4.7. Effets de l'adoption des portefeuilles mobiles sur
l'inclusion financière des populations vulnérables
Haïti demeure l'un des pays les moins inclus
financièrement de l'hémisphère occidental. Avant l'essor
significatif des services de monnaie mobile, seulement 32 % de la population
adulte disposait d'un accès quelconque à des services financiers
formels (Alliance for Financial Inclusion, 2018). Les enquêtes Global
Findex successives confirment la persistance de cette exclusion. En 2021, 38 %
des adultes déclaraient posséder un compte (bancaire ou mobile
money), contre 68 % en moyenne pour l'Amérique latine et les
Caraïbes (Demirgüç-Kunt et al., 2022). Les facteurs
structurels classiques dont l'éloignement géographique, les
coûts prohibitifs, les exigences documentaires et la défiance
envers les institutions se combinent à une faiblesse particulière
du réseau d'agences (2,8 guichets bancaires pour 100 000 habitants) et
à une crise sécuritaire qui, depuis 2021, a rendu physiquement
inaccessibles de larges portions du territoire national (BRH, 2025).
4.7.1. Inclusion financière des femmes
Les femmes haïtiennes cumulent les désavantages.
Elles représentent 90 % des clients des institutions de microfinance,
mais seulement 31 % d'entre elles possédaient un compte financier en
2021, contre 45 % des hommes (Demirgüç-Kunt et al., 2022).
L'intégration de MonCash aux programmes de microfinance, notamment via
le partenariat FINCA Haïti-Digicel lancé en 2018 a modifié
sensiblement la donne. Les remboursements de prêts peuvent
désormais être effectués directement depuis un
téléphone mobile, ce qui elimine les déplacements souvent
dangereux et chronophages vers les agences physiques. Une évaluation
interne de FINCA (Deetken Impact, 2025) montre que 93 % des clientes
possédaient déjà une ligne Digicel avant l'introduction du
service, ce qui a permis une adoption rapide. En 2024, 87 % des remboursements
mensuels de FINCA transitaient par MonCash.Ce basculement numérique a eu
des effets concrets : réduction des risques liés au transport
d'espèces, gain de temps (estimé à 3-5 heures par
remboursement dans les zones rurales), et diminution des absences non
justifiées
4.7.2. Inclusion en zones Rurales
Les zones rurales concentrent historiquement l'exclusion
financière la plus aiguë. En 2017, moins de 20 % des adultes ruraux
déclaraient avoir un compte, contre près de 50 % dans la
région métropolitaine (Global Findex 2017). Paradoxalement, la
crise sécuritaire urbaine a inversé cette géographie de
l'inclusion. Le réseau MonCash s'est révélé
beaucoup plus résilient hors de Port-au-Prince. En juin 2025, le ratio
agents/habitant restait de 1 pour 1 200 dans les départements du Nord,
de l'Artibonite et du Centre, contre 1 pour 4 800 dans l'Ouest hors capitale
(Digicel Haïti, données internes).Cette résilience relative
a permis de maintenir, voire d'étendre, l'accès aux services de
base (transferts, paiements marchands, retraits) là où les
banques commerciales avaient déjà déserté depuis
longtemps. Néanmoins, les leçons tirées de la distribution
d'aide post-Matthew (FMI, 2020) restent d'actualité : couverture
réseau inégale, problèmes de compatibilité SIM,
illettrisme numérique et absence de pièces d'identité
bloquent encore l'inclusion des communautés les plus isolées.
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