II. METHODOLOGIE
A. Les pathologies
Questionnements
Après plusieurs réflexions, lors des
séminaires, sur les pathologies sur lesquelles nous devrions nous
appuyer dans la présente recherche, un tableau synoptique a finalement
été créé, représentant différentes
maladies chroniques (plusieurs maladies cardiovasculaires dont le
diabète, le VIH, l'asthme, les maladies oncologiques) et leur part
médicamenteuse ainsi que celle non-médicamenteuse. L'objectif
étant de les comparer afin d'en ressortir des invariants mais aussi des
spécificités, ce tableau nous aura permis une meilleure
visibilité afin de voir quelles pathologies induisent le plus de part
non médicamenteuse (c'est bien ce type d'observance qui nous
intéresse ici dans le but de comprendre en quoi la part d'investissement
du patient peut différer en fonction de sa pathologie). En fin de
compte, notre choix s'est porté sur deux types de pathologies : les
maladies cardiaques ainsi que les affections oncologiques. Nous faisons
l'hypothèse qu'un contraste pourrait être observé en
fonction de ces deux types d'affections : l'une étant la première
pathologie où l'ETP intervient depuis relativement longtemps, et l'autre
étant devenue l'une des priorités des campagnes de santé
public, notamment grâce aux progrès médicaux qui permettent
désormais davantage de guérison mais aussi, par
conséquent, poussent plusieurs cancer à entrer dans le domaine de
la chronicité (ceux qui ne se guérissaient pas avant le sont
aujourd'hui
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mais cela induit des traitements parfois lourds avec des
posologies strictes et aussi quelques fois des changements non
médicamenteux).
Maladies cardiovasculaires
« Santé publique France met à disposition
du grand public plusieurs sites rappelant les règles
hygièno-diététiques à suivre pour prévenir
les maladies vasculaires. Ces sites font la promotion d'une alimentation
variée et équilibrée, la pratique d'une activité
physique et la réduction de la sédentarité ainsi que des
conseils pour arrêter de fumer et diminuer la diminution de la
consommation d'alcool. » (Maladies cardiovasculaires et accident
vasculaire cérébral - Santé publique France, s.
d.).
Les maladies cardiovasculaires se caractérisent par un
« ensemble de troubles affectant le coeur et les vaisseaux »
(ibid.). Un nombre conséquent de maladies sont reconnues parmi
les maladies cardiovasculaires : accidents vasculaires cérébraux,
insuffisance cardiaque, infarctus du myocarde, artériopathie
oblitérante des membres inférieurs, maladies hypertensives etc.
Bien entendu, la gravité et la prévalence diffèrent
même si les hommes sont davantage touchés que les femmes. Elles
ont en communs plusieurs facteurs de risque qui sont
modifiables : « le tabagisme, l'hypertension
artérielle, le diabète, l'hypercholestérolémie,
une mauvaise alimentation, l'obésité et la
sédentarité » (ibid.). Si pendant longtemps il s'agissait de
la première cause de mortalité en France, elle passe aujourd'hui
au second rang derrière les tumeurs concernant les hommes mais reste la
première pour les femmes. Ces dernières sont inscrites parmi les
affections longue durée et ont pour particularité de ne pas
guérir, au mieux elles se stabilisent. Là aussi, les
progrès médicaux ont permis de réduire le taux de
mortalité dans ce domaine alors qu'en contrepartie le nombre de malades
chroniques augmente. Les instances de santé tentent de les gérer
au mieux et c'est là qu'intervient l'ETP : les patients doivent vivre
avec leur maladie et savoir la réguler à l'aide de
compétences spécifiques qui vont le leur permettre. Ces
pathologies ne comportent pas forcément de symptômes visibles, les
stigmates sont souvent absents. Ce dernier point peut être un
véritable piège pour le patient, prenons l'exemple de la
coronaire bouchée qui ne cause aucune gêne jusqu''à
l'infarctus. Les symptômes sont parfois peu perceptibles et difficilement
détectables par un profane. Un patient qui ressent une
légère douleur à la jambe est tout à coup
diagnostiqué d'une artériopathie oblitérante des membres
inférieurs tandis qu'un
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autre qui ressentira un léger essoufflement lors de
l'effort se verra atteint d'une cardiopathie rhumatismale. Il est alors
difficile de savoir quand et pourquoi se soigner pour ce public
précis.
Maladies oncologiques
« Environ un tiers des décès par cancer
sont dus aux 5 principaux facteurs de risque comportementaux et alimentaires:
un indice élevé de masse corporelle, une faible consommation de
fruits et légumes, le manque d'exercice physique, le tabagisme et la
consommation d'alcool. Le tabagisme est le facteur de risque le plus important
du cancer responsable d'environ 22% du total des décès dus au
cancer (2) » (Cancer, s. d.).
« Les maladies oncologiques regroupent des maladies qui
se caractérisent par la multiplication et la propagation anarchique de
cellules anormales » (Qu'est-ce que le cancer? | Fondation contre le
Cancer, s. d.). Plusieurs traitements peuvent être mis en place pour
les soigner : chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie,
hormonothérapie, immunothérapie etc.). Chaque cancer comporte ses
propres caractéristiques et se soigne différemment car il ne
s'agit pas du même organe. De ce fait, leur taux de survie va
dépendre en fonctions des traitements en vigueur. Si nous prenons
l'exemple d'un cancer du testicule, ses chances de guérison sont
très largement supérieures à celles d'un cancer du
pancréas. Et, même au sein du même organe, plusieurs formes
peuvent survenir, d'où la complexité de cette pathologie. Ainsi,
les traitements sont adaptés aux caractéristiques propres
à chaque tumeur. De plus, c'est lorsque la tumeur est maligne que les
cellules cancéreuses vont se disséminer et envahir les autres
organes, formant des métastases. Le cancer constitue la deuxième
cause de décès dans le monde, « près d'un
décès sur six dans le monde est dû au cancer »
(Cancer, s. d.). Son impact économique est considérable,
notamment en raison des traitements qui sont très couteux, « on a
estimé en 2010 à quelque 1160 milliards de dollars US le
coût annuel total de la maladie » (ibid.). L'apparition de ces
affections peuvent provenir de facteurs génétiques mais aussi de
facteurs externes à l'individu tels que « les
cancérogènes physiques (rayonnement, ultraviolet, radiations
ionisantes) [...], les cancérogènes chimiques (amiante,
fumée du tabac, arsenic) [...], et les cancérogènes
biologiques (infections dues à certains virus, bactéries ou
parasites » (ibid.). Leur croissance dans les maladies chroniques est
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la conséquence d'un système qui se perfectionne
avec des traitements de plus en plus innovants qui permettent de faire chuter
considérablement le taux de mortalité de certains cancers ainsi
qu'aux vieillissement général de la population qui augmente. Or,
si les individus vieillissent plus longtemps, ils ont aussi beaucoup plus de
chance de voir survenir une maladie chronique tel qu'un cancer. Il a
été mis en évidence que nous pouvons agir sur ce type de
pathologies induites par plusieurs facteurs de risque dont les principaux sont
le tabagisme, la consommation d'alcool, une mauvaise alimentation et la
sédentarité (à noter que nous retrouvons ici les
mêmes facteurs que ceux qui induisent les maladies cardiovasculaires).
« Actuellement, 30 à 50% des cancers peuvent être
prévenus. La prévention suppose la réduction des facteurs
de risque et l'application des stratégies préventives existantes
fondées sur des bases factuelles » (ibid.). En effet, c'est en
évitant plusieurs de ces risques que nous pourrions réduire de
façon drastique la mortalité des cancers. Ainsi, les compagnes et
les programmes de santé publics s'attaquent à bras le corps
à ces pathologies en mettant en avant les comportements
préventifs à adopter qui empêcheraient ces affections de
survenir.
En vue d'entretiens semi-directifs, un guide a
été conçu de façon à pouvoir
récupérer le plus d'informations possibles sur l'individu en
terme de pratiques
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De la même façon que les maladies
cardiovasculaires, l'ETP est également mise en avant dans la prise en
charge de certains cancers.
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