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L'impact de l'état du lieu théàątral sur la pratique et la consommation du théàątre au Cameroun: le cas de Yaoundé


par Cyril Juvenil ASSOMO
Université de Yaoundé 1  - Master 2014
  

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INTRODUCTION GENERALE

I. Présentation et justification du sujet

L'acte théâtral est une rencontre créatrice entre deux groupes d'individus qui donnent naissance au produit final qu'est « le spectacle ». Toutefois, cette rencontre créatrice requiert toujours un espace, un lieu pour pouvoir se matérialiser. Le lieu théâtral, puisqu'il s'agit de lui, qu'il soit clos ou en plein air, un cadre architectural, ou tout simplement un espace banalisé, revêt une importance capitale pour l'activité théâtrale. Peter Brook confirme d'ailleurs cette acception lorsqu'il fait furtivement allusion aux trois constantes indispensables à l'existence de cet art : « I can take any empty stage and call it a bare stage. A man will walk across this empty space whilst someone else is watching him, and this is all that is needed for an act of theater »1(*). Il apparaît donc clairement qu'un spectacle pour être créé, nécessite au moins un espace, un acteur et un spectateur. Et même si « notre homme de théâtre anglais » ne fait pas directement référence à l'espace physique qu'est la salle, cette dernière y a implicitement et logiquement place dans ses propos.

Aussi, les trois éléments sus-cités ont connu depuis le 18ème siècle de nombreux écrits théoriques2(*). Mais il n'en demeure pas moins vrai que le lieu théâtral n'a pas toujours retenu la même attention que les deux autres. La plupart des critiques et praticiens le considérant souvent comme un fait acquis. La conséquence est qu'il a bien souvent été relégué en arrière-plan des préoccupations théâtrales sur le plan théorique et pratique. La présente étude permet ainsi comme pourrait le corroborer Iain Mackintosh, de mettre en lumière l'importance capitale qu'a le lieu théâtral pour la bonne marche de l'art de la représentation : « The central thesis of this book is that theatre architecture is one of the most vital ingredients of the theatre experience, and one of the least understood»3(*). Il s'avère donc important de prendre en considération, les rôles tant artistiques, économiques que sociaux que doit pleinement remplir un édifice théâtral digne de ce nom au sein d'une société.

Par ailleurs, sur un plan purement géographique, si l'importance du lieu théâtral est reconnue, et les salles de théâtre largement viabilisées dans les pays où l'art dramatique occupe une place de choix dans la société des loisirs, il n'en est pas de même en ce qui concerne le Cameroun. En effet, la difficile conjoncture économique qui secoue le pays depuis de nombreuses décennies aujourd'hui, ajouté à cela le manque de culture artistique, et la faiblesse de la volonté étatique à développer le secteur de l'art, ont créé un environnement infrastructurel totalement morose dans ledit secteur. Les raisons sont peut-être à trouver chez Jack Lang qui pense que :  

 Les gouvernements de ces pays (pays en voie de développement) ont des tâches plus urgentes à accomplir que de faire progresser le théâtre. Une fois édifié et mis en place un théâtre dans la capitale, très souvent pâle imitateur du théâtre de l'ex-colonisateur, le gouvernement d'un pays pauvre abandonne l'activité théâtrale aux commerçants et aux affairistes.4(*) 

Il va donc sans dire que l'activité théâtrale est quasiment abandonnée à son triste sort. Et parmi les problèmes criards qui en sont les corollaires, celui des infrastructures (les salles) figure en bonne place. Cet état des choses est conforté par le fait que le pays ne dispose pas d'une politique culturelle identifiable et efficace. Une ligne d'action qui permettrait d'avoir une vision claire, mesurable, et surtout propice au rayonnement de la culture camerounaise en général, et du théâtre en particulier. C'est dans ces balbutiements, dans ce désert infrastructurel que Jacques Raymond Fofié après une rétrospective historique du théâtre camerounais, constate que le problème des salles de théâtre au Cameroun ne date point d'aujourd'hui : « Pour le cas du Cameroun, une troupe a été créée, mais un théâtre (édifice) n'a pas été construit »5(*). La troupe à laquelle Fofié fait allusion ici n'est autre que le Théâtre national du Cameroun, créée en 1976.

C'est donc dans cette double logique, celle de l'importance du lieu théâtral d'une part, et de la contradiction de cette vertu au Cameroun s'illustrant par l'absence de salles d'autre part, que s'inscrit le présent sujet : L'impact de l'état du lieu théâtral sur la pratique et la consommation du théâtre au Cameroun : le cas de Yaoundé. Il est question ici d'une étude critique afin de comprendre le rôle que jouent l'absence et l'état des édifices théâtraux dans la crise que traverse actuellement le théâtre au Cameroun. S'il s'avérait ainsi vrai que le problème du lieu théâtral affecte le théâtre camerounais, quelle serait l'ampleur de l'infection ? Il s'agit donc autrement dit, de comprendre l'impact de l'absence de lieux théâtraux conventionnels6(*) sur la pratique et le développement du théâtre au Cameroun. Ce travail se veut une enquête dans les milieux théâtraux de la ville de Yaoundé, principale plaque tournante du théâtre au Cameroun. Mais loin d'être une simple constatation de faits affligeants, la présente étude essaie autant que faire se peut de contribuer modestement à la redynamisation du théâtre, et à la résolution du problème d'édifices théâtraux au Cameroun et ailleurs, ceci en y apportant une petite « lueur d'espoir » puisée dans plusieurs théories interdisciplinaires.

Par ailleurs, en ce qui concerne les motivations ayant conduit au choix de ce sujet, sur un plan purement personnel, il a été motivé par notre volonté d'effectuer des recherches sur le théâtre camerounais. Aussi, l'intérêt pour le lieu théâtral est d'abord né du constat de la désertion du grand public dans les rares salles abritant les spectacles théâtraux dans la ville de Yaoundé. Par la suite, des quelques recherches bibliothécaires effectuées par nous au sein de l'université à laquelle nous sommes inscrits, il en ressortait clairement qu'il n'existe pas assez de travaux consacrés entièrement au lieu théâtral camerounais7(*) ; toutefois, la plupart des recherches portant sur le théâtre au Cameroun ne manquaient jamais de souligner ce problème de lieu théâtral comme étant l'un des facteurs limitant l'émergence du théâtre national. Cette phase-découverte s'est donc révélée à nos yeux comme une opportunité d'approfondir un temps soit peu la recherche dans ce domaine ô combien important. Cette recherche sur le lieu théâtral nous apparaissait d'autant plus nécessaire parce qu'ayant été personnellement confronté à la difficulté de trouver un lieu d'exhibition pour des spectacles tant académiques que professionnels dans lesquels nous étions impliqués.

Toujours dans le cadre des motivations, nous avons découvert il y a quelques années de cela, une branche du marketing dénommée marketing culturel8(*). La lecture de quelques mémoires et articles relevant de cette discipline a terminé de nous conforter dans notre choix. En effet, les tenants du marketing culturel9(*) soutiennent une applicabilité de certaines techniques du marketing traditionnel au produit culturel afin d'en faciliter sa commercialisation. Sous le prisme de cette discipline, le théâtre devient ainsi un produit commercial bien qu'ayant quelques traits caractéristiques qui le diffèrent des produits de grande consommation. Or, si trouver des voies pour faciliter la diffusion et la vente efficientes du produit théâtral est le principal dessein du marketing culturel appliqué au théâtre, peut-on concevoir et aménager un produit destiné à la vente, sans en faire autant pour le lieu qui l'expose, c'est-à-dire le point de vente ? Peut-on donc dans le cas qui nous concerne, faire le marketing d'un spectacle théâtral alors que la salle qui accueillera ledit spectacle ne jouit pas par exemple d'une image, d'une attraction assez forte au niveau du subconscient du public qui constitue sa clientèle potentielle ? Assurément non. Aussi pensons-nous que le lieu théâtral possède une capacité intrinsèque et autonome à attirer le public10(*), pour que celui-ci vienne consommer le spectacle qui s'y donne à l'intérieur. Cette qualité mériterait juste d'être nourrie au moyen de diverses actions. C'est la recherche de ces diverses stratégies marketing applicables à un lieu théâtral en contexte africain qui nous a conduits également à choisir le présent sujet dont la seconde phase11(*) pourra être orientée intégralement vers cette discipline et cet objectif.

* 1 Peter BROOK, The empty space, New-York, touchstone, 1996, p.7.

* 2 Nous pourrons citer Diderot qui écrit son paradoxe sur le comédien au 18ème siècle. Mais pour le reste, le théâtre rentre véritablement dans son ère moderne à partir de la seconde moitié du 19ème siècle. Iain Mackintosh par exemple signale que 1875 et 1876 sont des dates charnières dans l'évolution de l'architecture théâtrale, avec les ouvertures respectives de l'opéra Garnier à Paris et du Festspielhaus à Bayreuth. Ceci n'est que le prélude d'un siècle prochain (20ème) particulièrement riche en écrits théoriques tant sur l'acteur que sur le spectateur.

* 3 Iain MACKINTOSH, Architecture, actor and audience. Routledge, 1993, p.2.

* 4 Jack LANG, L'Etat et le théâtre. Cité par Jacques Raymond FOFIE in Regards historiques et critiques sur le théâtre camerounais, Paris, L'Harmattan, 2011, p.53.

* 5 Jacques Raymond FOFIE, Ibid.

* 6 Nous entendons par lieu théâtral conventionnel ici, un édifice architecturalement et techniquement propice à la pratique du théâtre, et surtout à sa rentabilité sur le plan économique.

* 7 Il est néanmoins possible de citer la thèse de Gilbert DOHO intitulée : L'espace dans le théâtre négro-africain : les rites cérémoniels du Cameroun, thèse de doctorat 3ème cycle, université Lumière de Lyon, 1983.

* 8 Branche du marketing qui essaie d'adapter et d'appliquer certaines théories du marketing au domaine culturel, tout en tenant compte des spécificités de ces produits d'un autre type.

* 9 Il est possible de citer entre autres François COLBERT et Yves EVRARD.

* 10 Il est d'ailleurs indéniable que le beau pour ne citer que cet aspect lié à l'architecture théâtrale, fait toujours plaisir, en émouvant les sens. Combien de personnes ne s'arrêtent-elles pas devant un joyau architectural pour l'admirer, et y émettre ne serait-ce qu'un vague désir de le visiter ?

* 11 Dans un futur sujet de recherche.

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