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Analyse du rôle des portefeuilles mobiles dans le développement de la digitalisation et de la modernisation de la circulation monétaire en Haà¯ti: le cas de Moncash (2018-2025)


par Sebastien DUVERSEAU
Université INUKA - Licence en sciences économiques 2026
  

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2.1.2. Poids de l'économie informelle

L'économie informelle constitue une caractéristique structurelle majeure de l'économie haïtienne. Les données de l'Organisation internationale du travail (OIT) montrent que 91,5 % de l'emploi total relève du secteur informel (TheGlobalEconomy.com, 2012), un taux nettement supérieur à la moyenne mondiale de 62,61 %. Cette proportion place le pays parmi les économies les plus informelles au monde. D'autres sources estiment que le secteur informel représente 71 % de l'économie nationale (UNDP, cité dans World Bank, 2023), tandis que World Economics évalue la taille de l'économie souterraine à 48,5 % du PIB en parité de pouvoir d'achat (World Economics, 2025). Cette informalité traverse tous les secteurs économiques : commerce de rue, petite manufacture, transport, construction et services domestiques. Les femmes sont particulièrement touchées, puisque 80 % des travailleuses haïtiennes opèrent dans le secteur informel (World Bank, 2023), notamment les Madan Saras qui assurent le commerce transfrontalier de produits agricoles sans aucune protection juridique ou structure de supervision.

Les implications fiscales de cette forte informalité affectent directement la capacité opérationnelle de l'État. Les recettes fiscales du pays ne représentent que 13 % du PIB (BTI, 2024), soit le taux le plus faible de la région latino-américaine. Les recettes fiscales ont chuté de 6,3 % à 5,2 % du PIB entre 2023 et 2024 (World Bank, 2024), ce qui reflète l'érosion continue de la base imposable. Cette faiblesse fiscale découle de plusieurs facteurs : la capture des revenus douaniers par des membres influents du secteur privé, le déclin des activités économiques formelles dû à la violence des gangs, et la capacité administrative limitée de l'État. Le déficit budgétaire atteignait 6 % du PIB en 2022 et devait être financé par la Banque centrale (BTI, 2024), malgré l'existence d'un pacte limitant ce type de financement monétaire. Les tentatives de réforme fiscale, dont l'adoption d'un nouveau code fiscal en octobre 2022, ont permis un quasi-doublement des revenus douaniers au premier trimestre de l'exercice 2022-2023 grâce à des mesures restrictives contre la contrebande et le trafic d'influence (BTI, 2024). Toutefois, ces gains demeurent insuffisants face à l'ampleur de l'informalité.

2.1.3. Dépendance aux transferts de la diaspora

La diaspora haïtienne représente une composante démographique et économique structurante pour le pays. Les estimations situent cette population entre 1,5 et 2 millions de personnes vivant à l'étranger (Wikipedia, 2025)8(*), bien que certaines sources avancent le chiffre de 2,5 millions (Haiti Open, s.d.). Les États-Unis constituent la principale destination, avec 731 000 immigrants haïtiens recensés en 2022 (Migration Policy Institute, 2023)9(*), suivis de la République dominicaine (496 000), du Chili (237 000), du Canada (101 000) et de la France (85 000) selon les données des Nations Unies de mi-2020 (Migration Policy Institute, 2023). Le recensement américain de 2021 évalue la population d'origine ou d'ascendance haïtienne aux États-Unis à 1 138 855 personnes (Wikipedia, 2025). Au Canada, la communauté haïtienne compte environ 100 000 personnes, concentrées principalement au Québec pour des raisons linguistiques et historiques (Wikipedia, 2025).

Ces flux migratoires génèrent des transferts de fonds qui constituent la première source de devises du pays. En 2022, le pays a reçu 4,5 milliards de dollars en transferts formels, soit plus de 22 % du PIB national (Migration Policy Institute, 2023). Cette proportion grimpe à 21,4 % en 2023 (TheGlobalEconomy.com, 2024), voire à 30 % du produit national brut selon certaines estimations. Les données de la Banque mondiale montrent une croissance de près de huit fois des transferts depuis 2000 (Migration Policy Institute, 2023). En 2023, malgré une baisse de 1,2 % par rapport à l'année précédente, les transferts se chiffraient à 3,8 milliards de dollars (Haitian Times, 2024). Entre octobre 2023 et janvier 2024, le pays a reçu 1,23 milliard de dollars (U.S. Department of State, 2025). Ces flux assurent la survie économique de milliers de ménages et compensent partiellement les défaillances de l'État en matière de protection sociale. Haïti figure parmi les pays dont la survie économique dépend le plus des remises de la diaspora (HDUH, s.d.).

Historiquement, ces transferts transitaient par des opérateurs spécialisés tels que Western Union et MoneyGram, qui dominent largement le marché des transferts vers Haïti (U.S. Senate Committee on Foreign Relations, 2010). Les frais associés à ces services demeurent élevés. En période normale, les frais de transfert oscillent entre 7 % et 9 % du montant envoyé (U.S. Senate Committee on Foreign Relations, 2010). Les données de la Banque mondiale sur les prix des transferts de fonds confirment que pour un envoi de 200 dollars des États-Unis vers Haïti, les frais totaux (incluant les frais de transaction et la marge sur le taux de change) varient selon l'opérateur et le mode de paiement. MoneyGram facture 7,33 % (14,66 dollars) via agent pour un retrait en espèces, tandis que Western Union facture entre 4,34 % (8,68 dollars) via agent et 7,84 % (15,68 dollars) via Internet (World Bank, Remittance Prices Worldwide, s.d.). Ces coûts grèvent significativement la valeur reçue par les bénéficiaires, d'autant plus que les petits montants subissent proportionnellement des frais plus élevés. Pour eux-autres, recevoir l'argent implique de se déplacer vers un point de service, parfois éloigné de plusieurs kilomètres dans les zones rurales, et de faire la queue avec les risques sécuritaires inhérents au fait de ressortir avec une somme importante en liquide.

* 8 Wikipedia. (2025). Haitian diaspora. Récupéré de https://en.wikipedia.org/wiki/Haitian_diaspora

* 9Migration Policy Institute. (2023, 8 novembre). Haitian immigrants in the United States. Récupéré de https://www.migrationpolicy.org/article/haitian-immigrants-united-states-2022

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