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Cancer du poumon non à  petites cellules chez la femme expérience du service d'oncologie médicale du CHU de Tanger etude rétrospective


par Houda ABRINI
Université Abdelmalek Essaadi - Diplome de spécialité en médecine option: oncologie médicale 2024
  

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IV. Discussion

1. Données épidémiologiques

Le cancer du poumon est l'une des principales causes de cancers dans le monde, il constitue 11,4% des cas de cancers [11]. Il est l'une des principales causes de décès liés au cancer chez les hommes et chez les femmes et cela aussi bien dans les pays développés que dans ceux en voie de développement [2]. Cependant, les femmes dans les pays développés souffrent d'un taux de mortalité par cancer du poumon plus élevé. En effet, chez ces dernières les décès dus au cancer du poumon sont classées deuxièmes après le cancer du sein [12].

Dans notre cohorte, la fréquence des femmes atteintes du cancer du poumon était de 14.4%, ce qui corrobore parfaitement avec les fréquences des femmes atteintes de ce cancer rapportées à l'échelle nationale dans deux séries de cas à Rabat entre 2005 et 2015 (14.5%) et entre 2014 et 2017 (14%) et sont également en accord avec celles obtenues à Rabat entre 2005 et 2008 (10.5%), celles obtenues dans deux séries de cas à Marrakech entre 2003 et 2009 (9%) et entre 2015 et 2021 (10.9%) et celles rapportées à Oujda entre 2005 et 2014 (9%). Cependant, cette fréquence reste nettement inférieure à celles des femmes avec cancer du poumon rapportées en Guadeloupe entre 2008 et 2009 (27.4%), au Brésil entre 2006 et 2014 (39.5%) et aux USA entre 2001 et 2019 (46.7%) (Tableau 8), confirmant ainsi la plus grande fréquence de la maladie chez les femmes dans les pays développés.

Tableau 8: Comparaison des séries de la littérature rapportant la fréquence des femmes atteintes du cancer du poumon par rapport à la totalité des patients atteints de la maladie

Pays

Périodes

Fréquences (%)

Années

Références

Maroc- Tanger

2018-2023

14.4

2024

Cette étude

Maroc-Rabat

2005-2015

14.5

2019

[13]

Maroc-Rabat

2014- 2017

14

2022

[14]

Maroc-Rabat

2005-2008

10.5

2016

[15]

Maroc-Marrakech

2015-2021

10.9

2023

[16]

Maroc-Marrakech

2003-2009

9

2013

[10]

Maroc-Oujda

2005-2014

9

2019

[17]

France-Guadeloupe

2008-2009

27.4

2013

[18]

Brésil

2006-2014

39.5

2020

[19]

USA

2001-2019

46.7

2023

[20]

 

34

Concernant les patientes atteintes du cancer du poumon non à petites cellules qui ont fait l'objet de notre étude, le pourcentage des femmes atteintes de CPNPC était de 24.4%. Cette fréquence est similaire à celles obtenues à Rabat entre 2014 et 2017 (23.3%) et entre 2010 et 2017 (27.5%), s'approche de celles obtenues en Turquie (20.6%), en Guadeloupe (26.9%) et en Indonésie (28%) mais elle est bien inférieure à celles rapportées dans la Réunion (35%), en Malaisie (42.3%) et aux USA (45.9%) (Tableau 9), marquant ainsi une importante variabilité de la fréquence du carcinome non à petites cellules chez les femmes entre les pays.

Tableau 9: Comparaison des séries de la littérature rapportant la fréquence des patientes atteintes de CPNPC par rapport à l'ensemble des CPNPC

Pays

Années

Fréquences (%)

Années

Références

Maroc-Tanger

2018-2023

24.4

2024

Cette étude

Maroc-Rabat

2014-2017

23.3

2020

[21]

Maroc-Rabat

2010-2017

27.5

2020

[22]

Maroc-Fès

2008- 2018

13.8

2021

[23]

Maroc-Fès

2007-2012

13.4

2015

[24]

Turquie

2011-2014

20.6

2018

[25]

France-Guadeloupe

2008-2009

26.9

2013

[18]

France-Réunion

2017-2018

35

2020

[26]

Indonésie

2005-2015

28

2018

[27]

Malaisie

2010-2011

42.3

2014

[28]

 

USA

2001-2019

45.9

2023

[20]

Dans notre série, l'âge moyen des patientes était de 60.5 ans. Cette moyenne est similaire à celle rapportée en Italie (60 ans) [29]. Elle est légèrement supérieure à celle rapporté au Maroc (58.3 ans) [24] et en Indonésie (56.9 ans) [27] et légèrement inférieur à celle observée en Suisse (62 ans) [30] chez les femmes atteintes du cancer du poumon non à petites cellules. Par ailleurs, dans notre étude les extrêmes d'âge se situaient entre 32 et 94 ans indiquant que le CPNPC affecte aussi bien les femmes jeunes que les femmes âgées. Cependant, les tranches d'âge majoritaires étaient <55 ans et entre 55 et 64 ans,

La majorité des patientes (93.5%) étaient non fumeuses et 6.5% étaient exposées au tabagisme passif. Ces résultats vont dans le même sens que ceux de Zakkouri el al [31] qui ont rapporté que le tabagisme n'explique pas tous les cas de cancer du poumon chez les femmes, car 75 % des patientes n'ont jamais fumé et 14 % ont été exposées au tabagisme passif. Le tabagisme

35

36

37

passif est un facteur de risque du cancer du poumon chez la femme assez évoquée dans la littérature. Selon Sisti et Boffetta [32], le tabagisme passif est mis en cause chez les femmes dans 14.2 % des cas. Cependant le risque relatif diffère selon le type d'exposition : familiale, professionnelle ou sociale [33], et selon l'intensité et la durée du tabagisme passif subi [34].

7.8% des patientes de notre étude étaient traitées pour tuberculose pulmonaire. La tuberculose et d'autres infections pulmonaires augmentent le risque de cancer du poumon en raison d'une inflammation prolongée, de la fibrose pulmonaire et des lésions tissulaires pulmonaires [35, 36].

L'antécédent de cancer du poumon était présent dans 2.6% des cas dans notre étude. Une étude de l'International Lung Cancer Consortium [37] a montré qu'il y a 1.5 fois plus de risque de cancer du poumon chez les personnes dont un parent de premier degré (mère, père, frère ou soeur) souffre d'un cancer du poumon, ce qui relèverait le caractère héréditaire de la maladie.

2. Données cliniques

Les patients diagnostiqués à un stade précoce bénéficient d'un taux de guérison élevé. Cependant, le cancer du poumon est souvent diagnostiqué tardivement à cause de l'apparition tardive des symptômes, du caractère inexpressif de la maladie et du manque d'un programme précoce de dépistage.

Le délai du diagnostic entre le début des symptômes et la confirmation histologique de la maladie chez les patientes de notre étude était de 5.1 mois en moyenne. Ce délai dans notre contexte, soulève la problématique du retard du dépistage du cancer bronchique chez la femme.

Le symptôme le plus fréquemment observé dans notre étude était la dyspnée (42.8 %), suivie de la toux (31.1%), puis la douleur thoracique (25.9%), ce qui concorde avec une étude réalisée à Marrakech [38].

L'amaigrissement a été retrouvé chez 27.2% des patientes ce qui est en accord avec les résultats de l'étude réalisée au Mali [39] qui rapporte une perte de poids chez 30% des cas. Une étude américaine a évalué l'évolution du poids chez 78 hommes et 74 femmes ayant un CPNPC, il en ressort que les femmes perdent moins de poids par rapport aux hommes [40]. L'état général peut être quantifié par l'indice de Performance (PS). Dans notre étude, seules 35.5% des patientes avaient un PS altéré ce qui concorde avec les résultats obtenus à Meknès [41].

3. Aspects anatomopathologiques

L'adénocarcinome est le type histologique le plus prédominant chez les femmes atteintes d'un cancer du poumon non à petites cellules [42, 43, 44]. Dans notre série, l'adénocarcinome (87 %) était aussi le type histologique le plus fréquemment diagnostiqué chez les patientes atteintes de CPNPC par rapport au carcinome épidermoïde. Ces résultats sont similaires à ceux rapportés dans une étude aux USA qui a montré que 71 % des cancers du poumon chez les femmes étaient des adénocarcinomes [45]. De même, une méta-analyse de 17 études avait révélé que l'incidence de l'adénocarcinome était 3.4 fois plus importante que le carcinome épidermoïde chez les patientes non-fumeuses, et que jusqu'à 60 % des cancers du poumon chez les femmes étaient classés comme adénocarcinomes [46].

La confirmation histologique a été réalisée par biopsie scannoguidée chez la majorité des cas, ce qui concorde avec les résultats de l'étude menée à l'Hôpital Militaire d'Instruction Mohamed V de Rabat [47]. Par contre, dans d'autres études [48, 49, 38] le principal moyen de confirmation diagnostique était la biopsie bronchique suivie de la biopsie scannoguidée.

4. Stade radiologique

Dans notre série, le stade radiologique le plus fréquent était le stade IV (90.9%). Ces résultats rejoignent ceux des autres séries dans lesquelles la majorité des cancers bronchiques étaient diagnostiqués à un stade localement avancé ou métastatique [49, 38, 41]. Dans les séries Européennes et Américaines, la plupart des cas de cancer du poumon non à petites cellules ont été diagnostiqués à un stade relativement avancé [50]. De même, dans l'étude de Zakkouri el al [31], la proportion des cancers du poumon non à petites cellules diagnostiqué au stade IV était plus élevée (82 %) par rapport à celles au stade III (16 %) et au stade II (2 %). Le pourcentage élevé des CPNPC au stade IV chez nos patientes peut s'expliquer par un retard du diagnostic.

5. Profil moléculaire

La fréquence de mutation de l'EGFR varie en fonction des zones géographiques et de l'origine ethnique. Dans notre étude, la fréquence de mutation de l'EGFR était élevée (48.1%). Cette fréquence est similaire à celles obtenues dans d'autres études chez les femmes atteintes de CPNPC au niveau national et en Turquie et au Liban. Cependant la fréquence de l'EGFR mutée obtenue dans une étude réalisée à Casablanca était nettement inférieure, ce qui s'expliquerait

par la proportion élevée des patientes fumeuses (Tableau 10). En Europe et en Amérique, cette fréquence est généralement plus basse. Cependant chez les femmes asiatiques atteintes de CPNPC, la fréquence de mutation de l'EGFR est très élevée (Tableau 10).

Tableau 10: Variation des taux de mutations de l'EGFR chez les patientes atteintes de CPNPC au Maroc et dans différents pays

Pays

Mutations de l'EGFR

% (n patientes positives de N patientes

testées)

Année

Références

Maroc-Tanger

48.1 (13 de 27)

2024

Cette étude

Maroc-Rabat

47.8 (22 de 46)

2013

[51]

Maroc-Rabat

41.3 (38 de 92)

2020

[22]

Maroc-Rabat

38.4 (38 de 99)

2023

[52]

Maroc-Casablanca

24.3 (17 de 70)

2019

[53]

Turquie

48.4 (30 de 62)

2018

[25]

Liban

44.4 (7 de 34)

2014

[54]

Portugal

37.8 (31 de 82)

2012

[55]

Italie

30 (9 de 30)

2007

[29]

Pays -bas

13.4 (48 de 357)

2012

[56]

Brésille

33.3 (40 de 120)

2012

[57]

USA (Afro-Américaines)

15.7 (16 de 102)

2011

[58]

Chine

70.5 (74 de 105))

2018

[59]

Malaisie

62.3 (40 de 64)

2014

[28]

Taiwan

55.5 (20 de 36)

2004

[60]

 

Les patientes de notre étude présentant une mutation EGFR étaient caractérisées par une moyenne d'âge de 58 ans avec la présence de patientes jeunes, par le sous-groupe histologique adénocarcinome et étaient non fumeuses. D'autres études (Tableau 11) rapportent également que les femmes EGFR muté étaient majoritairement non fumeuses et que leur type histologique était également dominé par l'adénocarcinome. En outre on note aussi dans ces études la présence de patientes jeunes (Tableau 11). Il ressort de toutes ces études que le type histologique adénocarcinome, le taux élevé de mutation de l'EGFR et le non tabagisme sont liés au cancer du poumon non à petites cellules chez la femme.

Par ailleurs, dans notre étude, la mutation EGFR la plus fréquente était dans l'exon 19 (69.2%). Cette distribution est similaire à celle obtenue dans d'autre séries (Casablanca : 64.7%, Italie : 55.5%, Malaisie : 58.8%) (Tableau 11). Les mutations les plus courantes associées à la

38

sensibilité aux ITK de l'EGFR comprennent la mutation de l'exon 19 et la mutation ponctuelle L858R dans l'exon 21 [51]. Dans notre étude, ces deux mutations représentaient 100% de toutes les mutations de l'EGFR vue que les mutations de l'exon 18 et 20 étaient absentes.

Tableau 11: Caractéristiques cliniques et localisations des mutations de l'EGFR chez les patientes EGFR muté de notre étude et de celles de séries de la littérature

Pays

n

Age moyen (extrêmes)

N F

(%)

ADK

(%)

Exon19 n (%)

Exon21 n (%)

Année

Références

Maroc-Tanger

13

58 (36-72)

100

100

9 (69.2)

4 (30.8)

2024

Cette étude

Maroc-Casablanca

17

55.8 (33-69)

88.2

100

11 (64.7)

4 (23.5)

2019

[53]

Jordanie

12

56.6 (47-78)

83.3

100

4 (33.3)

7 (58.3)

2016

[61]

Italie

9

 
 
 

5 (55.5)

2 (22.2)

2007

[29]

Portugal

25

 

88

80

11 (44)

7 (28)

2013

[62]

Malaisie

211

 
 

100

124 (58.8)

77 (36.5)

2013

[28]

Taiwan

20

62. (40-82)

95.2

100

4 (20)

14 (70)

2004

[60]

NF: Non fumeuses ADK: Adénocarcinome

La mutation ALK qui a été recherchée chez 8 patientes était positive chez une patiente (12.5%). La fréquence de la mutation ALK est peu étudiée à l'échelle nationale. Dans une étude réalisée à Rabat [21] cette mutation a été recherchée chez 28 femmes et était négative chez toutes ces dernières. L'utilisation d'inhibiteurs de l'ALK chez les patients atteints de CPNPC présentant une mutation de l'ALK a démontré un taux de réponse et une survie sans progression impressionnants par rapport à la chimiothérapie [63]. Dans notre série, le pourcentage des femmes testées pour la recherche de la mutation ALK était faible (10,4%), hors il est recommandé d'élargir cette recherche étant donné que la détermination de la mutation ALK est un facteur décisif dans la démarche thérapeutique dans le cas du CPNPC [21]. Par ailleurs dans notre étude, la mutation ALK était présente chez une patiente (stade IA-2) qui était EGFR négative indiquant l'absence de la concomitance des mutations EGFR et ALK dans notre cas.

6. Prise en charge thérapeutique et survie

Le traitement du cancer du poumon non à petites cellules comprend diverses approches, telles que la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie, les thérapies ciblées et l'immunothérapie.

39

40

Ces traitements sont déterminés en fonction de la stadification du cancer et de l'état général des patients. Dans notre étude, les stades observés incluaient le stade IA-2, les stades IIIA et IIIB, ainsi que les stades IVA et IVB.

Pour les patients au stade I, la chirurgie est le traitement de base. Après une résection chirurgicale, le taux de survie sans maladie à 5 ans est d'environ 60 % et le taux de survie globale à 5 ans atteint environ 80 % [64]. Dans notre série, une seule patiente était au stade IA-2 et a été adressée à la chirurgie.

Les patients au stade IIIA et IIIB non éligibles à la chirurgie reçoivent habituellement une radiochimiothérapie concomitante (RCC) qui est considérée comme le traitement de référence [65]. Dans notre étude, trois patientes au stade IIIB avaient reçu une chimiothérapie néoadjuvante suivie d'une RCC vu qu'elles étaient non résécables malgré un PS 1.

Pour les stades IV, la chimiothérapie de première ligne consiste en une combinaison de sels de platine et d'une drogue de troisième génération (gemcitabine, paclitaxel, docetaxel, irinotécan, vinorelbine) pour les patients PS 0-1. Pour ceux avec un PS 2, une monothérapie ou une combinaison sans platine est recommandée, tandis que les patients avec un PS 3 nécessitent des soins palliatifs [66]. Dans notre série, 54 patientes au stade IV avaient reçu un traitement systémique de première ligne, dont 46 une chimiothérapie à base de sels de platine (5 EGFR muté, 10 non mutées pour l'EGFR et 31 non diagnostiquées pour la mutation de l'EGFR) et 8 EGFR muté étaient traitées par des ITK de l'EGFR (erlotinib ou gefitinib). Parmi les 46 patientes ayant reçu la chimiothérapie par les sels de platine, 28 avaient un PS 0-1, 14 un PS 2 et 4 un PS 3. Parmi les 8 patientes traitées par les ITK de l'EGFR, 7 avaient reçu de l'erlotinib (dont 6 avaient un PS 1 et 1 un PS 2) et 1 patiente (PS 0) était traitée par le gefitinib.

La radiothérapie palliative vise à atténuer la douleur ou à soulager les symptômes de la maladie. Dans notre série, 29,9 % des patientes ont bénéficié de cette modalité thérapeutique, comparativement à 17,7 % dans la série de Debieuvre [67] et 22 % dans celle de Radzikowska [68].

La survie globale (SG) médiane et la survie sans progression (SSP) médiane des patientes de notre série étaient de 5 mois. Le taux de survie globale à 12 mois était de 28.7%. Ce taux est légèrement inférieur à ceux obtenus dans les études réalisées à Rabat (32.3%) [15] et au Brésil (34.5%) [69].

Pour évaluer les différences de réponse à la chimiothérapie, Albain et al. [70] avaient constaté que les femmes traitées avec des sels de platine survivaient plus longtemps, avec un risque de décès réduit de 14 %, différence notable chez les femmes de 60 ans et plus. De même Wakelee et al. [71] avaient comparé des patients de sexes féminin et masculin dans l'essai de l'Eastern Cooperative Oncology Group et avaient constaté que la survie médiane globale était significativement plus longue chez les femmes (9.2 mois contre 7.3 mois). Wheatley-Price et al. [72] avaient regroupé cinq essais cliniques de phase III et avaient rapporté que les femmes répondaient mieux à la chimiothérapie à base de sels de platine avec une survie plus longue que les hommes (9.6 mois contre 8.6 mois), cette observation était spécifique aux patientes présentant un adénocarcinome.

En deuxième ligne, une monothérapie (docetaxel, pemetrexed) ou des inhibiteurs de tyrosine kinase (erlotinib) sont utilisés [66]. Dans notre série, 20 patientes avaient reçu un traitement systémique de deuxième ligne. 85 % avaient reçu la chimiothérapie (dont la majorité une monothérapie) et 15 % de l'erlotinib. Plusieurs études ont montré que le sexe féminin était prédictif d'une meilleure réponse aux ITK de l'EGFR (gefitinib ou erlotinib), notamment chez les patientes atteintes de CPNPC. Les études IDEAL 1 et IDEAL 2 ont démontré que le sexe féminin, l'adénocarcinome et le non tabagisme étaient des prédicteurs de meilleures réponses [73, 74].

Les inhibiteurs de la tyrosine kinase de l'EGFR ont montré une plus grande efficacité par rapport à la chimiothérapie, de ce fait ces derniers sont devenus le traitement de première ligne pour les cancers du poumon non à petites cellules avec mutation de l'EGFR, améliorant notablement la prise en charge des patients.

Dans l'étude ENSURE ayant examiné 217 patients dont de 61% de femmes avec CPNPC EGFR muté au stade IIIB/IV, comparant l'erlotinib à un doublet de cisplatine, la SSP médiane était de 11 mois dans le groupe erlotinib contre 5.5 mois dans le groupe chimiothérapie [75].

L'essai EURTAC [76] en Europe consacré aux patients atteints de CPNPC EGFR muté dont 72.4% de sexe féminin, a comparé l'erlotinib à une chimiothérapie à base de platine en première ligne métastatique. Les résultats ont révélé une SSP de 5.2 mois dans le bras chimiothérapie à base de platine contre 9.7 mois dans le bras erlotinib. Le taux de réponse était de 10.5 % sous chimiothérapie contre 54.5 % sous erlotinib, et la médiane de survie globale était de 18.8 mois pour la chimiothérapie comparée à 22.9 mois pour l'erlotinib.

41

Dans notre étude, la SSP médiane était significativement plus longue dans le groupe des patientes EGFR muté ayant reçu une thérapie anti-EGFR (19 mois) par rapport au groupe des patientes EGFR muté recevant la chimiothérapie à base de sels de platine (5 mois). Cette SSP s'approche de celles obtenues en chine et en Corée dans lesquels les SSP médianes des patients femmes traitées par les ITK de l'EGFR étaient de 17.8 et 15.8 mois respectivement mais elle est supérieure à celles obtenues en Asie, Hongrie, Turquie et Lettonie et en Italie (14, 13.2 et 11.4 mois respectivement) (Tableau 12) et cela malgré la taille restreinte de notre série de patientes. De même, la SG médiane était significativement plus longue pour les patientes EGFR muté traitées avec une thérapie anti-EGFR (erlotinib ou gefitinib) (20 mois) comparativement à celles des patientes mutées pour l'EGFR ayant reçu une chimiothérapie à base de sels de platine (9 mois). Cette SG médiane est inférieure à celle obtenue en Coré (30.3 mois) mais bien supérieure à celles rapportées en Asie (12 mois) et dans les pays bas (12.4 mois) (Tableau 12).

Tableau 12: Comparaison de séries de la littérature rapportant la SSP médiane et la SG médiane chez les femmes atteintes de CPNPC EGFR muté traitées en première ligne par les ITK de l'EGFR

Pays

Stades

Patientes

SSP m

SG m

Références

 
 

(n)

(mois)

(mois)

 

Maroc-Tanger

IV

8

19

20

Cette étude

Italie

IIIB-IV

39

11.4

NR

[77]

Corée

IV

2572

15.8

30.3

[78]

Pays bas

IV

9885

NR

12.4

[79]

Chine

IIIB-IV

79

17.8

NR

[80]

Asie

IV

3029

14

12

[81]

Hongrie, Turquie,

IV

49

13.2

NR

[82]

 

Lettonie

 
 
 
 
 

SSP m : Survie sans progression médiane. SG m: Survie globale médiane. N R : Non rapporté

42

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