La saison humide débute vers le mois de juin et atteint son paroxysme au mois d'août, la savane devient luxuriante. La hauteur des précipitations moyennes est au dessus de 950 mm.

Une enquête sur le terrain a montré que le réseau pluviométrique n'est constitué que de deux stations pluviométriques. La Direction des Ressources en eau et de la Météorologie (DREM) n'a qu'une seule station pluviométrique à Bekamba qui n'est plus tenue par un professionnel depuis 2000.

Avec la mutation des Chefs de Ferme de la Coton Tchad, les données se perdent au fur et à mesure. La taille de l'échantillon collecté est de 7 années d'observation (2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007 et 2008). Le poste pluviométrique de Koumra est tenu par les agents de l'ONDR. A ce niveau, la pluviométrie journalière des 50 dernières années est disponible, et c'est dans cette station que nous avons reçu des données pour nos analyses. Ces données ont été comparées aux données des stations de trois régions voisines et à celles de N'djamena. Le tableau 5 illustre la situation géographique de deux stations de la région d'étude.

Tableau 2 : Situation géographique du réseau pluviométrique

Station

latitude

Longitude

Altitude (m)

Koumra

8°55

17°33

395

Bekamba

8°42

17°22

380

Source: Monographies hydrologiques ORSTOM N°2

Le parc météorologique de la ferme de Bekamba, installé pour le suivi des cultures de la ferme Coton Tchad a été endommagé. C'est ainsi que nous avons collecté l'ETP moyenne mensuelle des cinquante dernières années de la station météorologique de Koumra. Cependant, il y a quelques données manquantes. Ces ETP ont été calculées par les agents de la DREM.

Une courbe représentative de l'ETP moyenne mensuelle a été tracée. La courbe montre que l'ETP moyenne mensuelle varie entre 100 et 200 mm. Le cumul moyen annuel est de 1725 mm. Quelques cas exceptionnels peuvent être énumérés ici :

o En Mars 2000, l'ETP a atteint un maximum de 225,4 mm ;

o Le cumul annuel en 2005 a atteint 2000 mm.

Le bilan hydrique annuel est donc déficitaire.

Figure 6 : Evolution moyenne de l'évapotranspiration potentielle de 1960 à 2009 à la station de Koumra

1.2.2. Un gradient morpho-topographique presque homogène

Le relief de la zone d'étude est essentiellement représenté par des plaines d'épandage surmontant des formations de socle précambrien. En observant les pentes, on s'aperçoit que le bassin du Mandoul est à un niveau plus élevé que celui du moyen Chari dans la région voisine. Ce dénivellement peut expliquer l'alimentation tardive et l'assèchement précoce de la vallée du Mandoul (Bricquet et al., 1997).

sommaire suivant










Bitcoin is a swarm of cyber hornets serving the goddess of wisdom, feeding on the fire of truth, exponentially growing ever smarter, faster, and stronger behind a wall of encrypted energy



"Entre deux mots il faut choisir le moindre"   Paul Valery