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Politique de l'enseignement universitaire en République Démocratique du Congo (1947-1993)

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par Aurélie Maketa
Université de Kinshasa - Licence 2011
  

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CHAPITRE I : Les débuts de l'enseignement universitaire
au Congo

La question de la pertinence et de l'importance de la création d'un enseignement universitaire au Congo s'est posée de nombreuses années avant l'ouverture de la première université en 1954. Durant la deuxième guerre mondiale de 1940-1945 déjà, cette question se posait avec insistance pour les fils de colons qui ne pouvaient pas partir continuer leurs études dans la métropole : la communication entre la colonie et la métropole avait été interrompue pour cause de guerre. Afin de palier à cette carence, une ébauche d'université fut créée à Lubumbashi en octobre 1944.

Pour ce premier essai, trois facultés furent créées : une faculté de philosophie et lettres, une faculté des sciences naturelles et médicales, ainsi qu'une faculté de physique et de mathématique1. Au total treize étudiants y furent inscrits : quatre en philosophie et lettres, trois en sciences naturelles et médicales et six en physique et mathématique. Cette expérience fut éphémère puisqu'en juillet 1946 déjà, soit un an après la fin de la guerre, elle prit fin et que les étudiants furent envoyés en Belgique pour continuer leurs études.

Il est intéressant de noter que cette courte expérience n'a concerné que l'enseignement universitaire pour les jeunes européens, car, pour les autochtones du Congo Belge, la question de l'enseignement se posait différemment dans la métropole belge. La politique scolaire coloniale belge était à tendance paternaliste. Elle ne cherchait pas à favoriser l'émergence d'une élite noire au Congo. L'effort du Ministère des colonies en matière d'enseignement se concentrait essentiellement sur l'enseignement de base avec l'alphabétisation de la population, l'apprentissage des notions de base et celle d'un métier. On résume souvent ce système par une formule extrêmement simple : « pas d'élites, pas d'ennuis ». Et il suffit de retourner en arrière pour se rendre compte de la pertinence de cette assertion. En effet jusqu'à la réforme de 1948, il n'existait pas d'études secondaires générales pour indigènes au Congo belge alors que la première colonie scolaire fut créée en 1890 à Boma soit 58 ans plus tôt.

1 DE SAINT MOULIN, L., « L'université au Congo, hier, aujourd'hui et demain » dans L'Université dans le devenir de l'Afrique : Un demi-siècle de présence au Congo-Zaïre sous la direction de Isidore NDAYWEL E NZIEM, Paris, l'Harmattan, 2007, p. 29.

I. Le système scolaire au Congo Belge

Un des éléments, qui ressort de la colonisation, est qu'une poignée d'hommes expatriés a réussi à dominer une population nombreuse sur son propre sol. S'il existe quelques éléments qui pourraient expliquer cet état de chose2, on peut classer le « prestige du colonisateur blanc » parmi les causes les plus probantes. Au Congo belge, surtout, les colons entourèrent tout ce qui touchait à la métropole ou aux Européens d'une sorte d'aura mystificatrice, d'un cocon qui les protégeaient et les faisaient paraître dans l'imaginaire populaire congolais comme des surhommes. Pour préserver cette image, ils se devaient en toutes choses d'éviter tout comportement qui pouvait les rendre ridicules ou mettre en question ce prestige. Tout excès de familiarité avec les indigènes était proscrit. Même l'immigration d'Européens vers la colonie était soumise à des règles très strictes. En effet, seuls des personnes pouvant justifier des moyens d'existence honnêtes et suffisants pouvaient faire le voyage3. C'est cet idéal qui a prévalu dans le système colonial de l'époque où tout était agencé pour que le colonisateur blanc soit toujours considéré comme supérieur. Pour ne citer qu'un exemple, dans la Force publique, le grade le plus élevé pour un noir était sergent major, celui-ci était directement inférieur au grade d'adjoint militaire qui était le plus bas grade pour un soldat européen4.

Cette hiérarchisation de la société à tendance paternaliste a dicté l'évolution de la politique de l'enseignement au Congo belge et l'a emmené à se centrer principalement sur l'enseignement de base et sur l'enseignement pratique. Après des études primaires organisées grâce à l'Eglise catholique surtout, les élèves continuaient avec le secondaire spécialisé et étaient finalement orientés vers des instituts de formation. Après des débuts difficiles, cet enseignement pour enfants noirs est allé en s'améliorant. De nombreux changements tant sur le plan national que mondial ont fait sentir le besoin d'une meilleure prise en charge de la population sur le plan de l'éducation. C'est cette évolution qui explique la création d'universités pour Noirs au Congo belge.

2 La supériorité technologique de la civilisation européenne occidentale - surtout en matière d'armement - notamment lui a permis t de dominer les autres civilisations pas seulement africaines mais aussi asiatiques, américaines et même océaniennes.

3 MUTAMBA, J-M., Du Congo Belge au Congo indépendant 1940-1960 : Emergence des « évolués » et genèse du nationalisme, Kinshasa, I.F.E.P, 1998, p. 137.

4 Cours d'Histoire des institutions du Congo par le professeur SIKITELE GIZE A SUMBULA Charles.

A. Pas d'élites pas d'ennuis

L'un des prétextes de la colonisation, celui qui d'ailleurs était le plus mis en avant au début de la conquête des territoires par tous ceux qui sont venus en Afrique au XIXème siècle, était l'apport du « flambeau de la civilisation aux populations africaines ». Par « civilisation », les Européens entendaient le mode de vie, la culture occidentale qu'il fallait transférer aux Africains. Cela ne pouvait se faire - et ne s'est fait d'ailleurs - que par l'entremise de l'évangélisation et de la scolarisation des Congolais.

Au Congo Belge, la tâche d'évangéliser et de donner une instruction aux autochtones a été menée à bien par l'Eglise catholique5 qui avait reçu cette prérogative du gouvernement de la colonie grâce au concordat du 26 mai 1906 entre l'Etat indépendant du Congo et le Saint Siège d'abord et à la convention de 19266 ensuite. L'Etat colonial s'est appuyé ainsi sur l'église pour deux raisons principales :

- D'abord parce que les missions étaient installées effectivement sur le terrain depuis un certains temps déjà et avaient des assises dans les régions. qu'ils se contentèrent de consolider ;

- Ensuite donner aux Congolais une éducation chrétienne présentait un certain avantage pour les colons. Le ministre libéral des colonies Franck dit à ce sujet : « Seule la religion chrétienne catholique, basée sur l'autorité, peut être capable de changer la mentalité indigène, de donner à nos Noirs une conscience nette et intime de leurs devoirs, de leur inspirer le respect de l'autorité et l'esprit de loyalisme à l'égard de la Belgique. » 7. Ce monopole était tellement grand que les divisions territoriales catholiques, à savoir : les vicariats et les préfectures apostoliques déterminaient aussi les divisions territoriales de l'enseignement.

L'implantation des écoles dans la colonie belge s'était heurtée à ses débuts à de
nombreuses difficultés tant matérielles que culturelles8. Malgré cela et grâce surtout

5 Une préférence était accordée aux congrégations belges.

6 EKWA, M., L'école trahie, Kinshasa, éditions Cadicec, 2004, p. 143-144 : l'E.I.C avait signé un accord avec le saint siège où en échanges de terrains les missions catholiques s'engageaient à s'occuper de l'enseignement de la population, et en 1925-1926 le gouvernement conclut une convention avec les missions chrétiennes qui s'occupaient de l'enseignement en échange de subside de l'Etat.

7 LACROIX, B., Pouvoirs et structures de l'Université Lovanium, Bruxelles, cahiers du CEDAF n° 2-3, 1972, p. 10.

8 EKWA, M., Op. Cit., pp.25-29 : Les premiers colonisateurs ont eu à vaincre la méfiance des populations à l'égard de cette école venue d'Occident. Certains la voyaient comme une nouvelle forme d'esclavage. Il y avait aussi d'autres difficultés telles que, l'absence d'infrastructures de transport qui rendait difficile la création de succursales organisées, le manque de personnel enseignant, la barrière de la langue due à la diversité ethnique qui posait la question de la langue de l'enseignement et aussi celle de la langue des manuels scolaires.

aux subsides que le pouvoir colonial leur versait, les missions catholiques purent étendre leurs actions9. Cette coopération entre les missions catholiques et l'administration fit qu'en matière d'accès des autochtones à l'enseignement de base, le Congo belge prit une avance considérable sur les colonies voisines et il est communément admis que, de la fin des années 40 jusqu'au début des années 50, une grande majorité des enfants congolais était scolarisée10. Mais même si ce que nous avons dit plus haut est vrai, avant la réforme de l'enseignement de 1948, cette scolarisation se concentrait essentiellement sur l'enseignement de base, à savoir : le niveau primaire et ensuite sur l'apprentissage d'un métier.

La situation se présentait de la même manière pour tous les enfants congolais scolarisés. En effet, après avoir fini le cycle primaire, l'élève pouvait continuer son cursus en faisant un niveau post-primaire. Il pouvait ainsi commencer l'apprentissage du métier de son choix. Avant la réforme de 1948, la formation de l'élite noire était quasi inexistante. Les Noirs les plus instruits étaient ceux qui avaient fréquenté des séminaires. Pour les autres, les études supérieures existaient, c'est vrai, mais faute de cycle secondaire général, elles avaient le statut d'école professionnelle.

On pourrait tenter une ébauche d'analyse en se basant sur l'aspect de l'enseignement durant cette période. Il ressort clairement que les colonisateurs évitaient, autant que possible, de pousser trop loin l'enseignement des autochtones. Cela principalement pour deux raisons que nous allons effleurer ici mais sur lesquelles nous nous étendrons plus loin :

- La première raison est que pour certains Européens, les Africains avaient une intelligence infantile ; pour leur bien, ils préconisaient de ne pas les pousser trop en avant dans des enseignements trop compliqués qui risquaient de n'avoir aucun sens et aucune utilité pour eux ;

- La deuxième raison est que les coloniaux avaient peur qu'un excès de connaissance soit susceptible de pousser les Congolais à causer des ennuis dans la colonie car

9 MUTAMBA, J-M., Op. Cit., pp. 143-144 : Les écoles officielles congréganistes étaient administrées par des congrégations religieuses et recevaient leurs fonds des pouvoirs publics ; les écoles libres subsidiées aussi percevaient des subventions de l'Etat qui les contrôlaient. Seules les écoles libres non subsidiées (séminaires, établissements créés par des sociétés privées) qui ne recevaient pas d'aides n'étaient soumises à aucun contrôle.

10 Mgr GILLON, L., Servir en actes et en vérité, Kinshasa, C.R.P, 1995, p. 69 : En 1946 (...) 1.150.000 enfants alphabétisés, ce qui représentait 42% de la population scolarisable, alors qu'à la même époque, la scolarisation n'atteignait que 7% au Nigéria, 5% en Afrique équatoriale française, 12% en Gold Coast (Ghana) et 17% au Kenya ; MUTAMBA J-M., Op. Cit., p.145 : le taux de scolarisation plaça (la colonie belge) en tête de peloton des pays alors colonisés. En 1955 50% des enfants entre 6 et 12 ans étaient scolarisés.

Il faut noter que sur la valeur de cette formation, les avis divergent. Le professeur Delacroix [Op. cit., p. 9], explique que lors du recensement de 1956 on constata un écart important entre le nombre de scolarisés et celui d'enfants sachant lire et écrire ; Le professeur Mutamba [Op. cit., p. 145], constate quant à lui, que ce pourcentage élevé d'élève s'estompait avec le temps, en effet sur six élèves, un seul obtenait sons certificat.

pour certains « la vanité [était un] des défauts dominants du caractère du Noir. [Et que] dès qu'il [avait] un vernis de civilisation, il se [croyait] volontiers l'égal de l'européen... » 11. Leur donner une formation plus avancée aurait irrémédiablement conduit à une poussée de revendications. C'est pour cette raison qu'ils ne voulaient pas former ceux qui risqueraient plus tard de les chasser.

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"Il y a des temps ou l'on doit dispenser son mépris qu'avec économie à cause du grand nombre de nécessiteux"   Chateaubriand