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L'affaire du marquis Alfred de Trazegnies d'Ittre (1832-1861).


par Olivier LERUTH
Université de Liège (Belgique) - Licence en Histoire  2005
  

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Le deuil d'une famille.

Quoi qu'il en soit, Alfred était bel et bien décédé. En Belgique, la triste nouvelle arriva à ses parents sans doute vers la mi-novembre. Une première lettre de monsieur Edouard de Moreau datée du jeudi 14 novembre 1861, alors présent à Liège, indiquait qu'un télégramme venait de l'avertir de la mort du jeune homme. Il espérait que le courrier de dimanche lui apprendrait qu'il était mort saintement307(*). On sait par ailleurs que l'abbé Bryan avait télégraphié à la famille sur le décès vers cette époque.

Quatre jours plus tard, le marquis de Trazegnies recevait un télégramme de `la main' de l'abbé Bryan qui l'informait qu'il partait le lendemain chercher le corps de son malheureux fils tandis que le chanoine de Woelmont était rentré à Rome la veille308(*).

A Namur, le notaire de la famille, Eloin, était tenu au courant par l'évêché de Liège, et plus particulièrement par le chanoine Lupus309(*), fidèle de l'évêque Théodore de Montpellier. Son télégramme du 18 novembre signalait qu'il n'y avait toujours aucune nouvelle concernant Alfred310(*).

Le lendemain, c'est au tour de monseigneur de Merode de signaler la disparition du jeune homme. Il complète son télégramme311(*) par une lettre contenant de plus amples informations sur ses rapports avec le marquis qu'il essaya de « détourner de ce projet, lui montrant toutes les objections, tous les périls qu'on pouvait croire devoir le faire reculer312(*). » Le pourquoi et le comment de l'arrestation du marquis demeurent très obscurs : certains ont dit qu'il avait été surpris dans une maison où il cherchait à prendre quelque repos, d'autres l'ont supposé pris les armes à la main, d'autres enfin laissaient entendre qu'il aurait succombé au cours de la fusillade. Heureusement, pense Merode, « les derniers jours qu'il a passés à Rome ont été employés à se préparer à la mort au devant de laquelle il semblait courir. Il avait communié la veille de son départ, c'est-à-dire trois jours avant celui qui devait être le dernier313(*). » Le père de Villefort l'avait en effet confessé314(*). Le corps qui devrait être ramené d'ici peu de jours par l'abbé Bryan sera probablement entreposé dans l'Eglise Saint-Julien des Belges.

Dans une lettre datée du 19, le chanoine de Woelmont présentait ses excuses à la famille de Trazegnies d'Ittre pour n'avoir pas annoncé lui-même la triste nouvelle aux parents. Il regrette que cette tâche ait incombé à quelqu'un de totalement inconnu de la famille, à savoir l'abbé Bryan y Livermore315(*). En effet, Woelmont se trouvait à Marino lorsqu'il a appris la nouvelle. Il s'est directement mis en route pour Rome. Woelmont espérait qu'on pourrait au plus vite faire parvenir le corps d'Alfred en Belgique, puisque tel était le désir du marquis Charles316(*).

Le 29 novembre, le chanoine de Woelmont recevait une lettre du marquis de Trazegnies lui annonçant qu'il viendrait prochainement à Rome. Le lendemain, le chanoine félicitait cette initiative qui serait sans doute « du meilleur effet », d'autant plus que le roi de Naples rencontrerait le père d'Alfred avec beaucoup de plaisir. Le marquis ne donnait cependant aucune nouvelle quant à ses intentions sur un éventuel retour du corps en Belgique, comme il l'avait laissé entendre quelques jours plus tôt. Le corps reposait toujours à l'église de la Minerve317(*).

Début du mois de décembre, la famille recevait les condoléances d'Adolphe Charles Klitsche de Lagrange. Celui-ci était probablement un des six fils du brigand Klitsche dont nous avons parlé. Cela explique pourquoi il signait sa lettre « Klitsche de Lagrange Figlio (fils). » Il n'avait jamais rencontré Alfred mais se sentait néanmoins son frère d'armes. « Il a été martyr de la sainte cause de la religion et de la royauté, écrivait-il à propos d'Alfred, et on doit glorifier sa mort, comme un triomphe du plus sublime des dévouements. (...) L'histoire n'oubliera jamais la mémoire glorieuse de votre fils, et soyez sûr que son noble sang trouvera son vengeur318(*). » A sa lettre se trouvait annexé un poème de sa plume, destiné à honorer la mémoire du marquis. Vous pouvez retrouver ce poème parmi les documents annexés.

En Belgique, l'organisation d'offices en la mémoire d'Alfred allait bon train. Une première célébration était organisée fin novembre à Corroy. Les familles les plus notables de la région étaient représentées. Même l'évêque de Namur avait souhaité rendre un dernier hommage à ce jeune homme mort « en combattant pour la justice et le droit319(*). » On observait enfin toute la population du village en habits de deuil ainsi que des députations nombreuses venues de Gembloux et des communes environnantes. La seconde célébration, au début du mois de décembre, prenait place dans la cathédrale de Namur. Les faire-part suivants étaient envoyés à qui de droit :

« Les Jeunes Gens de la Province de Namur, Amis de Monsieur le Marquis Alfred de Trazegnies, Vous prient de vouloir bien assister au Service funèbre qu'ils feront célébrer pour le repos de son âme, le 14 Décembre 1861, à dix heures, en l'église Cathédrale de Namur320(*). »

Peu après le 14, l'Ami de l'Ordre de Namur rendait compte de la cérémonie. L'office fut célébré par monsieur Roubaud, archiprêtre, assisté d'un nombreux clergé. « L'autel et le choeur de la paroisse, narre le journal, étaient ornés de magnifiques tentures noires portant les armoiries de la famille du marquis de Trazegnies d'Ittre. Le catafalque construit dans des proportions imposantes était garni d'un nombreux luminaire entremêlé de pots à fen (sic). L'appareil du deuil ajoutait encore à l'effet du recueillement, de la pénétration et de l'affliction de toute l'assistance. » Les grandes familles nobles et bourgeoises de la région de Namur ainsi qu'un grand nombre de membres du Clergé paroissial, des Pères et des élèves du collège Notre-Dame de la Paix, où le défunt avait fait ses études, assistaient à la cérémonie. Parmi les personnalités, on pouvait voir le gouverneur de la Province, le comte de Baillet ainsi qu'une grande partie des personnages déjà présents à l'office de Corroy-le-Château321(*).

A la fin du mois de décembre, Charles de Trazegnies était apparemment résolu à ne pas se rendre à Rome. Tout porte néanmoins à croire que la famille ne demeurait plus à Corroy-le-Château depuis quelques temps. En effet, avant que n'arrive l'incident, il était prévu que les Trazegnies se rendent chez la soeur de Charles, Euphrasie de Thysebaert, à Hyères, dans le Var. Le marquis lui écrivait d'ailleurs, fin novembre, que le nouveau malheur qui le frappait dérangeait ses projets de départ. Il comptait cependant partir directement après la messe, prévue à la paroisse de Corroy-le-Château le 29 novembre322(*), de sorte qu'ils arriveraient tous à Hyères aux alentours du début du mois de décembre323(*). On sait que la messe des amis d'Alfred a eu lieu le 14 décembre. La famille y a-t-elle assisté ? Probablement. Peu après, elle aura sans doute pris le chemin d'Hyères. Ceci expliquerait pourquoi la correspondance du marquis lui parvient à cette adresse à partir de cette date. Ce fut notamment le cas de la lettre de Léon Vafflard, dont nous allons parler.

En réalité, Charles de Trazegnies ne fit la demande pour rapatrier le corps d'Alfred que le 18 décembre. Il s'adressa au Service Général des Pompes Funèbres de la ville de Paris, situé au numéro 10 de la Rue Alibert. Le prix du transport du cercueil depuis Rome à Namur s'élevait à 2 700 francs, non compris les doits d'exhumation à Rome, qui pouvaient être évalués à environ 100 francs, selon le directeur des pompes funèbres, Léon Vafflard324(*). Le transport se ferait par voies rapides, à savoir le chemin de fer et le bateau. Le corps voyagerait dans un wagon spécial sous la conduite d'un agent. Le prix d'un transport en voiture s'élevait, quant à lui, à 4 300 francs. La voiture serait placée successivement sur le chemin de fer et sur le bateau sans que le corps ait à être déplacé plusieurs fois325(*).

Le marquis avait vraisemblablement abandonné l'hypothèse de rapatrier le corps au pays, vu la dépense exorbitante. A ce prix, il fallait ajouter, prévenait le chanoine de Woelmont, le droit qu'avait le curé de la Minerve d'accompagner le corps -droit qu'il n'abandonnerait pas- jusqu'à sa sépulture et de recevoir, pour la cause, un écu par mille ! Le prêtre était toutefois d'accord d'abandonner cet appointement pourvu qu'on lui paie tous les frais de son voyage. Le marquis demanda alors au chanoine de Woelmont la permission du Saint-Père pour le faire enterrer dans le caveau du Collège des Belges, où reposaient déjà Alfred de Limminghe326(*) et Auguste Misson327(*). Pie IX était tout à fait d'accord. On n'attendait plus que l'ordre de Charles pour enterrer le corps328(*).

Le 13 janvier 1862, Alfred de Trazegnies d'Ittre était enterré à l'église Saint-Julien des Belges329(*). Le chanoine Edouard de Woelmont chantait la messe d'enterrement330(*). L'abbé Bryan conservait encore les affaires laissées à Rome par Alfred. Il ne les restituerait que sur une demande d'un membre de la famille. Il s'agissait de 4 chemises, 20 mouchoirs de poche, 3 gilets en flanelle, 4 caleçons, 3 pantalons, 3 paletots, 1 habit d'habillé, 1 manteau, 12 paires de bas, 2 chapeaux, 4 paires de pantoufles ainsi que son nécessaire de toilette331(*). Alfred aurait beaucoup aimé que son frère porte son manteau332(*).

Revenus en Belgique, les Trazegnies s'occupèrent des formalités du décès. Il fallut notamment aller faire une déposition au Tribunal de Namur. L'abbé Bryan, présent en Belgique333(*), y était convié. Il ne pouvait malheureusement s'y rendre car il était engagé, ce jour-là, à Haltinne. Il suggérait néanmoins que l'avocat de la famille lui apporte la pièce à signer le dimanche chez monsieur Alphonse de Montpellier vers 13 heures car il prenait le train de l'heure suivante. Si cela se révélait impossible, le chanoine de Woelmont pouvait très bien faire la déposition à sa place334(*). Après réflexion, le marquis opta pour cette proposition. Le chanoine de Woelmont apparaît en effet avec le marquis Charles comme témoin sur le certificat de décès conservé aux Archives de l'Etat à Namur. Sur celui-ci, on peut lire :  

« A l'honneur de vous exposer Charles Gillion marquis de Trazegnies, rentier et propriétaire, domicilié à Corroÿ le Château, que son fils Alfred Gillion Ghislain de Trazegnies, âgé de 31 à 32 ans, domicilié à Corroÿ le Château, a été tué sur le territoire napolitain, à San Giovani in carico, le onze ou le douze novembre 1800 soixante et un ;

Qu'à cette époque les autorités et même la population en grande partie avaient quitté cette ville qui était devenue le siège de la guerre.

Qu'aucun acte de décès n'a été dressé mais que son corps a été restitué à Monsieur Brian (sic) Camérier du Pape, prêtre espagnol, qui l'avait réclamé pour l'inhumer à Rome.

Que le corps du défunt a été reconnu avant son inhumation à Rome par Mr le Baron Edouard de Woelmont, Chanoine honoraire à Namur ;

Qu'il n'a été également dressé d'acte de décès ni à Rome, ni à Corroÿ le Château,

C'est pourquoi l'exposant vous prie de vouloir bien l'admettre à prouver le décès dudit Trazegnies fils, par témoins pour, après cette preuve être ordonné que ce décès sera inscrit sur les registres de l'Etat Civil de Corroÿ le Château, dernier domicile du défunt.

Et vous ferez justice.
Signé Desneux, avoué de Tribunal.

Vu la requête qui précède,

Ouï Mr Stevart de Blochausen juge en son rapport et le ministère public en son avis conforme.

Ouï en outre 1° Mr Charles Marquis de Trazegnies, âgé de 58 ans, propriétaire à Corroÿ le Château - 2° Edouard Baron de Woelmont, âgé de 38 ans, Chanoine, domicilié à Namur, le premier père et le second ami de feu Alfred de Trazegnies ; lesquels entendus sous serment ont déposé conformément à la requête. (...)

Ordonne en conséquence que l'acte de décès de Alfred Gillion Ghislain de Trazignies, sera rédigé et inscrit sur les registres de l'Etat civil de la commune de Corroÿ le Château comme étant décédé à San Giovanni, territoire Napolitain le onze novembre 1800 soixante et un, âgé de 29 ans, fils de l'exposant et de Marie Delpillar Raphaël Emmanuel Lucie Antoinette Barbe Thomas Comtesse de Romrée, son épouse.

Prononcé en audience publique des vacations le vingt sept septembre 1860 deux.

Présents MM. Dupré juge ff. de Président, Stévart de Blochausen, juge ; Lecocq, juge suppléant ; Dubois substitut du procureur du Roi. L/Suesma (?) commis Greffier.

Signé/ E. Dupré, V. Suesma335(*). »

Ce n'est qu'une à deux années plus tard que la comtesse de Romrée se décida à prendre contact avec le prêtre s'occupant du Collège des Belges, monseigneur Sacré336(*). Elle fit auprès de lui deux démarches : l'une consistait à placer une pierre funéraire sur le caveau d'Alfred placé dans l'église de Saint Julien des Belges, l'autre à récupérer le Saint-Sacrement afin de le placer dans la chapelle du château de Corroy337(*). La fabrication et la pose de la pierre revenaient à exactement 383 francs dont la marquise pouvait s'acquitter, par facilité, chez le frère de Sacré qui habitait Bruxelles, Marché aux charbons, numéro 80338(*). Sacré faisait remarquer à la marquise qu'il était d'usage, dans des églises nationales comme la sienne, que la famille du défunt offre un cadeau ou bien une somme d'argent. Les familles des autres belges ensevelis dans le caveau de cette église s'étaient, disait-il, toutes conformées à cet usage. La marquise n'avait qu'à ajouter un supplément au tarif de la pierre tombale.

Parmi les documents annexés, vous pouvez observer le croquis de la pierre tombale d'Alfred de Trazegnies dans l'église des Flamands à Rome. Il a été envoyé par l'abbé Sacré à la marquise. L'inscription est la suivante :

« HEIC CORPORE TRANSLATO

AB AGRO FREGELLANO S JOANNIS

UBI A COPIIS SUBALPINIS

REGNUM FRANCISCI II INVADENTIBUS

PEREMPTUS EST

III IDUS NOVEMB A MDCCCLXI

QUIESCIT ALPHREDUS GILLO GISLENUS

DE TRAZEGNIES ET DE ITTRE MARCHIO

CAROLI ET RAPHAELIS DE ROMREE F

DOMO NAMURCO

TRIDUO ANTE SE ROMAE SACRO

CHRISTI DOMINI CORPORE REFECERAT

TE IN PACE CHRISTUS339(*) » 

En ce qui concerne le Saint-Sacrement, l'abbé Sacré avait fait diverses démarches dès 1863 afin d'obtenir l'autorisation du Saint-Père de les emporter. Il fallut rédiger une supplique que le secrétaire des Brefs340(*) soumit au pape341(*). On apprit que le pape sollicitait des informations supplémentaires sur la famille ainsi que l'avis de l'évêque de Namur. Là s'arrête la correspondance conservée entre le prêtre et la comtesse de Romrée. Nous ne connaissons donc pas le fin mot de cette histoire.

Un incident d'ampleur internationale.

Le 16 novembre, les autorités belges présentes en Italie s'occupent de prévenir le ministère belge des Affaires Etrangères. Le vice-consul Le Riche342(*) signalait « qu'un fait d'armes a eu lieu ces derniers jours sur le territoire napolitain. (...) Un jeune homme belge d'une famille distinguée de Namur, combattant au milieu des bandes de Chiavone a été pris les armes à la main et fusillé le 12 (sic). Il n'eut que le temps d'écrire son nom, Alfred de Trézignés (sic) et son cadavre fut jeté en terre avec 64 de ses compagnons d'armes fusillés ou tués pendant le combat. (...) Je crois devoir en informer sa famille par l'organe de Monsieur le Gouverneur de la province de Namur343(*). » Le vice-consul joint à son mot une lettre destinée au Gouverneur de la province de Namur, monsieur le comte Léon de Baillet344(*), lui précisant qu'il a prévenu le syndic du lieu afin qu'il en dresse l'acte mortuaire et en fasse délivrer les extraits pour la famille. Le vice-consul a invité le syndic à retirer le corps si on parvenait à le retrouver et à le faire placer dans une bière dans un terrain séparé en attendant les dispositions de la famille. Le Riche clôt sa lettre en réclamant que la famille mette quelque argent à sa disposition « si elle se résolvait à une détermination qui nécessitât quelques frais345(*). »

Les 18 et 20 novembre, le Préfet de police de Terre de Labour faisait savoir au vice-consul de Belgique que ses ordres avaient été appliqués à la lettre. Sur le corps d'Alfred de Trazegnies, retiré de la fosse commune, on trouva une carte de visite et deux lettres. Son portefeuille ainsi que les papiers qui y étaient contenus furent déposés au 6° Grand commandement militaire. Ils devaient ensuite être expédiés à Turin, où on pourrait les récupérer. Le syndic de San Giovanni Incarico avait récupéré l'extrait mortuaire du jeune homme, sur lequel « le nom est inscrit monsieur le marquis de `Trévignes', mais il ne devrait pas y avoir de doute sur l'identité de la personne346(*). » Nous avons pu mettre la main sur cet extrait de décès que nous reproduisons ici dans sa version originale :

« Estratto dello statto civile di San Giovanni Incarico

___

Estratto di morte :

Num: di ordine sessanta quattro.

L'anno mille ottocento sessantuno il di undici del mese di novembre, alle ore ... avanti di noi Francesco Battaglini syndaco, ed uffiziale dello statto civile del commune di San Giovanni Incarico distretto di... provincia di Terra di Lavoro, sono comparsi Erasmo Lepori di anni quarantotto di professione industriante, regnicolo, domi. in questo comune. Ed Antonio Crispo di anni quarantuno di professione calzalajo, regnicolo dom. iri. Quali an dichiarato, che nel giorno indici del mese di Novembre, inno sopradetto, alle ore ventiune é morto nella Piazza dell'annunziata ALFREDO DI TREVIGNES, nato in Belgio, di anni trenta di professione marchese, domiciliato ... figli di ... di professione ...

Per esecuzione della Legge ci siamo trasferiti in sieme coi detti testimoni presso la persona defunta, e ne abbiamo riconosciuta la sua effettiva morte.

Abbiamo indiformato il presente atto. che abbiamo inscritto sopra i due régistri, e dutane lettura ai dichiaranti si é nel giorno. ed mese ed anno come sopra segnato da noi, dai dichiaranti Erasmo Lepori letta Antonio Crispo Testimone F. Battaglini Sindaco, Francesco san r--Palombo Segretario.

Dato in S. Gio. Incarico li 4 del mese di agosto mille ottocento sessantatre.

Visto per la légalito Per estratto conforme

Per il sindaco Il Segretario

L'assessore eff de Franco Sann Palombo

F. Battaglini347(*) »

De son côté, le susdit abbé Bryan ne chômait point. Selon lui, la meilleure façon d'obtenir le corps conservé par les autorités piémontaises était encore de faire appel aux forces françaises de l'occupation présentes à Rome. Probablement s'était-il assuré, dans sa démarche, l'appui du représentant belge car, le 22 novembre, celui-ci faisait savoir à Charles Rogier que le concours le plus complet serait donné par les autorités françaises à Rome pour « faciliter l'enlèvement du corps et arriver à la découverte de la vérité sur tout ce qui se rapporte à ce triste événement. » La veille, le comte de Gabriac348(*) lui avait parlé dans ce sens : on annonçait la venue du corps d'Alfred deux jours plus tard349(*).

Bryan s'adressa alors au général de Géraudon qui donna les ordres nécessaires au major Grégoire du 19e de ligne et commandant les troupes françaises du cercle de Frosinone et jusqu'à la frontière. Il se rendit avec cet officier et le capitaine Bauzil à San Giovanni in Carico et, grâce à leur intervention au nom du général de Goyon350(*), le corps d'Alfred fut retiré de la fosse commune pour être transporté directement à Rome. « Le commandant Grégoire et le capitaine Bauzil, note l'abbé Bryan, ont pris un grand intérêt dans toute cette triste affaire, ils ont assisté avec moi à l'exhumation et reconnaissance du cadavre et à son transport et ont acquis par là des droits au bon vouloir de tous ceux qui s'intéressent à feu monsieur votre fils351(*). » Bryan n'aurait pu reconnaître Alfred parmi les dizaines de cadavres nus s'il n'avait disposé d'un signe distinctif : le jeune homme avait en effet les incisives supérieures brisées en forme de V352(*).

L'exhumation ne se passa pas sans une certaine tension entre Bryan et les Piémontais. Alors que l'abbé reprochait qu'on ait enseveli le marquis avec tous les autres brigands d'un rang inférieur, il lui fut répondu par le capitaine italien qui avait fusillé Trazegnies qu' « on ne pouvait pas mieux l'honorer qu'en lui donnant, mort, la troupe qu'il avait choisie volontairement de son vivant ». Bryan riposta en faisant savoir qu'il était un bon chrétien. Ardemment, l'italien lui lança : « Je ne crois pas que la religion chrétienne enseigne de tuer les habitants sans défense, et de brûler et saccager les villes à la tête d'une bande de brigands pour une cause qui n'était pas la sienne ; mais je veux bien croire que les principes religieux du malheureux, dont le cadavre se trouve ici, furent bons et droits, il n'en est pas moins vrai cependant que celui-ci fut trahi par les perfides conseils d'amis plus perfides encore353(*). »

De plus, selon la correspondance du Journal de Bruxelles, on voulut faire signer une lettre ainsi conçue à l'abbé Bryan : « Je soussigné déclare avoir reçu le cadavre de... FUSILLE COMME BRIGAND faisant partie de la bande des chiavonistes, trouvé armé et chargé de mettre à feu et à sac cette commune. » Bryan aurait énergiquement refusé d'apposer sa signature. Grégoire refusa également et rédigea au bas du papier, en français, « je soussigné chef de bataillon au 19e de ligne, reconnaît avoir reçu le corps de M. le marquis de Trazegnies, fusillé par les Piémontais à San Giovanni Incarico354(*). » Toujours selon la correspondance, le prêtre ayant entendu la confession du marquis ne comprenait pas un traître mot de français. Alfred se serait fait comprendre à l'aide de signes...355(*) Le 30 novembre, le Précurseur d'Anvers empruntait au Temps sa correspondance napolitaine selon laquelle les Piémontais avaient opposé une vive résistance à la remise du corps du marquis. Le syndic de San Giovanni, Francesco Battaglini356(*), se serait d'abord opposé à la restitution puis, après de multiples pourparlers par le télégraphe, monsieur Mayr, préfet de Caserte, émis un avis inverse357(*). Et en effet, Bryan confiait à son ami de Moreau d'Andoy qu'il lui fallut attendre pas moins de deux jours avant que la décision soit prise358(*). Apparemment, les Piémontais écrivirent, sur une carte de visite du marquis, le terme « brigante », ainsi qu'on le constate sur la reproduction disponible en annexe. Cette carte de visite est aujourd'hui conservée au musée du Risorgimento de Bologne, à l'image de l'arme du crime.

Les espérances du représentant belge près le Saint-Siège n'étaient pas vaines : le 22 novembre, vers 19 heures, Merode signalait au marquis Charles que le corps de son fils venait d'arriver dans la ville éternelle359(*). Le corps reposait à l'église de la Minerve, où il attendait que la famille de Trazegnies fasse connaître ses intentions. Au 24 novembre, le jour de la célébration de l'office n'avait pas encore été fixé360(*).

C'est vers la même époque (19 novembre) que ce qui restait du gouvernement napolitain en exil se chargeait de prévenir son représentant en Belgique, le commandeur Targioni361(*). Le baron Salvatore Carbonelli précisait que « Sa Majesté le Roi a été profondément émue par cette mauvaise nouvelle et il veut que tu te rendes tout de suite auprès du marquis de Trazegnies et que tu lui présentes les condoléances de Sa Majesté le Roi pour la mésaventure qui a touché son fils362(*). » A la mort d'Alfred, le fils de Ferdinand II se serait effectivement exclamé : « Nous en sommes aussi affligés que si nous avions perdu un frère363(*). »

Nous étions le 25 novembre lorsque le représentant napolitain à Paris, Canofari364(*), recevait un mot de la main du vice-amiral Del Re, pour le moins curieux. En voici la retranscription : « Dites à Targioni qu'il suspende la visite de Trazegnies365(*). » Canofari communiqua sans tarder cet ordre au représentant napolitain de Bruxelles366(*). Trois jours plus tard, ce dernier écrivait à son homologue à Paris pour lui signaler que le marquis Charles de Trazegnies était à Bruxelles la veille. L'envoyé du roi de Naples n'était cependant pas en état de le recevoir pour cause de maladie, il le pria de venir le trouver à son domicile. Au 28 novembre, Charles de Trazegnies n'était toujours pas venu et « je préférerais éviter la rencontre », écrivait Targioni. Le commandeur était au courant qu'il s'était procuré la veille un passeport pour se rendre à Rome. Peut-être était-il déjà en route367(*). Le 29 novembre, Targioni confirmait à son ministre des Affaires Etrangères Del Re qu'il n'avait toujours par rencontré le père du défunt et que celui-ci était probablement en route pour Rome368(*). Le même jour, le baron Carbonelli faisait parvenir à Canofari une narration « rigoureusement exacte » de la fin tragique du marquis, afin qu'il puisse s'en servir dans la presse369(*).

Il semble légitime de se demander pourquoi le gouvernement napolitain craignait à ce point la rencontre avec les parents du défunt. Il n'est pas impossible que ces derniers aient considéré le pouvoir napolitain, voire le roi François II lui-même, comme personnellement responsable de la perte de leur fils. En effet, nous savons que la famille de Trazegnies s'était rendue à Rome pour rendre un dernier adieu à son enfant. Le roi et la reine de Naples auraient alors manifesté le désir de leur être présentés. Il n'en fut rien : la comtesse de Romrée fit savoir qu'elle était venue à Rome pour pleurer sur la tombe de son fils. Et pas pour défendre la cause du roi de Naples370(*). La situation fut si tendue qu'aujourd'hui encore, Olivier de Trazegnies, descendant direct du frère d'Alfred de Trazegnies, n'ose en parler avec le prince Antoine de Bourbon-Siciles qui réside à Bruxelles371(*).

Le 26 novembre, la correspondance romaine du Monde n'avait pas froid aux yeux en affirmant qu'on « s'entretient beaucoup des détails de M. le marquis de Trazegnies. C'est une grosse affaire pour le Piémont. On dit qu'en France et en Belgique il s'élève des réclamations considérables372(*). »

Des réclamations, il s'en élevait, en effet. Il fallut tout de même attendre la fin du mois de novembre 1861 (28) pour que les parlementaires belges s'intéressent de près à l'affaire du marquis, tandis qu'on discutait du budget du Ministère des Affaires Etrangères et de la reconnaissance toute récente du royaume italien. La première interpellation fut celle du baron Nothomb373(*). Se faisant l'écho d'un bruit selon lequel un de nos compatriotes aurait été fusillé par les troupes de Sa Majesté Victor-Emmanuel, il demande au Ministre des Affaires Etrangères de bien vouloir l'informer à ce propos. Si ce meurtre est vrai, il constituerait, aux yeux de Nothomb, une « criante et scandaleuse violation nouvelle du droit des gens. Dans le droit des gens, le prisonnier est sacré, il n'y a que les peuplades barbares qui massacrent leur prisonnier374(*). » Nothomb se permet de rappeler que, quelques temps auparavant, trois français avaient été arrêtés à Messine alors qu'ils se rendaient dans les rangs de l'armée napolitaine. Sur une simple intervention de l'agent consulaire français, ils furent directement libérés. Dès lors il se pose la question suivante : « Devrions-nous être moins bien traités, nous, une nation si amie, si empressée à reconnaître les annexions piémontaises sans réserve aucune ? » S'en suit une longue diatribe de la part du député concernant les bienfaits et les excès de toutes les révolutions. Il clôt son exposé comme ceci : « Nous sommes pour la révolution honnête et légitime. Nous sommes pour 89 contre 93, nous sommes pour la révolution qui fonde, non pour celle qui détruit. Nous sommes pour celles des Washington, Franklin, des Mounier, des Lafayette, des Barnave, nous ne sommes et nous ne pouvons pas être pour la révolution de M. de Cavour et encore moins pour celle de M. Mazzini. »

La réponse du ministre Rogier ne se fit pas attendre. Oui, il avait entendu parler de cet incident. Il précisait que plusieurs versions circulaient sur cette mort. Soit l'homme aurait été pris les armes à la main et n'aurait eu le temps que d'écrire son nom et celui de la ville qu'il habite avant d'être fusillé. Soit il aurait été tué dans le combat. Quoi qu'il en fût, Rogier ne voulait « pas blâmer le jeune belge qui est allé servir contre la cause italienne ; mais il devait savoir à quels dangers il s'exposait ; il savait que là où il allait combattre, les lois de la guerre sont barbares, cruelles ; loin de moi de vouloir en aucune manière applaudir ces lois cruelles ; je les déplore profondément. Mais si l'on vient demander au gouvernement quelles mesures il a prises ou prendra pour protéger en Italie les Belges qui, de part ou d'autre, voudront aller prendre les armes, je dois déclarer que le gouvernement ne s'en est pas occupé et ne s'en occupera pas. Les Belges iront en Italie comme ils ont été en Espagne ou Portugal ; ils iront à leurs risques et périls...375(*) » Rogier rappelle le départ de certains belges partis se battre en Espagne pour ou contre le gouvernement de la reine Isabelle. Beaucoup d'entre eux avaient été fusillés et jamais on n'était venu demander au Gouvernement belge ce qu'il comptait faire afin de protéger ses ressortissants. Pour lui, ces hommes qui avaient abandonné leur pays avaient en même temps perdu leur qualité de belge. Ceci était valable également pour le jeune marquis de Trazegnies : Rogier restera intraitable sur cette question.

On se doute qu'une telle fermeté ne tarda pas à faire bouillir de rage la presse conservatrice. Le lendemain de la séance, le Journal de Bruxelles présentait le discours du député de Turnhout comme « plein d'élan, de courage et de patriotisme. » La réponse du Ministre des Affaires Etrangères était quant à elle empreinte d'un « laisser-aller des plus inconvenants. » « Qu'on se le tienne pour dit, s'exclame le journal, le gouvernement piémontais peut fusiller impunément tous les Belges qui se rendront en Italie pour combattre en faveur du droit, sous le drapeau des petites nationalités. Quoi que le piémontisme fasse à ce sujet, le cabinet mai-novembre se lavera les mains ; il y a plus, au lieu de se plaindre, il reconnaîtra le nouveau royaume d'Italie : nous assisterons ainsi à ce navrant spectacle de voir donner une accolade par la Belgique à une nation qui fusille les Belges376(*) ! » L'Ami de l'ordre, très attentif à l'assassinat de cet enfant du pays, notait que « le Gouvernement de Turin n'a pas été sans s'émouvoir puisqu'il cherche à atténuer sa position par la version transmise au ministre des Affaires étrangères377(*). » Tandis que le Bien Public de Gand reprenait plus ou moins les mêmes idées que le quotidien catholique national378(*), la libérale Indépendance belge s'attachait à montrer combien la réponse de Rogier était judicieuse : « Il est bien certain qu'en allant se ranger parmi les fauteurs et les soutiens de la guerre civile, (...) on perd tout droit à se plaindre de la rigueur des procédés dont on se sert soi-même à l'occasion. » ; et l'intervention de Nothomb, ridicule : « M. Nothomb a montré, du reste, une fois de plus comment la droite, si pointilleuse en apparence quand il s'agit de notre neutralité, entend et pratique les devoirs qu'elle nous impose ; la violence de l'honorable député de Turnhout à l'égard de l'Italie a dépassé toutes les bornes379(*). » En Italie, les correspondants de quotidiens tels que la Gazzetta ufficiale del Regno, dont la couleur n'est pas à préciser, évoquaient la discussion de la Chambre du 28. Ils se gardaient bien évidemment, de faire remarquer que le meurtre du marquis avait suscité une interpellation380(*). De son côté, la feuille libérale « l'Opinione » admirait « le bon sens belge » qui avait tout de suite compris que le marquis était seul responsable de ses actes381(*).

Les interpellations parlementaires concernant la mort du marquis n'étaient pas spécifiques à la seule Belgique. Les Italiens aussi eurent droit à une réclamation de la part du sénateur Linati382(*), au début du mois de décembre. Selon le Campanile de Turin, le ministre de la guerre, sans doute Alessandro della Rovere383(*), chercha à excuser l'exécution du marquis « en l'attribuant à l'effervescence de la lutte. » Il a manifesté son désaccord par rapport à de telles pratiques et a rappelé que dans des cas similaires, le gouvernement avait sanctionné des officiers s'étant rendus coupables de tels actes. « C'est là une bien maigre excuse qui ne remédie à rien, critique le Campanile. Elle empire l'état des choses puisqu'elle montre que le gouvernement n'est plus respecté par ses populations, ni obéi par ses subordonnés384(*). »

Peu après, Henri Solvyns385(*) s'entretenait de l'assassinat de son compatriote avec le baron Ricasoli, alors ministre des Affaires Etrangères. Il lui demanda d'instruire une enquête à son sujet et d'en faire parvenir les résultats à Montalto qui le ferait connaître au gouvernement belge. Ricasoli acquiesça et promit de faire recueillir tous les détails possibles386(*).

Alfred de Trazegnies était décédé depuis cinq mois quand on entamait, à la Chambre des Représentants belges, la discussion du budget du ministère des Affaires Etrangères. Il était question du chapitre relatif aux traitements des agents politiques belges présents à l'étranger. Le traitement de l'agent présent à Turin, monsieur Solvyns, avait été majoré de 13 000 francs à 52 000 francs. A la contestation de Dumortier387(*), Charles Rogier répondit que le ministre présent sur place avait désormais un grand nombre de consuls sous ses ordres. Par ailleurs, sa position ayant changé, l'augmentation était largement justifiée. L'intervention de Dumortier n'était en fait qu'un prétexte afin d'introduire sa préoccupation réelle : celle de l'assassinat du marquis de Trazegnies. Il se plaignit de n'avoir jamais reçu de précisions à ce sujet de la part du ministre Rogier. « Si c'est pour récompenser le Piémont de s'être conduit de la sorte vis-à-vis d'un des enfants de la patrie, que l'on propose cette augmentation de traitement, je dis que cette augmentation doit être rejetée par nous tous. (...) Quand je vois assassiner, comme on a assassiné notre digne et excellent concitoyen, une foule de femmes et d'enfants, quand je vois brûler des villes, massacrer des hommes sans défense, je dis le devoir du gouvernement belge est de protester contre de pareils actes et d'exiger que les agents fassent les plus grands efforts pour mettre un terme à une aussi odieuse barbarie digne des cannibales et des sauvages et qui couvre de honte notre époque et les peuples civilisés388(*). » Il était, selon lui, inadmissible de qualifier de brigands des hommes prenant les armes contre un envahisseur étranger. Tout homme défendant sa patrie contre l'envahisseur est un héros qui mérite qu'on lui élève une statue.

Monsieur de Theux389(*) appuyait les réclamations de son collègue Dumortier. En effet, « c'est aux pays représentatifs qu'il appartient de faire prévaloir les idées de générosité et d'humanité. Jamais je ne saurais donner mon approbation à des actes semblables à ceux que M. Dumortier a signalés à la Chambre ; je ne puis les considérer qu'avec la plus profonde horreur. »

Souhaitant calmer le jeu, Goblet390(*) expliquait que toutes les causes engendraient des morts. Il ne fallait certainement pas juger la conduite d'un gouvernement par un cas isolé, comme le faisait son confrère Dumortier. En effet, les causes que ce dernier avait lui-même soutenues n'étaient pas non plus dépourvues d'incident de ce genre. Il y avait certes des excès en Italie, mais ceux-ci étaient menés au nom de la liberté, là était l'important. Et s'il y avait des excès en Italie, qui donc étaient responsables ? Sans aucun doute, les réactionnaires. « Si la réaction cessait d'exciter la guerre civile, de soudoyer les brigandages dans le royaume de Naples, il n'y aurait plus d'excès à déplorer. » Il félicitait enfin le gouvernement d'avoir donné à la légation turinoise le rang qui lui était dû.

Aux réclamations, Charles Rogier reproduisait exactement le discours qu'il avait tenu au mois de novembre de l'année précédente. Le gouvernement belge n'était nullement responsable des malheurs qui frappaient ses citoyens se rendant dans les pays en pleine guerre civile. Il demandait d'ailleurs ouvertement par quel moyen il pouvait bien intervenir pour les protéger ? Le gouvernement turinois lui-même ne contrôlait pas les conflits qui ensanglantaient le royaume de Naples. Usant de la ruse, Rogier proposa finalement aux députés de voter en faveur de l'augmentation de crédit destinée à Solvyns : « Si nous voulons pourvoir adresser des réclamations à un gouvernement quelconque, nous devons faire en sorte que le ministre qui nous représente auprès de ce gouvernement, soit dans une position respectable391(*). »

L'augmentation du crédit alloué au représentant belge fut finalement adoptée mais de manière serrée. Sur 66 membres votant, seulement 36 votèrent pour. Etait-ce le meurtre d'Alfred qui séparait tant les députés ? Toujours est-il que le vote ressemblait à un solide bras de fer entre catholiques et libéraux392(*) dont ces derniers sortirent vainqueurs. Vous remarquerez aisément, parmi les partisans du « non », certains personnages présents à l'office funèbre du jeune marquis, organisé le 14 décembre 1861. Il s'agit de de Montpellier et de Moncheur. Il est étrange que le frère du chanoine de Woelmont, sénateur, n'ait pas porté l'affaire devant le Sénat de Belgique.

Cette intervention parlementaire eut un écho beaucoup plus sourd que la première dans la presse quotidienne. Peut-être l'histoire du marquis de Trazegnies était-elle déjà passée de mode ? Faut-il en effet rappeler que les journaux catholiques n'en parlaient plus depuis le mois de janvier 1862, tandis que les feuilles libérales ne s'y intéressaient plus depuis la fin du mois de novembre 1861 ! Dans le Bien public, on lisait que Dumortier avait protesté, avec raison, contre l'assassinat impuni du marquis de Trazegnies, sans plus de commentaires393(*). La Gazette de Liège394(*) se disait quant à elle abasourdie par le commentaire que faisait l'Indépendance belge du discours de monsieur Goblet : « M. Goblet l'a dit avec raison : toutes les révolutions ont leurs crimes, tout liquide généreux a son ferment. Il faut déplorer les crimes ; il faut jeter l'écume et ne point juger par la surface ce qu'enfantent de bon et durable ces grandes commotions de l'humanité. »

Une vingtaine de jours plus tard, Carolus apprenait à son supérieur la présence du marquis Charles de Trazegnies à Rome afin de constater légalement le décès du jeune homme. Trazegnies aurait demandé que Charles Rogier intervienne auprès de Solvyns afin d'obtenir la restitution des objets qui avaient appartenu à son fils, et qui se trouvaient dans les mains des autorités piémontaises depuis son décès. Une fois les objets obtenus, Solvyns devait les renvoyer en Belgique395(*).

Charles Rogier exécuta directement le voeu formulé par le père du défunt dès qu'il fut en possession de la missive de Carolus. Solvyns avait, nous l'avons vu, peu de jours après son arrivée à Turin, demandé à monsieur Ricasoli qu'il lui fournisse quelques éclaircissements sur la mort du marquis. Celui-ci n'avait cependant jamais répondu à sa demande. Rogier incita alors Solvyns à réitérer sa demande auprès du successeur de Ricasoli, le général Durando car, écrit le ministre belge, « Le Gouvernement italien doit savoir parfaitement à quoi s'en tenir sur les faits dont monsieur de Trazegnies a été la victime. A-t-il été fusillé ou est-il tombé sous les coups d'un assassin ? (...) S'il y a eu assassinat, l'assassin a-t-il été arrêté et châtié396(*) ? » On le voit, le ton de Rogier commençait à monter. Lui qui, quelques jours plus tôt, entendait ne pas se mêler de l'affaire, y montrait à présent un certain intérêt.

Le 3 mai 1862, une nouvelle missive de Rogier était reçue à Turin afin de récupérer les éventuelles affaires laissées par le marquis. Le secrétaire d'ambassade entretint directement le général Durando à ce sujet. Celui-ci ne savait nullement en quelles mains se trouvaient ces affaires mais s'occuperait de les retrouver sans retard397(*).

Trois jours plus tard, dans la soirée, Henry Solvyns rencontrait Ratazzi à Naples et lui faisait part des réclamations de son supérieur. « Mr. Ratazzi, qui paraissait ne se rappeler que très imparfaitement le nom et la mort de notre infortuné compatriote, a promis d'agir, et d'agir sans retard, notait le ministre398(*). » Solvyns en vient ensuite à d'intéressantes considérations sur le droit du nouvel Etat de fusiller ses ennemis. Le gouvernement italien n'ayant pas déclaré l'état de siège dans les provinces méridionales n'a, par conséquent, pas suspendu l'action régulière des tribunaux. Il n'a donc aucunement le droit de faire fusiller les hommes pris les armes à la main. En Belgique, en France ou en Italie, personne ne s'est posé la question de la légitimité de ces actes. Le marquis de Trazegnies a donc été assassiné. Cependant, « on pourrait en dire autant des quatre mille hommes passés par les armes depuis le commencement du brigandage. » Solvyns pose alors la problématique différemment : l'officier qui a opéré l'arrestation du marquis de Trazegnies était autorisé à agir de la sorte grâce aux instructions dont il était porteur. Mais le gouvernement était-il autorisé à donner des instructions semblables à ses officiers ? Voilà, selon lui, le fond du problème.

Ratazzi sembla, pour sa part, tenir promesse. Il s'entretint avec le général Lamarmora et écrivait, deux jours plus tard, à son collègue des Affaires Etrangères Durando, lui demandant qu'on fournisse les éclaircissements sur la mort du marquis de Trazegnies au comte de Montalto. Le gouvernement belge en avait besoin rapidement car on l'accusait d'avoir toléré l'assassinat du jeune homme sans avoir protesté. Durando trouverait toutes les informations nécessaires auprès du Ministère de l'Intérieur auquel Ratazzi s'apprêtait à transmettre les rapports ainsi qu'un portefeuille ayant appartenu au condamné, qu'il fallait restituer à la famille399(*). Dans le même temps, le président du Conseil faisait savoir à Solvyns qu'il avait fait les démarches nécessaires. Il espérait que le jour même, on pourrait télégraphier à Bruxelles les informations concernant le marquis400(*).

Le 9 mai, Charles Rogier venait de recevoir une lettre du vice-consul à Naples lui laissant supposer que les affaires du marquis étaient entreposées auprès de l'administration turinoise. Il priait dès lors Solvyns de récupérer le colis et le lui faire parvenir à Bruxelles aussi vite que possible401(*). Il fallut attendre pas mois de 20 jours pour que les autorités piémontaises, peu organisées, fassent parvenir le colis à Solvyns ! Le secrétaire général du Département des Affaires Etrangères, monsieur de Melegari, confia à Solvyns qu'un rapport détaillé sur les circonstances de la mort de Trazegnies avait été adressé à Ratazzi. Malheureusement, « par suite de la confusion extrême qui règne dans les bureaux de l'administration italienne, ce rapport n'aurait pas encore été retrouvé402(*). » Melegari a promis de ne rien négliger afin que le gouvernement belge entre en possession de ce document. D'après les informations que Solvyns avait pu recueillir jusque là, il lui paraissait pratiquement certain que le marquis n'avait pas été assassiné mais bien exécuté par derrière, comme on procédait avec tous les brigands.

Le 2 juin, le marquis Charles de Trazegnies était de passage à Bruxelles. Charles Rogier s'empressa de lui remettre le colis en mains propres403(*).

A cette date prend fin la correspondance diplomatique concernant l'assassinat du marquis de Trazegnies. On ne sait si le rapport le concernant arriva jamais au gouvernement belge.

L'expédition du marquis belge restait cependant dans toutes les têtes. Les 3 et 4 mai 1863, le député Giuseppe Massari faisait la lecture à la Chambre, réunie en comité secret, du rapport de la commission d'enquête sur le brigandage. Il n'oubliait pas de mentionner l'action du jeune capitaine belge, engagé dans la bande de Chiavone, lors des combats d'Isoletta et San Giovanni Incarico404(*).

Peu de temps après, dans son discours au Sénat (15 mai 1863), le ministre de l'Intérieur Italien Ubaldino Peruzzi405(*) se permettait de faire un bref historique du brigandage dans les Provinces méridionales. « Eh bien, ce brigandage dont je parle, avec de l'or, avec des armes, avec les intrigues de Rome et de l'étranger, est dirigé vers une tentative de restauration de l'Ancien régime. Le moyen, assurément, n'est pas conforme à la morale ni à la civilisation, mais il est digne de la cause que l'on veut ainsi servir. A diverses reprises, nous voyons, en effet, ou par voie de mer, ou par voie de terre, des brigands venir de la frontière romaine, tantôt unis et tantôt isolés ; et fréquemment il nous arrive de saisir parmi eux des étrangers qui portent des noms connus dans la réaction européenne. Je n'entrerai point dans les détails à ce sujet : il me suffit de rappeler que, l'année dernière, un belge fort distingué, le marquis de Trazégnies (sic), fut pris aux environs de Sora ou Isoletta ; que naguère deux prussiens furent arrêtés parmi les brigands et déjà d'autres prussiens l'avaient été ; que des membres du parti légitimiste français et des Irlandais ont été trouvés de même dans des bandes406(*). »

* 307 APT, correspondances diverses, lettre de monsieur de Moreau au marquis de Trazegnies (qu'il intitule monsieur le Comte) datée du 14 novembre 1861.

* 308 APT, correspondances diverses, télégramme de l'abbé Bryan adressé au marquis Charles de Trazegnies daté du 18 novembre 1861.

* 309 Joseph Lupus (1810-1888). Le chanoine Lupus était un proche collaborateur et un ami sincère de l'évêque Théodore de Montpellier. Il fut ordonné prêtre en 1833 et nommé vicaire à Florennes où il obtint, l'année suivante, l'église succursale de Saint-Aubin. C'est en 1835 que le chanoine Théodore de Montpellier l'appela à son service. Lorsque de Montpellier devint évêque, Lupus l'accompagna à Liège où il s'installa également au Palais épiscopal. Toutes les circulaires épiscopales étaient rédigées par Lupus à partir des idées de Monseigneur de Montpellier. Lupus avait d'ailleurs fait preuve d'un grand talent d'écrivain en participant à la rédaction du Feuilleton belge et de l'Ami de l'ordre à Namur. Il dirigeait l'enseignement dans les petits séminaires et les collèges épiscopaux. Curieux de tout, Lupus s'intéressa de près au projet de loi concernant les fabriques d'églises, au sujet duquel la Chambre des Représentants belges ne cesse de parler durant la session 1861-1862. Il rédigea à ce propos des observations intéressantes que Monseigneur de Montpellier adopta. Il étudia également l'art gothique et pris part aux importants travaux de rénovation de la Cathédrale de Liège. A la fin de 1869, le chanoine Lupus se rendit à Rome avec l'évêque de Liège pour participer au Concile Vatican I (1869-1870). Là, il recevait la distinction de docteur en théologie. Selon Daris, Lupus « menait une vie très simple, dans la solitude de sa chambre, ne s'occupant que d'études et de prières. Il était très généreux envers les bonnes oeuvres. Ayant étudié une masse de choses, il s'était formé, sur toutes, des convictions auxquelles il tenait avec fermeté. » (Dans DARIS Joseph, Le diocèse de Liège sous l'épiscopat de Monseigneur de Montpellier. 1852 à 1879, Librairie Catholique Louis Demarteau, Liège, 1892, pp. 185-188.)

* 310 APT, correspondances diverses, télégramme adressé par le chanoine Lupus au notaire Eloin de Namur et daté du 18 novembre 1861.

* 311 APT, correspondances diverses, télégramme adressé par Monseigneur de Merode au marquis Charles de Trazegnies daté du 19 novembre 1861.

* 312 APT, correspondances diverses, lettre de Monseigneur de Merode adressée au marquis Charles de Trazegnies et datée du 19 novembre 1861.

* 313 Idem.

* 314 APT, correspondances diverses, lettre de monsieur de Moreau d'Andoy au marquis Charles de Trazegnies, sans date.

* 315 L'abbé Bryan avait appris la nouvelle par monseigneur de Cornulier. Celui-ci la tenait d'un peintre français dénommé Picliart. Picliart en fut pour sa part informé par une lettre d'Henri Arnous de Rivière qui participait aux invasions d'Isola et de San Giovanni Incarico. (Dans APT, correspondances diverses, lettre de monsieur de Moreau d'Andoy au marquis Charles de Trazegnies, sans date et dans FRACCACRETA Augusto, Un episodio della reazione borbonica... op. cit., p. 3.)

* 316 APT, correspondances diverses, lettre du chanoine de Woelmont à madame la marquise de Trazegnies d'Ittre datée du 19 novembre 1861.

* 317 APT, correspondances diverses, lettre du chanoine de Woelmont au marquis Charles de Trazegnies et datée du 30 novembre 1861.

* 318 APT, correspondances diverses, lettre d'Adolphe Klitsche de Lagrange au marquis Charles de Trazegnies datée du 09 décembre 1861.

* 319 Dans l'Ami de l'ordre daté du 03 décembre 1861. Les personnalités qu'on pouvait observer lors de ce service funèbre étaient les suivantes : monseigneur Gengler, monseigneur de Moreau. Parmi les parents, il y avait monseigneur de Romrée de Vichenet, monsieur de Saint-Arnaud, monsieur le baron Louis de Néris, le comte de Namur d'Elzée, le baron de Godin, le comte Charles d'Oultremont, messieurs les barons Louis, Alexandre et Henry de Woelmont. - Dans la nef se trouvaient, messieurs les généraux de Villiers et Berten, le marquis Ernest de Crooy, le baron et sénateur Ferdinand de Woelmont, le baron Wyckersloth, le comte Edmond de Baillet, les comtes de Liedekerke de Pailhe, de Liedekerke de Saint-Fontaine, le vicomte Desmanet de Biesme et son fils, le baron de Blommaert de Soye et son fils, le comte de Pardieu, le baron Desmanet de Boutonville, le baron de Pasquet d'Acos, messieurs de Montpellier d'Arbre, de Montpellier de Vedrin, du Roy de Blicky, le baron Guillaume de Coppin, le comte d'Aspremont Lynden, le baron de Pitteurs, le baron de Rosée de Moulins, le comte de Noidans, le baron de Gaiffier d'Hestroy, le comte Joseph de Meeus, messieurs Van Schoor de Grandmanil, de Grimprele du Goulot, Alphonse et Ernest de Baré de Comogne, les barons Ernest, Félicien et Anatole Fallon, le vicomte de Cunchy, Harou de Biesme, Manderbach.

* 320 APT, cahier de la comtesse de Romrée. Une copie de cette invitation se trouve dans les annexes.

* 321 Dans L'Ami de l'ordre daté du 17 décembre 1861. On rencontrait à cette célébration : le sénateur et baron F. de Woelmont, le sénateur et baron du Pont d'Ahérée, les députés Moncheur, Wasseige et Charles de Montpellier ; le président du tribunal civil Bouché, le général Berten ainsi que son officier d'ordonnance Bertrand, le président du conseil provincial Dury, le comte d'Oultremont de Warfusée, le comte L. de Beaufort, le marquis de Croix de Franc-Waret, les comtes Guillaume et Charles d'Aspremont-Lynden, le baron d'Auvin, le baron Florimond de Woelmont, le baron Alexandre de Woelmont de Brumagne, monsieur Constant de Montpellier de Vedrin, le comte de Gourcy de Melroy, le vicomte de Beughem, les barons Camille et Clément de Rosée de Moulins ; Henri de Liem, le chevalier Léopold de Moreau d'Andoy, Del Marmol, Charles Gomrée, Manderbach, Alfred Bequet, le major de Lavallée Poussin, A. de Lavallée Poussin, Emile et Adolphe de Séverin de Beez, Alphonse et Frédéric de Zualart, les barons Guillaume et Eugène de Coppin, du Roy, officier d'ordonnance de Son Altesse Royale le comte de Flandre ; Harou de Biesme, de La Barre, juge d'instruction ; le baron de Carlier d'Yves, les barons Ernest, Anatole et Félicien Fallon ; E. de Baré, Edouard Wasseige, les comtes Ferdinand et Félix de Cunchy, Charles et Jules de Montpellier d'Annevoie, le comte Arthur de Ways-Ruart, Baude, vice-président du tribunal de Bruxelles ; Bauchau d'Oetinghem, Victor Bodart, de Lehoye, le comte Louis de Liedekerke de Saint-Fontaine, le baron de Gaiffier d'Hestroy, le notaire Eloin, le baron Constant de Gerlache, le baron Théodore de Woelmont, de Thysebaert, Adelin de Montpellier d'Arbre, Alphonse Licot de Nisme, l'avocat Capelle, le notaire Petitjean d'Eghezée, le notaire Demarteau de Gembloux, Charles et Eugène de Halloy de Waulsort, le baron E. d'Huart, le baron d'Hoogavorst, le comte de Levignen, Alexandre Amand, Evrard, Bribosia, le baron Félix d'Ahérée, Paul de Bruges, etc.

* 322 Dans l'Ami de l'ordre daté du novembre 1861.

* 323 APT, cahier de la comtesse de Romrée, lettre du marquis de Trazegnies à Euphrasie datée du 26 novembre 1861.

* 324 Léon Vafflard (1814-1887) fut d'abord directeur chez Langlé avant de devenir son concurrent lorsqu'il fonde, en 1847, la Société Vafflard, Paris et Cie. Elle fut éphémère puisque, l'année suivante, les deux hommes décidèrent de fusionner leurs activités pour une durée de 50 ans. L'Entreprise Générale des Pompes funèbres était née. Dans les statuts de l'entreprise, on pouvait lire qu'elle permettait « l'éxécution dans toutes les villes de France, et même dans les villes étrangères s'il y a lieu du service des Pompes funèbres. » En 1862, les deux hommes entrèrent cependant en conflit. Vafflard obtint alors de la ville de Paris la concession des enterrements au détriment de Langlé qui mourut quelques années plus tard (1867). Dans une lettre au prêtre de Saint-Germain-L'Auxerrois, Vafflard présente la philosophie de sa firme : « Une entreprise particulière dont le premier soin doit être de veiller à sa propre conservation en satisfaisant les familles qui ont recours à elle. Or, pour en arriver à ce résultat, il faut que les convois, services et enterrements qu'elle est chargée de commander, soient exécutés avec décence et convenance, de manière enfin à ce que les familles puissent se féliciter d'avoir eu recours à cette compagnie qui, tout en leur évitant les démarches nombreuses et pénibles que nécessite un décès, a su comprendre ce qu'il était nécessaire de faire pour la pompe et l'enterrement. » (Dans www.varu.be.)

Joseph Adolphe Fardinand de Langlé (1798-1867). Auteur de divers ouvrages et surtout de pièces de théâtre qui lui valurent une grande popularité auprès de ses contemporains. A la fin de sa vie, il fut directeur de l'administration des pompes funèbres. (Dans Dictionnaire de biographie française... op. cit., tome 19, 2001, colonnes 739 et 740.)

* 325 APT, correspondances diverses, lettre du directeur des Pompes Funèbres de la ville de Paris, Léon Vafflard, au marquis Charles de Trazegnies et datée du 26 décembre 1861.

* 326 Alfred-Marie-Antoine de Limminghe (1834-1861). Ce botaniste commença ses études à Fribourg et les termina, probablement à peu de distance d'Alfred de Trazegnies, au collège Notre-Dame de la Paix à Namur, où le professeur Bellynck lui donna le goût de la botanique. Il étudia les plantes en profondeur à partir de 1855. Pour ce faire, il rassembla une grande quantité d'ouvrages de botanistes étrangers et se créa un musée botanique et une serre contenant de nombreuses orchidées exotiques. En 1860, influencé par sa famille, il partit offrir ses services au pape. Il prit part à la bataille de Castelfidardo où il fut blessé. Il revint en Belgique puis partit à nouveau pour Rome l'année suivante. La Ville éternelle le fut aussi pour lui : il ne revint jamais de ce voyage. Selon François Crépin, rédacteur dans la Biographie nationale, Limminghe mourut deux jours après avoir reçu un coup de revolver dans la soirée du 16 avril. Louise Colet, elle, se rappelait qu'un avocat était venu la prévenir de l'assassinat de Limminghe, cousin de monseigneur de Merode et capitaine des zouaves pontificaux, d'un coup de couteau. Plus intéressant est le rapport qu'en fit Henri Carolus. Il expliquait, à la date du 30 avril 1861, que de Limminghe avait reçu un coup de pistolet dans la soirée du 16. Il en était mort dans la nuit du 17 au 18. Il était revenu à Rome porteur de la somme nécessaire pour acheter une machine à rayer les canons dont il voulait faire don au gouvernement pontifical, mais sans avoir l'intention de reprendre du service. Il se disposait d'ailleurs à repartir vers la Belgique. Le hasard fait parfois mal les choses : le premier bateau que le comte voulut prendre était complet. Il attendit un second. Il ne le prit jamais. Les médecins donnèrent le bulletin suivant : « Plaie par arme à feu, pénétrant dans l'abdomen avec lésion probable du rein correspondant et péritonite consécutive ; blessures très graves. » Selon les dires de la victime elle-même, elle aurait été frappée entre 9 heures et 10 heures du soir, dans une des rues voisines de la place Trajane. Limminghe avait passé la journée avec des amis puis les avait quittés pour aller assister, seul, aux fêtes de la béatification de Saint Jean du Latran. Plus tard, il se sera égaré dans les rues désertes de ce quartier mal famé et y aura été frappé. Selon un grand nombre de ses camarades, « il aurait été victime d'une vengeance politique ; différentes circonstances me portent jusqu'ici à ne point partager cette opinion, notait le ministre belge. » Comme cela se fera pour Alfred quelques temps plus tard, on célébra un office dans l'église de Santa Maria Sopra Minerva. Une semaine plus tard, Carolus confirmait que les causes de la mort restaient inconnues, tandis que le père et le frère (Léon) de Limminghe étaient à Rome afin de constater le décès. La famille offrit à son défunt fils une pierre tombale au Collège des Belges. Monseigneur Sacré s'occupa de la faire réaliser, sur les plans du chevalier Rossi, par le sculpteur Galli. Il y a fort à parier que ces deux hommes furent également les auteurs de la tombe d'Alfred de Trazegnies. Le jeune Limminghe fréquentait le même monde qu'Alfred : on retrouvait parmi ses connaissances monseigneur de Merode, le chanoine de Woelmont, monsieur de Villefort, monsieur l'abbé de Moreau ou encore le bien connu de Christen, qui était alors à Rome. L'étude publiée quelques semaines après la mort du jeune homme par Pruvost ne nous apprend rien quant au meurtrier. Certains assuraient que Limminghe était à Rome « pour des motifs non avouables », d'autres qu'il était là dans le seul but de défendre l'honneur de l'église. Aujourd'hui encore, ce meurtre demeure fort ténébreux. A sa mort, les collections du zouave furent dispersées. (Dans Biographie nationale, publiée par l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, H. Thiry-Van Buggenhoudt, Bruylant-Christophe, Bruxelles, 1892-1893, tome 12, pp. 206-208 ; dans COLET Louise, L'Italie des Italiens, E. Dentu, Paris, 1864, volume 4, pp. 279-280 ; AMAE, légation Saint-Siège, lettres d'Henri Carolus à Adolphe de Vrière datées du 30 avril et du 06 mai 1861 et dans PRUVOST Alexandre, Notice sur la vie et la mort du comte Alfred de Limminghe, H. Goemaere Imprimeur-éditeur, Bruxelles, 1861.)

* 327 Auguste Misson (1840-1861). Issu de la branche cadette de la famille belge des Misson, s'était engagé dans le bataillon des zouaves pontificaux franco-belges. Il mourut le 04 juin 1861, non pas au combat mais d'une très forte fièvre causée sans doute par l'épuisement de la vie militaire. (Dans POPLIMONT Charles, La Belgique héraldique, recueil historique, chronologique, généalogique et biographique complet de toutes les maisons nobles reconnues de la Belgique, Imprimerie Henri Carion, Paris, 1866, tome 7, p. 313 et dans PRUVOST Alexandre, Notice sur la vie et la mort du comte Alfred de Limminghe... op. cit., pp. 89.)

* 328 APT, correspondances diverses, lettre du chanoine de Woelmont au marquis Charles de Trazegnies datée du 27 décembre 1861.

* 329 Au XIe siècle, les marchands flamands se réunirent dans la Confrérie de Saint-Julien et construisirent une petite chapelle et un hôpital pour les pèlerins. En 1536, Charles Quint, alors qu'il visitait Rome, devint membre de la confrérie. En 1830, la chapelle troqua son appellation d'origine contre celle de « Saint-Julien des Belges » mais, en 1975, le roi Baudouin lui rendit son nom original. L'église se trouve via del Sudario au numéro 40.

* 330 APT, correspondances diverses, lettre du chanoine Edouard de Woelmont au marquis Charles de Trazegnies datée du 12 janvier 1861.

* 331 APT, correspondances diverses.

* 332 APT, correspondances diverses, lettre du chanoine Edouard de Woelmont au marquis Charles de Trazegnies datée du 27 décembre 1861.

* 333 L'abbé Bryan écrit sa missive depuis le château d'Andoy. On peut supposer qu'il réside à cet endroit, résidence de la famille de Moreau d'Andoy, et donc de son collègue et ami de l'Académie des Nobles ecclésiastiques, l'abbé de Moreau.

* 334 APT, correspondances diverses, lettre de l'abbé Thomas Bryan Y Livermore au marquis Charles de Trazegnies datée du 26 septembre 1862.

* 335 AEN, fonds Corroy-le-Château, 104, Alfred-Ghislain-Gillion de Trazegnies d'Ittre. Déposition faite au Tribunal de première instance de Namur au sujet de sa mort à San Giovanni Incarico, sur le territoire napolitain, 27 septembre 1862, copie authentique, 1 pièce.

* 336 Pierre-Jospeh-François Sacré (1825-1895). Il fit de brillantes études au Séminaire de Malines. En 1849, le cardinal Sterckx l'ordonnait prêtre et l'envoyait terminer ses études à l'Université de Louvain d'où il sortit licencié en théologie. Il quitta la Belgique pour Rome et suivit les cours du Collège des Belges fondé en 1843 par monseigneur Aerts. Aerts ayant été rappelé en Belgique, Sacré devint président du Collège. Il n'avait pas 29 ans. Il fit son travail de main de maître durant une quinzaine d'années. De grands ecclésiastiques vinrent étudier auprès de lui, comme le futur évêque de Liège Doutreloux. En 1860, Pie IX le nommait camérier secret. Merode, à la recherche d'un aumônier d'origine belge pour ses zouaves pontificaux, proposa le poste à Sacré qui l'accepta. Il fut premier aumônier des tirailleurs. Dans les combats contre le Piémont, Sacré risqua plusieurs fois sa vie et fut fait prisonnier. Il rejoignit ensuite Rome où il continua à s'occuper du Collège, ce qui ne l'empêcha pas d'assister à nouveau les mourants lors de la bataille de Mentana. Le 29 juin 1868, Sacré était de retour en Belgique en tant que curé-doyen de Notre-Dame d'Anvers. En 1890, il participa activement au congrès eucharistique d'Anvers. En 1893, une fête, qui rassembla 15 000 personnes, célébrait la vingt-cinquième année de son entrée en fonction. Il mourut moins de deux ans plus tard. (Dans Biographie nationale, op. cit., tome XXI, 1911-1913, pp. 21-24 et dans CERBELAUD-SALAGNAC, Les zouaves pontificaux... op. cit., p. 38.)

* 337 APT, correspondances diverses, lettre du prêtre Sacré à la marquise de Trazegnies datée du 27 septembre 1863.

* 338 APT, correspondances diverses, lettre du prêtre Sacré à la marquise de Trazegnies datée du 18 octobre 1864.

* 339 APT, dossier du marquis Olivier de Trazegnies. Voici une traduction toute relative de cette épitaphe : « En ce lieu a été transféré depuis la terre (frugale ?) de San Giovanni, où il fut tué le 11 novembre 1861 par les troupes subalpines qui envahissaient le royaume de François II, Alfred Gillion Ghislain marquis de Trazegnies et d'Ittre, fils de Charles et de Raphaëlle de Romrée, de la ville de Namur. Trois jours auparavant à Rome, il s'était renouvelé dans le corps sacré du Christ. Va dans la paix du Christ. »

* 340 Les brefs sont des lettres du pape moins importantes que les bulles. Elles ne portent pas le sceau pontifical.

* 341 APT, correspondances diverses, lettre du prêtre Sacré à la marquise de Trazegnies datée du 23 septembre 1864.

* 342 Paul Le Riche. Successeur de A. Sepinola (22 mars 1833 - 30 octobre 1860), il est d'abord consul intérimaire en 1853 puis, en décembre de la même année, vice-consul. Il conserve ce titre durant les deux années qui suivent le décès de son prédécesseur. Il reste à son poste jusqu'au 04 août 1876, date à laquelle son fils Henry lui succède jusqu'en février 1886. (Dans BRAIVE G., MONDOVITS I., Le corps diplomatique... (II)..., op. cit., p. 140.)

* 343 AMAE, correspondances consulat de Naples, lettre du vice-consul à Naples Le Riche au Ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier datée du 16 novembre 1861.

* 344 Charles Léon de Baillet (1812-1884). Il fut secrétaire de légation à Washington, puis Commissaire d'arrondissement à Malines à partir du 25 novembre 1840. Le premier novembre 1847, il fut nommé au même poste à Anvers. Conseiller provincial d'Anvers, il fut enfin gouverneur de la province de Namur. Il était officier de l'Ordre de Léopold. Le 11 mai 1841, il épousait Henriette Marie Adélaïde Cogels née à Anvers en 1816, fille de Henri François Xavier et d'Adélaïde Marie Joséphine Van Havre. Pierre Joigneaux, de passage dans notre pays, notera avoir conservé un bon souvenir de Léon de Baillet. D'après lui, « tout jeune encore et presque à son entrée dans la vie, il s'était nourri l'esprit, paraît-il, des écrits de Chateaubriand, et ce grand charmeur l'avait si bien séduit qu'il ne résista pas à la tentation d'aller, après lui, visiter les sites sauvages de l'Amérique. Il y trouva la sauvagerie, mais absolument dépourvue de la poésie dont Chateaubriand l'avait embellie. Il en revint donc tout désillusionné, et à partir de ce moment, il se fit une existence positive. (...) Je ne vous cache point que les téméraires de cette trempe me vont ; ils ont d'ordinaire le coeur chaud, l'intelligence ouverte, les résolutions fortes et ne ressemblent pas à tout le monde.  » (Dans Almanach royal de Belgique, 1858 et 1866 ; dans JOIGNEAUX Pierre, Souvenirs historiques, Marpon et Flammarion, Paris, 1891, volume 2, pp. 239-240 et dans POPLIMONT Charles, La Belgique héraldique... op. cit., tome 1, 1863, p. 306.)

Pierre Joigneaux (1815-1892). Elu plusieurs fois député, ce politicien et journaliste d'extrême gauche reste célèbre pour ses articles piquants. Après le coup d'Etat de 1851, il fut expulsé de France et vint s'établir dans les Ardennes belges, à Saint-Hubert. Il publia de nombreuses études agronomiques. Un an avant sa mort, il obtenait une place de sénateur. (Dans Dictionnaire de biographie française... op. cit., 1939, tome 3, colonnes 707-708 et dans MAITRON Jean (sous la direction de), Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français. Première partie : 1789-1864, de la Révolution française à la fondation de la Première internationale, Les Editions ouvrières, Paris, tome 2, 1965, pp. 380-382.)

* 345 AMAE, correspondances consulat de Naples, lettre du vice-consul à Naples Le Riche adressée au Gouverneur de la province de Namur Léon de Baillet et datée du 16 novembre 1861.

* 346 AMAE, correspondance consulat de Naples, lettre du vice-consul à Naples Le Riche adressée au ministre belge des Affaires Etrangères, Charles Rogier et datée du 23 novembre 1861.

* 347 AEN, Fonds Corroy-le-Château, dossiers 3932-3938 : Notes du comte François Van der Straten-Ponthoz concernant l'histoire de la famille de Trazegnies et ses alliées, 19e siècle, 7 liasses.

* 348 Jospeh-Paul-Marie de Cadoine de Gabriac, 1830-1903. Il fit ses études à Paris à l'Ecole d'Administration créée en 1848 et, à l'image de son père ambassadeur à Bern, il se destina à la carrière diplomatique. Il commença par être attaché aux Archives des Affaires Etrangères (1849). Deux ans plus tard, on le trouvait parmi les secrétaires de la Commission de liquidation des créances françaises au Mexique. Il fut ensuite attaché au Cabinet Drouyn de Luys puis à celui du comte Walewski. Le 6 juin 1859, il était nommé secrétaire d'ambassade à Naples où il resta une demi-année. Il reçut la même fonction à Rome le 10 décembre 1859, où il assista le duc de Gramont avec efficacité. Le duc dira de lui qu'il est « un garçon consciencieux et intelligent qui peut (...) inspirer confiance et (...) il est fort au courant des affaires [n.d.l.a. de Rome]. » Il quitte la ville éternelle pour devenir secrétaire à Munich, le 29 janvier 1862. En décembre 1866, il était premier secrétaire à Saint-Pétersbourg avant d'y être nommé chargé d'affaires pour 1870-1871. Suite au conflit franco-allemand, Gabriac reçut le poste de chargé d'affaires à Berlin. Il ne resta à cette place que 8 mois. En effet, 1872 marquait sa nomination au rang de ministre plénipotentiaire. Il exerça de son influence successivement à La Haye (1876), Bruxelles (1876) et enfin auprès du Saint-Siège (1878) où il demeura jusqu'au 23 janvier 1880. Dans cette dernière fonction, il parvint à faire entrer trois nouveaux cardinaux français à la Curie romaine. Démissionnaire en 1880, suite aux décrets Ferry contre les congrégations religieuses, il mourut 13 ans plus tard. (Dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur... op. cit., volume 2, pp. 178 et 502 et dans Dictionnaire de biographie française... op. cit., tome 14, 1979, p. 1502.)

* 349 AMAE, correspondances légation auprès du Saint Siège (11), lettre du représentant belge à Rome Carolus au Ministre des Affaires Etrangères datée du 22 novembre 1861.

* 350 Dans CARDINALI Emidio, I briganti e la Corte Pontificia ossia la cospirazione Borbonico-Clericale svelata, Editori L. Davitti e C., Livorno, 1862, volume 2, p. 77.

* 351 APT, correspondances diverses, lettre de l'abbé Bryan Y Livermore au marquis Charles de Trazegnies en date du 26 novembre 1861.

* 352 Dans SBARDELLA Marco, Un nobile europeo... op. cit., p. 8.

* 353 Dans BIANCO DI SAINT JORIOZ Alessandro, Il brigantaggio alla frontiera pontificia... op. cit., p. 74.

* 354 Dans le Journal de Bruxelles daté du 14 décembre 1861.

* 355 Dans le Journal de Bruxelles daté des jeudi et vendredi 26 et 27 décembre.

* 356 Dans GROSSI E., L'11 novembre 1861. Contributo alla storia del brigantaggio clerico-borbonico, Fondi, 1903, p. 66, cité dans SBARDELLA Marco, Un nobile europeo... op. cit., p. 8.

* 357 Dans le Précurseur d'Anvers daté du 30 novembre 1861.

* 358 APT, correspondances diverses, lettre de monsieur de Moreau d'Andoy au marquis Charles de Trazegnies datée du 27 novembre 1861.

* 359 APT, correspondances diverses, télégramme de Monseigneur de Merode au marquis Charles de Trazegnies daté du 22 novembre 1861.

* 360 ASNA, Archivio Borbone, b 1370-488/489, lettre du comte Louis Michel datée du 24 novembre 1861.

* 361 Monsieur Targioni représenta le roi de Naples à Bruxelles. Il est bien difficile de se renseigner sur ce représentant napolitain. Néanmoins avons-nous pu glaner quelques informations concernant la rupture des relations diplomatiques entre la Belgique et Naples dans la correspondance diplomatique. Il en ressort que Targioni a eu du mal à l'admettre, de même que la royauté belge, qui semblait réticente à mettre un point final à leurs relations. Le nouveau ministre italien à Bruxelles, Montalto, confiait à ce propos ses inquiétudes à Ricasoli, alors président du Conseil et Ministre de l'Extérieur : « M. Le Commandeur Targioni, ancien Ministre du Roi de Naples, se trouvant encore à Bruxelles, M. Rogier se trouve un peu embarrassé pour lui faire sentir qu'il ne lui reconnaît plus un caractère diplomatique. » Il est à supposer que Rogier a demandé oralement au commandeur de faire ses bagages puisque celui-ci aurait contesté ce manque de procédure et le Ministre belge des Affaires Etrangères aurait été contraint de lui rédiger une note en bonne et due forme, stipulant qu'il ne pouvait plus traiter avec lui et son gouvernement puisqu'ils ne représentaient plus l'autorité établie de fait dans les Deux-Siciles. A cela, Targioni aurait répondu par une lettre de six pages menaçant le gouvernement belge de « vengeance céleste » ! Le roi Léopold lui-même aurait fait de sévères reproches au ministre Rogier au sujet de la lettre adressée au représentant napolitain. Toujours est-il qu'à partir de cette date, les relations entre la Belgique et les Deux-Siciles sont définitivement rompues. Ce qui n'empêcha pas Targioni de s'attarder en Belgique puisqu'il s'occupait, fin novembre, d'informer son gouvernement au sujet de la mort du marquis de Trazegnies. (Dans I documenti diplomatici italiani, Prima serie 1861-1870, Ministero degli Affari Esteriori, La Liberia dello Stato, Roma, volume 1, 1959, Lettres du Ministre à Bruxelles Montalto au Président du Conseil et Ministre de l'Extérieur Ricasoli datées des 04, 12 et 14 novembre 1861, p. 462, 482-482 et 487-488.)

* 362 ASNA, Archivio Borbone, b 1370-484/485, lettre du comte Carbonelli au représentant napolitain à Bruxelles Targioni et datée du 19 novembre 1861.

* 363 Dans L'Ami de l'ordre daté du 24 novembre 1861.

* 364 Canofari (1790-1872). Celui-ci naquit en 1790 dans la famille d'un haut magistrat au service des Bourbons de Naples. Il fit son droit et, en 1830 et 1831, devint membre de la Consulte générale du Royaume. Agent de légation dès mars 1836, il devint secrétaire de seconde classe et fut envoyé à Londres en février 1848. Chargé d'affaires à Madrid en 1851, il acquit enfin la fonction identique mais à la cour de Turin. Là, il fit preuve d'un sens aigu de la diplomatie et instaura un climat relativement sain malgré la tension régnant entre Naples et Turin. Il fut ensuite appelé, le 28 juillet 1860, à remplacer à Paris le marquis Antonini. Destitué par un décret du 11 octobre 1860, il poursuivit cependant ses fonctions, à l'image de Targioni en Belgique. Aux alentours de 1860, il entretint de nombreux rapports avec le ministre des Affaires Etrangères de France et, surtout, maintint la cohésion des émigrés napolitains présents à Paris en les rassemblant dans de nombreux banquets au cours desquels il prenait la parole en faveur de la restauration de François II. Peu de temps avant son décès, il aurait été chargé par l'ex-roi de Naples d'une mission secrète auprès des empereurs d'Autriche, d'Allemagne et de Russie. Selon Thouvenel, il était un hôte fidèle du salon de Monsieur Thiers. Avant cela, il avait ses entrées dans le monde légitimiste tandis que la Société du Second Empire l'appréciait également beaucoup. « Il a laissé à tous ceux qui l'ont connu le souvenir d'un caractère aussi distingué que sûr. » (Dans Dizionario biografico degli italiani, Instituto della Enciclopedia Italiana, Roma, tome XVIII, 1975, pp. ; dans I documenti... op. cit., volume 1, lettre d'Uccelli au Président du Conseil et Ministre de l'Extérieur Ricasoli datée du 30 juillet 1861, p. 296 et dans Dans THOUVENEL L., Le secret de l'empereur,... op. cit., volume 2, pp. 481-482.)

* 365 ASNA, Archivio Borbone, b 1370-490, lettre de l'amiral Del Re au représentant napolitain à Paris, Canofari, datée du 25 novembre 1861.

* 366 ASNA, Archivio Borbone, b 1370-498, lettre du représentant napolitain à Paris Canofari au ministre des Affaires Etrangères Del Re datée du 30 novembre 1861.

* 367 ASNA, Archivio Borbone, b 1370-492, lettre du commandeur Targioni au représentant napolitain à Paris Canofari datée du 28 novembre 1861.

* 368 ASNA, Archivio Borbone, b 1370-496, lettre du commandeur Targioni au ministre des Affaires Etrangères napolitain Del Re datée du 29 novembre 1861.

* 369 ASNA, Archivio Borbone, b 1370-494, lettre du baron Carbonelli di Letino au représentant napolitain à Paris Canofari datée du 29 novembre 1861.

* 370 Dans FRACCACRETA Augusto, Un episodio della reazione... op. cit., p. 10. Cette anecdote fut racontée à Fraccacreta par le comte Cornet d'Elzius.

* 371 Lettre du marquis Olivier de Trazegnies à l'auteur de ce mémoire datée du 20 janvier 2005.

* 372 Dans Le Monde datée du 03 décembre 1861.

* 373 Nothomb Alphonse (1817-1898). Homme politique catholique, il obtint son doctorat en droit en juillet 1835. D'abord attaché au Ministère de la Justice (1836-1837), il fut avocat au barreau d'Arlon jusqu'en 1839. Le premier janvier 1839, il était nommé substitut du Procureur du roi au Tribunal de Première instance d'Arlon avant de devenir lui-même procureur du roi à Neufchâteau (1844-1853). Il fit ses premières armes politiques en représentant le Canton d'Arlon au Conseil provincial de 1842 à 1848. Au début des années 1850 (1853-1855), Il poursuivait sa carrière en tant que substitut du Procureur général à la Cour d'Appel de Bruxelles. Ministre de la Justice en 1857, il fut l'un des auteurs de la loi sur les Couvents, visant à donner la personnification civile aux fondations charitables, qui entraîna la chute du Cabinet De Decker. A la Chambre, il représenta les arrondissements de Neufchâteau (1851), Turnhout (1859-1892), Arlon (1892-1894). Il fut enfin choisi comme sénateur pour le Sud de la Province du Luxembourg (1894-1898). A la fin de sa vie, il se rallia à la démocratie chrétienne naissante et se prononça en faveur du suffrage universel qui, ironie du sort, lui avait valu de ne pas être réélu lors des élections du 18 octobre 1894... (Dans DE PAEPE Jean-Luc, RAINDROF-GÉRARD Christiane, Le Parlement belge 1831-1894, Commission de la Biographie Nationale, Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1996, pp. 440-441 ; DELZENNE Yves-William, HOUYOUX Jean, Le nouveau dictionnaire... op. cit., tome 2, p. 138 et dans Biographie nationale..., op. cit., tome 37, 1971-1972, colonnes 609 à 618.)

* 374 Dans Annales parlementaires de la Chambre des Représentants de Belgique, session 1861-1862, séance du 28 novembre 1861, p. 89.

* 375 Dans Annales parlementaires de la Chambre... Idem, p. 91.

* 376 Dans le Journal de Bruxelles daté du vendredi 29 novembre 1861.

* 377 Dans l'Ami de l'ordre daté du samedi 30 novembre 1861.

* 378 Dans le Bien Public daté du samedi 30 novembre 1861.

* 379 Dans l'Indépendance belge datée du vendredi 29 novembre 1861.

* 380 Dans la Gazzetta ufficiale del Regno datée du lundi 02 décembre 1861.

* 381 Dans l'Opinione datée du lundi 09 décembre 1861.

* 382 Linati Filippo (comte), 1816-1895. Sénateur, poète et philosophe. Né à Barcelone, il était issu d'une très ancienne famille parmesane. Il arriva à Parme à seulement deux ans et se considéra toute sa vie comme issu de cette ville. En 1823, sa famille s'y installait définitivement. Curieux de tout, il maîtrisait parfaitement plusieurs langues et acquit un savoir encyclopédique. Libéral, il participa de très près aux révolutions de 1848 pour la cause nationale. Le 02 août 1859, il fut délégué auprès de Napoléon III afin de lui présenter une protestation contre le rétablissement des Bourbons à Parme. Il fut nommé sénateur grâce à Farini le 18 mars 1860. Dans ce poste, il se distingua par ses questions de portée surtout économique, juridique et financière. Il fit partie du Conseil d'Etat durant de nombreuses années. (Dans NAPPO Tommaso, NOTO Paolo (a cura di), Indice biografico italiano, K. G. Saur Verlag Gmbh, München, 1993, tome 3, p. 827 et dans Archivio biografico italiano, fiche numéro F. 568.)

* 383 Alessandro della Rovere (1815-1864). Il occupa un temps la lieutenance des provinces napolitaines. Il fut nommé à la tête du ministère de la Guerre lors du remaniement ministériel de juin 1861. Il conserva ce poste jusqu'en 1864, successivement sous les cabinets de Ricasoli et Minghetti. (Dans Dizionario biografico degli italiani... op. cit., tome 37, 1989, pp. 331-333 et dans AMAE, légation à Turin, lettre du représentant belge à Turin Lannoy à Charles Rogier, 11 juin 1861.)

* 384 Dans le Bien public daté du vendredi 13 décembre 1861.

* 385 La Belgique est représentée auprès du jeune royaume par Henri Solvyns entre le 05 novembre 1861 et le 18 octobre 1872. Ses secrétaires seront Pierre Bartholeyns, depuis le premier septembre 1860 jusqu'en février 1865 et H. Noidans-Calf (entre le 28 décembre 1863 et le 08 février 1865). Henri Orban sera dans un premier temps (05 janvier 1862 - 14 février 1863) attaché au ministre belge à Turin, avant d'en devenir également le secrétaire jusqu'au 17 octobre 1863. Né d'un père écrivain et d'une mère catholique anglaise, Henri Solvyns (1817-1894) est candidat en droit à l'Université de Gand, étudie l'économie politique, la statistique et les langues étrangères (il parle le français, le néerlandais, l'anglais ainsi que l'allemand). D'abord attaché au cabinet du Roi en 1837, il entre dans la carrière diplomatique. Il passe par divers postes d'attaché et de délégué avant de devenir conseiller de légation (1852-1858) puis Ministre résident à Constantinople et Lisbonne (1858-1861) et finalement envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire à Turin et Londres (octobre 1872). (Dans BRAIVE G., MONDOVITS I., Le corps diplomatique et consulaire belge en Italie (I), dans « Risorgimento », XIIe année, 1969, tome 2, p. 49.)

* 386 AMAE, légation à Turin, lettre du représentant belge Henri Solvyns au ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier datée du 16 janvier 1862.

* 387 Barthélemy Charles Joseph Dumortier (1797-1878). Homme politique catholique, avocat et historien. Il fut très actif à Tournai durant la Révolution belge. Il fut d'abord représentant de l'arrondissement de Tournai (1831-1847) puis de celui de Roulers, jusqu'à sa mort. Dans ses discours, il défendit la liberté de l'Eglise contre l'installation d'une nonciature en Belgique et se battit en faveur de l'autorité communale par opposition à celle de l'Etat. Il prit une part active au Congrès catholique de Malines en 1863. Il publia beau nombre d'ouvrages historiques concernant Tournai et fut d'ailleurs membre de la Commission royale d'histoire (1838-1878). Il s'intéressa également à la botanique et co-fonda la Société royale de Botanique de Belgique dont il fut le président entre 1862 et 1875. (Dans DE PAEPE Jean-Luc, RAINDROF-GÉRARD Christiane, Le Parlement belge 1831-1894... op. cit., pp. 286-287, dans DELZENNE Yves-William, HOUYOUX Jean, Le nouveau dictionnaire des belges... op. cit., tome 1, p. 209 et dans DE KONINCK A., Bibliographie nationale. Dictionnaire des écrivains belges et catalogue de leurs publications 1830-1880, Nendeln (Liechtenstein), Kraus Reprint, volume 1, 1974, pp. 623-624.)

* 388 Dans Annales parlementaires de la Chambre...op. cit., session 1861-1862, séance du 03 avril 1862, pp. 1099 et 1100.

* 389 Barthélemy de Theux de Meylandt, (1794-1874). Homme politique catholique, il prit une part active aux événements de 1830 et fut élu, par le disctrict d'Hasselt, député suppléant au Congrès national. Il représente l'arrondissement d'Hasselt entre 1831 et 1874. A la Chambre, il joua un rôle non négligeable au sein de la commission chargée d'élaborer les lois provinciale et communale. Il fut ministre de l'Intérieur à plusieurs reprises dans les années 1830 ainsi que ministre des Affaires Etrangères entre 1836 et 1837. Il fut chef du Cabinet de 1834 à 1841, avec Malou de 1846 à 1847 et, enfin, de 1871 à sa mort. Tout au long de sa carrière, il se distingua par ses idées modérées et se montra adepte convaincu de l'unionisme. (Dans Biographie nationale de Belgique... op. cit., tome 24, 1960, colonnes 771-782, dans DE PAEPE Jean-Luc, RAINDROF-GÉRARD Christiane, Le Parlement belge 1831-1894... op. cit., p. 244 et dans DELZENNE Yves-William, HOUYOUX Jean, Le nouveau dictionnaire des belges... op. cit., tome 2, p. 250.)

* 390 Louis François Magloire Goblet d'Alviella (1823-1867). Politicien libéral, il représenta l'arrondissement de Bruxelles de 1858 à 1867. En 1843, il était attaché de légation. L'année suivante, il gagnait le grade de secrétaire de légation de deuxième classe. L'année suivante, il épousait Caroline Anne Charlotte, comtesse d'Auxy de Neufvilles. Il passa ensuite au département de l'Intérieur puis devint adjoint à la direction politique des Affaires étrangères (1845-1853). Il fut Conseiller provincial entre 1856 et 1858, ainsi que secrétaire provincial de Brabant en 1858. Il présida l'association libérale et Union constitutionnelle de Bruxelles. (Dans RAINDROF-GÉRARD Christiane, Le Parlement belge 1831-1894... op. cit., p. ? et dans POPLIMONT Charles, La Belgique héraldique... op. cit., tome 4, p. 25.)

* 391 Dans Annales parlementaires de la Chambre...op. cit., session 1861-1862, séance du 03 avril 1862, p. 1101.

* 392 Votèrent « oui » : Venderstichelen, Van Humbeeck, Van Iseghem, Van Volxem, Allard, Braconier, Crombez, de Boe, de Breyne, de Brouckere, de Florisone, De Fré, de Gottal, de Renesse, de Ridder, de Rongé, Devaux, d'Hoffschmidt, Dolez, Frère-Orban, Frison, Goblet, Grandgagnage, Hymans, Jacquemyns, Jamar, Loos, Moreau, Muller, Orban, Pirson, Rogier, Sabatier, A. Vandenpeereboom, et Vervoort. Votèrent « non » : Vande Woestyne, Van Overloop ; Vermeire, Verwilghen, Coomans, Coppens, de Haerne, de Liedekerke, de Man d'Attenrode, de Montpellier, de Naeyer, de Ruddere de Te Lokeren, Desmedt, de Terbecq, de Theux, B. Dumortier, d'Ursel, Faignart, Kervyn de Volkaersbeke, Magherman, Mercier, Moncheur, Nothomb, Royer de Behr, Snoy, Tacq, Thibaut, Thienpont, Van Bockel et Vander Donckt.

* 393 Dans le Bien public du samedi 05 avril 1862.

* 394 Dans la Gazette de Liège du vendredi 04 avril 1862.

* 395 AMAE, correspondances Saint Siège, lettre du représentant belge à Rome Carolus au ministre des Affaires Etrangères Rogier datée du 25 avril 1862.

* 396 AMAE, légation de Turin, lettre du ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier au représentant belge à Turin, le ministre Solvyns, datée du 28 avril 1862.

* 397 AMAE, légation de Turin, lettre du secrétaire d'ambassade Henri Orban au ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier datée du 08 mai 1862.

* 398 AMAE, légation de Turin, lettre du représentant belge à Rome, Henry Solvyns, au ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier datée du 07 mai 1862.

* 399 Lettre du président du Conseil Ratazzi au ministre des Affaires Etrangères Durando datée du 08 mai 1862, dans I documenti diplomatici... op. cit., volume 2, p. 342.

* 400 AMAE, légation de Turin, lettre du président du Conseil Ratazzi au représentant belge à Turin, Henry Solvyns, datée du 08 mai 1862.

* 401 AMAE, légation de Turin, lettre du ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier au représentant belge à Turin, Henry Solvyns datée du 9 mai 1862.

* 402 AMAE, légation de Turin, lettre du représentant belge à Turin, Henry Solvyns, au ministre des Affaires Etrangères Charles Rogier datée du 29 avril 1862.

* 403 Idem, note ajoutée par le ministre Rogier.

* 404 Dans MASSARI Giuseppe, CASTAGNOLA Stefano, Il brigantaggio nelle provincie napoletane. Relazioni parlamentari, Ferrario, Milano, 1863, p. 83. Vous retrouverez la traduction française de ce rapport dans LÉVY Armand, La cour de Rome... op. cit., pp. 43-175.

* 405 Ubaldino Peruzzi (1822-1891). Homme politique né à Florence, il fit ses études au collège Cigognini di Prato, avant de partir pour Paris étudier les mathématiques. En 1848, il fut élu député à la Chambre toscane. Lorsque le Grand-duc de Toscane accepta l'occupation autrichienne, il démissionna en signe de protestation et, à partir de ce moment, conspira contre le pouvoir en place durant dix ans. En 1859, à la fuite du Grand-duc, il entra dans le gouvernement provisoire où il avait la charge des Affaires étrangères et des Affaires de l'Intérieur. Il se battit pour le rattachement de la Toscane au Piémont. Il partit ensuite en mission en France. Son activité ne fit que croître avec la nouvelle Italie : il fut ministre des Travaux publics sous le premier ministère Ricasoli puis ministre de l'Intérieur pour Minghetti, avec lequel il s'occupa de la fameuse Convention de 1864, qui transporta la capitale à Florence. Il fut président du Conseil provincial de 1865 à 1870 et maire de Florence entre 1870 et 1878 et apporta du dynamisme à la ville, notamment en accueillant des congrès scientifiques. (Dans Indice biografico italiano... op. cit., fiches numéros 768/ 221-251 et dans MERENDONI S., MUGNAINI G. (a cura di), La provincia di Firenze e i suoi amministratore dal 1860 a oggi, Leo S. Olschki Editore, Firenze, 1996.)

* 406 Dans LÉVY Armand, La cour de Rome... op. cit., pp. 28-29.

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