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Contre histoire de la philosophie / le laboratoire de la philosophie vivante chez Michel Onfray

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par Rania Kassir
Universite Libanaise - DEA 2008
  

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B.2 D'Holbach : théoricien de « l'athée vertueux »

D'Holbach s'attache tout d'abord à tracer une généalogie de Dieu. D'où vient alors ce qu'on appelle Dieu ? Et d'Holbach répond par  déni de mort  et déni d'inscience.

Alors, bien avant Feuerbach, d'Holbach avance que les hommes se livrent aux inventions chimériques et donnèrent libre cours à leur imagination pour ne pas être mise en face de la décomposition de leur corps.

A cette fin, ils conçoivent une âme pourvue de qualités divines ; immortelle, éternelle, immatérielle et incorruptible. Cette âme douée de ces qualités vient attiser leur désir d'éternité et entamer une liaison avec Dieu.439(*)

D'Holbach met en avant une autre généalogie de Dieu  le déni d'inscience ; l'orgueil de l'homme l'empêche de se mettre en face de son ignorance. Il préfère alors des réponses erronées à des réponses en suspens.440(*) «A toute question philosophique (D'où vient le monde ? Où va-t-il ? Qui sommes-nous (...) le monde a-t-il été créé ou existe-t-il depuis toujours ? (...) le déicole répond toujours la même chose : désir de Dieu, pouvoir de Dieu, volonté de Dieu, mystère de Dieu. L'ignorance de la nature et de ses lois produits Dieu.»441(*)

L'athéisme de d'Holbach est étroitement lié au rejet de la religion (surtout chrétienne) et de la monarchie. C'est pourquoi à cette généalogie de Dieu succède tout d'abord chez lui une généalogie de la religion car pour réaliser la vie éternelle (déni de la mort) et pour montrer le pouvoir de Dieu (déni de la science) on invente la religion. Celle-ci constitue les lois qui menacent du purgatoire et d'enfer ou qui promettent, au contraire, le paradis.442(*) Cette fois-ci l'obéissance à Dieu n'est pas directe. Elle passe par les gens de l'Eglise, par le clergé qui est le dépositaire de la parole divine. Dès lors, celui qui n'obéit pas aux gens de l'Eglise n'achète pas son salut. La religion, vise au dire de d'Holbach, non pas le bonheur du peuple mais son asservissement. Elle propose, entre autres, « le jeûne » qui affaiblit les travailleurs et les dépouillent de toutes leurs forces, la « charité » qui recule l'instauration de la justice à même de rendre aux pauvres ce qu l'on doit, l' « espérance » qui reporte l'existence heureuse aux arrières-mondes, l' « éloge de la pauvreté » qui fait miroiter aux pauvres l'excellence de leur état de misère.443(*) «  Toutes ces propositions (...) généralisent la paupérisation (...) pendant que les gens d'Eglise, les moines les premiers, se moquent de ces leçons chrétiennes données à autrui et vivent dans le luxe, la débauche, la dépense somptuaires (...) une morale ascétique pour le grand nombre de sujets soumis et un immoralisme cynique pour les prêcheurs de vertus chrétiens, voila l'explication de l'état de misère de l'époque. »444(*) Pour ces différentes raisons, d'Holbach suggère que les monastères seront fermés. A quoi donc ces endroits où des gens plongent dans l'inactivité, la prière et la luxure au moment où les pauvres travaillent pour eux. Voilà comment de Dieu,d'Holbach passe à la religion.

Nous allons voir maintenant comment il effectue un déplacement de la religion à la politique, voire à la monarchie, au despotisme et à la tyrannie. D'Holbach s'efforce de montrer que la religion vient seconder le pouvoir en question en inculquant au peuple que la désobéissance au roi - dont Dieu lui a délégué le pouvoir - risque de le priver du bonheur post-mortem445(*). A l'heure ou d'Holbach publie son Ethocratie (1776), la monarchie absolue ignorait le bien public, taxait les misérables et enrichissait la noblesse. Afin d'instaurer le bonheur terrestre, d'Holbach s'emploie à mettre au point « une monarchie éclairée » qui s'oppose à cette monarchie absolue.446(*) D'Holbach est donc un réformiste qui aspire à changer la structure politique par des moyens pacifiques447(*), à savoir éduquer le plus grand nombre et le roi en exercice : expédier l'Ethocratie à Louis XVI en témoigne.448(*) Pour ce faire, d'Holbach exige du roi qu'il chérisse le peuple, qu'il soit sévère avec la noblesse et qu'il désigne des représentants du peuple en dehors de la noblesse. Ces représentants constituent ce que d'Holbach appelle conseil des représentants de la Nation.449(*) Ce conseil vient montrer que la monarchie légitime n'est pas celle qui est fondée sur le droit divin mais celle qui incarne le droit naturel, le bonheur commun et la justice collective. Désormais, le droit émane du monde des vivants et non de Dieu450(*).

Partant de ces trois mouvements, d'Holbach vient montrer que l'athée peut être plus pieux que le croyant car que signifie être pieux si ce n'est « être utile à ses semblables et travailler à leur bien être. »451(*)  En ce sens, d'Holbach stipule que « nier l'existence de Dieu ne signifie pas nier l'existence d'autrui : c'est même bien plutôt le fait de croire en Dieu qui dispense la plupart du temps de ne pas croire en l'homme ! Obsédés par Dieu et leur religion, les dévots, les fanatiques, les superstitieux comptent l'homme pour une quantité négligeable. L'athée, en revanche, table sur cette richesse, car il sait que c'est la seule (...) l'athée doit agir ici et maintenant pour un paradis ici-bas. »452(*)

Enfin, tout comme Meslier, d'Holbach craignait la persécution de l'Eglise. C'est pourquoi, il a écrit ses livres sous un pseudonyme. Pour autant, ces précautions prises par lui n'épargnent pas ses livres. C'est ainsi que l'abbé Bergier met tous ses efforts pour s'opposer au succès de son livre  Le système de la nature  ou l'opus magnum qui malgré son prix élevé a connu dix rééditions successives. De même, cet ouvrage et bien d'autres comme La Contagion sacrée, Le christianisme dévoilé ont été déférés par l'Assemblée du clergé au Parlement qui les brûle sur un bûcher.

A son tour, Voltaire qui avoue sa sympathie pour ce vers de Robespierre « si Dieu n'existait pas il faudrait l'inventer 453(*)»
 - écrit un ouvrage de vingt-six pages intitulé Dieu, réponse au système de la nature  dans lequel il est question du soutien du déisme contre l'athéisme de l'auteur du système de la nature. Il est notable que d'Holbach, dans ce livre, critique le déisme appellé par lui « cette fausse couche » puisque cette position sur Dieu, bien qu'elle ait usé de la raison, elle n'a pas pu s'affranchir « d'un Dieu devenu franchement inutile »454(*)

* 439 Ibid., p.235 ; p.236

* 440 Ibid., p.236

* 441 Idem

* 442 Idem

* 443 Ibid., p.243 ; p.244

* 444 Ibid., p.244

* 445 Ibid., p.237

* 446 Ibid., p.260

* 447 Le changement brutal et violent de la monarchie, les actions criminelles menées contre le monarque et la noblesse. En un mot, la révolution par les armes ne lui convient plus.

* 448 Idem

* 449 Ibid., p.261 ; p.262

* 450 Ibid., p.261

* 451 Citation de d'Holbach dans Ibid., p.266

* 452 Ibid., p.265

* 453 Cette phrase a été utilisée par Robespierre dans le Discours au club des Jacobins du 21 novembre 1793.

* 454 Ibid., p.230 ; p.231

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