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La Littérature Hypertextuelle, analyse et typologie

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par Aurélie CAUVIN
Université de Cergy Pontoise - Maitrise de lettres Modernes 2001
  

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B. L'hyperfiction : essai de définition

« Je ne vous fais pas un reproche des néologismes, néologismes de mots et néologismes de tours. Ce n'est pas que je les aime; mais, je le sais comme vous, il y a quatre ou cinq livres du dernier siècle où sont imprimés en italique les néologismes qui crispaient les classiques du temps; eh bien, c'est en se servant de ces néologismes passés dans la langue que les classiques vous attaquent aujourd'hui... » Goncourt, Ch. Demailly, 1860

1. Néologie par emprunt ou néologie formelle, choix du terme

Le terme d' « hyperfiction » peut s'analyser soit comme un néologisme par emprunt soit comme un néologisme sémantique. Chaque unité lexicale, dès lors qu'elle ne figure pas dans un dictionnaire d'usage, est considérée " néologique ", au regard soit de sa forme (simple, composée ou dérivée), soit de son sens, soit de son genre grammatical, soit de son emploi. Ainsi l'apparition d'un néologisme est motivée par le fait qu'aucun mot dans la langue ne décrit la réalité à laquelle il fait référence. Le néologisme « hyperfiction » appartient à la formation de nouvelles unités lexicales d'un point de vue formel. En effet à un nouveau signifiant correspond un nouveau signifié.

Mais doit-il être analyser comme un mot construit composé savant à base nominale formé en français du préfixe grec « hyper » (huper en grec) et du morphème lexical « fiction ».  Le préfixe « hyper- » signifie : « au-dessus, au-delà », et exprime l'exagération, l'excès, le plus haut degré, on l'utilise soit dans des composés empruntés au grec ou au latin, soit dans des formations françaises, savantes ou familières. Le préfixe « hyper », comme nous l'avons déjà expliqué signifie également chez les mathématiciens et informaticiens tout ce qui dépasse trois dimensions. Cela supposerait que l'hyperfiction pourrait se définir comme une fiction à n dimensions, ou une fiction supérieure, exagérée, excessive. Cette acception du mot pourrait s'avérer pertinente dans la mesure où l'hyperfiction apparaît comme un texte sans début ni fin, comme une fiction que l'on ne peut parcourir dans son ensemble. Elle s'inscrit dans le rêve du texte illimité. Le terme « fiction » se définit comme une construction de l'imagination, par opposition à la réalité, et appliqué au domaine de la littérature elle est une création de l'imagination. On place sous le terme de fiction les genres comme : le conte, la nouvelle, le roman, la science-fiction. Dans le mot science-fiction, le terme de « fiction » a une valeur adjectivale et correspond à fictionnel. C'est pourquoi nous rencontrons parfois le syntagme figé « hypertexte de fiction ». Il resterait à déterminer si le terme fiction a une valeur nominale ou une valeur adjectivale, mais ceci n'a que peu d'influence sur le sens. Cependant, cette analyse lexicologique du mot ne lui alloue pas sa filiation avec l'hypertexte. Il paraît plus pertinent d'analyser le mot comme un mot-valise, formé par apocope du mot HYPERtexte et du mot FICTION, ou de HYPERmédia et du mot FICTION, comme le note Robert Coover dans son article consacré à l'hyperfiction :

« Hyperfiction is a new narrative forme art, readable only on the computer, and made possible by the developing of hypertexte and hypermedia. ».

De plus le préfixe « hyper- », comme l'explique Gabriel Otman, dans : Les mots de la cyberculture95(*), est :

« employé dans de nombreux composé de la langue cyber, il fait généralement référence à la présence de liens de type hypertexte ou hypermédia ou à un objet de type virtuel qui transcende l'objet réel qu'il reproduit ou imite. »

Pourquoi avoir choisi ce terme ? Beat Suter et Michael Böhler96(*) dans Hyperfiction, Hyperliterarisches Lesebuch : Internet und Literatur mit CD-ROM se justifient sur le choix du terme « hyperfiction » et notamment sur la non germanisation du terme, car nous devrions avoir : « Hyperfiktion ». La non-germanisation de cette unité lexicale peut également s'expliquer par son origine américaine. Cela reflèterait, en ce qui concerne l'analyse lexicologique, un emprunt à l'anglais des Etats-Unis, dans la mesure où la première référence du mot en français est tirée d'un article de Robert Coover du Courrier  International n° 151, daté du 23 Septembre 199397(*) qui fait écho au supplément littéraire du New York Times de Août 1993. En règle générale, l'emprunt est motivé par le fait qu'aucun mot de la langue française ne peut désigner le référent dont il veut parler. Dans ce cas précis l'emprunt désigne une réalité importée : le mot est emprunté avec le concept.

Une seconde occurrence est apparue dans un article de Florence Noiville, Internet, nouvelle adresse pour la littérature ?( Le Monde, 22 Janvier 1999) ou elle applique le terme pour l'oeuvre de Renaud Camus98(*). Ce terme est repris comme tel par les spécialistes comme le terme le plus adapté et les deux auteurs penchent, semble-t-il, du côté de la seconde analyse lexicale, en effet ils écrivent dans leur introduction :

« Der Begriff Hyperfiction« wurde für dieses Buch als Titel gewählt, weil er als einziger in dieser Knappheit das anvisierte Phänomen zum Ausdruck bringt : die Eröffnung eines neuen, virtuellen, Narrationsraums, worin Geschichten von Menschen und Lebensumständen erzählt werden wie in traditioneller Literatur zwar auch, wozu aber ganz neue Wege gesucht und neue formen erprobt werden.99(*) »

Ainsi le contenu, selon les auteurs ne connaît pas de modifications profondes, mais la structure, le support est la principale source de renouvellement, en effet Mac Luhan estimait que le média est le message. Dans leur livre, Beat Suter, Michael Böhler définissent l'hyperfiction ainsi :

« Eine Hyperfiction ist ein elektronischer Hypertext, der Text als Gewebe oder Textur versteht, an der ständig weitergeflochten wird. Einzelne Texteinheiten werden innerhalb und außerhalb eines Dokumentes auf assoziative, nicht-sequentielle Weise, d.h. in der Struktur eines Rhizoms oder Baums miteinander verbunden.100(*) »

Cette définition complète, et exhaustive met en évidence, l'influence du rhizome d'Internet et de l'hypertexte comme réseau de texte tel que Mireille Buydens et Pierre Levy ont pu l'analyser. Elle s'inscrit aussi dans la notion de connexion des textes, ainsi que dans celle de non-linéarité de la lecture et de l'écriture, fondée sur l'association, et l'analogie. Ces deux auteurs de l'université de Zürich ont mis également en évidence qu'aucun dictionnaire ou encyclopédie101(*), sur papier ou électronique n'a fait entrer le terme sauf l'Encyclopædia Universalis, qui présente un article sur l'hyperfiction de Jean Clément. Il la définit ainsi :

« l'hyperfiction, parfois appelée fiction hypertextuelle, ou le plus souvent fiction interactive, est un genre littéraire apparu d'abord aux Etats-Unis vers 1985. (...) Il devient désormais possible d'imaginer des textes à lectures multiples qui se donnent à lire par fragments suivant de parcours de lectures non linéaires.(...) Par son écriture, l'hyperfiction est aux croisement de deux phénomènes plus anciens : le jeu d'aventure, les antiromans.(...) l'hypertexte de fiction, en effet, est constitué d'une collection semi-organisée de fragments narratifs autorisant des parcours multiples conditionnés par les choix du lecteur. »102(*)

* 95 Gabriel Otman, Les mots de la cyberculture, Paris, Belin, coll. « le français retrouvé », 1998, p 157

* 96 Beat Suter, Michael Böhler, Hyperfiction, Hyperliterarisches Lesebuch : Internet und Literatur mit CD-ROM, Basel ; Frankfurt am Main : Stroemfeld, 1999

* 97 COOVER Robert, Hyperfiction, Courrier International n° 151, 23/09/1993, pp 34-35 cf. Annexe

* 98 « Avec Vaisseaux brûlés, celui-ci a construit sur Internet une véritable hyperfiction à partir d'un livre paru chez POL, en 1997. »

* 99 « Le concept d' « hyperfiction » a été choisi comme titre de ce livre, parce qu'il exprime le phénomène certifié comme l'unique dans cette catégorie : l'ouverture d'un nouvel espace virtuel de narration, dans lequel sont racontées les histoires des hommes et les situations de la vie, comme il en est ainsi dans la littérature traditionnelle, mais par lequel on essaie de nouvelles voies et on expérimente de nouvelles formes. »

* 100 « une hyperfiction est un hypertexte électronique qui envisage le texte comme un tissu ou une texture à laquelle on ne cesse d'entrelacer d'autres textes. On lie des fragments de texte isolés les uns des autres, ils sont liés à la fois de l'intérieur et de l'extérieur du document de manière associative et non séquentielle comme dans la structure d'un rhizome ou d'un arbre »

Beat Suter, Michael Böhler, Hyperfiction, Hyperliterarisches Lesebuch : Internet und Literatur mit CD-ROM, Basel ; Frankfurt am Main : Stroemfeld, 1999 p 15-16

* 101 Après avoir consulté l'encyclopédie britannica en ligne (http://www.britannica.com), Encarta en ligne (http://www.encarta.msn.com/), et les différents dictionnaires de langue française de l'année 2001, il s'avère qu'aucun ne mentionne le mot hyperfiction.

* 102 CLÉMENT Jean,  Hyperfiction, Encyclopaedia Universalis, 1997 cf. annexe

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