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La quête de l'identité culturelle dans les associations religieuses d'origine congolaise: cas de Bundu Dia Kongo (B. D. K)

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par Thomas Serge KIVOUELE
Université Marien Ngouabi de Brazzaville - Maitrise de sociologie 2007
  

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Université Marien NGOUABI (Brazzaville - Congo)

FACULTE DES LETTRES ET DES SCIENCES HUMAINES

Département de Sociologie

LA QUETE DE L'IDENTITE CULTURELLE DANS LES ASSOCIATIONS RELIGIEUSES D'ORIGINE CONGOLAISE :

CAS DE BUNDU DIA KONGO (B.D.K)

Mémoire de Maîtrise

Option : Sociologie de la Santé et des Représentations

Présenté et soutenu publiquement

Par

KIVOUELE Thomas Serge

Directeur de recherche,

M. BATANTOU MATOKO Casimir, Maître Assistant

Brazzaville, 2007

INTRODUCTION

Depuis une dizaine d'années on assiste à une prolifération des associations religieuses au Congo. Elles sont soit d'origine étrangère soit d'origine congolaise. Elles se créent, se développent ou s'étiolent et disparaissent, tentent de conquérir leur reconnaissance sociale et institutionnelle. Elles mettent en place des mécanismes de recevabilité qui suscitent les adhésions des fidèles.

A la différence des associations religieuses d'origine étrangère, la compréhension du mouvement religieux au Congo est liée aux innovations religieuses tant politiques que sociales qu'a connu le Royaume Kongo. Etendu sur une partie de l'Angola, du Congo Brazzaville et de la République Démocratique du Congo, le royaume subit une pénétration coloniale avec l'explorateur portugais Diego CAO en 1482. De cette pénétration Côme MANCKASA écrit « au XVième siècle, (...) la mémoire orale rapportait que les Kongolais voyant un jour sortir des brumes de la mer une maison qui flottait d'où descendirent des hommes blancs, se mirent à crier "mindélé, mindélé" (les hommes blancs comme la baleine), d'autres prétendirent que c'étaient les ancêtres qui étaient ressuscités »1(*). Ce contact mis l'homme noir dans un conflit de culture avec l'occident qui fît subir une acculturation à l'homme noir, le considérant comme un "barbare", un être "non civilisé". Cette acculturation commença sur le plan religieux, l'homme blanc voulut montrer et faire croire aux « sauvages » que la vraie religion est le christianisme qui enseigne la doctrine de Jésus Christ "Fils unique de Dieu". En retour, ceux-ci devraient abandonner et renier toute croyance autochtone. Devenus déculturés, quelques noirs voulurent remettre en cause cette religion en menant quelques résistances tendant à repousser cette nouvelle religion pour revaloriser les pratiques cultuelles autochtones.

Ces contestations commencèrent au début de l'année 1632 ; à cette période, l'ancien chrétien Bakongo KASSOLA Francisco qui fut converti et baptisé dans l'église catholique décida de rompre définitivement avec cette dernière. Son objectif fut celui de créer une église noire indépendante des blancs où on pourrait retrouver les bribes cultuelles du royaume Kongo. Devenu prophète, il circula de village en village, diffusant sa nouvelle religion, imposant les mains sur les malades tout en leur montrant la place de choix qu'occupaient les ancêtres dans leur culte. Surpris par la riposte du colon portugais, KASSOLA échappa à l'arrestation et ne se manifesta plus jamais. En 1704, une paysanne du nom de MAFUTA fait la déclaration d'avoir parlé avec la vierge MARIE. Devenue prophétesse, elle profite de son image pour détruire les fétiches et exalte la libération du pays sous le joug étranger ainsi que la réunification du royaume Kongo. Quelques mois plus tard, MAFUTA sera supplantée par une jeune aristocrate "KIMPA-VITA" qui se dit avoir reçu la mission divine de restaurer le royaume et de mettre fin aux luttes compétitives des différents souverains de même famille pour l'accession à la tête de ce qui restait du royaume. Baptisée au nom de "Dona Béatrice", KIMPA-VITA réussira à convaincre les habitants du royaume de sa mission divine. Prêchant un nationalisme violent, elle condamnait le christianisme européen en l'assimilant à une d'escroquerie historique. Elle devient très vite le symbole de la résistance et de la lutte émancipatrice au sein du royaume en ruine.2(*)

Plusieurs siècles plus tard, à l'époque de la conquête coloniale sur la répartition territoriale de l'Afrique, le royaume KONGO fut fractionné en trois portions : le nord-ouest de l'Angola, le sud du Congo - Brazzaville et le sud-ouest de la république démocratique du Congo. Ce culte va se perpétuer dans les territoires, ayant pour objectif central la remise en cause de l'idéologie chrétienne à la manière des occidentaux. De toutes ces contestations, les plus marquées furent celles de KIMBANGU et de MATSUA.

KIMBANGU fit une déclaration d'avoir reçu une révélation de la part de Christ qui lui donna la recommandation d'accomplir sa mission en aidant les Noirs à trouver le chemin paradisiaque en ces mots : « Paît mes brebis ». L'ancien catéchiste baptiste commença son mouvement le 6 avril 1921 dans son village natal à Nkamba qui connut un grand succès en prêchant le nationalisme comme nous le constatons dans les quelques vers de leur premier chant : A MAKESA "Makesa ma nungunu luvuateno nuanunu"(les combattants victorieux portez les armes de combat).3(*) Après son arrestation le 30 octobre 1921, son mouvement se rangea dans la clandestinité jusqu'à sa légitimation après la décolonisation administrative et donna naissance à plusieurs mouvements qualifiés de Ngunzisme avec toutes les tendances qu'énumère Abel KOUVOUAMA à savoir l'Eglise du saint Esprit en Afrique tirée des enseignements des prophètes MBUMBA Philippe, MASSAMBA Esaïe et MANGITUKWA LUKOMBO, qui combat le fétichisme, la magie, la sorcellerie et la superstition, l'Eglise Noire Universelle de la Voix Ngunza (E.N.U.V.N.) du prophète Auguste TSULA qui cherche à moderniser la religion Ngunza et, les Bula-mananga qui se proclament des "vrais Ngunza" et revendiquent fortement la "tradition des ancêtres"4(*).

Dans cette perspective, le mouvement politique nommé l'amical des originaires de l'Afrique équatoriale Française (A.E.F.) fondé en 1926 par André Grénard MATSUA pour s'opposer au colonialisme, se "métamorphosa" en mouvement religieux à la suite de la disparition de ce dernier à Mayama que ses militants déifia c'est-à-dire faisant de lui un être surnaturel5(*). Ce mouvement s'identifia aux associations religieuses néo - traditionnelles. Ces associations vont exploser après la décolonisation et surtout après le phénomène des mouvements pentecôtistes ou Eglises dites de réveil. Signalons que le terme "réveil" est récurrent dans l'histoire du Congo. Si bien que l'Armée du Salut, à ses débuts, à cause de ses pratiques exorcistes et anti-fétichistes, étaient considérée comme une "église de réveil". Les Bula-Mananga, les Ngunza aussi. L'Eglise protestante quand elle africanise ses hymnologies, et crée les Kilombo, ces nouveaux chants étaient appelés "chants de réveil", "Nkunga mia nsikumusu".

Toutes ces associations quelles qu'elles soient, sont soit "partisanes du christianisme authentique" c'est-à-dire essaient de se conformer à la culture judéo-chrétienne, soit "partisanes des Eglises néo traditionnelles" celles qui apparaissent comme la continuité de ce que nous venons d'énumérer ci-dessus, celles qui utilisent quelques moeurs du christianisme tout en réservant une place de choix au culte traditionnel (croyance des ancêtres, des forces telluriques et surnaturelles).

Au-delà de toutes ces associations, notons l'existence de Bundu Dia Kongo (Mabundu ma Kongo au pluriel) mouvement qui nous paraît particulier dans la mesure où les textes dits, chantés, récités et toute la liturgie se réfèrent au culte des ancêtres, rejettent en totalité les croyances étrangères en général et occidentales en particulier en cherchant l'identité culturelle originaire des Kongo c'est-à-dire ce dans quoi la culture kongo se distingue des autres cultures et ce dans quoi elle s'identifie à elle-même et se reconnaît en tant que réalité du milieu kongo (voire identité au glossaire ). Ce Bundu Dia Kongo compte actuellement au Congo - Brazzaville vingt cinq (25) sections dont sept (7) sont à Brazzaville et le reste dans la partie sud du pays. Ce constat nous a amené à choisir le Bundu Dia Kongo comme objet de notre étude. A cet effet, ce qui précède nous amène à nous poser la question suivante : Pourquoi le Bundu Dia Kongo recherche t-il l'identité culturelle Kongo ? Autrement dit la recherche de l'identité culturelle par le Bundu Dia Kongo n'envisage t-elle pas d'autres ambitions ?

Le Bundu Dia Kongo à partir de son message, voudrait exercer une influence politico-religieuse dans la société en voulant réunir les Kongo autour d'une même religion pour susciter la soif de retrouver les normes et valeurs culturelles autochtones perdues lors de l'intrusion coloniale, redynamiser les rites et l'unité linguistique des Kongo. Son discours incarne le mythe messianique.

Problématique

Cadre théorique

Nous avons choisi comme cadre théorique les théories de l'imaginaire. Selon le Robert, l'imaginaire social est défini comme « Ensemble des formes et des contenus imagés s'inscrivant dans des expressions et des pratiques sociales ».6(*) Selon Gilbert DURAND « l'imaginaire- c'est-à-dire l'ensemble des images et des relations d'images qui constitue le capital pensé de l'homo sapiens- nous apparaît comme le grand dénominateur fondamental où viennent se ranger toutes les procédures de la pensée humaine »7(*). Ces théories focalisent l'intention sur les rapports entre le trajet anthropologique, c'est-à-dire l'incessant échange qui existe au niveau de l'imaginaire entre les pulsions subjectives et assimilatrices et les intimations objectives qui émanent du milieu cosmique et social. Elles postulent une fois pour toutes qu'il y a genèse réciproque qui oscille du geste pulsionnel à l'environnement matériel et social et vice versa. Dans ces théories, l'image aussi dégradée qu'on puisse la concevoir est en elle-même porteuse d'un sens qui n'a pas à être recherché en dehors de la signification imaginaire. Ici la problématique se pose sur le postulat que toute pensée repose sur des images générales, les archétypes, "schémas ou potentialités fonctionnelles" qui "façonnent inconsciemment la pensée" et que l'imagination est dynamisme organisateur, et ce dynamisme organisateur est facteur d'homogénéité dans la représentation.

L'échantillonnage

Cette étude porte sur les adeptes de Bundu Dia Kongo, nous avons centré notre étude sur une seule section en nous référant à Marcel MAUSS dans sa thèse sur le fait social total qui pense qu'un grain de sable représente bien une plage. La population de cette section retenue dans notre échantillon varie entre vingt sept (27) et quarante cinq (45) adeptes par dimanche, excepté ceux qui regroupent toutes les sections de la zone ou du département. De cette variation, nous avons retenu la moyenne, soit 36 adeptes qui constituent notre échantillon.

Technique d'enquête

Cette étude est entreprise sur la base :

- d'une observation participante ; concrètement nous avons

participé régulièrement aux cultes dominicaux du Bundu Dia Kongo afin de saisir son discours et déceler certains rites qui constituent son socle cultuel ;

- cette observation nous a facilité la tâche dans la confection

d'un guide d'entretien qui nous a aidé dans nos entretiens avec les adeptes de cette association. Ces deux techniques ont été renforcées par la mythocritique et par la mythanalyse sociologique.

La mythocritique, une méthode de critique qui soit synthèse constructive entre les diverses critiques littéraires et artistiques, centre le processus compréhensif sur le récit mythique inhérent à la signification de tout récit. Structures, histoire ou milieu socio-historique, tout comme appareil psychique, sont indissociables et fondent l'ensemble compréhensif ou significatif de l'oeuvre d'art et spécialement du "récit" littéraire. Chaque séquence lue constitue un "mythème" - et son "décor mythique" - et les "mythèmes" en nombre très limité s'articulent selon certains grands mythes qui présentent une certaine constance à une époque et en une culture déterminée, ou tout au moins au cours d'une génération culturelle. La "mythocritique" va donc d'emblée chercher l'être même de l'oeuvre dans la confrontation de l'univers mythique qui forme le "goût" ou la compréhension du lecteur avec l'univers mythique qui émerge de la lecture de telle oeuvre déterminée ». Cette technique consiste :

§ En un relevé des "thèmes", voire des motifs redondants, sinon "obsédants"

§ En un examen des situations et des combinatoires de situation des personnages et des décors.

§ En un repérage des leçons du mythe et les corrélations de telle leçon d'un mythe avec tels autres mythes d'une époque ou d'un espace culturel bien déterminés.

C'est dans ce sens qu'elle met en évidence, chez un auteur, dans l'oeuvre d'une époque et d'un milieu donnés, les mythes directeurs et leurs transformations significatives. Elle permet de montrer comment tel trait de caractère personnel de l'auteur contribue à la transformation de la mythologie en place, ou au contraire accentue tel ou tel mythe directeur en place. Elle tend à extrapoler le texte ou le document étudié, à émarger par-delà l'oeuvre à la situation biographique de l'auteur, mais aussi à rejoindre les préoccupations socio ou historico-culturelles. La mythocritique appelle donc une « mythanalyse », qui définit une méthode d'analyse scientifique des mythes afin d'en tirer non seulement le sens psychologique, mais aussi le sens sociologique.8(*)

Difficultés rencontrées

Au cours de notre investigation, nous avons été confrontés à plusieurs difficultés qui ont failli compromettre la poursuite de cette étude.

- nous avons été perçus par certains responsables comme des

agents envoyés par le ministère de l'intérieur après avoir eu quelques entretiens avec ces derniers. Eu égard à cela, il nous a paru nécessaire de mettre en place une stratégie pour contourner cette difficulté : nous avions intégré le cercle de réflexion des originaires kongo pour masquer cette image et à partir de ce cercle nous avions eu la possibilité de poursuivre notre enquête ;

- la lecture du "livre sacré" du Bundu Dia Kongo n'étant pas

permise à tout le monde sinon qu'aux initiés, nous nous étions contentés de quelques brochures écrites par le chef spirituel du Bundu Dia Kongo que nous avons pu trouver ;

- le culte du Bundu Dia Kongo ne se passant qu'en kikongo du

Bas-Kongo et les adeptes étant encouragés à ne s'exprimer qu'en cette langue, nous avions eu du mal à nous adapter au début de notre enquête ;

- voulant travailler sur la population moyenne de l'association

qui est de trente six (36) individus, nous avions pu entretenir que trente et une (31) personnes, ce qui a finalement constitué notre échantillon.

* 1 MANCKASA (c.) : Le chevalier de soyo, Presse de la G.I.A, Dakar 1996, P5.

* 2 Abel KOUVOUAMA : Messianisme et révolution au Congo, Paris, Université Paris V 1978, P.27.

* 3 Entretien avec les responsables de kimbanguisme

* 4 Abel KOUVOUAMA : Modernité africaine, les figures du politique et du religieux, Paari 2001 PP102-110.

* 5 Martial SINDA : ANDRE MATSOUA : Fondateur du mouvement de libération du Congo, ABC, 1977, P63.

* 6 Le Robert : Dictionnaire de sociologie, Seuil , Paris, 1999, P270.

* 7 DURAND (G) : Les structures anthropologiques de l'imaginaire: Introduction à l'archétypologie générale, Bordas, Paris 1979 P11.

* 8 Gilbert DURAND : Figures mythiques et visages de l'oeuvre, Berg international 1979, PP. 306-313.

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