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Subjectivité et intersubjectivité dans la conversion indiviuelle masculine à l'islam en France au XXI siècle

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par Marie Bastin
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris -  2002
  

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Partie II

Le récit de l'expérience religieuse de la « conversion »

De La « conversion » selon René Guénon ou comment jalonner les intuitions d'une réalité sociologique

R. Guénon65(*) est jusqu'à présent un intellectuel incontournable lorsque le sujet de la conversion à l'islam est abordé. « Cas spirituel »66(*), ce n'est, pourtant, qu'au détour de sa pensée que l'on découvre qu'il fut musulman. Il s'est en effet relativement moins intéressé à l'islam qu'aux « vérités universelles ainsi qu'aux règles symboliques et aux lois cycliques qui régissent leur adaptation traditionnelle. »67(*) En effet, « l'islam apparaît dans l'oeuvre de R. Guénon par ce qu'il a en lui de plus essentiel et transcendant, et donc de plus universellement traditionnel » et que l'intention majeure de son oeuvre « est, à la faveur d'une reprise de conscience des vérités les plus universelles et les plus permanentes, de rappeler l'Occident à sa propre tradition. » Certaines de ses réflexions s'articulent autour des deux notions de la « conversion » et de l'individualisme auquel il a donné une importance prémonitoire.

Ainsi, le philosophe considère d'une part, que la « conversion », au sens large, est avant tout une transformation intérieure, et qu'au sens islamique ensuite, elle « implique à la fois un « rassemblement » ou une concentration des puissances de l'être, et une sorte de « retournement » par lequel cet être passe « de la pensée humaine à la compréhension divine » ». Elle est également « le passage conscient du mental entendu dans son sens ordinaire et individuel, et considéré comme tourné vers les choses sensibles, à ce qui en est la transposition dans un sens supérieur [...] »68(*) Pas de cheminement spirituel, donc, sans « conversion ». R. Guénon estime qu'elle est « une phase nécessaire dans tout processus de développement spirituel ; c'est, donc, insistons-y, un fait d'ordre purement intérieur, qui n'a absolument rien de commun avec un changement extérieur et contingent quelconque, relevant simplement du domaine  « moral » comme on a trop tendance à le croire aujourd'hui (et l'on va même, en ce sens, jusqu'à traduire metanoia par « repentir ») ou même du domaine religieux et plus généralement exotérique. » Le sens vulgaire du mot, lui, « désigne uniquement le passage extérieur d'une forme traditionnelle à une autre, quelles que soient les raisons par lesquelles il a pu être déterminé, raisons toutes contingentes le plus souvent, parfois même dépourvues de toute importance réelle, et qui en tous cas n'ont rien à voir avec la pure spiritualité. »69(*) Pour ceux « qui pour des raisons d'ordre ésotérique ou initiatique, sont amenés à adopter une forme traditionnelle autre que celle à laquelle ils pouvaient être rattachés par leur origine, soit parce que celle-ci ne leur donnait aucune possibilité de cet ordre, soit seulement par ce que l'autre leur fournit, même dans son exotérisme, une base mieux appropriée à leur nature, et par conséquent plus favorable pour leur travail spirituel. C'est là pour quiconque se place du point de vue ésotérique, un droit absolu contre lequel tous les arguments des exotéristes ne peuvent rien, puisqu'il s'agit d'un cas, qui, par définition même, est entièrement en dehors de leur compétence. » Il s'agit de la manifestation « d'une raison de convenance spirituelle, qui est tout autre chose qu'une « préférence » individuelle, et au regard de laquelle toutes les considérations extérieures sont parfaitement insignifiantes » Les autres cas concernent « les hommes qui, parvenus à un haut degré de développement spirituel, peuvent adopter extérieurement telle ou telle forme traditionnelle suivant les circonstances et pour des raisons dont ils sont seuls juges [...]. Ceux-là sont, par l'état spirituel qu'ils ont atteint, au-delà de toutes les formes, de sorte qu'il ne s'agit là pour eux que d'apparences extérieures, qui ne sauraient aucunement affecter ou modifier leur réalité intime ; ils ont [...] réalisé dans son principe même, l'unité fondamentale de toutes les traditions. »

Pourtant, philosophiquement, R. Guénon indique que « d'une façon tout à fait générale, nous pouvons dire que quiconque a conscience de l'unité des traditions, que ce soit par une compréhension simplement théorique ou à plus forte raison par une réalisation effective, est nécessairement, par là même, « inconvertissable » à quoi que ce soit. »70(*) Cela permet de s'interroger sur ce qu'est cette « conversion » pour chaque individu, tant du point de vue sociologique que du point de vue religieux.

D'autre part, l'individualisme selon R. Guénon, « c'est la négation de tout principe supérieur à l'individualité, et, par la suite, la réduction de la civilisation, dans tous les domaines, aux seuls éléments purement humains [...] »71(*) Il insiste encore sur le fait que « l'individualisme implique tout d'abord la négation de l'intuition intellectuelle, en tant que celle-ci est une faculté supra-individuelle, et de l'ordre de la connaissance qui est le domaine propre de cette intuition, c'est-à-dire de la métaphysique entendue dans son véritable sens. »72(*) Pour préciser que « qui dit individualisme dit nécessairement refus d'admettre une autorité supérieure à l'individu, aussi bien qu'une faculté de connaissance supérieure à la raison individuelle. »73(*) Il semble alors qu'il n'est pas concevable d'aborder les phénomènes d'individuation et d'individualisation dans la société française postmoderne sans cette notion d'individualisme que R. Guénon rend responsable du déclin de la vie religieuse dans la France contemporaine, car, c'est justement au nom de l'individuation que les individus composent et revendiquent leur « conversion ».

* 65 Blois, 1886-Le Caire, 1951, philosophe français, fondateur de la revue La gnose, étudie les principaux textes mystiques (hindous, taoistes, islamiques) opposant à l'aspect exotérique des religions historiques constituées une tradition unique, originelle, la connaissance ésotérique.

* 66 Michel Vaslan, L'islam et la fonction de René Guénon, Les éditions de l'oeuvre, Paris, 1984

* 67 ibid, p. 14

* 68 René Guénon, Initiation et réalisation spirituelle, Editions traditionnelles, Paris, 1994, p. 101

* 69 ibid, p. 101-106

* 70 ibid, p. 101-106

* 71 Renée Guénon, La crise du monde moderne, Gallimard, Paris, 1994, p. 68

* 72 ibid, p. 69

* 73 Ibid

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