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L'éloge du matriarcat dans "la mémoire amputée de Werewere-Liking

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par Arnaud TCHEUTOU
Université de DoualaCameroun - Diplôme d'études approfondies 2008
  

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RESUME

La prééminence du personnage féminin traditionaliste et surtout la dénonciation du féminisme qui se déploie en Afrique, justifient ce sujet : L'éloge du matriarcat dans La Mémoire amputée de Werewere-Liking. Deux types de personnages féminins se côtoient dans ce récit qui s'enracine dans la société africaine en général et camerounaise en particulier. Les uns, dont Halla Njokè, héroïne et narratrice intradiégétique, sont confortés dans leur ancrage dans la culture africaine, leur capacité à s'ouvrir aux autres sans démordre avec leur tradition et beaucoup plus, leur dynamisme tous azimuts. Ils assument dignement le pouvoir et la place prépondérants que le système matriarcal leur assigne. Les autres, phagocytés par l'occidentalisme, sont assujettis au patriarcat qui les dépersonnalise et fait d'eux des esclaves.

Werewere-Liking qui se fond dans l'héroïne, le roman étant autobiographique, stigmatise cette phallocratie importée. Elle appelle de tous ses voeux les femmes africaines qui se retrouvent dans cette dernière classe à prendre conscience du statut élogieux que leur confère la cosmogonie nègre et de l'assumer pleinement en se montrant entreprenantes sur tous les plans. Il y va du développement de notre continent. L'écrivain semble dire, trêve de parlotes et de plaintes revendicatives. Il est temps pour la réappropriation des bonnes moeurs et de l'action, comme l'ont fait les femmes des grands royaumes africains d'autrefois.

Ce faisant, la narratrice fustige crûment le féminisme qu'elle qualifie d' « organisation des femmes angoissées »2. Ce mouvement confine la femme africaine dans le discours et s'oppose à plusieurs égards à la vision matriarcale. L'écho ainsi lancé porte à percevoir que le personnage féminin est valorisé dans

2 - Werewere-Liking, La Mémoire amputée, Nouvelles Editions Ivoiriennes, 2004, p. 318. Dans la suite de ce travail, nous citerons le corpus en utilisant cette abréviation M.A. suivie de la page de l'extrait. Exemple : (M.A., 318).

la société du texte et dans la tradition africaine, contrairement à ce que pensent nombre de critiques littéraires féministes.

Le structuralisme génétique permet d'explorer cette réflexion. Il a fallu examiner concomitamment les structures internes du récit entre elles et leur relation avec les structures sociales qui ont fécondé l'inspiration de l'auteur.

MOTS CLES

1- Matriarcat

2- Personnage féminin

3- Tradition africaine

4- Valorisation

5- Antiféminisme

6- Développement

INTRODUCTION GENERALE

Notre travail porte sur l'éloge du matriarcat dans La Mémoire amputée de Werewere-Liking. On serait tenté de se demander pourquoi le matriarcat et non le féminisme ou le personnage féminin. La définition de ce concept apporte une certaine clarification à cette question.

I- DEFINITION DU CONCEPT

Le concept « matriarcat » divise les penseurs quant à la valeur qui lui est consacrée. Pour certains, c'est un système d'organisation sociale qui s'inscrit dans la théorie de l'évolutionnisme. L'Allemand Bachofen, le tout premier théoricien de ce concept, pense que le matriarcat relève de la barbarie, qu'il n'est que la forme d'organisation la plus animalière qui se situe au début de l'évolution du genre humain:

« Bachofen considère que l'humanité a d'abord connu une époque de barbarie et de promiscuité aphroditique telle que la filiation ne pouvait être comptée qu'en lignée utérine, toute filiation paternelle étant incertaine. Le mariage n'existait pas »3.

Un autre évolutionniste, Charles Fourier, s'inscrit dans cette perspective lorsqu'il considère le matriarcat « comme la troisième [des] sept périodes de `'l'enfant du genre humain `', succédant à la `'sauvagerie'' et précédent la `' barbarie'' »4. Mais peu après la publication de son ouvrage intitulé Le Droit de la mère où cette théorie est exposée, Johann Jakob Bachofen reconsidère sa position. Il ne perçoit plus le matriarcat comme étape de l'évolution humaine, mais comme une « société où la dominance aurait été exercée par les femmes et fondée sur la conception du `' droit maternel'', c'est-à-dire sur un statut issu de la maternité »5.

3- Cheikh Anta Diop, L'Unité culturelle de l'Afrique noire, Paris, Présence Africaine, 1959, p. 11.

4- Extrait d'un article intitulé « Le matriarcat » publié sur internet et signé « Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre », In fr.wikipedia.org, le 5 mai 2009, p. 1.

5 - fr.wikipedia.org, Ibid, p. 1.

Cette définition se rapproche d'ores et déjà de celle qui est communément admise et qui fait de ce système « un type de société où les femmes détiennent les mêmes rôles institutionnels que les hommes dans les sociétés patriarcales»6. Une nuance se dégage entre ces deux acceptions. Pendant que la première parle de la dominance de la femme, la seconde relève l'équité des rôles institutionnels entre la femme et l'homme. Une autre idée qui se démarque des précédentes tranche ce débat. Et c'est la position soutenue par celle-ci qui nous semble la plus pertinente et applicable à notre investigation. Elle se formule ainsi :

« Contrairement à ce dont il a été dit concernant le régime matriarcal, il n'est aucunement basé sur la domination de la femme sur l'homme, mais sur une collaboration harmonieuse des deux parties. En effet, la situation de la femme dans la société noire africaine est acceptée et défendue par l'homme »7.

Cette thèse indique que malgré la prégnance du pouvoir féminin en Afrique noire, il n'existe pas de dysharmonie entre les deux genres puisque le genre masculin valide ce statut de la femme et le défend même. En régime matriarcal, le pouvoir de la femme est indéniable aux trois niveaux qui régissent toute organisation humaine à savoir le niveau familial, social et mysticoreligieux. Limitons-nous au niveau social pour apporter ce témoignage sur les Bushongo, un peuple de l'Afrique centrale :

« La situation sociale des femmes bushongo est remarquable. Le premier personnage du royaume est une femme, la mère du roi. Parmi les grands du royaume, les femmes sont représentées par deux personnages ; et dans le conseil des anciens, il y a de nombreuses femmes... On voit même fréquemment les grandes questions politiques être décidées par les femmes ».8

6- fr.wikipedia.org, Ibid, p. 1.

7- Article sans signature, « Le matriarcat », In www.shenoc.com, Le 04 avril 2006.

8 - Théophile Obenga, L'Afrique centrale précoloniale, Paris, Présence Africaine, 1986, pp. 100-101.

En revanche, les sociétés occidentales sont foncièrement misogynes. Et cela remonte à leur cosmogonie. Eu égard à ce reproche d'Hippolyte dans la mythologie grecque9 : « O Zeus, pourquoi as-tu donc infligé aux humains ce frauduleux fléau, les femmes, en l'établissant à la lumière du soleil ? Si tu voulais propager la race des mortels, ce n'est pas aux femmes qu'il fallait en donner le moyen »10. On comprend dès lors pourquoi le féminisme naît en Occident et surtout pourquoi les sociétés occidentales sont phallocratiques. Mais malheureusement, la plupart des critiques qui s'intéressent à la question de la femme dans la littérature négro-africaine trouvent que ce sont les sociétés nègres qui sont patriarcales.

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