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La Littérature Hypertextuelle, analyse et typologie

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par Aurélie CAUVIN
Université de Cergy Pontoise - Maitrise de lettres Modernes 2001
  

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b) La pensée fragmentaire

La pensée fragmentaire est en effet un dispositif mis en place par l'hypertexte dans la mesure où il est caractérisé par la discontinuité. Le discontinu permet au lecteur, à l'exégète de faire des regroupements, de mettre en relations des fragments qui font écho, et de faire apparaître des analogies, des comparaisons, des différences.

Barthes, est partisan d'une nouvelle critique basée sur l'interprétation des textes selon une lecture moderne, c'est-à-dire en faisant abstraction des contingences et de la signification du texte dans son époque d'origine. Il proscrit l'idée d'une critique qui ne prendrait en compte que l'histoire littéraire et qui considérerait l'oeuvre uniquement dans son contexte d'origine. Il prône au contraire une nouvelle critique basée sur l'interprétation des textes qui amènent à des lectures différentes des critiques jusqu'alors pratiquées. Barthes considère le processus d'écriture du critique ainsi : « écrire, c'est d'une certaine façon fracturer le monde (le livre) et le refaire »25(*). Son ouvrage S/Z révèle une critique entièrement tournée vers l'interprétation de l'auteur comme critique mais qui ne saurait remplacer le lecteur : « Il reste encore une dernière illusion à quoi il faut renoncer : le critique ne peut en rien se substituer au lecteur »

Pour ce qui est de la pensée fragmentaire, G. Landow met en relation les lexies de Barthes avec ce que Nelson définit comme « l'hypertexte par blocs ou fragments » où le lecteur lit un bloc de texte, puis un autre dans l'ordre qui lui convient. La lexie est définie ainsi par Barthes dans son ouvrage S/Z26(*) :

« On étoilera donc le texte, écartant, à la façon d'un séisme, les blocs de signification, dont la lecture ne saisit que la surface lisse, imperceptiblement soudée par le débit des phrases, le discours coulé de la narration, le grand naturel du langage courant . Le signifiant tuteur sera découpé en une série de courts fragments contigus, qu'on appellera ici des lexies, puisque ce sont des unités de lecture »

La pensée fragmentaire n'est à considérer que du point de vue de la lecture comme héméneutique. De plus l'idée d'une pensée fragmentaire est une idée récente dans la philosophie occidentale27(*), Derrida (1930-) en reste le principal théoricien avec notamment son entreprise de déconstruction qui caractérise toute son oeuvre. Elle se définit par la remise en question de la forme traditionnelle du livre, rêve de l'unité et de la totalité du discours clos sur lui même. C'est pourquoi ses textes n'ont ni début, ni fin, ils sont greffés sur d'autres textes et sont prétexte à d'autres textes :

« la fin de l'écriture linéaire est bien la fin du livre même si aujourd'hui encore, c'est dans la forme du livre que se laissent tant bien que mal engainer de nouvelles écritures, qu'elles soient littéraires ou théoriques28(*) »

Mais il ne faut pas chercher dans cette pensée fragmentaire une interconnexion des textes ou un ordre analogique selon lequel l'homme pense par association d'idées. En effet la pensée fragmentaire ou paradigmatique est un concept philosophique et de la critique et non un concept du lecteur.

* 25 Roland Barthes, Critique et vérité, Seuil, « Points essais », 1966

* 26 Roland Barthes, S/Z, Paris, Seuil, collection «Points essais», 1970, p 18

* 27 Jean Clément, « Du texte à l'hypertexte : vers une épistémologie de la discursivité hypertextuelle », Article paru dans Balpe J. P. Lelu A., Saleh I. (coords), Hypertexte et hypermédias : réalisations, outils, méthodes, Paris, Hermès, 1995

* 28 J. Derrida, De la grammatologie, Paris, Editions de Minuit, 1967, p 129-130.

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