3.1.6.2.4. Appréciation des revenus de
ménages grâce à la RNA
Grâce aux revenus découlant de la vente des
produits de la RNA, la proportion des répondants sur l'ensemble de ces
villages de la grappe affirmant une augmentation de revenus est de 96,62%
contre ceux affirmant une diminution des revenus est de 5,05%. Ce pendant seule
0,87% affirment que rien à changer à leur économie de
ménage (figure 13).
DS DA GB HI KK MA Moy.
Augmentation de revenus Diminution des revenus Rien à
changer

PROPORTIONS (%)
100%
90%
80%
70%
60%
50%
40%
30%
20%
10%
0%
Figure 13 : Proportions (%) des appréciations des revenus
de ménages grâce à la RNA.
56
3.2.Discussion
À l'issue de cette étude, des informations sur
l'impact des pratiques agroécologiques mises en oeuvre par le Projet de
Promotion de l'Initiative Locale de Développement à Aguié
(PPILDA) de 2005 à 2012 dans la grappe de Dan Saga ont été
documentées. Notre échantillonnage est composé de 87 % des
Haoussa et de 13 % de Peulhs. Ainsi, il se compose de 31,5 % de femmes et de
68,5 % d'hommes, majoritairement alphabètes. La taille moyenne des
ménages est de 9,87 #177; 5,805 personnes, avec en moyenne 5,09 #177;
3,574 actifs agricoles (AA) par ménage. Cette situation s'explique par
le fait que les jeunes hommes s'intéressent davantage aux
activités non agricoles et laissent les exploitations aux plus
âgés. En ce qui concerne les résultats liés à
l'ethno-spécificité, la facilité d'adoption des pratiques
agroécologiques telles que la régénération
naturelle assistée (RNA) peut s'expliquer par le besoin de l'ethnie
Peulh pour l'alimentation de leurs troupeaux.
On observe une prédominance des exploitations
individuelles (85,5 %) par rapport à celles des exploitations
collectives (14,5 %). Cela s'explique généralement par l'achat,
l'acquisition et la distribution des terres d'héritage aux membres de la
famille devenus chefs de ménage, notamment les hommes, afin de leur
permettre de diriger l'exploitation. L'âge moyen des
enquêtés est de 49,30 #177; 10,57 ans, et leur activité
principale est l'agriculture (97,5 %), suivie de l'élevage (1%). Ces
résultats sont supérieurs à ceux obtenus par Rabé
et al. (2021), qui ont trouvé un âge moyen de 45,3 ans et une
proportion de 90 % pour l'activité principale. L'analyse des ressources
révèle que la superficie moyenne cultivée est de 3,33
#177; 2,99 ha, avec en moyenne 2,7 #177; 2,67 champs par ménage de
l'échantillon. Ainsi, grâce au projet CALI (2010), plus de 66,5 %
des terres des bénéficiaires ont été formellement
sécurisées. L'acquisition des champs se fait en moyenne par
héritage (96 %) et par achat (22 %) dans la grappe. La
prédominance de l'héritage sur l'achat s'explique par le fait que
la gestion des terres reste encore lignagère. Cette transmission se fait
généralement de père en fils, selon le principe islamique.
En effet, en islam, la terre se transmet par héritage suivant les
proportions de 2/3 pour le garçon et 1/3 pour la fille (Lawali, 2011).
Ces données sont comparables à celles obtenues par Zakari et
al. (2019).
Plusieurs pratiques agroécologiques sont mises en
oeuvre par le projet, dont les plus appréciées par les
agriculteurs sont : la RNA (98,42 %), les systèmes de culture (en ligne
et en bandes alternées) (83,72 %), le compostage (73,23 %),
l'utilisation des variétés améliorées de mil (HKP)
et du niébé (IT 90K 372-1-2) (69,28 %), l'utilisation des
biopesticides (52,32 %), la microdose d'engrais (27,78 %) et le semis direct
(sans labour) (16,48 %). Ces résultats
57
s'expliquent par la facilité du point de vue
économique et social, ainsi que par l'accessibilité et la
disponibilité des ressources à moindre coût, ce qui
contribue à confirmer la première hypothèse.
En ce qui concerne le niveau d'adoption des pratiques
agroécologiques, la régénération naturelle
assistée est la plus adoptée en termes de technique de
fertilisation et de réduction de l'érosion des sols, avec une
moyenne de 84,37 %. Elle est suivie par l'application du compost (71,48 %) et
la microdose d'engrais chimique (60,4 %). Cette adoption peut s'expliquer par
le fait que la plupart des sols ayant une pauvreté naturelle
réagissent positivement aux différentes pratiques
d'amélioration de la fertilité (Ouattara, 2007). Ces
améliorations ont engendré une bonne nutrition des plantes,
d'où l'augmentation des rendements. Concernant la microdose, sa
performance serait liée à la concentration des nutriments au
niveau des systèmes racinaires, ce qui améliorerait
l'accessibilité et l'efficience d'utilisation (Muehlig-Versen et al.,
2003). Ce résultat est supérieur à celui obtenu par Sigue
et al. (2018), qui ont trouvé un taux d'adoption de 36 %.
S'agissant de l'utilisation des variétés améliorées
du mil (HKP) et du niébé (IT 90K 372-1-2), le taux moyen
d'adoption est de 60,88 %. Il est bien constaté que le taux d'adoption
de la variété améliorée du niébé est
largement inférieur à celui enregistré par Rabé et
al. (2021), qui ont trouvé un taux d'adoption de la
variété IT 90K 372-1-2 de 90 % chez les producteurs ayant
participé aux CEP. Le taux d'adoption des variétés
améliorées peut aussi s'expliquer par le potentiel de rendement
de ces variétés (Saidou, 2011). Tout cela contribue à
confirmer la deuxième hypothèse.
Les pratiques agroécologiques génèrent
des activités génératrices de revenus, telles que la vente
de bois, de produits non ligneux et de produits issus de la transformation des
PFs. Ces activités contribuent à soutenir l'économie des
ménages de producteurs grâce aux revenus qu'elles
génèrent. Du point de vue économique et organisationnel,
la commercialisation des graines de Balanites aegyptiaca
transformées génère plus de 4 416 000 FCFA/an pour le
groupement féminin « Muci morial itacé » de Dan Saga.
Quant aux apiculteurs enquêtés, leur revenu moyen est de 2 825 000
F CFA par an. Ces résultats sont supérieurs à ceux obtenus
par Abdou (2016), qui a trouvé un chiffre d'affaires annuel de 4 152 000
F CFA pour le GIE et 1 176 250 F CFA pour le miel. Les femmes vendent les
fruits, le savon et l'huile, tandis que les hommes se spécialisent dans
la vente du miel et du bois. Globalement, la vente des produits non ligneux a
favorisé l'émergence d'activités
génératrices de revenus dans les différents ménages
de la grappe. Les pratiques agroécologiques représentent un outil
efficace de lutte contre la vulnérabilité chez les producteurs et
exploitants du bois. En ce qui concerne la réduction du
58
coût de production, la microdose permet de
réduire les coûts des engrais, favorisant ainsi une augmentation
du revenu des producteurs (Taonda et al., 2008). Tout cela contribue
à confirmer la troisième hypothèse, qui stipule que les
pratiques agroécologiques améliorent les indicateurs
socioéconomiques et l'environnement au sein des ménages.
En ce qui concerne la durabilité, les pratiques telles
que la Régénération naturelle assistée,
l'utilisation de variétés améliorées, le
compostage, les biopesticides et la microdose d'engrais sont celles qui peuvent
être qualifiées de durables. Elles s'adaptent au mieux à
leur contexte économique, socioculturel et environnemental, et
constituent la base de leur production. En effet, elles sont mises en oeuvre
dans le but d'accroître la fertilité de manière durable et
de limiter l'utilisation excessive de produits chimiques, tout en étant
économiquement viables et socialement acceptables (Laurent, 2023). Ces
pratiques sont appliquées depuis plus de 8,9 ans, malgré
certaines difficultés peu significatives dans leur mise en oeuvre,
telles que la cherté des variétés
améliorées, la perte de tiges de céréales et la
difficulté de germination de certaines espèces
forestières. Ainsi, l'hypothèse selon laquelle les pratiques
agroécologiques développées sont durables, malgré
les contraintes techniques, socioéconomiques et environnementales, est
confirmée.
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