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Les Réfugiés comme enjeu de sécurité

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par Coraline Barré
Sciences Po Grenoble - Diplôme de Sciences Po Grenoble 2006
  

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CONCLUSION

L'engagement humanitaire massif dans les crises de réfugiés comme celles liées au drame rwandais témoigne de l'inscription du problème des réfugiés au centre de la politique internationale. Et ce au point que certains considèrent que - sous les effets conjugués de la fin de la Guerre Froide, de la multiplication des conflits internes et transnationaux, de la diffusion mondiale des images des crises humanitaires, de la remise en cause croissante de la souveraineté des Etats - l'intervention internationale comme réponse aux flux de réfugiés est en train de devenir une norme dans les déclarations et les pratiques des Etats. Pourtant, l'engagement de la communauté internationale est loin d'être aussi fort, et les modalités de l'intervention humanitaire attestent de sa sélectivité et de l'instrumentalisation de la sécurité humaine. La crise actuelle au Soudan illustre bien ce constat. Les experts de l'ONU débattent pour savoir si les massacres au Darfour constituent ou non un génocide, au lieu de se mettre d'accord sur les modalités d'une intervention dans une région ou les risques de propagation du conflit sont majeurs. La sélectivité de l'ingérence humanitaire se manifeste d'abord dans la différence de traitements entre « grandes urgences » telle que l'a été à un moment donné le Rwanda, et à propos desquelles se constituent parfois une ébauche d'espace public international, et les « urgences silencieuses », comme en Sierra Leone, au Burundi, ou aujourd'hui au Soudan. Cette sélectivité géographique se double d'une sélectivité temporelle, liée aux phases de la crise et à leur visibilité, comme le montre l'exemple du Rwanda où le degré de financement des ONG fut totalement modulé selon le degré de couverture des événements. L'assistance se porta ainsi massivement sur les réfugiés, au détriment des déplacés internes.

Si la prise en compte de ce type de crise, le développement de l'ingérence humanitaire, constitue en soi une avancée de la sécurité humaine, cette doctrine reste tout de même tributaire des des intérêts et motivations des multiples acteurs, et ne s'applique que quand ceux-ci convergent. Le concept ne s'applique donc que de façon ponctuelle, sur des problèmes précis, et ne répond pas à son ambition universalisante et égalitaire. Le HCR n'a que peu de pouvoir sur ce phénomène, les crispations du multilatéralisme s'exprimant également dans les aléas de la coordination. Ces derniers témoignent de l'absence au niveau international d'une politique de coordination entre les sphères politiques, militaires et humanitaires. A travers son action, le HCR paraît en définitive ne pas constituer le bras armé de la communauté internationale, mais plutôt son alibi.

C'est ainsi que la communauté internationale, le plus souvent par désintérêt stratégique, laisse des conflits survenir, et les laisse se propager même lorsqu'elle intervient. Dans ce type de crise de réfugiés impliquant des combattants armés, apporter une simple assistance humanitaire comme cela a été fait au Rwanda peut avoir des effets dévastateurs sur la stabilité de la région. Traiter la situation sur le plan strictement humanitaire en évitant bien de s'impliquer militairement et/ou

politiquement est le meilleur moyen de soutenir les combattants extrémistes. Les organisations humanitaires, par leur politique de neutralité et d'impartialité, croient pouvoir venir en aide aux populations. Mais elles ne font parfois que leur donner un petit sursis : en venant en aide aussi aux combattants, elles mettent en danger la vie de nombreuses autres personnes puisque le conflit risque alors de contaminer la région toute entière, comme ce fut le cas avec les réfugiés rwandais au Zaïre. Il est maintenant clair que le travail humanitaire ne peut rester neutre étant donné ses conséquences politiques. C'est pourquoi les travailleurs humanitaires devraient être plus sensibilisés au contexte et aux conséquences politiques de leur intervention, et ce aussi pour leur propre sécurité. La priorité doit être la lutte contre la militarisation des camps, véritable fléau qui menace la sécurité des Etats hôtes et des frontières. Les procédures prises par le HCR dans le cadre de "l'échelle d'option"78 ne suffiront pas à contrecarrer ces phénomènes. Le déploiement de forces de sécurité zaïroises dans les camps de réfugiés rwandais fut un échec, étant donné d'une part l'incompétence de ces troupes dites "d'élite", et d'autre part étant donné le soutien donné par le président zaïrois aux réfugiés combattants des camps. Ainsi, la séparation dans les camps entre les réfugiés civils et les combattants réfugiés paraît la seule solution pour éviter que ces crises ne dégénèrent. Pour éviter la propagation du conflit, l'intervention de l'Etat hôte paraît primordiale, puisque c'est lui qui en premier lieu peut créer des conditions de sécurité dans les camps. L'important également est de garder le contrôle des flux d'information dans les camps, afin que les combattants réfugiés, dont le but est de poursuivre la guerre et qui pour cela ont besoin du soutien des réfugiés, ne puissent les empêcher de rentrer pacifiquement dans leur pays. Il faut noter à ce propos que c'est bien souvent le prolongement des crises, quand les réfugiés ne peuvent rentrer chez eux rapidement, qui favorise la prise de pouvoir dans les camps par de telles bandes armées. La prolongation des crises empêche le travail de rapatriement et de réinstallation des réfugiés, seul moyen de mettre fin au risque de propagation du conflit, et souvent partie intégrante d'un processus de paix. Mais atteindre ces objectifs nécessite d'y mettre les moyens financiers et matériels afin d'assumer une responsabilité politique, ce qui n'est pas à l'ordre du jour de la communauté internationale à l'heure actuelle.

78 Adoptée après l'évaluation de l'échec rwandais, l'échelle d'option est un ensemble de mesurent qui peuvent être prises graduellement par le HCR pour assurer la sécurité des réfugiés, des camps, et des personnels humanitaires. Ces mesures peuvent de la coopération préventive avec l'Etat hôte, au déploiement de forces de sécurité nationales ou privées, jusqu'à l'intervention d'une force de maintien de la paix internationale.

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