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Analyse du rôle des portefeuilles mobiles dans le développement de la digitalisation et de la modernisation de la circulation monétaire en Haà¯ti: le cas de Moncash (2018-2025)


par Sebastien DUVERSEAU
Université INUKA - Licence en sciences économiques 2026
  

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Digitalisation du commerce de détail, des PME et formalisation progressive

L'adoption des paiements numériques par le commerce de détail s'appuie sur une infrastructure de télécommunication mobile particulièrement dense (10,2 millions de connexions actives début 2025, soit un taux de pénétration de 86 % de la population)(DataReportal, 2025). Contrairement aux instruments bancaires traditionnels (cartes de débit ou de crédit), dont l'acceptation reste confinée aux grandes surfaces, stations-service et hôtels de la capitale, les portefeuilles mobiles, MonCash en premier lieu, se sont insérés directement dans le tissu du commerce informel et semi-formel : marchés populaires, boutik de quartier, madan sara, artisans et transporteurs.Le passage au paiement mobile n'a pas été uniforme, il est devenu visible dès 2021-2022 dans les marchés populaires (Croix-des-Bossales, Salomon, Titanyen une fois les routes ouvertes) et dans les villes secondaires (Cap-Haïtien, Gonaïves, Saint-Marc, Hinche).

Pour le petit commerçant, les avantages sont immédiatement tangibles. Le cash représente un coût réel : transport jusqu'à la maison le soir, risque de vol ou d'extorsion sur le trajet, perte de temps au comptage, sans compter les billets déchirés refusés le lendemain. Avec MonCash, le client paie par *202#, le commerçant reçoit une notification instantanée, et l'argent reste dans le téléphone jusqu'au moment où il décide d'aller le retirer chez l'agent le plus proche ou, de plus en plus souvent, il le réutilise directement pour payer son propre fournisseur ou recharger du crédit téléphonique. Les frais (1 à 3 % selon le type de transaction marchand) sont largement compensés par la sécurité gagnée et par la rapidité du règlement.De nombreux grossistes de Delmas, de la route de l'aéroport ou de Carrefour acceptent désormais eux-mêmes MonCash pour les commandes en volume. Un marchand de produits alimentaires au marché de Croix-des-Bossales peut ainsi acheter son sac de riz ou son bidon d'huile sans sortir un seul billet, simplement en transférant depuis son portefeuille.

Cette pratique, encore marginale il y a cinq ans, est devenue courante dans les filières riz, huile, savon et produits de première nécessité.L'autre effet concret est la constitution d'un historique transactionnel. Chaque paiement reçu laisse une trace dans le compte MonCash. Plusieurs institutions (FINCA Haïti, micro-crédit Fonkoze, certaines caisses populaires) ont commencé à utiliser cet historique comme critère alternatif de solvabilité, à côté ou à la place des traditionnelles garanties immobilières ou cautions solidaires. Le crédit reste limité, quelques dizaines de milliers de gourdes, mais il est immédiat et ne nécessite plus de se déplacer. En 2024-2025, FINCA a ainsi décaissé plus de 8 000 petits prêts digitaux adossés exclusivement à l'activité MonCash, presque exclusivement des femmes commerçantes.Sur le plan fiscal, la traçabilité existe techniquement, mais la formalisation reste embryonnaire. La Direction Générale des Impôts (DGI) n'a pas encore les moyens humains ni techniques d'exploiter systématiquement les données MonCash ou NatCash. Quelques expériences pilotes ont été lancées (paiement de la patente via mobile dans certaines communes), mais la grande majorité des petits commerces reste hors du radar fiscal. La dégradation sécuritaire depuis 2022 a paradoxalement accéléré le processus. Dans les zones où les agences bancaires ont réduit leurs horaires ou fermé (Martissant, Bel-Air, Solino, Bas Delmas et de Cité-Soleil), l'acceptation de MonCash est devenue une condition de survie commerciale ; le client refuse de circuler avec du cash, le commerçant refuse de le détenir.Le gain de transparence profite pour l'instant davantage à la BRH, qui voit mieux circuler la gourde électronique et aux institutions de microfinance qu'à l'État lui-même.

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