Digitalisation du commerce de détail, des PME et
formalisation progressive
L'adoption des paiements numériques par le commerce de
détail s'appuie sur une infrastructure de
télécommunication mobile particulièrement dense (10,2
millions de connexions actives début 2025, soit un taux de
pénétration de 86 % de la population)(DataReportal, 2025).
Contrairement aux instruments bancaires traditionnels (cartes de débit
ou de crédit), dont l'acceptation reste confinée aux grandes
surfaces, stations-service et hôtels de la capitale, les portefeuilles
mobiles, MonCash en premier lieu, se sont insérés directement
dans le tissu du commerce informel et semi-formel : marchés populaires,
boutik de quartier, madan sara, artisans et transporteurs.Le passage au
paiement mobile n'a pas été uniforme, il est devenu visible
dès 2021-2022 dans les marchés populaires (Croix-des-Bossales,
Salomon, Titanyen une fois les routes ouvertes) et dans les villes secondaires
(Cap-Haïtien, Gonaïves, Saint-Marc, Hinche).
Pour le petit commerçant, les avantages sont
immédiatement tangibles. Le cash représente un coût
réel : transport jusqu'à la maison le soir, risque de vol ou
d'extorsion sur le trajet, perte de temps au comptage, sans compter les billets
déchirés refusés le lendemain. Avec MonCash, le client
paie par *202#, le commerçant reçoit une notification
instantanée, et l'argent reste dans le téléphone jusqu'au
moment où il décide d'aller le retirer chez l'agent le plus
proche ou, de plus en plus souvent, il le réutilise directement pour
payer son propre fournisseur ou recharger du crédit
téléphonique. Les frais (1 à 3 % selon le type de
transaction marchand) sont largement compensés par la
sécurité gagnée et par la rapidité du
règlement.De nombreux grossistes de Delmas, de la route de
l'aéroport ou de Carrefour acceptent désormais eux-mêmes
MonCash pour les commandes en volume. Un marchand de produits alimentaires au
marché de Croix-des-Bossales peut ainsi acheter son sac de riz ou son
bidon d'huile sans sortir un seul billet, simplement en transférant
depuis son portefeuille.
Cette pratique, encore marginale il y a cinq ans, est devenue
courante dans les filières riz, huile, savon et produits de
première nécessité.L'autre effet concret est la
constitution d'un historique transactionnel. Chaque paiement reçu laisse
une trace dans le compte MonCash. Plusieurs institutions (FINCA Haïti,
micro-crédit Fonkoze, certaines caisses populaires) ont commencé
à utiliser cet historique comme critère alternatif de
solvabilité, à côté ou à la place des
traditionnelles garanties immobilières ou cautions solidaires. Le
crédit reste limité, quelques dizaines de milliers de gourdes,
mais il est immédiat et ne nécessite plus de se déplacer.
En 2024-2025, FINCA a ainsi décaissé plus de 8 000 petits
prêts digitaux adossés exclusivement à l'activité
MonCash, presque exclusivement des femmes commerçantes.Sur le plan
fiscal, la traçabilité existe techniquement, mais la
formalisation reste embryonnaire. La Direction Générale des
Impôts (DGI) n'a pas encore les moyens humains ni techniques d'exploiter
systématiquement les données MonCash ou NatCash. Quelques
expériences pilotes ont été lancées (paiement de la
patente via mobile dans certaines communes), mais la grande majorité des
petits commerces reste hors du radar fiscal. La dégradation
sécuritaire depuis 2022 a paradoxalement accéléré
le processus. Dans les zones où les agences bancaires ont réduit
leurs horaires ou fermé (Martissant, Bel-Air, Solino, Bas Delmas et de
Cité-Soleil), l'acceptation de MonCash est devenue une condition de
survie commerciale ; le client refuse de circuler avec du cash, le
commerçant refuse de le détenir.Le gain de transparence profite
pour l'instant davantage à la BRH, qui voit mieux circuler la gourde
électronique et aux institutions de microfinance qu'à
l'État lui-même.
|