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Subjectivité et intersubjectivité dans la conversion indiviuelle masculine à l'islam en France au XXI siècle

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par Marie Bastin
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris -  2002
  

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Disparités

Les disparités se situent à quatre niveaux. Au niveau de la découverte et de l'acceptation de l'existence de dieu, pour deux cas, au niveau des émotions ressenties et vécues par les « convertis » au moment de la prise de conscience de leur foi islamique, au niveau de la manière dont chacun estime vitaliser sa foi et son expérience religieuse, et enfin au niveau du processus de renversement.

· Dieu existe !

Deux cas sont à distinguer, celui de C1 et celui de C2. En effet, ils n'ont pas fait d'études supérieures et n'en sont pas stigmatisés. Il est, en effet, de plus en plus possible, bien qu'encore trop rare, d'être normé à la société française ultramoderne, sans avoir accompli de cycle d'études supérieures. La réussite sociale ultramoderne s'élabore également autour d'attitudes professionnelles autodidactes. Pour C1, il semble que la question ne se pose pas et/ou qu'il ne veuille pas en parler. Son chemin de vie et ses choix existentiels, comme il le dit lui-même, semblent être dominés par « les circonstances qui m'ont amenés à des endroits et qui m'en ont fait partir. » Pour C2, son parcours professionnel autodidacte reflète peut-être combien les valeurs du travail comptent pour lui, en apparaissant les seules valables. Les origines sociales modestes de C2 peuvent expliquer cette conviction. N'avoir pas été « bon à l'école », semble, pour lui une normalité liée à son milieu social. Ni l'un ni l'autre ne croit en dieu, au sens monothéiste du terme. Aucune autre pratique religieuse ne les maintient sur le chemin d'un sens spirituel de l'existence. Ils ont en commun une certaine « jouissance de la vie », une forme d'adolescence tardive motivée par la recherche d'expériences sociales. Il est possible d'observer, pour eux, ce que l'on pourrait nommer comme une absence de projet de vie et une absence d'ambition professionnelle, mais plus un souci de vivre au jour le jour. Leur « conversion » à l'islam, pour C1, en pleine jeunesse (25 ans) et pour C2, en pleine maturité (36 ans), leur fait découvrir une capacité à admettre une existence divine et à s'engager dans la foi monothéiste.

· Je cherche, je trouve

Pour C1, C2 et C5, le moment de la prise de conscience d'être devenu musulman a été traversé de troubles émotionnels, particulièrement forts chez C1 et C5. C2 semble avoir maîtrisé ses troubles émotionnels par l'intellect, la lecture, et surtout en ayant vécu ce « réveil » religieux au cours d'une relativement longue période de temps, plusieurs mois. Pour C1 et C5, le moment n'a duré que quelques semaines. Il semble qu'ils ont vécu une sorte d'urgence à se situer, à se dire ou non musulman.

Pour C3, C4, C6 et C7, la « tempête sous un crâne » ne semble pas avoir troublée l'équilibre de l'individu. La recherche spirituelle semble avoir été très précisément définie intellectuellement dans ces quatre cas. En effet, C3 dit : n'a voir eu « aucun effort semble-t-il, à intégrer le système de connaissances, de pratiques ». Pour C2, non plus, aucune difficulté n'a surgit. Pour C7, « la démonstration est simple et évidente ». Le processus de détachement d'avec la religion d'origine était, en effet, déjà enclenché avant la rencontre avec l'islam. Peut-on alors imaginer qu'une sorte de terrain en friche était prêt à recevoir un nouveau système spirituel ? Un cas de conversion féminine contient les mêmes caractéristiques : la rupture intellectuelle, voulue et consciente de la jeune femme l'aurait libéré du système précédent et ce, pendant plusieurs années. Ce qui lui aurait permis de faire connaissance avec l'islam sans peur, sans crainte de perdre quoique ce soit, au point que le moment où elle s'est sentie musulmane n'a été ni brutal, ni douloureux. Il contenait également une forme de sentiment « d'évidence ». En quoi réside cette évidence ? Si l'individu rompt volontairement intérieurement avec un système de pensée, qu'il se met en quête d'autres systèmes, parce qu'il suppose que le monde est porteur d'autres vérités que celles dans lesquelles il a été élevé, rencontrer un système qui lui « convient », ne peut qu'être le produit de la logique de recherche. Il est alors rasséréné et n'a pas plongé dans un état de troubles émotionnels irréversibles. La surprise, suppose-t-on, que ce soit le système islamique, apparaît à un moment donné, certes. Et ce, pour les raisons historiques et contemporaines des rapports des mondes islamiques et judéo-chrétiens, des mondes orientaux et occidentaux, des mondes du Nord et du Sud connues aujourd'hui. La négociation en jeu, ici, est donc d'ordre intellectuel, parfois presque logique, mathématique et démonstratif. En effet, dans un autre cas de conversion féminine, il a été intéressant d'entendre la jeune femme, formuler, à la suite de démonstration faite par la personne musulmane sociologique avec laquelle elle a été en contact, sa négociation presque scientifique. Le « si tu ressens telle chose, si tu réagis ainsi, si donc les musulmans sont semblables à toi sur ces points, alors tu es musulmane et tu dois reconnaître l'existence dieu » est une sorte de démonstration aux limites du sophisme qui semble avoir convenu à un esprit scientifique et cartésien comme le sien. Quelques jours de réflexion et de ré-analyse de la « démonstration », lui ont semble-t-il « prouvé » son état de musulmane. Dans les cas des « conversions » masculines traités ici, nous n'avons pas retrouvé précisément ce type de négociation pseudoscientifique. Mais, il est clair que la mise au point intellectuelle et logique concernant l'islam plus que la foi en dieu, a été faite et refaite, intérieurement d'ailleurs. C4 donne un exemple concret de ce type de mise au point, quand il dit : « j'ai accepté le livre coranique, mais je ne parvenais pas intégrer Mohammed comme prophète. » C5, lui indique qu'il s'était rendu compte que « pour être musulman, il me manque ceci : être persuadé que le Coran vient de Dieu ! »

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