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Analyse du rôle des portefeuilles mobiles dans le développement de la digitalisation et de la modernisation de la circulation monétaire en Haà¯ti: le cas de Moncash (2018-2025)


par Sebastien DUVERSEAU
Université INUKA - Licence en sciences économiques 2026
  

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CHAPITRE V - ANALYSE DE L'IMPACT ET DES OPPORTUNITES

En Haïti, les innovations ne s'imposent pas par décret ou par ambition théorique, mais parce qu'elles répondent à une réalité implacable où les options se réduisent comme une peau de chagrin. MonCash en est la preuve vivante. Émergé comme un palliatif d'urgence après le séisme de 2010, puis restructuré en profondeur en 2015 pour devenir un portefeuille mobile accessible à tous, le service a pris son envol entre 2018 et 2025 dans un paysage financier où les banques, loin d'avoir disparu, opèrent dans une précarité extrême : succursales fermées ou cadenassées par l'insécurité, crédits gelés par l'incertitude, et un ratio de prêts non performants dépassant les 13 % en juin 2025, comme le note le FMI. Ce qui était une alternative marginale est devenu, au coeur des diverses crises, un recours quotidien pour des millions d'Haïtiens face à un système bancaire traditionnel ralenti, mais toujours debout, qui peine à assurer la fluidité des échanges.Ce chapitre dresse un bilan nuancé de ce que la solution de portefeuille mobile de Digicel a apporté concrètement à l'économie haïtienne au cours de la periode etudiée.

Dans ce chapitre, nous examinons ce que MonCash a réellement modifié dans les pratiques de paiement, dans le fonctionnement du commerce de détail et des petites entreprises, dans la circulation de la monnaie et la conduite de la politique monétaire de la BRH, et, surtout, nous confrontons ces avancées aux contraintes de sécurité, d'infrastructure et de régulation qui rappellent chaque jour que, sans un retour à un minimum d'État de droit, ces progrès restent suspendus à un fil.

5.1.Modernisation monétaire et transformation des habitudes de paiement

Après le séisme de 2010, qui a détruit près de 30 % du réseau d'agences bancaires, les portefeuilles mobiles se sont imposés comme solution de substitution.Les compagnies de services de téléphonie mobile ont développé des partenariats avec les banques commerciales pour proposer à leurs abonnés des plateformes de services de paiement.Ces changements ont été rendus possibles grâce au fort taux de pénétration de la téléphonie mobile dans le pays. Selon les données de Digicel et Natcom, ces deux opérateurs ont plus de six millions de cartes SIM en circulation (Alliance for Financial Inclusion, 2018). Selon le rapport numérique 2023 de We Are Social, Inc., le nombre total de connexions mobiles a atteint 9,39 millions, soit une augmentation de 280 000 connexions par rapport à 2022 (U.S. Department of Commerce, 2024).C'est dans cet environnement que les portefeuilles mobiles se sont imposés comme le segment le plus dynamique du système de paiement haïtien.

Les principaux acteurs sont MonCash (Digicel), NatCash (Natcom), LajanCash (Banque Nationale de Crédit) et, dans une moindre mesure, Mannitoks. MonCash domine très largement le marché. En 2025, la plateforme revendique plus de deux millions d'utilisateurs enregistrés, dont environ 805 000 comptes réellement actifs (ayant effectué au moins une transaction dans les 90 derniers jours), et vise le million d'actifs d'ici fin d'année (Digicel Haïti, données internes ; CGAP, 2025 ; U.S. Department of Commerce, 2024). NatCash et LajanCash, bien que présents, restent nettement en retrait en volume de transactions.Ces services captent aujourd'hui environ 70 % des transferts de personne à personne (P2P) domestiques et la quasi-totalité des versements humanitaires digitalisés (BRH, 2024a ; OCHA, 2025). Leur succès repose sur trois piliers : la densité du réseau d'agents (plus de 12 000 points actifs en 2022, même si ce nombre a reculé depuis), la simplicité d'inscription (souvent sans pièce d'identité formelle) et l'intégration croissante aux programmes d'aide (PAM, Croix-Rouge, gouvernement).L'impact sur l'inclusion financière est mesurable. En 2024, 37 % des adultes haïtiens déclaraient disposer d'un compte de mobile money, soit une progression de quinze points de pourcentage en seulement trois ans (World Bank, 2024 ; FinDev Gateway, 2025). Cette avancée, concentrée dans les zones rurales et parmi les femmes, découle directement de l'expansion de l'écosystème d'agents, du rôle pivot des ONG dans la distribution numérisée de l'aide et de l'adoption croissante des paiements marchands dans les marchés populaires et les centres urbains encore accessibles.

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