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Analyse du rôle des portefeuilles mobiles dans le développement de la digitalisation et de la modernisation de la circulation monétaire en Haà¯ti: le cas de Moncash (2018-2025)


par Sebastien DUVERSEAU
Université INUKA - Licence en sciences économiques 2026
  

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5.2. Effets macroéconomiques : vélocité monétaire, traçabilité et interactions avec la politique monétaire

L'utilisation accrue de MonCash modifie subtilement, mais de manière mesurable, la dynamique macroéconomique haïtienne, en particulier la vélocité de la monnaie. Chaque transfert que ce soit un paiement marchand à Croix-des-Bossales ou un envoi familial de Delmas à Cap-Haïtien s'effectue en quelques secondes, sans le délai imposé par un trajet en taptap ou une attente chez un agent de change. L'argent ne dort plus dans un matelas ou un sac plastique ; il repart immédiatement vers un fournisseur, un salaire ou un achat de crédit téléphonique. Selon les estimations de la BRH, la circulation fiduciaire (M0) a stagné autour de 120 milliards de gourdes depuis 2022, tandis que la masse monétaire large (M2) a crû de 18 % en 2024, en partie grâce aux dépôts électroniques issus des portefeuilles mobiles. Ce basculement réduit la « monnaie dormante » et accélère les échanges.

Une étude interne de Digicel (non publique, mais citée dans les rapports BRH) suggère une hausse de 12-15 % de la vélocité dans les segments digitalisés, dynamisant les marchés locaux sans injection supplémentaire de liquidités par la banque centrale. La traçabilité, elle, est le gain le plus tangible. Avant 2023, les comptes anonymes permettaient des flux opaques, difficiles à suivre pour la lutte contre le blanchiment ou l'évasion fiscale. Puis vint la Circulaire 121 de la BRH, qui a forcé la main. Depuis le 31 mai 2025, tous les comptes non identifiés sont suspendus, avec blocage des fonds jusqu'à vérification d'identité via une pièce valide (passeport, carte d'électeur ou permis de conduire). Les utilisateurs composent *202# pour checker leur niveau (0 pour anonyme, 1 pour identifié), et les comptes mini-wallet limités à 10 000 gourdes deviennent inutilisables sans upgrade. Digicel a déployé des équipes sur le terrain et un support au 202 pour accompagner la transition, évitant un chaos total.

La BRH dispose désormais d'un flux de données transactionnelles en temps réel, filtré par l'identité, qui éclaire les comportements économiques, qui transfère à qui, où, et pour quel montant. Cela affine les politiques anti-blanchiment, renforce l'inclusion (en identifiant les bénéficiaires réels des aides) et aide à gérer la masse monétaire face à la dollarisation persistante (les USD restent rois pour les gros transferts, mais la gourde électronique gagne du terrain pour le quotidien). Côté politique monétaire, MonCash complète les outils existants sans les remplacer. Le SPIH (système RTGS interbancaire) gère les gros flux institutionnels, mais les portefeuilles mobiles injectent de la liquidité de base. Si plus d'Haïtiens gardent leur argent dans un portefeuille mobile plutôt que sous matelas, la demande de billets physiques baisse, libérant des ressources pour la BRH. C'est visible dans les bilans : les retraits en espèces ont chuté de 8 % en 2024, selon les données trimestrielles de la banque centrale. Et pour les transferts de la diaspora, 25-30 % du PIB, souvent en USD, MonCash a ouvert la porte depuis 2022 via des partenaires comme Remitly, WorldRemit ou RIA, les remises atterrissent directement sur l'e-wallet, converties en gourdes sans passage physique.

Le PSARA (Programme de Sécurité et d'Adaptation à la Résilience Alimentaire), financé par la Banque Mondiale et le PAM, en est l'exemple parfait. 57 % des transferts sociaux (22 000 ménages en Grand'Anse) passent par MonCash, avec un taux de satisfaction à 93 % et une réduction des coûts logistiques de 40 % par rapport aux distributions en cash. Cela modifie les agrégats. Les flux entrants boostent M1 (monnaie au sens large) plus vite, aidant la BRH à calibrer ses taux d'intérêt ou ses injections de liquidités. La BRH n'est pas restée passive, en 2021, elle a lancé le prototype de Bitkòb, la gourde numérique centrale, via un concours national qui a retenu ce nom créole (bit pour digital, kòb pour argent).

C'était une réponse directe à l'essor des mobiles, une monnaie officielle, programmable et traçable à 100 %, pour concurrencer ou intégrer MonCash sans le brider. Le projet avance lentement, pilote en 2023, tests interbancaires en 2024, mais il signale que la banque centrale voit dans la digitalisation un levier contre l'inflation (28 % en 2023) et la dollarisation (60 % des transactions en USD). MonCash, en attendant, renforce la liquidité globale, moins de cash hors circuit, plus de gourdes qui circulent, et un suivi qui permet à la BRH d'anticiper les chocs comme l'a montré la gestion des aides post-ouragan en 2024.

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