2.2.2. Concentration géographique et
oligopolistique
Le secteur bancaire haïtien présente une double
concentration structurelle. La concentration géographique se manifeste
d'abord par la distribution inégale des agences bancaires. La
majorité de ces agences se trouve dans l'aire métropolitaine de
Port-au-Prince, alors que les zones rurales et plusieurs villes moyennes
demeurent sous-desservies. Cette distribution reflète une logique
d'optimisation économique. Les banques privilégient les zones
où la densité démographique et le niveau d'activité
économique justifient l'investissement dans des infrastructures
physiques coûteuses.
La concentration oligopolistique caractérise ensuite la
structure du marché bancaire. Les trois principales institutions
bancaires dont la Unibank, la Sogebank et la Banque Nationale de Crédit
contrôlent approximativement 80 % des actifs totaux du secteur bancaire,
soit environ 325 milliards de gourdes (4 milliards de dollars
américains) (U.S. Department of State, 2025). Les données de la
Banque mondiale confirment cette concentration, en 2021, les trois plus grandes
banques commerciales détenaient 85,62 % des actifs bancaires totaux, en
hausse par rapport à 81 % en 2020 (TheGlobalEconomy.com, 2021). Cette
proportion dépasse largement la moyenne mondiale de 67,43 %
calculée sur 135 pays. Historiquement, la concentration bancaire dans le
pays a oscillé entre 79,89 % (minimum atteint en 2016) et 100 % (maximum
enregistré en 2003), avec une moyenne de 89,89 % sur la période
2003-2021 (TheGlobalEconomy.com, 2021).
2.2.3. Faiblesse de l'intermédiation
financière
Malgré leur position dominante, les banques
haïtiennes exercent une fonction d'intermédiation financière
insuffisante. Les trois principales banques concentrent 76 % du portefeuille
total de prêts, tandis que 70 % des crédits totaux sont
accaparés par 10 % des emprunteurs (U.S. Department of State, 2025).
Selon une étude de FinScope Haiti réalisée en 2018,
seulement 1 % de la population adulte a accès à un prêt
bancaire (U.S. Department of State, 2025). Cette double concentration
accroît la vulnérabilité du système bancaire aux
risques de crédit systémiques et restreint la
disponibilité du capital pour l'ensemble de l'économie L'aversion
au risque des institutions bancaires explique en partie cette faiblesse. Les
banques privilégient les placements sûrs, notamment les bons du
Trésor émis par l'État haïtien, plutôt que les
prêts à l'économie productive. L'absence de bureaux de
crédit fonctionnels et de registres cadastraux fiables complique
l'évaluation des emprunteurs potentiels. Les banques exigent
systématiquement des garanties sous forme de biens immobiliers pour
octroyer des prêts, mais l'inefficacité des registres cadastraux
et de l'état civil crée des obstacles insurmontables pour les
demandeurs de crédit (U.S. Department of State, 2025). Les taux
d'intérêt débiteurs demeurent élevés, la
demande solvable de crédit demeure très faible. Le secteur
bancaire adopte des pratiques de prêt extrêmement conservatrices,
accordant des crédits exclusivement à leurs clients les plus
fiables et solvables (U.S. Department of State, 2025).
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