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L'affaire du marquis Alfred de Trazegnies d'Ittre (1832-1861).


par Olivier LERUTH
Université de Liège (Belgique) - Licence en Histoire  2005
  

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6. Conclusions.

Nous avons montré, dans le chapitre concernant le brigandage, comment le roi François II entendait le soutenir. Quelquefois en secret, d'autres fois au grand jour. Dans sa tâche, il fut aidé par le Saint-Siège et les autorités françaises de Rome, en particulier par le très spécial général de Goyon. Peut-être était-ce ici la première exhumation de la correspondance des diplomates belges à ce sujet. Nous avons vu que les opinions de Carolus et du duc de Gramont se rejoignaient, pour croire dur comme fer que le roi de Naples était innocent dans tout ce qui se tramait. D'où venait une telle naïveté ? La question reste posée. Lord Odo Russel se voulait, pour sa part, plus clairvoyant, de même que le successeur du duc de Gramont, le marquis de Lavalette. Quoi qu'il en soit, il est certain que le brigandage méridional a pu voir le jour grâce au laisser-faire qui régnait de toutes parts dans la Rome de Pie IX. Le roi attira ainsi à lui une série de personnages, aristocrates en mal d'aventures -Fernand Hayward les qualifiait de « plus ou moins tarés418(*) », dont les motivations variaient mais, dans leur essence, restaient les mêmes : la sauvegarde d'un idéal monarchique en plein déclin.

Cette partie de l'Histoire que nous venons d'évoquer a du, en son temps, faire rêver plus d'un individu. Tout comme les aventures du jeune marquis de Trazegnies.

L'étude de l'assassinat du marquis nous a montré quelle taille pouvait prendre un tel événement. Ses répercussions dans les grands pays d'Europe sont incontestables. Nous n'avons pas eu l'occasion de dépouiller les journaux britanniques, mais nous savons, par l'intermédiaire de notre presse francophone belge, que des réclamations se sont également élevées sur l'île. On l'a vu, les plus importants journaux français allèrent jusqu'à placer la mort d'Alfred de Trazegnies à leur une. Deux remarques doivent être ici formulées.

D'abord, il faut souligner que, si on s'est employé à tant parler du marquis, c'était évidemment lié à ses origines prestigieuses et donc à sa particule. Il y a fort à parier qu'un roturier n'aurait pas eu droit à de tels égards. La meilleure preuve confortant cette théorie réside dans l'instruction montée de toutes pièces contre Scipion Fabrizi. Celui-ci était loin d'être un saint, mais on peut presque affirmer qu'il n'assassina pas le marquis. L'ordre de ne pas évoquer la mort d'Alfred durant le procès, et la condamnation de Fabrizi pour conspiration contre la personne du Roi sont, à ce point de vue, révélateurs. Nous avons également montré combien il aidait d'appartenir à un grand lignage lorsqu'on désirait se faire introduire dans les milieux du Vatican et de la petite cour de François II.

Ensuite, il est évident que l'assassinat du marquis servit de prétexte politique. Les discussions sur la reconnaissance du nouveau royaume allaient bon train dans toute l'Europe. Les catholiques, farouches adversaires de l'unité, firent donc de ce décès leur cheval de bataille. Ceci explique les interpellations à la Chambre des Représentants belges.

Quant aux discussions qu'a engendré cette mort dans le corps diplomatique, nous devons leur donner une juste valeur. Il n'y a pas eu, selon nous, de risque de rupture des relations entre les deux pays. En effet, si les pressions exercées par le Parti catholique à la Chambre des Représentants étaient considérables -il faut évidemment tenir compte des élections de juin 1861 qui offrirent de nouveaux sièges à ce parti, le seul et unique maître du jeu était Charles Rogier. Or, celui-ci a toujours défendu la même position : les quelques belges allant mourir dans un pays étranger pour une cause étrangère, partent à leurs risques et périls ; et il est inutile d'espérer une intervention de la part du gouvernement. Néanmoins, nous avons pu constater une forme d'irritation de la part du ministre des Affaires étrangères à partir du moment où l'administration turinoise, totalement désorganisée, lambinait à donner des nouvelles claires et nettes sur le décès.

Si la rupture ne fut pas nette entre les corps diplomatiques belge et italien, on peut affirmer en revanche qu'un terrible contentieux s'ouvrit entre la famille du défunt et la dynastie déchue.

Une déception amoureuse a poussé le marquis à partir à la mort. Il va de soi que son choix de mort était en rapport avec l'éducation du gentilhomme. On aurait été étonné de le retrouver dans les troupes du roi galant homme, par exemple. Donc, il ne faut pas ôter à la démarche d'Alfred de Trazegnies d'Ittre toute coloration politique ou religieuse. Celui-ci a agi en homme de son temps et de son milieu en faveur d'une cause qui, si elle ne primait pas dans la raison de son geste, lui était néanmoins sympathique.

* 418 Dans Hayward Fernand, Pie IX et son temps, Librairie Plon, Paris, 1948, p. 285.

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