2.1.1. Dollarisation de facto et dualisme monétaire
Le pays présente une dollarisation de facto
qui cohabite avec l'usage de la gourde (HTG), la monnaie nationale. La
Constitution haïtienne confère à la gourde le statut
d'unique cours légal, mais le dollar américain circule librement
et s'impose dans les transactions quotidiennes, particulièrement dans
les zones urbaines et pour les montants élevés. La
dépréciation chronique de la gourde face au dollar
américain constitue le premier déterminant de cette
dollarisation. Entre 2014 et 2024, la gourde a perdu 64,4 % de sa valeur face
au dollar (FocusEconomics, 2025). Le taux de change est passé d'environ
40 gourdes pour 1 dollar en 2014 à environ 130 gourdes pour 1 dollar en
2024 (CGAA, 2025). Sur la décennie 2014-2024, le dollar américain
s'est apprécié de 127,52 % par rapport à la gourde
(Exchange-rates.org, 2025), ce qui a une grande incidence sur le pouvoir
d'achat de la monnaie nationale. Les agents économiques ont tendance
à privilégier systématiquement le dollar comme
réserve de valeur et unité de compte pour les transactions
importantes.
Les transferts de la diaspora haïtienne constituent le
deuxième facteur de dollarisation. Ces transferts représentaient
21,4 % du PIB en 2023, soit une hausse par rapport aux 18,75 % de 2022
(TheGlobalEconomy.com, 2024). En valeur absolue, le pays a reçu 3,8
milliards de dollars en 2023, bien qu'il s'agisse d'une baisse de 1,2 % par
rapport à l'année précédente (Haitian Times, 2024).
Ces flux massifs, libellés principalement en dollars américains,
injectent des devises dans l'économie domestique et renforcent
structurellement l'usage du dollar. Entre octobre 2023 et janvier 2024, le pays
a reçu 1,23 milliard de dollars en transferts (U.S. Department of State,
2025). La réglementation de la BRH impose désormais que les
transferts internationaux soient versés en devises si le
bénéficiaire les reçoit sur un compte bancaire en dollars,
mais doivent être payés en gourdes si le
bénéficiaire effectue un retrait aux points de service (U.S.
Department of State, 2025). Cette politique vise à limiter la
circulation directe des dollars tout en permettant à la BRH de
contrôler une partie des flux de devises. Les importations
haïtiennes, notamment de produits alimentaires et de carburant, sont
facturées en dollars, L'instabilité macroéconomique
chronique, ajoutée à cela, des taux d'inflation atteignant 49,3 %
en janvier 2023 (BTI, 2024), renforce la préférence pour le
dollar. Les tentatives de la BRH pour stabiliser la gourde par des injections
de dollars sur le marché des changes n'ont pas permis d'enrayer la
dépréciation (BTI, 2024). Les réserves internationales
nettes de la BRH s'élevaient à 472 millions de dollars au 30
septembre 2023 (U.S. Department of State, 2025).
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