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L'émigration dans le Damga: l'exemple du village de Wodobéré dans la moyenne vallée du fleuve Sénégal

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par Abdoulaye THIOYE
Université Cheikh Anta Diop - Maà®trise en Géographie 2009
  

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RESUME

Le village de Wodobéré est sur un foondé entouré par une vaste plaine alluviale submersible en une certaine période de l'année. Il est situé à l'extrême nord Est de la communauté rurale de Ouro-Sidy, dans l'actuelle circonscription administrative de Kanel. Avec une population de 3873 habitants, loin devant le chef-lieu de communauté rurale, Wodobéré est marqué par une prédominance de l'émigration sur les autres activités. En effet, à l'image du Damga, il est doté de potentialités naturelles énormes.

Malgré l'existence des ressources foncières et hydriques potentiellement exploitables, cette partie du Sénégal se caractérise par une économie attardée et par l'inexistence d'activités génératrices de revenus pour les populations. À défaut d'une exploitation agricole rationnelle, l'émigration est apparue comme une alternative pour combler les ressources économiques déficitaires.

L'Afrique a, cependant, toujours été en mouvements. Les déplacements de populations, forcés ou volontaires ont jalonné son histoire, ici pour répondre à un manque criard de potentialité et là pour satisfaire des besoins divers. Les villes littorales font l'objet d'une concentration des infrastructures et des services au détriment de l'intérieur des pays. Ce qui se traduit, sur le plan humain, par les migrations des populations de l'intérieur vers les centres urbains.

Au Sénégal, la concentration des activités à Dakar a fait de la capitale un pôle d'immigration et l'intérieur du pays un pourvoyeur potentiel de migrants. En plus de ces disparités, les cycles épisodiques de sécheresses des années 70 ont frappé durement le Damga. Il en résulte une chute des productions agricoles et la rareté des ressources vivrières. Les secteurs clés de l'économie locale sont assujettis aux vicissitudes du climat, c'est-à-dire qu'ils dépendent très fortement des conditions climatiques.

En effet, la réponse de l'homme face à cet environnement hostile n'était pas la mort mais plutôt la mobilité. L'émigration est apparue comme une stratégie de survie des populations. La force du monde rural c'est-à-dire la population active masculine reste en proie à une émigration sans commune mesure. Ainsi, dans les villages, comme Wodobéré, on assiste à une quasi-absence des hommes. Avec une société hiérarchisée, le village de Wodobéré, est marqué par la prédominance de l'effectif des jeunes, des femmes et des vieux sur l'effectif des hommes actifs. L'émigration touche l'essentiel de la population masculine active.

Cependant, on note aujourd'hui une transformation du bâti et une hausse substantielle du niveau de vie à Wodobéré. L'émigration régit l'activité économique, sociale et culturelle du village. Puisque, dans les discussions, sous l'arbre à palabre, trouver les moyens de partir reste l'unique équation des jeunes. Ce qui suscite un certain nombre d'interrogation qui se résument en ces termes : Quels sont les facteurs d'émigration ? Quelles sont les stratégies et la finalité de l'émigration ?

Ainsi, notre TER, « L'émigration dans le Damga : l'exemple du village de Wodobéré dans la moyenne vallée du fleuve Sénégal », au-delà de l'initiation à la recherche nous permettra d'analyser la problématique de l'émigration dans cette partie du Sénégal. A coté de cet objectif principal, nous avons élaboré les objectifs spécifiques suivants:

V1 montrer l'ampleur et la typologie de l'émigration;

V1 faire une analyse des facteurs qui motivent le choix des populations;

V1 déceler les changements engendrés par l'émigration sur le milieu d'origine. Pour atteindre ces objectifs, nous avons dégagé quelques hypothèses :

les motifs d'émigration qui sont étroitement liés à l'absence d'activités pouvant impulser un développement endogène seraient à l'origine des départs ;

la péjoration du climat, des conditions écologiques et la réussite de ceux qui sont déjà partis, ne serait ce que par la prise en charge de parents et amis, constitueraient des facteurs qui suscitent l'envie de ceux qui sont au pays et le départ de nouveaux candidats ;

malgré les effets positifs de l'émigration sur le village, elle aurait fortement contribué à la désagrégation des liens sociaux.

Pour traiter cette problématique, nous avons adopté une méthodologie qui prend en compte le caractère spécifique de la population. Elle est structurée en trois parties : d'abord c'est la revue documentaire qui nous a permis de consulter certains ouvrages, puis la collecte des données de terrain à l'aide de questionnaires pour les données quantitatives et de guides d'entretiens pour les données qualitatives et enfin l'exploitation et le traitement des données.

Ce travail de terrain n'est pas sans difficultés. J'étais d'abord confronté à la réticence de la
population dans disposition des données, ensuite à l'inexistence des travaux précis sur ce

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thème, malgré l'abondance de la littérature sur les migrations et enfin aux difficultés de transports liées à la distance à l'état des routes entre Dakar et notre zone d'étude. L'exploitation des données nous ont donné les résultats suivants :

IJ Une multitude des facteurs d'émigration :

Il s'agit des effets conjugués de la conjoncture internationale, de l'histoire même du peuplement du Fouta en général, des politiques structurelles mais aussi de la structuration de la société.

Le peuplement du Fouta est étroitement lié aux vagues migratoires tous azimutes des wolofs, des maures, des peuls, des soninkés etc. Selon certains traditionnistes la sécheresse dans le sahel aurait contraint la population de migrer vers le sud et le sud-est. On rattache le peuplement du Fouta aux migrations des soninkés du Wagadu, ancien royaume du Ghana.

Il y avait également l'instauration de système de navétanat et de recrutement musclé des travailleurs par les colons pour la culture de l'arachide dans le centre du Sénégal. Ce qui avait conduit, à l'époque, aux déplacements de plusieurs personnes de la vallée vers le bassin arachidier.

En plus de cela, il y a eu le prosélytisme religieux qui avait occasionné les déplacements de population vers les régions où elles pouvaient exercer librement les préceptes de l'Islam. Il est aujourd'hui admis que, dans le cadre du djihad, El hadji Oumar Tall, conscient de la disproportion de ses forces et celles de la puissance coloniale, ordonnait ses nouveaux disciples à migrer.

Les facteurs d'émigration sont aussi d'ordre conjoncturel. Ils sont relatifs à la structuration actuelle de l'économie marquée par des perturbations climatiques et par les effets des PAS. Ce qui se traduit par :

· la chute des productions agricoles. Ainsi, au cours de la campagne agricole 2008, 79% de la population de Wodobéré ont eu moins de 60 kilogrammes de mile,

· l'échec des politiques agricoles de l'Etat et le chômage chronique des jeunes. L'ensemble des aménagements hydro-agricole de l'Etat par le biais de la SAED ont connu un échec et n'ont permis ni de retenir la population ni de créer un rapport puissant entre la population et son terroir.

Les contraintes sociales qui stimulent une émigration forte chez la population sont multiples et variés. Il s'agit des regroupements familiaux, de l'émulation entre voisin et surtout des rivalités entre coépouses.

? une spécificité du phénomène de l'émigration;

Les départs sont individuels et concernent principalement les hommes célibataires âgés entre 18 et 35 ans. L'émigration s'organise autour de l'unité familiale même si l'idée d'émigrer vient, le plus souvent, de la personne concernée. Ce qui fait que le financement du voyage peut venir des parents ou du candidat à l'émigration lui-même. A l'apparition de l'émigration dans les années 60, les candidats s'autofinançaient pour réaliser leur premier voyage. Mais, aujourd'hui, plus de 41% des émigrés reçoivent leur billet à partir de l'étranger.

Plusieurs stratégies sont mises en place par les candidats à l'émigration. Ces stratégies vont des itinéraires à la mise en relation des différents acteurs et processus migratoires. Au début de l'émigration dans la moyenne vallée du fleuve en général et à Wodobéré en particulier, les pays africains disposant de ressources minières étaient les principales régions d'accueil. Donc l'émigré qui quittait le Fouta passait par le Mali par la voie terrestre pour se trouver au Congo, en Centre Afrique, en Angola ou en Cote d'Ivoire. Dans les pays ou l'extraction du diamant était en vogue, certains émigrés commercialisaient la pierre précieuse et ensuite approvisionnaient les comptoirs européens tels qu'Amsterdam, Paris et Londres. Mais, la saturation de ce marché les obligeait à emprunter d'autres itinéraires. Le candidat à l'migration qui quitte Wodobéré passait par Dakar où il peut entrer en contact avec des convoyeurs et des démarcheurs de visa le permettant de franchir les frontières. Il peut s'agir également d'une usurpation d'identité car plusieurs candidats ont réussi à passer les contrôles aéroportuaires en 2008 pour se retrouver en Europe avec les papiers de leurs proches.

En effet, cette émigration, masculine dans sa majorité, est facilitée d'amont en aval par l'existence d'une chaîne à maillons multiples. Elle est d'abord entretenue par les revenus qu'elle génère puisque l'essentiel des voyages des nouveaux candidats à l'émigration est financé par des parents qui ont déjà émigré. Elle est ensuite le résultat d'une complicité étroite entre les émigrés, les démarcheurs de visa et les autorités administratives. Ce qui se traduit par l'existence de réseaux et de couloirs migratoires spécifiques pour les migrants.

En ce qui concerne les types d'émigration, nous avons constaté que, selon la durée, il en existe trois. L'émigration saisonnière, qui concerne 41% des émigrés, se caractérise par des mouvements rythmés par les saisons. En saison sèche, les émigrés migrent vers les centres urbains et en saison des pluies, ils reviennent épauler leurs parents dans les travaux champêtres. C'est une émigration de moindre importance. L'émigration temporaire, 53% des émigrés, est pratiquée par ceux qui disposent de cartes de séjour et qui reviennent périodiquement au village. Et enfin, l'émigration définitive qui résulte de l'échec des émigrants. Elle se traduit par l'intégration de l'émigré dans son pays d'accueil et ne représente que moins de 6% de la diaspora.

Ce qui nous conduit à parler des principaux pays de destination. La France se taille la part belle dans la distribution des émigrés du village dans le monde. Cela s'explique par l'attachement de la population à l'ancienne puissance coloniale. Elle est suivie, de loin, par l'Espagne et par quelques pays africains comme la Cote d'Ivoire, le Congo et le Gabon. Les exemples de réussite de l'émigration dans certains pays plutôt que dans d'autres pèsent sur le choix des destinations.

Ainsi, le village dépend directement des ressources tirées de l'émigration. 76% de la population ont l'émigration comme source de revenu principale. En effet, les flux financiers en direction de Wodobéré diffèrent selon les lieux d'immigration : sur les 929.754.199 FCFA envoyés en 2008, les transferts d'argent venant de la France représentent 720.929.307 FCFA alors que les fonds venant de l'Afrique ne représentent que moins de 10 millions par an.

Ces fonds sont utilisés différemment selon qu'ils sont envoyés à titre individuel ou collectif :

IJ Les émigrés agissent collectivement quand il s'agit de mettre en place des infrastructures et des constructions de prestiges. Il ressort dans cette étude que les émigrés, à travers leur association, ont permis la construction et l'équipement des infrastructures pour les services sociaux de base. Les fonds envoyés à titre collectif sont consentis à la réalisation des ouvrages de prestige ou d'infrastructure pour les services sociaux de base photo de la mosquée, alors que les transferts d'argent à titre individuel servent à garantir la sécurité alimentaire et l'entretien de la famille de l'émigré.

IJ Si plus de 85,1% des fonds envoyé sont destinés à la famille de l'émigré, les transferts à vocation économique représentent une part résiduelle dans les montants envoyés. Ainsi, seulement 3% sont réservés aux investissements qui sont pour l'essentiel l'achat de taxis brousse, l'immobilier et le commerce. L'essentiel des transferts est consenti à l'alimentation et à l'entretien de la famille de l'émigré.

IJ Malgré les apparences positives, l'émigration n'est pas exempte de conséquences négatives sur la population résidente. Elle est à l'origine de plusieurs dysfonctionnements tant au niveau des familles d'émigrés qu'au niveau de la communauté villageoise. Elle est à l'origine de l'avènement de nouveaux rapports sociaux basés sur la nucléarisation de la société et par l'égocentrisme. Le fooyré se substitue à la concession créant ainsi l'éclatement des familles et l'effritement des liens sociaux. C'est la désintégration totale des liens de solidarité. L'émigration a également contribué fortement à la dégénérescence des autres secteurs de l'économie tels que l'éducation, l'artisanat et l'agriculture et au désamour de la population à la terre.

Les retombées de l'émigration, loin d'éradiquer ses facteurs, tuent toutes autres formes d'activité. Elles entretiennent les migrations. Cependant, l'orientation des flux financiers vers la création d'activité telles que la pisciculture, la mise en place des fermes pouvait impulser un développement endogène. Il faut instaurer des politiques d'appropriation du terroir par les populations.

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L'étude de la problématique de l'émigration à partir de Wodobéré a permis de ressortir plusieurs facteurs dont les principaux sont les effets conjugués des réminiscences historiques et des vicissitudes climatiques sur l'économie locale et l'existence d'une chaîne à maillons multiples qui contribue à la facilitation des migrations.

Les populations, pour répondre à un besoin pressant de liquidité devenue nécessaire, ont supplanté les autres activités économiques, par les ressources tirées de l'émigration.

En effet, l'émigration a asphyxié l'économie locale et a fortement contribué au dépeuplement et à la perte de valeurs qui faisaient naguère la fierté du peuple.

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Les transferts financiers ont supplanté les autres formes de ressources dans la survie de la population. Ils ont considérablement contribué à la mutation de la structuration de la société mais aussi à la reconfiguration des rapports sociaux.

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"Un démenti, si pauvre qu'il soit, rassure les sots et déroute les incrédules"   Talleyrand