2.3.2. Coûts et risques du système cash
Le système de paiement basé sur le cash
génère des coûts directs et indirects considérables
pour tous les acteurs économiques. Sur le plan individuel, transporter
et conserver de l'argent liquide expose aux vols et aux agressions,
particulièrement dans un contexte où les gangs contrôlent
une partie significative du territoire national. Entre 2020 et 2022, les gangs
ont assassiné 150 policiers, et 14 autres en janvier 2023 seulement
(BTI, 2024). Le ratio actuel de policiers actifs par rapport à la
population s'établit à 1,2 pour 1 000 habitants, bien en
deçà du standard des Nations Unies de 2,2 pour 1 000 (BTI, 2024).
Cette insécurité généralisée rend le
transport d'espèces particulièrement dangereux. Les
ménages qui conservent leurs économies à domicile
s'exposent également aux pertes en cas d'incendie, d'inondation ou de
catastrophe naturelle, risques endémiques dans un pays enclin aux
séismes et aux ouragans.
Pour les entreprises, la gestion du cash impose des
coûts logistiques substantiels. La sécurisation des locaux
nécessite des investissements en infrastructures physiques
(coffres-forts, portes blindées, systèmes de surveillance). Les
services de convoyage de fonds demeurent coûteux et risqués dans
un environnement où les hold-up de véhicules blindés ne
sont pas rares. L'immobilisation de personnel pour compter et vérifier
les billets représente un coût d'opportunité significatif,
particulièrement pour les petits commerces où chaque
employé assume plusieurs fonctions. Le risque de fausse monnaie, bien
que non quantifié dans les statistiques officielles, constitue une
préoccupation constante des commerçants. Les déplacements
réguliers vers les agences bancaires pour déposer les recettes
impliquent des frais de transport et des pertes de temps productif, d'autant
plus que les agences bancaires se concentrent géographiquement dans
l'aire métropolitaine de Port-au-Prince.
Au niveau macroéconomique, la circulation de cash en
dehors des circuits bancaires complique substantiellement le travail de la BRH.
La masse monétaire fiduciaire échappe largement au contrôle
et à la surveillance de l'autorité monétaire. Cette
opacité rend difficile l'évaluation précise de la
liquidité dans l'économie et limite l'efficacité des
instruments de politique monétaire. La BRH peine à exercer une
influence directe sur les comportements de thésaurisation ou de
dépense lorsque les avoirs monétaires circulent en dehors du
système bancaire formel.
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