1.2. Historique de la monnaie et de ses
multiples formes et fonctions
1.2.1. Genèse et évolution des formes
monétaires
La monnaie naît d'abord comme réponse pratique
aux limites du troc. Ce système d'échange direct pose un
problème majeur identifié par Menger en 1892, il faut que deux
personnes veuillent exactement ce que l'autre possède, au même
moment. Face à cette contrainte, les sociétés humaines ont
progressivement adopté des biens intermédiaires pour faciliter
les échanges. Coquillages, sel, bétail, métaux
précieux, etc. Ces monnaies-marchandises avaient l'avantage de
posséder une valeur propre tout en servant simultanément de moyen
d'échange et de réserve.
Le VIIe siècle avant notre ère marque un
tournant décisif avec l'apparition des pièces frappées en
Lydie (Davies, 2002). La standardisation des poids et la certification par
l'autorité politique ont radicalement réduit les coûts de
transaction. Les échanges commerciaux à grande échelle
deviennent alors possibles. On observe déjà à cette
époque une première forme de dématérialisation. La
valeur ne dépend plus uniquement du métal lui-même mais
repose aussi sur la confiance accordée à l'autorité qui
émet la pièce.
L'histoire se poursuit avec le papier-monnaie, qui
apparaît en Chine sous la dynastie Tang au VIIe siècle. L'Europe
l'adopte plus tardivement, à partir du XVIIe siècle, quand les
banques commerciales et centrales commencent à émettre leurs
propres billets (Kindleberger, 1993). Cette évolution représente
un nouveau saut vers l'abstraction. La monnaie devient essentiellement
fiduciaire, du latin fiducia pour confiance, et repose désormais sur la
confiance plutôt que sur une quelconque valeur intrinsèque. Au XXe
siècle, l'abandon progressif de l'étalon-or parachève
cette transformation. Les accords de Bretton Woods en 1944, puis leur
dissolution en 1971, consacrent définitivement le règne de la
monnaie fiat. Sa valeur découle uniquement de la garantie de
l'État et de son acceptation sociale.
1.2.2. La
dématérialisation progressive : de la monnaie scripturale
à la monnaie électronique
Le XIXe siècle voit émerger la monnaie
scripturale avec le développement des comptes bancaires et des
instruments de paiement comme les chèques (Bordo & Schwartz, 1984).
La monnaie devient alors une simple écriture comptable, une inscription
dans les registres des banques plutôt qu'un objet tangible. Aujourd'hui,
cette forme scripturale représente l'essentiel de la masse
monétaire dans les économies modernes. Elle illustre un processus
séculaire de dématérialisation qui ne cesse de
s'accélérer. L'informatisation des systèmes bancaires dans
la seconde moitié du XXe siècle amplifie considérablement
cette tendance. Les cartes de paiement font leur apparition dans les
années 1950, suivies des distributeurs automatiques dans les
années 1960. Ces innovations transforment radicalement l'accès
à la monnaie et les modalités de paiement (Humphrey, Pulley &
Vesala, 1996). Les années 1990 marquent une nouvelle étape avec
la banque en ligne et les premiers systèmes de paiement
électronique, qui annoncent déjà la révolution
mobile à venir.
La monnaie électronique constitue l'aboutissement
contemporain de ce processus. La Directive européenne 2009/110/CE la
définit comme une valeur monétaire stockée sous forme
électronique et acceptée comme moyen de paiement par des tiers
autres que l'émetteur. Elle prend plusieurs formes, la monnaie de
réseau utilisable via Internet, et la monnaie sur carte stockée
sur des supports physiques. L'arrivée des smartphones et de la
connectivité mobile généralisée ouvre une
troisième voie avec la monnaie mobile, accessible directement via des
applications sur téléphone portable.
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