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Analyse du rôle des portefeuilles mobiles dans le développement de la digitalisation et de la modernisation de la circulation monétaire en Haà¯ti: le cas de Moncash (2018-2025)


par Sebastien DUVERSEAU
Université INUKA - Licence en sciences économiques 2026
  

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4.1.2. Le cadre réglementaire facilitateur : le système KYC à paliers

Le succès initial de TchoTcho Mobile fut grandement facilité par l'approche réglementaire flexible adoptée par la Banque de la République d'Haïti (BRH). La BRH permit une approche flexible de l'enregistrement des clients basée sur un système Know-Your-Customer (KYC) à paliers. Cela signifiait que les abonnés pouvaient accéder et stocker jusqu'à 60 dollars sur leur téléphone sans fournir d'identification supplémentaire au-delà de ce qui était requis pour enregistrer une carte SIM. Pour des limites plus élevées (jusqu'à 250 dollars), une identification complète était requise (Humanitarian Practice Network, 2012).Cette approche à niveaux, communément appelée « mini-wallet », fut particulièrement pertinente pour les programmes humanitaires dont les paiements dépassaient rarement 60 dollars (Humanitarian Practice Network, 2012). Elle permit d'élargir considérablement l'accès aux services de monnaie mobile dans un pays où une large portion de la population ne possédait pas de documents d'identification formels complets.

4.1.3. L'échec relatif de TchoTcho

Malgré un démarrage prometteur soutenu par les paiements humanitaires massifs, TchoTcho Mobile rencontra plusieurs difficultés structurelles durant ses premières années d'opération. Lorsque les flux d'aide internationale commencèrent à diminuer après la phase d'urgence post-séisme, les fournisseurs de monnaie mobile durent adapter leurs propositions commerciales (GSMA, 2017). Conçu principalement pour faciliter les paiements groupés (bulk payments) des organisations non gouvernementales, le dispositif ne parvenait pas à générer un engagement organique suffisant de la clientèle pour assurer sa viabilité à long terme. Les enquêtes menées auprès des utilisateurs indiquaient par ailleurs que la marque TchoTcho souffrait d'une perception négative (GSMA, 2017). Sur le plan opérationnel, plusieurs carences entravaient l'adoption à grande échelle. L'éducation des clients reposait essentiellement sur le bouche-à-oreille, des campagnes radiophoniques et télévisées, ainsi que sur des agents dépourvus de formation formelle. Le réseau d'agents demeurait insuffisamment développé, en particulier dans les zones rurales, et la gestion de la liquidité constituait un défi récurrent. L'offre de produits apparaissait peu claire pour les utilisateurs, avec un positionnement faiblement différencié entre les services proposés. Entre 2011 et 2015, bien que TchoTcho ait enregistré 6 millions de transactions en 2011 (Electronic Payments International, 2012) et atteint plus de 500 000 inscriptions (Caribbean Beat, 2012), le service peinait à convertir ces enregistrements en une utilisation active et régulière. Le taux d'activité à 90 jours demeurait limité, avec seulement 83 000 utilisateurs actifs en juillet 2015 (GSMA, 2017).

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