Scénarios prospectifs 2026-2027
(Tableau récapitulatif des données en annexe)
La question qui se pose désormais est simple et brutale
: dans quel état le réseau d'agents MonCash sortira-t-il de la
crise actuelle ? Le modèle estimé sur les huit dernières
années nous donne une réponse assez directe. Tant que
l'insécurité reste à son niveau actuel ou continue de
grimper, aucune reprise économique, aucune subvention, aucune campagne
de communication ne suffira à inverser la tendance. Le facteur
sécuritaire écrase tout le reste.Partant de là, trois
trajectoires se dessinent, et elles ne sont pas également probables. La
première, et de loin la plus vraisemblable aujourd'hui est celle d'une
dégradation continue.
Les gangs ont déjà verrouillé la
quasi-totalité de la zone métropolitaine et une bonne partie des
axes routiers. Chaque mois, des dizaines d'agents ferment boutique ou quittent
le pays. Si rien n'arrête cette dynamique, le réseau tombera
à 8 900 agents fin 2026, puis à 8 200 fin 2027. On sera revenu au
niveau de 2017-2018, comme si les dix années d'efforts n'avaient jamais
existé. Le pays aura alors deux systèmes financiers
parallèles : le formel, réduit à quelques poches rurales
et à la diaspora, et l'informel, totalement dominé par les
réseaux de gangs et les transferts en espèces via la
frontière.La deuxième trajectoire, une stabilisation
précaire, n'est pas impossible, mais elle demande que la nouvelle
mission des Forces de Repression des Gangs (FRG) parvienne au moins à
geler la situation dans quelques quartiers stratégiques de
Port-au-Prince et à maintenir ouverts les grands corridors humanitaires.
Dans ce cas, la saignée s'arrêterait autour de 9
200 agents en 2026, et un timide rebond pourrait même porter le
réseau à 9 500 l'année suivante. Ce serait
déjà une forme de succès. On éviterait
l'effondrement total, mais le service resterait extrêmement fragile,
concentré dans les zones encore accessibles et très
dépendant des humeurs des groupes armés.La troisième
trajectoire, celle d'une vraie reprise, suppose une percée
sécuritaire d'envergure : reprise effective des grands bastions de
Cité-Soleil, Bel-Air, La Saline, réouverture durable de la route
de l'aéroport, retour de la police nationale dans les quartiers
populaires. Si cela, le réseau rebondirait vite. On retrouverait les 10
000 agents dès 2026 et on dépasserait les 11 000 en 2027.
L'effet serait presque mécanique : dès que les
agents peuvent à nouveau circuler sans risquer leur vie, les points de
service rouvrent en quelques semaines, les clients reviennent, les transactions
repartent. Le potentiel est là, il n'attend qu'un minimum de
sécurité.Ce qui frappe dans ces projections, c'est
l'asymétrie. L'insécurité détruit lentement mais
sûrement ; la sécurité, quand elle revient, reconstruit
très vite. Un point de moins sur l'indice d'instabilité vaut,
à lui seul, des centaines de millions de gourdes d'investissement public
ou privé. Et tant que cet indice reste coincé au-dessus de 8,5-9,
les autres variables, croissance, inflation, taux de change ne pèsent
presque plus rien.

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