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Variabilité des espaces de d'évolution chez les personnes atteintes de maladies chroniques


par Paolo Danielis
Université de Bordeaux - Master Sciences de l'éducation 2020
  

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D. Dévolution

Théorie des situations

« La dévolution est l'acte par lequel l'enseignant fait accepter à l'élève la responsabilité d'une situation d'apprentissage (a-didactique) ou d'un problème et accepte lui-même les conséquences de ce transfert. » (Brousseau Guy, 1998, p. 303)

Selon Brousseau, soit on considère que l'élève a toujours eu le savoir en lui (réminiscence), ou alors « qu'il le construise lui-même par son activité propre et isolée » (id, p. 58). Bien évidemment, nous allons ici prendre en compte la dernière interprétation. Il définit la « maïeutique socratique » (ibid.) comme étant ce que l'élève peut faire de lui-même. Le rôle du professeur serait alors de faire accoucher l'élève de ce savoir. Le savoir est reconnu lorsque l'élève est « capable de mettre en pratique la connaissance dans des situations qu'il rencontrera en dehors de tout contexte d'enseignement et en l'absence de toute indication intentionnelle » (Brousseau Guy, 1998, p. 59). Il décrit également la situation a-didactique comme étant produite sans avoir été enseignée préalablement et directement par un texte, ou un discours du professeur. Cependant, bien qu'il n'y ait pas d'intention d'enseigner, elle se rapporte toujours à un savoir (si elle ne se rapporte pas à un savoir elle est non-didactique). En ce qui concerne la dévolution, le maître ne peut pas dire à l'élève ce qu'il doit faire, ni comment il doit le faire. Il doit dévoluer à l'élève de manière à ce que ce dernier doive faire des choix, modifications et interactions dont l'objectif est l'appropriation. Le professeur se contente de mettre en place une situation avec des règles précises. La situation est décrite par Brousseau comme « l'ensemble des circonstances dans lesquelles une personne se trouve, et des relations qui l`unissent à son milieu » (1998). Sensevy y décrit la situation a-didactique comme suit :

« Situations ou les interactions des élèves avec le milieu sont supposées suffisamment prégnantes et adéquates pour qu'ils puissent construire des connaissances, formuler des stratégies d'action, valider des savoirs en utilisant les rétroactions de ces milieux sans que leur activité ne soit

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orientée par la nécessité de satisfaire aux intentions supposées du professeur. » (Sensevy, cité par Brousseau Guy, 1998)

Autrement dit, « les situations a-didactiques sont des apprentissages dans lesquelles le maître a réussi à faire disparaître sa volonté, ses interventions » (Brousseau Guy, 1998, p. 311).

Transposition didactique

« La part que le médecin peut prendre à la guérison [...] une fois prescrit le traitement requis par l'état organique, à instruire le malade de sa responsabilité indélégable dans la conquête d'un nouvel état d'équilibre. » (Canguilhem, cité par Masquelet, 2010, p. 66)

Nous avons vu précédemment que le niveau de connaissance n'influence aucunement celui de l'observance : ce n'est pas parce que le patient sait qu'il va changer, et ; à l'inverse, ce n'est pas parce qu'il ne sait pas qu'il ne va pas se conformer. La clé d'une bonne observance réside dans l'acceptation de la dévolution : les patients doivent adhérer aux traitements, accepter la part de dévolution que leur octroi le professionnel de santé. Il doit se conformer à de nouvelles façons de faire, un nouveau mode de vie, il doit véritablement composer avec sa pathologie qui fait désormais partie de lui, ils sont inextricablement liés.

Bien que le personnel de santé ait un rôle important dans le projet thérapeutique, c'est réellement le patient qui obtient le rôle majeur. En effet, la dévolution dépend de lui et il sera livré à lui-même dans les situations du quotidien. De la même manière que dans l'exemple de la dévolution de Brousseau concernant l'élève face aux problèmes de résolution en mathématiques (1998), le patient doit trouver des solutions seul face à son environnement sans que le personnel de santé puisse l'assister. Le contrat didactique (Brousseau le décrit comme étant un système d'attentes, à propos du savoir, entre le professeur et les élèves) indique que plus le professeur va montrer à l'élève ce qu'il doit apprendre, et moins ce dernier apprendra. C'est pourquoi il est nécessaire que l'enseignant laisse une part de dévolution à l'élève afin qu'il puisse apprendre. Ce dernier doit faire des choix et prendre des décisions en fonction de leurs « nécessité et non pas parce qu'il interprète ce qu'attend de lui l'enseignant » (Brousseau, cité par Marianick Pichon, 2015, p. 71). Ici, nous pouvons faire un parallèle avec la situation à laquelle est

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confronté le patient : Marianick Pichon a montré dans sa thèse que « plus le médecin prend à sa charge d'assurer les conditions de la guérison par des moyens quasi-indépendants du patient, moins celui-ci va s'investir dans la relation » (2015, p. 73). C'est là l'illustration même du paradoxe de la dévolution ou nous voyons bien qu'il est impératif que le médecin délègue au patient une part de responsabilité (dévolution) afin que ce dernier soit inclus dans le projet thérapeutique, « ce que le patient doit apprendre, le médecin ne peut pas apprendre à sa place » (id., p. 74).

La théorie des situations de Brousseau peut se transposer aux situations que va vivre le patient dans le processus thérapeutique, elle ne se cantonne pas seulement à la relation enseignant/élève mais nous pouvons également la comparer à la relation patient/médecin. Nous pouvons faire l'hypothèse que les situations dans lesquelles se trouvent les patients peuvent représenter des situations a-didactiques que Brousseau mentionne et qui se situent « en dehors de tout contexte d'enseignement et en l'absence de toute indication intentionnelle » (1998). Les connaissances que le patient doit incorporer dans ces situations seraient alors inhérentes aux transformations de son comportement (arrêt du tabac, prise d'un médicament, pratique d'une activité physique). A l'image de l'élève, il devra prendre des décisions en fonction de leurs nécessités sans que le personnel de santé lui montre ce qu'il doit apprendre. Ce dernier doit aménager les conditions qui vont permettre de faire comprendre au patient ces nécessités (en mettant en place des règles, par exemple comment le patient doit courir, combien de fois par semaine etc.). Aussi, il apprendra, à force d'interactions successives avec son milieu et en adaptant son comportement. Nous pouvons donc dire que le patient ne peut pas interpréter ce que le médecin souhaite lui enseigner, d'où l'importance de la dévolution. Le Helloco-Moy montre qu'il existe des espaces de dévolution dans lesquels le patient peut accepter de prendre en charge son apprentissage (2016). Sa recherche pointe le fait que ce qui s'enseigne dans l'ETP ne sont pas des savoirs mais des conduites.

Néanmoins, certains patients refusent cette dévolution et comptent seulement sur le personnel de santé pour s'investir dans la prise en charge de leur maladie. De plus, la part de dévolution diffère selon les pathologies : nous pouvons faire l'hypothèse que la part dévolue au patient est plus élevée concernant les

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maladies cardiovasculaires que celles inhérentes à l'oncologie ; et donc, que l'ETP sous-tend des formes différentes en fonction des pathologies (ce ne serait pas nécessairement une « éducation » dans le sens où Le Helloco-Moy Ga
·ta l'entend dans sa recherche).

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