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La Littérature Hypertextuelle, analyse et typologie

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par Aurélie CAUVIN
Université de Cergy Pontoise - Maitrise de lettres Modernes 2001
  

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V. Conclusion

L'hypertexte dûment défini a établi qu'il était une notion englobant d'une part plusieurs sèmes : non linéarité, analogie, liaison de documents, et d'autre part qu'il représentait un système documentaire, le réseau du world wide web, ainsi que les liens. Le premier chapitre a aussi mis en évidence que de Vannevar Bush à l'Internet l'hypertexte s'est construit, s'est agrandi, a envahi les divers disciplines pour devenir un réseau à l'échelle mondiale. Il a aussi été érigé en méthode par les théoriciens de la littérature hypertextuelle. Il est devenu ainsi un opposant du codex que ce soit dans la théorie de l'intertextualité ou de celle du rhizome.

Le second chapitre a permis de radiographier la généalogie de l'hyperfiction et notamment par le truchement des genres avec laquelle elle se trouve en concurrence et complémentarité. L'hyperfiction apparaît comme un genre défini par la porosité, l'hybridation et l' « avatarisme ». En effet le réseau ne peut se concevoir sans connexions ni liaisons. Aussi loin d'être une oeuvre close et isolée, l'hypertexte de fiction est au contraire une oeuvre dont les « portes sont ouvertes », oeuvre de passage et dont le paysage est jalonné de ponts. Est-il possible de parler de genre sur Internet ? La réponse serait paradoxale : l'hyperfiction se rapproche en effet du roman, car genre le plus aléatoire de la littérature. Mais la lecture des oeuvres nous convie à ne pas les inclure dans une des catégorie prédéfinies par la critique littéraire. En effet Internet représente un lieu d'expérimentation et de renouvellement. L'hyperfiction dans le réseau des cyberfictions se situe ainsi entre le livre, la génération automatique de textes, le roman contributif, le livre dont vous êtes le héros et le roman feuilleton. Les caractéristiques que nous pouvons retenir de l'hyperfiction sont les suivantes : elle n'a ni début, ni fin. Elle permet au lecteur de choisir son parcours par le choix des liens. Elle est construite sur le lien hypertextuel qui relie des fragments. Cette forme ouverte permet aux auteurs de réarranger, d'ajouter, de remanier leurs oeuvres, c'est pour cette raison qu'elle répond à l'appellation de « work in progress ».

Enfin le dernier chapitre sur les liens de l'hyperfiction a permis de mettre en évidence comment ils réorganisent la fiction, et que chaque fragment n'existe souvent que par le lien créé. Du renvoi de navigation interne ou externe, le lien modifie la lecture et l'écriture. Il introduit l'idée d'une oeuvre dialogique. Le texte n'est plus clos sur lui-même mais toujours en rapport avec un autre texte. Ce dernier peut être : citation , proverbe, définition, introduction d'un autre point de vue ou un autre texte lui même. De plus l'introduction de ce médium constitue le principe de renouvellement de l'oeuvre.

Face à l'ampleur du réseau hypertextuel, il apparaît nettement que certaines oeuvres appartiennent à des centres institutionnels. En effet Internet ne semble pas échapper à la règle des centres et des périphéries. Certains auteurs se rassemblent autour de liste de diffusion, de groupe de discussion. Par exemple la liste de diffusion « e-critures » est emblématique des différents courants de la littérature numérique. Les auteurs qui ont été étudiés appartiennent à la troisième génération d'écrivains informatiques. Loin d'être des programmeurs, ils ont envahi le réseau avec des outils simple à manier, des logiciels de retouche d'images, du langage HTML, qui selon eux ne leur pose pas d'énorme problème. Ils sont la troisième génération à ce titre, non pas du point de vue des genres mais du point de vue des outils. Pour répondre à ce manque de fédération des écrivains hypertextuels, certains s'organisent ainsi autour de liste. Cependant comme dans toute période littéraire, certains écrivains se distinguent ou ne sont pas inclus dans la masse. Parfois même certains auteurs restent anonymes, ou perdus dans le réseau. Une des difficultés relative à ce support est aussi le cimetière d'Internet, certains sites ont parfois disparu du réseau, comme par exemple the websoap. Il est devenu un fantôme littéraire, un spectre internétais. Ceci nous amène à une seconde question : quel est le support adéquat de l'hyperfiction ? En effet de la disquette au cédérom, du format PDF, le world wide web ? Lorsque l'oeuvre est mise sur support pdf elle perd de sa valeur, elle est reléguée au statut du livre, avec des images fixes, sans son ni vidéo. Certains auteurs se refusent d'ailleurs d'être publié sur ce support, afin d'éviter cette perte de contenu.

En revanche le format édité chez 00h00 est protégé et interdit les reproductions textuelles. L'oeuvre cédérom apparaît la moins réductrice et la plus adaptée tant du point de vue financier que du point de vue du contenu, mais le support cédérom connaît lui aussi ses limites, notamment celles du format, et de sa mémoire. Le propre du réseau Internet est de justement pouvoir être un support en mouvement qui permet une interaction des contenus, des sites : un lieu unique, ubique, mouvant. Les contraintes géographiques sont ainsi abolies, reste le problème du temps réel et du temps différé. Aussi une des questions soulevées notamment sur le groupe de discussion « e-criture » est la conservation des oeuvres numériques. Comment échapper à la contrainte du temps, au changement de logiciels, de format, des machines...L'oeuvre hypertextuelle bien plus que le livre a une durée de vie très brève, lorsqu'elle a été publiée sur disquette par exemple.

La polémique sur les droits d'auteurs est aussi un débat et sur les possibles pillages des oeuvres en ligne. Le paysage de l'édition est en pleine mutation de la maison d'édition en ligne à auto-médiation des auteurs Internet remet en question les limites des genres et des pratiques éditoriales. Cependant la maison d'édition joue un rôle fédérateur et de diffusion des oeuvres. Alors qu'aux Etats-Unis les auteurs sont regroupés au sein d'une maison d'édition, et autour d'une organisation de la littérature électronique, qui a pour fonction de faire connaître cette littérature, de la légitimer, le web français ne connaît pas encore de site fédérateur qui regrouperait les auteurs, organiserait des prix littéraires, etc.

Un autre paradoxe apparaît à la lecture des oeuvres : le codex, la publication sur papier apparaît encore comme une fin en soi. C'est-à-dire que l'oeuvre hypertextuelle publiée sur Internet devient parfois oeuvre de papier, ce qui est contraire à ses origines et son support. Le web n'est-il qu'un détour ? Deviendrait-il un moyen se faire publier ? La question reste ouverte. De la même manière l'interactivité tant revendiquée du réseau apparaît tout de même réduite et reléguée au second plan. En effet la littérature hypertextuelle ne se conçoit pas comme un jeu vidéo, qui lui privilégie la simultanéité. Ainsi l'hyperfiction se distingue de la fiction interactive par la non synchronie des acteurs.

La fiction hypertextuelle doit donc être abordée par le renouvellement du support qu'est l'hypertexte, qu'il appartienne à Internet ou à un autre support. De même à l'hypertexte technologique répondent un hypertexte mental et un hypertexte de lecture-écriture. Les trois convergent donc dans le triangle de la communication : le lecteur, l'oeuvre et l'auteur.

Aussi la dernière citation devrait semble-t-il être attribuée à l'un des trois enseignants de l'hyperfiction : Robert Coover, Jean Clément ou Beat Suter.

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