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Associations paysannes et développement durable: entre discours et réalités. Etude de cas: projet de l'ONG Propetén en partenariat avec 3 associations maya Q'eqchi' du nord du Guatemala.

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par Sandra Benotti
Université Aix Marseille  - Anthropologie et Métiers du Développement durable 2013
  

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1-2-2 Les 3 associations communautaires

Dans trois communautés, La Compuerta (appartenant à la commune municipale de Poptún), San Lucas Aguacate et Poité centro (appartenant à la commune municipale de San Luis), ProPetén travaille avec des associations locales d'agriculteurs. Celles-ci sont composées de 26 membres dans la communauté de San Lucas Aguacate, de 36 à la Compuerta, et de 40 membres à Poité Centro. Les membres de ces associations sont de tous âges, principalement des hommes (ce qui oriente les principaux objectifs vers des intérêts masculins, comme l'agriculture dans la culture locale). Ces associations sont présidées par un conseil d'administration de 7 associés et un président. Les objectifs des associations sont la représentation des intérêts des producteurs, la promotion de culture Maya Q'eqchi', la communication avec les institutions extérieures, la gestion des ressources naturelles ainsi que la gestion du développement local.

Les associations se sont formées dans les années 1970 après l'installation des villageois migrants qui ont fondé ces communautés. Elles étaient d'abord informelles, puis elles se sont jointes à la fédération COACAP (Coordination des associations de paysans dans le sud du Petén et appui au renforcement organisationnel et à la commercialisation de leurs produits) qui les a soutenues dans le processus de reconnaissance légale de leur statut au niveau municipal. En effet, cette fédération d'associations les a aidées à former les premiers conseils d'administration (junta directiva) en 1999. Elle a ensuite réajusté leur statut légal en 2012 au début du projet de production de cacao avec ProPetén. COACAP a aussi formé les premiers leaders à des techniques de gestion de projet au début des années 2000. Depuis, tous les quatre ans, des élections internes permettent le renouvellement des leaders des conseils d'administration.

En plus de cette fédération, les trois associations travaillent en collaboration ponctuelle ou de longue durée avec quelques autres institutions régionales d'appui aux organisations communautaires spécialisées dans la gestion de projet. Cependant, depuis quelques années, ces institutions se sont majoritairement dirigées vers des communautés novices dans le domaine organisationnel, déduisant que les trois associations soutenues par le COACAP

8 Voir Annexe 1 : Organigramme de ProPetén 2012

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Benotti. Mémoire de recherche appliquée ETHT7: Associations Paysannes et Développement Durable: entre discours et réalités. (2013)

étaient assez formées après quelques années d'expérience. C'est l'un des problèmes rencontrés aujourd'hui par ces associations, car après plusieurs élections et changements des leaders au sein conseils administratifs, seuls les leaders du premier mandat de 2000 ont effectivement été formés par les institutions d'appui.

Ces associations d'agriculteurs ont néanmoins acquis depuis quelques années une expérience significative de collaboration et de dialogue, avec différents acteurs institutionnels publics et privés. Ces derniers proposent souvent le même type de projets : productifs et culturels. Les associations locales sont conscientes des modes de fonctionnement des institutions de développement, ainsi que des discours sur la participation employés de manière récurrente. Nous approfondirons ces derniers points dans les deux autres parties du mémoire.

Les trois associations se connaissent du fait de leur proximité géographique et de leur parcours auprès de COACAP. Par ailleurs, les leaders des conseils administratifs participent souvent avec d'autres associations et organisations paysannes de la région à des réunions dans les municipalités de San Luis et de Poptún, auxquelles les communautés sont rattachées. Certains leaders associatifs sont aussi des leaders communautaires traditionnels et organisent régulièrement des cérémonies mayas entre les communautés, ce qui renforce leurs liens.

Par rapport au projet cacao, j'ai pu observer une certaine ambiguïté dans les rapports entre les trois associations. En effet, elles peuvent à certains moments se montrer solidaires face à un problème concernant le rapport à un acteur extérieur (ici l'ONG ProPetén), mais dans d'autres situations devenir concurrentes. Ce phénomène est qualifié pour la première fois de «coopétition » par Ray Noorda(1992)9. Ce néologisme qui est né de la combinaison des mots compétition et coopération, est surtout connu pour les analyses de commerce international. Nous pouvons néanmoins très bien l'appliquer à la situation des associations communautaires de notre étude. Nous approfondirons cette réflexion dans les deuxième et troisième partie de ce mémoire.

1-2-3 Les relations entre l'ONG et les associations au travers du projet de cacao En 2007, ProPetén a lancé un programme de diversification des cultures dans les communautés rurales défavorisées des zones voisines des forêts comme solution à la déforestation. En effet, la situation économique pousse beaucoup de familles à chercher des terres de culture dans l'aire protégée de la région.

9 In LE ROY F. et YAMI S., 2007, « Les stratégies de coopétition », Revue française de gestion, n° 176, Lavoisier : p. 83-86.

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Benotti. Mémoire de recherche appliquée ETHT7: Associations Paysannes et Développement Durable: entre discours et réalités. (2013)

La zone du programme a été définie suite à un diagnostic socio-économique général du sud de la région10. La mise en relation avec les communautés a été faite par le biais de la COACAP. Des réunions participatives ont permis d'évaluer l'intérêt des associations pour ce projet productif. ProPetén a alors proposé la culture de cacao biologique : ce projet leur est apparu comme étant le plus viable aux niveaux économique, social et environnemental, en vue d'une commercialisation de la récolte à l'international sous forme de commerce équitable (à partir de l'année 2015). Ce projet est pour le moment financé par un bailleur de fond des Etats-Unis qui en assurera les financements jusqu'à fin 2013, à mi-chemin du projet. L'ONG ProPetén est actuellement en recherche de financement pour finaliser son objectif, qui consiste en l'organisation sous forme de coopérative des associations locales et la commercialisation des récoltes à l'international.

En 2009, le projet a d'abord été expérimenté dans la communauté de la Compuerta, avec 16 familles, puis il a été étendu aux deux autres communautés. Aujourd'hui, un total de 102 familles bénéficient du projet, cultivant chacune 2 hectares de cacao. La plupart des familles se sont motivées en voyant l'expérience de deux personnes des communautés qui ont planté 1 hectare de cacao chacune pour leur propre culture, avant ce projet. Ces deux initiatives locales ont soulevé un intérêt dans plusieurs communautés, qui ont sollicité la fédération COACAP pour la recherche de fonds afin de réaliser des projets de même type.

Les rapports entre ProPetén et les associations paysannes locales ont donc été facilités par l'organisation fédératrice COACAP qui est le médiateur le plus important dans ce projet. La confiance entre COACAP et les associations s'est installée grâce au temps passé à travailler ensemble et grâce au fait que la moitié du personnel et le directeur de COACAP sont d'origine Q'eqchi' et parle cette langue, ce qui facilite le dialogue.

Avec ProPetén, une relation privilégiée s'était établie par l'intermédiaire de l'ancienne directrice de l'ONG qui était très proche des populations et connues des associations locales. Elle était venue dans les villages à plusieurs reprises et les habitants lui accordaient beaucoup de confiance. Cependant, depuis février 2012, elle a quitté l'ONG et laissé sa place à la nouvelle directrice.

Depuis le début du projet de production de cacao, des réunions avec ces trois principaux acteurs sont organisées tous les trois mois pour le suivi et l'échange d'informations. Chaque fois, ce sont l'agronome et le coordinateur de projet de ProPetén qui y assistent.

10 PROPETEN, 2011, Diagnostico Territorial Tomo 1. Petén Proceso de actualización del Plan de desarrollo Integral. Secretaría de Planificación y Programación de la Presidencia, Guatemala: 219 p.

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Benotti. Mémoire de recherche appliquée ETHT7: Associations Paysannes et Développement Durable: entre discours et réalités. (2013)

Pourtant, lorsqu'il y a eu des problèmes ou des doutes, les populations se sont directement adressées à COACAP plutôt qu'à ProPetén, ce qui nous fait penser que le niveau de confiance est différent entre ces acteurs.

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