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Variabilité des espaces de d'évolution chez les personnes atteintes de maladies chroniques


par Paolo Danielis
Université de Bordeaux - Master Sciences de l'éducation 2020
  

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CONCLUSION

Comme nous avons pu le constater, l'observance est plus que jamais une dimension essentielle dans le processus de soins. En comparant les deux types de pathologie (cardiovasculaire et oncologique), nous avons mis en évidence plusieurs disparités. Si les deux groupes induisent des prises en charge médicamenteuses, ce sont principalement les pathologies cardiovasculaires qui nécessitent des changements profonds des habitudes de vie tels que l'alimentation et l'activité physique. Les patients de ce groupe sont formels : la guérison doit passer par eux, l'évolution de la maladie est dépendante de leur observance non médicamenteuse. Ainsi, nous voyons là que la part dévolue à ce type de patient est plus importante, demandant plus d'investissement pour ces derniers. D'ailleurs, ils témoignent avoir une certaine maîtrise sur ce qui peut leur arriver, bien qu'elle soit pour certains limitée.

Au sein même d'un groupe de pathologies spécifiques, nous remarquons que les patients rencontrent des obstacles différents qui font barrages à une bonne observance. A l'inverse, leur environnement est également doté de ressources qui sont bénéfiques à un changement des modes de vie. C'est ce que nous appelons l'espace de dévolution : milieu dans lequel le patient s'engage afin d'opérer les modifications nécessaires et où il n'a pas forcément la maîtrise. En fonction de chaque personne et de son affection, l'environnement va présenter des freins ou des aides à l'observance. Prenons par exemple M. Roger pour qui lutter contre la sédentarité a été difficile en raison de son travail et des habitudes qu'il avait intégrées depuis un long moment. Nous avons aussi l'exemple du changement d'alimentation qui a été difficile pour certains patients, et plus facile pour d'autres qui avaient l'habitude de bien manger ou pouvaient compter sur leur l'aide précieuse de leur femme dans la prise en charge de leur santé. Dans l'espace de dévolution, la notion de temporalité est importante. Les conditions de la dévolution se délitent avec le temps, c'est pourquoi certains changements sont durs à maintenir sur un temps long. Il y a aussi les récompenses petites-proches et grandes-lointaines qui peuvent amener à des formes d'irrationalité. Les variabilités des espaces de dévolution sont multiples et influent bien plus sur le niveau d'observance que les

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facteurs intrinsèques à l'individu. C'est pourquoi, parler de résilience n'a pas de sens dans la mesure où la dévolution n'a rien à voir avec quelques aspects cognitifs. L'observance va plutôt pré supposer des environnements qui vont être plus ou moins porteurs de cette dévolution. En cela, la responsabilisation qui pèse sur les patients qui n'arrivent pas à se prendre en charge est trop importante, certains milieux étant moins porteurs que d'autres en fonction de la pathologie. Certaines affections vont induire des formes éducatives qui vont faciliter la prise en charge par le patient alors que ce sera l'inverse pour d'autres. Le véritable danger ici serait de réduire le patient à ce qu'il peut ou ne peut pas faire. Les conditions de dévolution déterminent les résultats.

Dans la présente recherche, nous avons tenté de faire l'étude des conditions dans lesquelles l'individu agit. Comme nous l'avons évoqué dans la dernière partie, il s'agit seulement de huit entretiens qui ne peuvent prétendre à être représentatifs d'une population. Nous avons seulement pu en dégager certaines tendances. Des entretiens complémentaires avec des professionnels de santé auraient été pertinents afin de pouvoir comparer les arrière-plans respectifs. De plus, il aurait également été intéressant de nous entretenir avec des patients atteints de maladies oncologiques qui ont bénéficié de l'ETP dans l'objectif de comparer les modalités des éducations thérapeutiques des deux groupes.

Nous avons pu voir que l'ETP, alors même qu'elle recouvre une dimension commune (maintien ou acquisition de compétences afin que le patient puisse mieux vivre avec sa maladie) et qu'elle est considérée comme étant accessible pour tous types de pathologies chroniques, induit néanmoins des spécificités différentes pour chacune d'entre elles. En effet, elle ne sera pas mise en place de la même façon selon que le patient souffre d'une artériopathie oblitérante des membres inférieurs, d'un cancer du rein ou encore du diabète. De ce fait, nous avons souhaité mettre en exergue la marge de manoeuvre accordée au patient lors de sa nouvelle vie de malade chronique. Pouvons-nous réellement parler d'ETP alors qu'il n'y a pas (ou peu) de leviers dévolus au patient ? Car, l'entrée dans la chronicité ne va pas avoir le même effet en fonction des pathologies, ainsi que la sortie du dualisme patient - maladie. Peut-t-on parler de changements d'habitudes de vie, au sens Bourdieusien du terme, lorsqu'il s'agit de maladies oncologiques ? Alors que l'ETP est de plus en

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plus mise en avant dans la prise en charge des cancers (notamment ceux qui demandent la prise d'une chimiothérapie orale), l'observance concernant ce type de pathologie ne demande pas de transformation systémique comme c'est le cas pour d'autres. Ainsi, le médecin détient une place beaucoup plus large dans le projet thérapeutique. Or, Marianick Pichon a montré que, plus le médecin prend seul à sa charge la guérison et moins le patient va s'investir dans la prise en charge de sa santé (Pichon Marianick, 2015). Cela rejoint la comparaison avec le paradoxe de la dévolution de Brousseau (1998) : le médecin ne devrait pas trop en dire, mais déléguer une part de responsabilité au patient, donnant par la même occasion la possibilité à ce dernier d'avoir un contrôle sur sa situation.

Or, si l'ETP contient essentiellement de l'information thérapeutique comme c'est le cas dans les pathologies oncologiques, peut-on réellement parler d'éducation ?

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REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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Évaluation de l'efficacité et de l'efficience dans les maladies chroniques. (2018).

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Goffman, E., & Kihm, A. (2015). Stigmate : Les usages sociaux des handicaps.

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maladies chroniques. 13.

Hecquard, D. P. (2009). L'Éducation Thérapeutique. 13.

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Qu'est-ce que le cancer? | Fondation contre le Cancer. (s. d.). Consulté 28 août 2020, à l'adresse https://www.cancer.be/le-cancer/quest-ce-que-le-cancer

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Revillot, J.-M., & Eymard-Simonian, C. (2016). Manuel d'éducation thérapeutique du

71

patient: Modèles, méthodes, pratiques. Dunod.

Tourette-Turgis, C., & Thievenaz, J. (2014). L'éducation thérapeutique du patient: Champ de pratique et champ de recherche. Savoirs, 35(35), 9-48. https://doi.org/10.3917/savo.035.0009

Walker, P. (2018). L'éducation thérapeutique au risque de la réflexion philosophique. Connaissances et savoirs.

72

Table des matières

REMERCIEMENTS 11

INTRODUCTION 6

I. CADRAGE ET OBJET DE RECHERCHE 9

A. Education thérapeutique du patient 9

Détour Historique 9

Etat des lieux 10

B. Entrée dans la chronicité 12

Le malade chronique 12

Pourquoi se soigner ? 14

De la modification des habitudes à la transformation de l'habitus 16

C. Sentiment d'efficacité personnelle 18

La théorie de Bandura 18

Amorce du processus de changement 19

Les sources du sentiment d'efficacité 22

D. Dévolution 25

Théorie des situations 25

Transposition didactique 26

II. METHODOLOGIE 28

A. Les pathologies 28

Questionnements 28

Maladies cardiovasculaires 29

Maladies oncologiques 30

B. L'entretien 32

Guide d'entretien 32

Passation 34

Posture du chercheur 36

Difficultés 37

Analyse des données 38

III. ANALYSES ET RESULTATS DES ENTRETIENS 42

A. Présentation 42

Public pathologies cardiovasculaires 42

Public pathologies oncologiques 45

B. Comment se soigne-t-on ? 47

Observance médicamenteuse 47

Observance non médicamenteuse 49

C. Intervention de la situation 52

Résistances 52

Ressources 54

D. Un pouvoir d'agir relatif 59

Des patients acteurs de leur santé ? 59

Profils 62

E. Limites 64

73

Contexte 64

Une méthodologie restreinte 65

CONCLUSION 66

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES 69

Table des matières 72

Liste des tableaux 73

Liste des encadrés 73

Table des signes et abréviations 73

Liste des tableaux

Tableau 1 Modes de croyances d'efficacité croisés avec les résultats attendus 24

Tableau 2 catégories sémantiques 38

Tableau 3 Nombre d'items par catégorie partie 1 40

Tableau 4 Nombre d'items par catégorie partie 2 41

Tableau 5 Différentes prises en charges non médicamenteuses 50

Tableau 6 Proportion des patients ayant suivi l'ETP 57

Tableau 7 Profil des patients en fonction de leur implication dans le projet thérapeutique

63

Liste des encadrés

Encadré 1 Guide d'entretien 32

Table des signes et abréviations

ARS : Agence Régional de Santé

ETP : Education Thérapeutique du Patient CSP : Catégorie Socio Professionnel

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CVSC : Pathologies Cardiovasculaires NMED : Changements non médicamenteux VIH : Virus de Immunodéficience Humaine SEP : Sentiment d'efficacité personnel

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