2.3. Circulation monétaire et moyens de paiement
traditionnels
2.3.1. Prédominance absolue du cash
L'économie haïtienne fonctionne principalement sur
la base des transactions en espèces. Selon le U.S. Department of
Commerce (2023), le numéraire constitue le mode de paiement le plus
couramment utilisé en Haïti. Cette préférence pour
les espèces traverse tous les segments de la société, des
marchés informels aux commerces formels, en passant par le
règlement des salaires et la rémunération des services.
Les billets et les pièces représentent la forme dominante des
moyens de paiement, aux côtés de quatre autres méthodes
dont les chèques, le Système de Paiement Interbancaire
Haïtien (SPIH), les cartes bancaires et les paiements via
téléphones mobiles (U.S. Department of Commerce, 2023).
Cette forme d'exclusion financière constitue le premier
déterminant de cette dépendance au cash. Les données sur
l'inclusion financière révèlent que seulement 16 % de la
population haïtienne avait accès à des comptes bancaires
avant 2010 (Evidencity, 2023). Bien que l'inclusion financière se soit
améliorée avec l'émergence des portefeuilles mobiles,
l'exclusion financière touche encore 67 % des Haïtiens (Evidencity,
2024). Une enquête FinScope réalisée en 2018 montre que
seulement 1 % de la population adulte a accès à un prêt
bancaire (U.S. Department of State, 2025). Cette exclusion bancaire
structurelle empêche mécaniquement l'accès aux moyens de
paiement électroniques qui nécessitent un compte bancaire
actif.
La méfiance historique envers les institutions
financières favorise encore plus cette préférence pour le
cash. La crise financière de 2002, qui a effacé 200 millions de
dollars américains en épargne suite à la
prolifération d'organisations pyramidales déguisées en
coopératives légitimes (MicroCapital, 2009), a
profondément contribué à la confiance du public. Cette
méfiance persiste dans 31 % des réponses des
non-détenteurs de comptes en Europe et en Asie centrale, une proportion
trois fois supérieure à d'autres régions
(Demirgüç-Kunt & Klapper, 2012), bien que les données
spécifiques à Haïti ne soient pas disponibles. L'anonymat du
cash convient particulièrement à une économie où
91,5 % de l'emploi total relève du secteur informel
(TheGlobalEconomy.com, 2012), un environnement où la
traçabilité des transactions n'est ni recherchée ni
souhaitée.
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