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Les populations rurales du Burkina Faso à  l'épreuve du déboisement : l'exemple du département de Toma

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par Jean Paulin KI
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - DEA en sociologie 2009
  

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V.2. De nouvelles formes de contrôle social et stratégies des acteurs

Le changement dont il est question dans cette étude doit être compris comme un « phénomène systémique », pour utiliser les termes de Michel Crozier et Erhard Friedberg, toutefois non plus en référence au contexte bureaucratique mais à l'ensemble de la société. Or toute société présente les propriétés d'un système, c'est-à-dire avec des éléments en relations d'interdépendance, ce qui permet de parler en sociologie de système social. Ce système qui est toujours dynamique connaît des transformations dans le temps et l'espace, changeant ainsi de nature, c'est-à-dire de forme et de caractère. C'est ainsi que dans le Département de Toma les nouvelles formes de contrôle social, les nouvelles règles de gestion de l'environnement mises en place par les services étatiques viennent remplacer les anciennes normes du système traditionnel. Les coupeurs de bois sont non seulement sous la surveillance des propriétaires terriens et des chefs coutumiers mais aussi sous celle des agents du service forestier administratif. En outre, une catégorie de personnes désignée par le service forestier et appelée « les informateurs » est dissimulée dans les populations villageoises, avec pour rôle principal de fournir des informations sur les coupeurs d'arbres. Dans la perspective de notre étude du changement social, la mise en place d'un tel système confirme bien l'analyse de Crozier selon laquelle le changement est « transformation d'un système d'action », en d'autres termes « pour qu'il y ait changement, il faut que tout un système d'action se transforme, c'est-à-dire que les hommes doivent mettre en pratique de nouveaux rapports humains, de nouvelles

formes de contrôle social ».82 Le nouveau système de contrôle et de gestion environnementale implique une multitude d'acteurs, dans la mesure où il tente d'impliquer les responsables coutumiers malgré les contradictions et les conflits.

En effet, les incompréhensions entre les agents forestiers et les populations locales rendent leurs rapports conflictuels. De plus, du côté des populations, on enregistre la crainte ou la peur. Le directeur provincial de l'environnement et du cadre de vie nous confiait ceci dans l'entretien que nous avions eu avec lui : « La tenue militaire, avec l'arme à côté, compromet la sensibilisation ».83 Il va alors de soi que dans un tel climat de relations, les différents acteurs développent des stratégies multiples. C'est ainsi que de leur côté, les coupeurs d'arbres ont plusieurs manières de les abattre et de les transporter pour la vente. Nous ont été citées les méthodes qui consistent à faire un trou dans le tronc de l'arbre pour qu'il crève plus tard ou encore à passer au feu le bois vert afin de laisser croire à l'agent forestier qu'il provient d'un nouveau champ défriché. Une autre stratégie est de camoufler les instruments de coupe du bois dès qu'on entend le bruit de la moto de l'agent forestier et de jouer au passant. Pour les stratégies de transport du bois, la circulation se fait la nuit entre 2 h et 3h du matin ou bien dans la journée à 13 h, heure où l'agent forestier est descendu de travail. Les coupeurs de bois se passent également les permis de coupe. De leur côté aussi, les agents forestiers tentent de surprendre les coupeurs ou transporteurs de bois en flagrant délit. D'où l'institution d'informateurs par village, l'abandon du port de la tenue militaire, le déchirement du permis de coupe pour qu'il ne serve pas pour plusieurs transports de bois.

Ainsi, contrairement à notre hypothèse disant que plus les autorités administratives taxent la coupe de bois, plus les populations développent des stratégies raffinées d'exploitation des ressources ligneuses, il apparaît clairement ici que le raffinement des stratégies est plutôt fonction du degré de coercition du contrôle exercé par les autorités administratives sur les populations. En somme, les rapports entre les agents forestiers et les populations paysannes, surtout les coupeurs d'arbres, sont faites de surveillance mutuelle. Dans cette relation de surveillance apparaît comme dit Crozier « un jeu de pouvoir et d'influence auquel l'individu participe et à travers lequel il affirme son existence malgré les contraintes ».84 Le phénomène du déboisement a contribué aussi au développement des capacités d'adaptation dans l'espace naturel.

82 CROZIER, M., FRIEDBERG, E., op. cit., p. 383.

83 Entretien du 9/08/2010.

84 CROZIER, M., FRIEDBERG, E., op. cit., p. 386.

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