2.2.4. Le secteur de la microfinance
Face aux carences du système bancaire formel, le
secteur de la microfinance s'est développé pour desservir les
populations exclues. Le pays compte 90 coopératives d'épargne et
de crédit enregistrées auprès de la BRH, totalisant
environ 639 000 membres en septembre 2013 (IMF, 2015). Les actifs totaux du
secteur des coopératives s'élevaient à 12,1 milliards de
gourdes en 2018, soit une croissance de 22,72 % par rapport à 2017
(Ciguino & Paul, 2022). Contrairement aux banques commerciales, les
coopératives opèrent principalement en dehors de Port-au-Prince.
Environ 80 % de leurs succursales se situent dans les provinces (IMF, 2015).
Les estimations du secteur microfinancier non coopératif
suggèrent l'existence d'environ 200 institutions avec des actifs
totalisant approximativement 10 milliards de gourdes, bien que peu d'entre
elles transmettent des données à la BRH (Lhermite, 2012,
cité dans IMF, 2015). Ces institutions offrent des services
adaptés aux micro-entrepreneurs et aux ménages à faibles
revenus dont des microcrédits, épargne et transferts de fonds.
Leur approche diffère de celle des banques traditionnelles par des
procédures simplifiées, une proximité avec les clients et
une compréhension des réalités de l'économie
informelle. Les IMF au pays appliquent cependant des taux
d'intérêt élevés, entre 40 % et 60 % annuellement
(Haiti Now, 2025).
Le secteur fait néanmoins face à des
défis conséquents. La supervision prudentielle exercée par
la BRH reste lacunaire, qui, pour la peine a favorisé des dérives
institutionnelles et des faillites retentissantes. La crise financière
de 2002 a marqué un tournant. Elle a effacé 200 millions de
dollars américains en épargne (MicroCapital, 2009),
déclenchée par la prolifération d'organisations
pyramidales se présentant comme des coopératives d'épargne
et de crédit légitimes. Cette crise est survenue après que
le gouvernement haïtien a supprimé les plafonds sur les taux
d'intérêt et abaissé les exigences de réserves pour
les banques en 1995, sans mettre à jour la réglementation
bancaire (MicroCapital, 2009). Suite à cette crise, le gouvernement a
adopté une législation visant à renforcer la supervision
des coopératives d'épargne et de crédit et a accru les
pouvoirs réglementaires de la BRH. Malgré ces réformes, le
secteur microfinancier non coopératif demeure non
réglementé en 2024, avec une disponibilité limitée
des données (IMF, 2015). Des projets de loi visant à
réglementer les IMF et à clarifier les rôles respectifs de
la BRH et du Conseil National de Coopératives (CNC) sont en attente
d'approbation parlementaire depuis plusieurs années (IMF, 2015).
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