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Droit international et changement climatique. Impact des marchés-carbone sur la protection de l'environnement.

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par Cédric Jean-Jacques TWANA SHERIYA
Université de Kinshasa - Licence 2011
  

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i

REMERCIIEMENTS

Nos remerciements les plus chaleureux vont à notre directeur de mémoire,

Monsieur TSHIBANGU KALALA, professeur à la Faculté de Droit de l'Université de

Kinshasa, qui, en dépit de ses multiples occupations, a bien voulu nous accorder de son temps.

Nous souhaitons également remercier Monsieur KADIMA MUKADI notre encadreur,

nos parents Monsieur TWANA PELENGAMO, Madame BODHA DZ'VA et Pierrot

BURA, Monsieur Amos PALUKU de METELSAT, LUABEYA Pacifique de l'UNIKIN pour

l'intérêt qu'ils ont bien voulu montrer pour nos recherches et l'aide qu'ils ont apportée à sa

rédaction.

ii

SIIGLES ET ABREVIIATIIONS

§ CCNUCC : Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques

§ CCX : Chicago Climate Exchange (Bourse de Chicago qui regroupe des entreprises

ayant décidé de réduire volontairement leurs émissions de gaz à effet de serre)

§ MDP : Mécanisme de Développement Propre

§ REC : Réductions d'Emissions Certifiées

§ CO2 : Dioxyde de carbone

§ COP : Conférence des Parties à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements

climatiques

§ COP/MOP : Conférence des Parties à la Convention cadre des Nations Unies sur les

changements climatiques, Parties au protocole de Kyoto

§ SQECE : Système communautaire d'échange de quotas d'émissions

§ EUA : European Union Allowances (quotas carbone dans le SQECE)

§ GES : Gaz à effet de serre

§ GIEC : Groupement d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat

§ MOC: Mise en oeuvre conjointe

§ JVETS: Japan's Voluntary Emission Trading Scheme ( Marché-Carbone Japonais)

§ PED : Pays en voie de développement

§ PNAQ : Plan national d'allocation des quotas

§ PNUE : Programme des Nations Unies pour l'environnement

§ UNFCC : Secrétariat de la CCNUCC

§ UQA : Unités de quantités attribuées

§ URCE : Unités de réductions certifiées d'émissions

§ URE : Unités de réduction des émissions

§ WRCAI: Western Regional Climate Action Initiative (Marché-carbone des Etats de

l'Ouest des Etats-Unies

1

II.. IINTRODUCTIION

« Maîtriser la nature » ou « dompter la nature ». Des expressions qui, mises au

service de la croissance économique, se sont révélées comme des conditions essentielles de

l'essor des sociétés humaines1. En effet, par les progrès scientifiques et leurs applications

technologiques, l'homme moderne a eu le pouvoir de transformer son environnement et cela,

à une échelle considérable.

Cependant, cette transformation ne cesse, depuis quelques années, de susciter

des questions tant les atteintes à l'environnement - dues à cette volonté de maîtrise de la nature

- sont nombreuses. Les menaces pesant sur « l'espace où vivent les êtres humains et

dont dépendent la qualité de leur vie et leur santé, y compris pour les générations à venir »2

sont omniprésentes. Parmi ces menaces il en est une qui est sans doute plus importante que les

autres, touchant tous les écosystèmes et tous les pays, susceptible de redessiner la surface de

la planète, conditionnant jusqu'à l'existence même de la vie humaine. Il s'agit de la menace

posée par le réchauffement climatique, menace qui semble aujourd'hui constituer « le plus

grand défi à long terme auquel notre monde est confronté »3.

Le climat est la moyenne du temps qu'il fait en un lieu donné, sur une période

donnée, déterminé à l'aide des paramètres météorologiques4. Il existe une variété de climat

sur la Terre. Le climat se définit par l'interaction de plusieurs paramètres tels que le vent, les

températures, les précipitations ou encore les courants marins. La Terre est une planète vivante

qui a connu de nombreuses évolutions de sorte que le climat n'est pas une donnée invariable.

L'étude des climats du passé nous révèle que le climat est animé par des cycles qui le

font passer de périodes chaudes à des intervalles glaciaires. Alors que l'Europe a connu depuis

le milieu du XIVe siècle un « petit âge glaciaire », à partir du milieu du XIXe siècle le

climat s'est progressivement réchauffé. Le phénomène du changement climatique est donc en

soi tout à fait naturel puisque influencé par une multitude de paramètres eux-mêmes naturels5.

1 KANTO (M.), Droit de l'environnement en Afrique, 1ère éd, Paris, EDICEF, 1996, p. 15

2 CIJ, Avis consultatif du 8 juillet 1998 sur la licéité de la menace ou de l'emploi d'armes nucléaires, Rec. 1996, p.

241-242

3 KEMPF (H.), «L'accord de Montréal assure la pérennité du protocole de Kyoto après 2012» in Le Monde, 13

décembre 2005, p. 8.

4 DENHEZ (F.), Atlas de la menace climatique, Paris, Autrement, 2005, p. 9

5 Idem. P.24

2

Aussi, ce qui inquiète aujourd'hui est certes, les conséquences du phénomène

de réchauffement climatique, mais également son origine. En effet la communauté scientifique

est de plus en plus intimement persuadée que l'homme est susceptible d'exercer une influence

sur le climat et qu'il n'est pas étranger à l'accélération du réchauffement climatique

observée depuis les années 1960. Comme le souligne le Groupe Intergouvernemental

d'experts sur l'Evolution du Climat (GIEC) constitué en 1988 conjointement par

l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM) et le Programme des Nations Unies pour

l'Environnement (PNUE), « de toute évidence, le climat de la terre a évolué à l'échelle régionale

et mondiale depuis l'époque préindustrielle, et certains aspects de cette évolution sont

imputables aux activités humaines »6.

Si l'homme est susceptible de jouer un rôle considérable dans ce qu'il convient

dès lors de désigner comme le réchauffement anthropique du climat, c'est en raison de

l'augmentation des rejets de gaz à effet de serre dans l'atmosphère liés aux activités humaines.

Les gaz à effet de serre résultent de la combustion des « énergies fossiles »7 telles

que le pétrole, le charbon ou le gaz. Les émissions de gaz à effet de serre renforcent la concentration

de gaz déjà naturellement présent dans l'atmosphère et seraient par conséquent en

mesure de provoquer une hausse des températures. Ce phénomène de « Forçage anthropique

» serait à l'origine des « changements en amplitude et rapidité sans précédent dans l'histoire

de la planète »8.

C'est ainsi que, prenant conscience que la planète courait un réel danger de réchauffement

accéléré, la communauté internationale a décidé de réagir. Son action autour de

la question climatique s'est consolidée - ou du moins précisée- en deux étapes; les Etats ont

tout d'abord adopté le 9 mai 1992 la Convention cadre des Nations Unies sur les changements

climatiques, entrée en vigueur le 21 mars 1994, qui fixe les assises d'un régime international

des changements climatiques. L'objectif ultime de la lutte contre les changements climatiques

est « de stabiliser [...] les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à un niveau

qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique »9. Par la suite,

dans le souci « d'atteindre l'objectif ultime de la Convention tel qu'il est énoncé à l'article 2

6 GIEC, Bilan 2001 des changements climatiques : Rapport de synthèse, Résumé à l'intention des décideurs,

2001, p. 9.

7 Terme désignant les combustibles de roche issus de la fossilisation des éléments organiques.

8 VARET (J.), « Changements climatiques, le point sur les négociations », in Futuribles, n°276, juin 2002, p. 25

9 Article 2 de la Convention cadre des nations unies sur les changements climatiques

3

de celle-ci »10 et afin de renforcer cette lutte, les Etats adopteront le 11 décembre 1997 le Protocole

de Kyoto, entré en vigueur le 16 février 2005, qui prévoit une réduction des émissions

de gaz à effet de serre des pays développés de 5% en dessous du niveau des émissions en

199011 et qui fonde la rationalité du concept « crédit carbone » ainsi que de son marché.

En effet, le Protocole de Kyoto engage les pays industrialisés signataires12 à

réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5% en deçà de leur niveau de 1990, durant

une période s'échelonnant de 2008 à 2012, et prévoit la mise sur pied de « mécanismes de

flexibilité » permettant aux pays ayant pris des engagements de réduction chiffrés d'échanger

et/ou d'acquérir des « droits d'émission » auprès des autres Etats ayant le même statut ou

ceux sans engagements chiffrés. Ainsi, la dernière décennie a vu se développer dans le monde

les marchés du carbone.

Les lignes qui suivront feront une étude du fonctionnement de ces marchéscarbone.

Nous essayerons d'analyser les règles et les résultats afin d'en cerner le contenu et

en dégager l'impact dans la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de

l'environnement.

Cependant, il sied de souligner qu'il serait inconcevable d'entamer le vif de

notre sujet sans dégager l'ensemble des questions qui s'y rattachent ainsi que son intérêt.

I.1. PROBLEMATIQUE

L'appréhension juridique des changements climatiques, c'est-à-dire faire correspondre

à l'élément naturel que constitue le climat un ensemble de règles juridiques, exige

de prendre en compte toute les spécificités propres à la menace climatique. Il s'agit d'un phénomène

global qui n'échappe pas à problématique du droit international (arène par excellence

de la lutte entre intérêts nationaux et intérêts communs à tous les Etats), «... dans lequel tous

les Etats n'ont pas la même part de responsabilité, et face auquel une action internationale sera

nécessairement [...] coûteuse économiquement...»13.

10 Voir le préambule du Protocole de Kyoto à la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques

11 Article 3 §1 du Protocole de Kyoto

12 Voir l'annexe I

13 LASSUS SAINT GENIE (G.), Droit international et changements climatiques, Master de recherche en droit international

et organisations internationales, Panthéon-Sorbonne Paris 1, 2005-2006 p.4

4

En effet, La structure de la société internationale, dans laquelle le principe de

souveraineté est la base de toutes les relations interétatiques, ne s'accommode que difficilement

des impératifs d'une action universelle dans le cadre de la lutte contre le réchauffement

climatique; l'action des Etats étant plus souvent guidée par des considérations de politique

nationale que par le bien commun de l'ensemble de la planète14.

En outre, l'analyse du phénomène met en évidence la question de la responsabilité

historique et actuelle des pays industrialisés dans ce forçage anthropique du phénomène

climatique (plus grande part d'émission de gaz à effet de serre). Aussi, la voie choisie, dans

le cadre d'une action internationale, est celle de la réduction des émissions de GES (seul paramètre

influençant sensiblement le climat et sur lequel l'Homme peut agir)15. Cette option

implique une redéfinition des politiques économiques des Etats, les industrialisés se voyant

obligés de retoucher leurs rythmes de production et de consommation, les PED, leurs aspirations

au développement.

De ce qui précède, il apparaît clairement que si le régime international des

changements climatiques impose des limites trop restrictives aux Etats, ceux-ci hésiteront à

s'engager dans une action internationale dans le cadre de la lutte contre le réchauffement.

En outre, puisque les émissions des pays industrialisés ont été et restent encore

pour le moment largement supérieures à celles des PED, la participation de ces derniers « à

l'effort international de réduction des émissions dépend de la définition d'une règle de différenciation

équitable des objectifs »16 et cet effort doit s'inscrire dans une approche coutefficacité

pour les pays industrialisés.

Il en ressort qu'une action efficace de la communauté des Etats dans son ensemble

procèderait d'un « ...savant et subtil dosage entre l'assurance donnée aux Etats d'un

certain respect de leurs droits souverains... »,17 L'équitabilité de la répartition des charges de

cette action entre Etats et l'attribution de compétences suffisamment importantes à l'action

internationale pour que celle-ci ne soit pas inopérante.

14 Lire à ce sujet BOISSON DE CHAZOURNES (L.), « La gestion de l'intérêt commun à l'épreuve des enjeux économiques

: le protocole de Kyoto sur les changements climatiques », AFDI, 1997, p. 620

15 LASSUS Saint Génie (G.), op cit, p.28

16 VALEE (A.), « La lutte contre l'effet de serre. Equité et efficacité », AFRI, 2003, p.761

17 BOISSON DE CHAZOURNES (L.), Op cit, p.622

5

De l'analyse de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements

climatiques, il en résulte que celle-ci semble maitriser cette « alchimie ».

En effet, si la réduction des GES a été érigée en cheval de bataille de la

CCNUCC, celle-ci rappelle - dans le 8ème considérant de son préambule - que «... conformément

à la Charte des Nations Unies et aux principes du droit international, les États ont le

droit souverain d'exploiter leurs propres ressources selon leur propre politique

d'environnement et de développement... ». D'autre part, elle pose le substrat d'un régime différencié

de lutte contre les changements climatiques en notant que «...la majeure partie des

gaz à effet de serre émis dans le monde par le passé et à l'heure actuelle ont leur origine dans

les pays développés, que les émissions par habitant dans les pays en développement sont encore

relativement faibles et que la part des émissions totales imputable aux pays en développement

ira en augmentant pour leur permettre de satisfaire leurs besoins sociaux et leurs besoins

de développement ». Ce souci d'équité se précise dans son article 4§2 qui prévoit des

engagements spécifiques à l'égard des seuls pays industrialisés, principaux responsables de la

concentration actuelle de GES.

Cependant, la question de la réduction des GES rime avec celle du coup économique

de cette action car les estimations des conséquences, en termes de coût financier, de

la mise en oeuvre des mesures de réduction de GES sont considérables. Ainsi, la question qui

demeure est de savoir comment assurer une mise en oeuvre efficace des mesures de réduction

des GES sans incidences néfastes sur les économies des Etats ayant des engagements.

C'est en réponse à cette question que certains Etats parties à la convention militeront,

compte tenue du caractère global des efforts de réduction, pour un mode opératoire

qui permettrait d'agir là où les efforts de réduction seraient moins coûteux et les mécanismes

de flexibilité ont semblé être les outils les mieux appropriés pour répondre à ce souci. Définis

par les articles 6 et 12 du protocole de Kyoto, ces mécanismes ont pour objet de permettre à

un Etat partie de l'annexe I soit de céder ou d'acquérir des unités de réduction d'émission auprès

d'un autre ayant le même statut, soit d'acquérir des crédits d'émission en finançant des

projets dans les pays en transition vers une économie de marché, soit encore, d'obtenir des

unités de réduction en finançant des projets de développement propre, crédits qu'il peut utiliser

à domicile ou revendre sur le marché de permis d'émission.

6

De ce qui précède, il apparaît que les mécanismes de flexibilité créent une rareté

sur un bien (l'émission de GES) avec pour conséquence la mise en place d'un circuit économique

dans lequel les participants peuvent céder ou acquérir une partie des quantités

d'émissions : le marché carbone. Par conséquent, l'étude de son impact dans une action internationale

pour la protection de l'environnement requiert une analyse des raisons son institution,

de son cadre juridico-institutionnel et de son incidence dans la lutte contre le réchauffement

climatique et la protection de l'environnement. Tel sera l'essentiel de ce travail.

I.2. INTERET DE SUJET

Si l'avenir de la planète Terre dépend désormais de chaque acte posé par

l'homme, ce travail doit être perçu comme une modeste contribution pour cette sauver planète

qui va mal.

Le choix de ce sujet rencontre un double intérêt. D'abord un intérêt théorique

ou scientifique dans le sens où il permet au juriste et/ou à tout autre scientifique de

s'imprégner du concept « marché carbone » dans une approche juridique de la question. Mais

au-delà de cet intérêt théorique se trouve un intérêt pratique car comprendre l'incidence du

marché carbone sur la protection de l'environnement permet de dégager les atouts et les

failles des stratégies actuelles de réduction des GES mises en oeuvres par la communauté internationale,

en préconiser d'autres avec plus d'impacts que les précédents et cela pour notre

survie et celle des générations futures.

I.3. METHODOLOGIE

La méthodologie, marche rationnelle de l'esprit pour arriver à la connaissance

ou la démonstration d'une vérité, est une exigence dans la recherche scientifique; elle permet

au chercheur d'élucider sa démarche et d'atteindre le but de son travail.18

Dans son ouvrage « méthodologie du droit international », Olivier CORTEN

expose une pluralité de méthodes scientifiques auxquelles le chercheur « internationalistes »

18 Lire MBOKO DJ'ANDIMA, Principes et usages en matière de rédaction d'un travail universitaire, Kinshasa,

CADICEC, 2004, p.21

7

peut recourir, et qui s'explique par la diversité d'approches.19 Dans le cadre spécifique de ce

travail, deux méthodes ont particulièrement retenues notre attention. Il s'agit de la dogmatique

juridique et de la sociologie du droit.

La dogmatique juridique vise à exposer l'état du droit tel qu'il existe et à en

déterminer le contenu. Il s'agit donc d'établir et d'interpréter une règle juridique, non de

l'évaluer ou de la critiquer.20 Dans le cadre de ce travail, cette approche s'explique du fait que

l'étude du marché-carbone, et par conséquent des mécanismes de flexibilité, nous conduira à

l'analyse du cadre normatif qui les instituent afin d'en dégager le contenu.

Le droit étant décrit « soit par un de ses traits formels, soit par un fait social qui

l'explique, soit encore par une vision idéale de sa finalité »21, la sociologie du droit, quant à

elle, a été choisie parce qu'elle permettra d'examiner le contexte politique qui explique

l'émergence du marché-carbone.

I.4. DELIMITATION DU SUJET ET PLAN SOMMAIRE

Le droit international en général, le droit international de l'environnement, en

particulier - et les branches voisines relatives à notre étude - comportent des méandres susceptibles

de nous perdre si nous ne prenons pas la précaution de la circonscrire dans un cadre

conceptuel et temporel bien déterminé. De ce fait, cette étude consistera en une analyse du

concept « marché-carbone » et, par ricochet, du concept « mécanismes de flexibilité », de la

période partant de l'entrée en vigueur du protocole de Kyoto, soit de 2005 à 2011.

Ainsi, après avoir traité de la détérioration de l'environnement par les changements

climatiques (chapitre 1re), il sera question de cerner comment les marchés carbone

contribuent-ils à la protection de l'environnement (chapitre 2ème) avant de chuter par une conclusion.

19 CORTEN (O.), Méthodologie du droit international public, Bruxelles, édition de l'université de Bruxelles,

2009, p. 19

20 Idem, p.23

21 BERGEL (J-L.), Méthodologie juridique, Paris, PUF, 2001, p.29

8

CHAPIITRE II.. LA DETERIIORATIION DE L''ENVIIRONNEMENT

PAR LES CHANGEMENTS CLIIMATIIQUES

Les tendances actuelles de la détérioration de l'environnement par les changements

climatiques ne font l'ombre d'aucun doute. Définis par la Convention cadre des Nations

Unies sur les changements climatiques comme «... des changements de climat qui sont

attribués directement ou indirectement à une activité humaine altérant la composition de

l'atmosphère mondiale et qui viennent s'ajouter à la variabilité naturelle du climat observée

au cours de périodes comparables. »,22 ils ont déjà des effets très mesurables sur des nombreux

systèmes naturels et humains.

Ainsi, il sera question dans ce chapitre de cerner la notion même du réchauffement

climatique (section I) avant d'aborder la question du cadre international de lutte contre

le réchauffement climatique (section II).

SECTION I. LE RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE DE LA TERRE

Phénomène d'augmentation des températures des océans et de l'atmosphère, le

réchauffement climatique n'est que la conséquence de la modification du climat terrestre résultant

de l'émission des gaz à effets de serre et autres substances due aux activités humaines.

Cependant, appréhender la notion du réchauffement climatique de la terre requiert de prime à

bord d'analyser conjointement le mécanisme du climat et l'effet de serre.

Depuis la formation de la Terre il y a 4.6 milliards d'années, son climat a constamment

évolué. Celui-ci résulte d'interactions complexes essentiellement entre l'atmosphère

et les océans.23

En effet, la température du globe dépend de l'énergie qu'il reçoit du Soleil et

qu'il émet dans l'espace. Pour l'essentiel, la Terre reçoit de l'énergie sous forme de rayonnement

solaire et émet elle-même de l'énergie sous forme de radiations infrarouges. Environ 30

% des rayons solaires sont directement réfléchis vers l'espace par la surface de la Terre. De

l'ordre de 20 % sont aussi réfléchis par des gaz et poussières présents dans l'atmosphère. Le

reste réchauffe océans et continents (cfr fig. I infra). Le rayonnement solaire absorbé est trans-

22 Art 1 de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques

23 BARBAULT (R.), Ecologie générale : structure et fonctionnement de la biosphère, 5ème éd, Paris, Dunod, 2000,

p. 39

9

formé en chaleur et la Terre devient émettrice de rayonnement infrarouge. 95 % de cette énergie

est rabattue vers le sol par les gaz présents dans l'atmosphère. L'effet de serre est ce phénomène

d'interception et de rabat partiel du rayonnement (cfr fig.2 infra).

La surface de la Terre se trouve ainsi réchauffée, en plus du rayonnement solaire,

par un rayonnement infrarouge. Sur la surface terrestre, il a pour conséquence

d'augmenter la température moyenne de la surface de la Terre d'environ 33°C. Cette surface

est en moyenne à 15°C alors que la température moyenne de la planète qui, elle, résulte uniquement

du chauffage solaire est de -18°C.24

Fig. I

24 HUFTY (A.), Introduction à la climatologie, Québec, De Boeck, 2001, P.19

10

Fig.2

Ainsi, sous l'effet du rayonnement solaire, l'ensemble des interactions entre

l'atmosphère, les eaux de surface, la cryosphère, la lithosphère et la biosphère terrestre, détermine

le climat de la planète.25 L'énergie reçue est absorbée différemment par les diverses

composantes. Les océans représentent le principal réservoir de chaleur capturée, et d'humidité,

et ils l'échangent principalement avec l'atmosphère. La position des courants marins et leur

température déterminent donc une grande partie du climat. Par ailleurs, les continents et surtout

le relief introduisent des barrières physiques à ces échanges qui modifient grandement la

distribution des précipitations, de la chaleur et de la végétation.

Les sciences de la terre ont montré depuis longtemps qu'au cours des derniers

millions d'années, depuis l'entrée dans le quaternaire, des ères glaciaires ont régulièrement

alterné avec des périodes de réchauffement interglaciaires. On pense généralement que ces

changements climatiques sont dus à la combinaison des variations de l'activité solaire et de la

complexité du mouvement orbital de la Terre. Les forages de glace effectués dans

l'Antarctique ont permis de remonter des carottes emprisonnant des bulles d'air de plusieurs

centaines de milliers d'années et l'analyse de ces échantillons a contribué de façon importante

à l'étude du climat et de ses variations sur une longue échelle de temps, plus de 700000 ans .

Nous sommes actuellement dans une période interglaciaire, commencée il y a 13000ans. Elle

25 HUFTY (A.), op cit, p.19

11

se distingue de la période glaciaire précédente par une fonte des calottes de glace des hautes

latitudes assortie d'une augmentation du niveau des océans (130m entre 13000 et 8000ans).26

De ce qui précède, il apparait clairement que l'effet de serre et le réchauffement

climatique ne sont ni une calamité, ni un risque naturel, mais des phénomènes physiques

rendant la vie sur Terre plus agréable à l'homme dans les conditions climatiques générales

actuelles. Favoriser par les gaz à effet de serre qui se trouvent naturellement dans

l'atmosphère, il convient de s'interroger sur l'ampleur de l'intensification ou de la concentration

de ceux-ci sous l'influence des activités humaines, situation qui inquiète actuellement le

monde : l'effet de serre additionnel (§1) d'une part et, d'autre part, nous verrons les conséquences

du réchauffement climatique sur l'environnement pour arriver à cerner l'intervention

du droit international dans ce domaine précis (§2).

§1. Les gaz à effet de serre

L'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère est un fait observé et

indéniable. De caractéristiques très diverses, ils ont des origines, capacités de réchauffement

ainsi que des durées de résistance dans l'atmosphère, différentes. S'il en existe ceux qui sont

non-exclusivement générés par l'homme tel que la vapeur d'eau ou le dioxyde de carbone, il

en existe aussi ceux que l'homme peut crées ou, par ses activités, générés.

1. Les gaz à effet de serre naturellement présent dans l'atmosphère

Les principaux gaz à effet de serre qui existent naturellement dans

l'atmosphère sont :

- La vapeur d'eau ;

- Le dioxyde de carbone ;

- Le méthane ;

- Le protoxyde d'azote ;

- L'ozone.

26 BARBAULT (R.), op cit, p. 40

12

La vapeur d'eau

Principal GES naturel, la vapeur d'eau est la plus abondante et sa capacité

d'absorption d'infrarouges est la plus élevée de tous les GES (70% de l'effet de serre global).

Toutefois, elle est assez souvent oubliée dans l'énumération des GES et ceci du fait que

l'action de l'homme sur le cycle global de l'eau est faible en raison du rôle joué par les mers

et océans. En outre, il a été établi que la quantité de vapeur d'eau accumulée dans

l'atmosphère était relativement stable pour peu que la température ne varie pas trop.27

Le dioxyde de carbone

Communément appelé « gaz carbonique », le dioxyde de carbone est un composé

chimique formé d'un atome de carbone et de deux atomes d'oxygène (CO2). C'est un

gaz incolore, inodore et à la saveur piquante. Il est produit lors de la fermentation aérobie ou

de la combustion des composés organiques et lors de la respiration des animaux et végétaux.

L'intensification de l'effet de serre due à son accumulation anthropique est estimée à 60% et

d'après le GIEC, le dioxyde de carbone et la vapeur d'eau contribueraient approximativement

à 85% de l'effet de serre.28

Le méthane

Comme le gaz carbonique, le méthane peut être d'origine naturelle, par

exemple lorsqu'il se dégage des zones humides naturelles (sols et océans), ou d'origine animale

(fermentation entérique) ou bien d'origine humaine, lorsqu'il provient de l'agriculture

(rizières inondées), de l'extraction de gaz ou des prairies. Il est considéré que plus de la moitié

des émissions de méthane sont d'origine anthropique.

Si l'influence du méthane sur le climat est moins importante que celle du

dioxyde du carbone, elle est quand même préoccupante car une molécule de méthane absorbe

en moyenne 25 fois plus de rayonnement qu'une molécule de dioxyde de carbone sur une période

de 100 ans. C'est en considération de ce potentiel de réchauffement qu'il est classé

comme le 3ème gaz responsable du dérèglement climatique.29

27 DENEUX (M.), Rapport sur l'évaluation de l'ampleur des changements climatiques sur la géographie de la

France à l'horizon 2025, 2050, 2100, Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques,

Assemblée nationale française, session ordinaire 2001-2002, p. 36

28 Idem

29 DENEUX (M.), Op cit, p.37

13

Le protoxyde d'azote

Le protoxyde d'azote (N2O) est un composant du cycle de l'azote (N). L'azote

est présent dans le sol, les végétaux et dans l'atmosphère principalement en forme de gaz.

Les micro-organismes qui réalisent la nitrification et la dénitrification de

l'azote dans les sols et les fumiers sont responsables des émissions de N2O en milieu agricole.

Ces émissions sont stimulées par l'épandage d'engrais minéraux azotés et d'engrais organiques,

et par l'excès d'azote minéral provenant des engrais organiques et de synthèse dans un

milieu faible en oxygène, tel que les sols compacts et mal drainés.30

Le protoxyde d'azote a aussi été classifié comme polluant. Son potentiel de réchauffement

global a été estimé à 298 fois que celui du CO2 et sa contribution est de 6% de

l'effet de serre total. Ces sources d'émission naturelles sont les sols et océans.31

L'ozone

Ce gaz joue un rôle essentiel pour le maintien de la vie sur la Terre. Sa présence

dans la haute atmosphère absorbe l'essentiel du rayonnement solaire ultra-violet de très

courte longueur d'onde (UV-B) qui est nocif pour les êtres vivants (cancers de la peau pour

les hommes et les animaux, inhibition de la photosynthèse, mutations génétiques...)

Quant à l'ozone troposphérique, qui résulte de l'émission de méthane et de divers

polluants, sa concentration réagit rapidement aux variations des émissions polluantes. Sa

présence, liée aux émissions des gaz précurseurs, est donc particulièrement prononcée audessus

de l'Amérique du Nord et de l'Europe, ainsi qu'au-dessus de l'est de l'Asie. Cependant,

une incertitude provient de l'absence ou de la rareté des informations antérieures à 1960,

ce qui rend impossible une comparaison des zones de présence actuelles de l'ozone avec sa

répartition antérieure.32

2. Les causes additionnelles de concentration de GES dans l'atmosphère : le

forçage anthropiques

Si des incertitudes demeurent encore concernant le lien entre l'augmentation

constatée de GES et le réchauffement climatique actuel (et il existe des fortes présomptions de

30 « Gaz à effet de serre et influence des activités humaines » in http://www.notre-planete.info/ Gaz à effet de

serre et influence des activités humaines - notre-planete_info.html

31 Idem

32 Ibid.

14

l'existence d'une causalité entre ces deux phénomènes), la corrélation entre l'augmentation de

la concentration actuelle des GES et activités humaines ne fait l'ombre d'aucun doute.

En effet, l'accroissement de la production de GES, qui serait à l'origine des

changements climatiques, aurait une origine anthropique, et serait directement lié au développement

économique et à l'évolution des modes de vie : le dioxyde de carbone produit par la

combustion du pétrole, du charbon et des gaz naturels ; le méthane et l'oxyde nitreux par rejets

de l'agriculture et conséquences des changements dans l'utilisation des terres ; l'ozone

troposphérique, par les chlorofluorocarbones...

Dans le cas du carbone par exemple, l'ère industrielle a marqué l'accélération

des émissions de gaz carbonique dans l'air. Cela résulte tant de la combustion des combustibles

fossiles que de la déforestation. Il peut être même considéré, comme l'estime le GIEC,

dans son dernier rapport en 2001, que l'accroissement de l'émission de dioxyde de carbone

durant l'ère industrielle est dramatique. En effet, ces experts ont noté que le taux annuel

d'accroissement des émissions de CO2 depuis 1980 est de 0,4 % par an. Au cours des vingt

dernières années, 70 % à 90 % des émissions de dioxyde de carbone proviendraient de la

combustion des carburants d'origine fossile, et entre 10 % à 30 % seraient issus du changement

d'usage des terres, essentiellement de la déforestation. La variation annuelle du niveau

des émissions est parfois importante puisqu'elle oscille du simple au triple, et il a été relevé

que les plus grands taux d'augmentation ont correspondu aux années où le phénomène El Niño

s'est manifesté avec le plus d'acuité.33

Quant au méthane, plus de la moitié des ses émissions proviennent de sources

anthropiques. A partir de l'année 1983, début des mesures précises de la concentration de ce

gaz dans l'atmosphère, celui-ci a continué à augmenter en passant de 1,610 ppbv34 en 1983 à

1,745 ppbv en 1998.

Cependant, l'augmentation annuelle s'est réduite durant cette période. De

grandes variations dans les émissions annuelles ont été observées au cours des années 1990.

33 DENEUX (M.), Op cit, p.40

34 Le Partie par milliard en volume est l'unité de concentration de GES

15

Ainsi, en 1992, les émissions étaient proches de zéro, alors qu'elles dépassaient 13 ppbv en

1998. Il s'agit là d'une source d'interrogation pour les experts.35

Dans la mesure où l'accroissement dans l'atmosphère de la présence du CH4

résulte de l'équilibre entre les sources et les puits, toute prévision des taux futurs de concentration

est difficile à établir. En effet, même si les principales sources ont été identifiées, elles

sont difficiles à quantifier, étant toujours largement sujettes à variation, et ce déjà en fonction

du changement climatique lui-même.36

Il doit être rappelé qu'une importante part des émissions de méthane provient

de la culture du riz, et de la fermentation entérique chez les ruminants, c'est-à-dire des vents

émis par ceux-ci lors de leur digestion. Curieusement, le résumé technique du dernier rapport

du GIEC ne dit rien sur ce dernier point, tandis que la riziculture est à peine évoquée.

Concernant l'oxyde nitreux, ses sources anthropiques sont l'agriculture intensive

(décomposition des engrais, déjections), la combustion de la biomasse, procédés industriels

chimiques (production d'acide nitrique et d'acide adipique) et combustion des carburants

pour l'aviation et aérosols.37

La production d'ozone est fortement liée au trafic automobile dans des conditions

de températures supérieures à 25°C. L'ozone troposphérique représenterait 17 à 20% de

l'effet de serre additionnel.38

Il convient de noter qu'outre ces gaz naturellement présent dans l'atmosphère,

il en existe d'autres, généralement d'émanation anthropique. Tels est le cas des halocarbures

qui - quand bien même influençant quasi-indirectement les changements climatiques - représentent

néanmoins 14% de l'effet de serre additionnel.

Ces gaz sont, par exemple, utilisés comme propulseurs dans les bombes aérosols,

liquides réfrigérants (fréons), agents de fabrication des mousses de polymères, solvants

pour l'électronique. Pour la plupart de ces halocarbures ou de ces composés du carbone, qui

contiennent du fluor, du chlore, du brome ou de l'iode, les activités humaines en sont les

35 DENEUX (M.), Op cit

36 Idem, p.41

37 « Gaz à effet de serre et influence des activités humaines » in http://www.notre-planete.info/ Op cit

38 Idem

16

seules sources. Ceux d'entre eux qui contiennent du chlore ou du brome sont à l'origine du

trou dans la couche d'ozone stratosphérique, et sont juridiquement contrôlés par les dispositions

du Protocole de Montréal de 1987. De ce fait, après avoir culminé en 1994, ces gaz sont

en lent déclin. En revanche, les concentrations des substituts aux CFC sont en augmentation

et certains d'entre eux sont des gaz à effet de serre. Ainsi, la concentration de HFC-23 a triplé

entre 1978 et 1995. Par ailleurs, les perfluorocarbures (PFCs), notamment le CF4 et F6, et

l'hexafluorure de soufre (SF6) sont des gaz à effet de serre puissants qui demeurent très longtemps

dans l'atmosphère. Il faut y prendre garde, car quoiqu'émis en très faibles quantités, ils

risquent d'influer sur le climat futur. Ainsi, le perfluorométhane (CF4) possède un temps de

résidence dans l'atmosphère d'au moins 50.000 ans, et les émissions dues à l'homme étant

mille fois supérieures aux émissions naturelles, elles sont totalement responsables de

l'accroissement observé. L'hexafluorure de soufre (SF6) est 22.200 fois plus puissant, par unité

émise, que le dioxyde de carbone, comme gaz à effet de serre. En conséquence, même une

très petite concentration, mais avec un taux de croissance important, peut entraîner des répercussions.

39

Il faudra aussi noter que si le rapport du GIEC ne mentionne pas moins de 42

GES, il convient, eu égard du rôle jouer par ceux-ci dans l'intensification de l'effet de serre,

d'établir une liste limitative des GES d'origine anthropique qu'il faudrait d'encadrer. C'est

dans ce contexte que le Protocole de Kyoto ne retiendra que six GES. Il s'agit du dioxyde de

carbone (CO2), du méthane (CH4), de l'oxyde nitreux (N2O), des hydrofluorocarbones (HFC),

des hydrocarbures perfluorés (PFC), de l'hexafluorure de soufre (SF6).

§2. Les conséquences du réchauffement climatique

Le réchauffement climatique est susceptible d'affecter de façon radicale le

monde. Si certains de ses impact sont déjà perçus, tels que la fonte des glaciers polaires, les

modèles climatiques projettent des conséquences encore plus « hard » pour l'avenir, conséquences

qui auront aussi une influence sur le droit international.

39 DENEUX (M.), op cit, p.43

17

1. Les effets liés à la hausse moyenne des températures

Parmi les principales conséquences possibles d'une hausse des températures,

figurent en premier lieu la préoccupation liée à la montée du niveau des eaux. Sous l'effet de

l'accroissement de la température atmosphérique, la température de la surface des mers et des

océans augmente. Or ces importantes masses d'eau sont sujettes à un effet de dilatation thermique

conduisant ainsi à une élévation du niveau des eaux. Ce phénomène est d'autant plus

important que la couche d'eau réchauffée est importante. Quand la température de surface

croît de 0,1 °C, le niveau de la mer s'élève de 1 cm.40

La fonte des glaciers est également responsable de ce phénomène de « rehaussement

contemporain du niveau moyen des océans » mais dans une moindre mesure puisque

les glaciers de l'Antarctique en raison de leur âge et de leur inertie sont moins sensibles aux

évolutions actuelles de notre planète.41

Bien que l'élévation moyenne soit variable selon les régions du globe cette

montée des eaux suscite des inquiétudes de la part de certains Etats qui craignent de subir

d'importantes modifications de leurs aires littorales. Cette montée des eaux risque également

de s'accompagner de la disparition de certains écosystèmes, de la dégradation des sols et donc

de pénuries alimentaires ainsi que de problèmes sanitaires entraînant une augmentation des

épidémies.

Parallèlement à cette montée des eaux, l'altération anthropique du climat risque

de conduire à l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des phénomènes climatiques

extrêmes marquée par une progression de la fréquence des précipitations extrêmes et des périodes

de sécheresse. Toutes ces modifications du climat risquent donc de rendre certaines

zones de la planète difficilement habitables, et peut être de façon irréversible.

A travers la résolution 43/53, l'Assemblée générale des Nations Unies s'est

dite : « convaincue que l'évolution du climat a des effets sur le développement ».42 Si la

hausse moyenne des températures risque d'entraîner des conséquences importantes, l'action

40 DENHEZ (F.), Op cit, p. 38.

41 VANNEY (J- R.), « Le rehaussement contemporain du niveau moyen de l'océan », in ADM, 2000, p. 295.

42 Assemblée générale des Nations Unies, Protection du climat mondial pour les générations présentes et futures,

A/RES/43/53 du 6 décembre 1988, Nations Unies, New York, 1988, p.137.

18

internationale, pour y faire face, risque de représenter un coût humain et financier tout aussi

considérable.

En effet l'action internationale pour la lutte contre le réchauffement climatique

passe par la réduction des émissions de gaz à effet de serre, parmi lequel le CO2. Or ces gaz à

effet de serre sont le résultat, comme nous l'avions noté ci-haut, de la combustion des énergies

fossiles. Ainsi, la réduction des émissions de gaz à effet de serre prévu par l'article 3 du

Protocole de Kyoto comporte des implications considérables pour les Etats compte tenu de la

place qu'occupent ces sources d'énergies dans nos sociétés actuelles. Cet objectif de réduction

risque donc d'entraîner d'importantes conséquences sur le fonctionnement des économies, sur

les modes de vie des individus mais également sur les relations internationales. C'est donc à

travers les divers effets résultant d'une modification anthropique du climat que le droit international

se trouve concerné et qu'apparaissent ainsi des problèmes au regard du droit international.

2. Les problèmes de droit international que pose la hausse des températures.

A la lumière de ce qui précède, il n'est pas difficile de constater que la hausse

moyenne des températures, ainsi que les conséquences qui vont avec, pourraient avoir des implications

tant politiques qu'économiques qui affecteront les relations interétatiques. Cependant,

elles pourraient aussi avoir des implications concernant directement le droit international.

A titre d'exemple, l'élévation du niveau moyen des eaux fait peser une menace

sur l'existence même des Etats. En effet, la première conséquence juridique de ce phénomène

serait la perte partielle ou totale d'un élément constitutif de l'Etat, le territoire. Nombre

d'Etats possédant des deltas tropicaux ou subtropicaux sont effectivement menacés par la disparition

d'une partie de leur territoire.

Alors que la perte partielle n'est que peu problématique, puisque l'Etat conserve

une assise territoriale, en revanche la perte totale poserait un nouveau problème de droit

international. En effet qu'adviendrait-il de l'Etat dont le territoire disparaîtrait ?

Cette question n'est pas une hypothèse d'école dans la mesure où elle concerne

de nombreux groupes récifaux des océans Pacifique et Indien. Les scientifiques estiment que

80% des atolls risquent d'être engloutis sous la mer dans l'hypothèse moyenne d'une montée

19

d'un demi mètre, tels que les Maldives ou certaines îles de la Polynésie. Comment le droit international

appréhendera t-il la disparition de l'assise territoriale d'un Etat dans ce contexte

précis ?

En outre ces modifications physiques du territoire entraînent des conséquences

sur un autre élément constitutif de l'Etat, la population. En effet la disparition de territoires,

de même que la dégradation des conditions de vie dans certaines régions de la planète, risquent

de générer d'importants flux migratoires.

Le PNUE, dès 1985, a évoqué la notion de « réfugié de l'environnement » pour

désigner : « des personnes qui ont été forcées de quitter leurs habitations traditionnelles de

façon temporaire ou permanente, en raison d'un dérangement environnemental majeur (naturel

et/ou engendré par les humains) qui a mis en danger leur existence et/ou qui a endommagé

sérieusement la qualité de leur vie ».43

Comme le note Hervé Raimana Lallemant : « ...l'apparition de cette notion

de réfugié climatique pose un problème de droit international. Faut-il aller vers un élargissement

des catégories de personnes déplacées susceptibles de recevoir une aide internationale et

pouvant bénéficier du statut de réfugié dans les pays d'accueil ? »44

Se pose également la question de savoir si certains Etats ont une responsabilité

et par conséquent, l'obligation d'accueillir les réfugiés climatiques. Cette question est apparue

tout récemment à l'occasion de la revendication d'une ONG samoane à l'égard de l'Australie.

En raison de son importante production de gaz à effet de serre, l'Australie s'est vue demander

la reconnaissance du statut de réfugié de l'environnement aux ressortissants des îles Samoanes

présents sur son territoire, au motif que ceux-ci auraient été victimes du réchauffement

climatique.

Enfin, ces questions posent également des problèmes de relations internationales

et de sécurité internationale, dans la mesure où les territoires aux conditions climatiques

favorables risquent de devenir un nouvel enjeu de luttes armées.

43 EL -HINNAWI (E.), Environnemental refugiées, UNEP, Nairobi, cité par ALLARD (P.), « Malaise dans la climatisation,

le changement climatique et la sécurité des Etats », in AFRI, p. 948.

44 RAIMANA LALLEMANT (H.), « l'apatride climatique et la disparition de l'Etat dans le Pacifique Sud », in Revue

juridique polynésienne, n°15, 2009, p. 83

20

Il semble donc qu'en raison de la dimension planétaire de la menace climatique,

mais aussi parce qu'elle a fait surgir des problèmes de droit international, la communauté

internationale se devait de s'intéresser aux conséquences que la modification du temps

peut exercer sur le plan international.

SECTION II. DES DONNES SCIENTIFIQUES AU CADRE JURIDIQUE

DE LA LUTTE CONTRE LE RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE

Jusqu'aux années 70, dates des premières manifestations d'intérêt sur les questions

climatiques de la part des Etats, les cris alarmistes sur les changements climatiques seront

scientifiques (§1). Sur bases des ces mises en garde, la communauté internationale se

penchera sur la question climatique pour déboucher sur deux instruments juridiques - la Convention

des Nations Unies sur les changements climatiques et le Protocole de Kyoto - qui

constitueront le cadre juridique international de lutte contre les changements climatiques (§2).

Il s'agira, dans le cadre de cette deuxième section, de retracer l'apparition de la question climatique

en droit international.

§1. Le monde scientifique comme facteur incitatif de la prise de conscience internationale

du problème du réchauffement climatique.

Tout commence en 1895 lorsque Svante Arrhénius analyse le mécanisme de

l'effet de serre à l'Académie des Sciences de Suède. Après avoir décrit le mécanisme tel que

développé ci-haut (cfr. Section I supra), il met en garde contre le développement de l'usage

des combustibles fossiles, estimant qu'il devrait se traduire par une augmentation de la température

moyenne de la Terre.

La théorie d'Arrhénius ne sera pas prise au sérieux et il faudra attendre 1956

pour qu'un autre scientifique américain, Gilbert Plass, reprenne cet argument d'un réchauffement

climatique dont l'homme serait responsable.45 Ainsi débuteront, en 1957, les premières

mesures systématiques du CO2, à Hawaï et en Alaska. Pratiquement à la même période

Charles Kelling utilisa les technologies les plus modernes pour produire des courbes de con-

45 CORNUT (P.), « Petite historique de la convention climat et des négociations climat », in Les cahiers de globales

chances n°8, Paris, juillet 1997, p.53

21

centration du CO2 dans l'antarctique et à Mauna Loa. Ces courbes serviront de référence pour

toutes les modélisations climatiques qui suivront.

En 1967, deux scientifiques, Syukuro Manabe et Richard Wetherald, prédisent

un doublement de la concentration de CO2 d'ici le début du XXIème siècle et une élévation

de la température moyenne de l'ordre de 2,5°C.46 C'est ainsi que la communauté internationale

commencera à se pencher sur la question.

Une première conférence sur l'Environnement sera organisée en juin 1972 à

Stockholm et fera de l'environnement une question majeure sur la scène internationale. Sous

l'égide des Nations Unies, elle réunira les pays développés et en développement, mais l'Union

soviétique d'alors et la plupart de ses alliés n'y participeront pas, certes la conséquence logique

du contexte géopolitique de l'époque.47

La Conférence de Stockholm a produit une déclaration de 26 principes et un

plan d'action de 109 recommandations parmi lesquelles la création d'un secrétariat qui centralisera

l'action en matière de l'environnement et réalisera la coordination entre les organes des

Nations Unies. Cette recommandation se matérialisera la même année sous le nom du Programme

des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). En outre , quelques objectifs spécifiques

ont été fixés : un moratoire de 10 ans sur la chasse commerciale à la baleine, la prévention

des rejets délibérés de pétrole en mer au plus tard en 1975 et rapport sur les utilisations

de l'énergie, au plus tard en 1975 . La Déclaration de Stockholm sur l'environnement et

les principes de Stockholm constituent le premier exemple de « droit international non contraignant

» concernant l'environnement. Comme le remarquera le professeur Mostafa Tolba,

chef de la délégation égyptienne : « ...l'une des principales responsabilités de cette conférence

est de diffuser une Déclaration internationale sur l'environnement ; un document qui

n'aurait pas force de loi mais qui, nous l'espérons, aurait une autorité morale, qui mettrait

dans le coeur des hommes le désir de vivre en harmonie les uns avec les autres et avec leur environnement

».48

46 Idem

47 La conférence de Stockholm eu lieu dans un contexte géopolitique particulier. La polarisation du monde, caractéristique

de la guerre froide, ne favorisait pas la réunion de tous les Etats pour une action internationale en

faveur de l'environnement. Il n'était normal que le bloc soviétique s'abstienne d'y participer car voyant en

cette conférence un « conglomérat capitaliste ».

48 NEBBIA (T.), Environnement et développement : vers l'intégration 1979-2002, UNEP, Nairobi, 2002, p. 3

22

En 1974, sous l'égide du Programme des Nations Unies pour l'Environnement

et de la Commission des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED)

sera organisé un colloque d'expert à Cocoyoc (Mexique). Présidé par Barbara Ward, il aura le

mérite de dresser la liste des facteurs économiques et sociaux qui entraineraient une détérioration

environnementale. La Déclaration de Cocoyoc, officiellement publiée à l'issue de ce colloque,

a eu une grande influence car elle a modifié la réflexion sur l'environnement.

Mais il faudra attendre la première Conférence Mondiale sur le Climat, en

1979, pour voir une assemblée scientifique internationale mettre en garde contre les changements

climatiques. Cette conférence parviendra à la conclusion que les émissions anthropiques

de dioxyde de carbone pouvaient avoir un effet à long terme sur le climat et la déclaration

adoptée par les participants appellera tous les gouvernements à "prévoir et prévenir celles

des conséquences possibles de l'action de l'homme sur le climat qui pourraient nuire au bienêtre

de l'humanité".49

Un Programme Mondial de Recherche sur le Climat est alors mis en place sous

la responsabilité de l 'Organisation Météorologique Mondiale (OMM), du Conseil International

des Unions Scientifiques (CIUS) et du Programme des Nations-Unies sur l ' Environnement

(PNUE). Il sera le cadre d'une coopération internationale à la recherche et une base pour

l'examen des grandes questions climatologiques durant les années 80 et 90, notamment celles

de l'épuisement de la couche d'ozone et du réchauffement mondial.

Les années 80 seront celles où la théorie des changements climatiques aura gagné

du terrain dans l'opinion publique. Il y'a tout d'abord le constat scientifique que les

courbes annuelles de température augmentaient de façon inquiétante. Du coup, les ONG environnementales

commenceront à pousser les Etats à une protection de l'environnement pour

empêcher un réchauffement planétaire à court terme. La presse a également joué un rôle important

dans ce lobbying en faveur de l'environnement. Les images de fumés, de fonte de

glace, pour ne citer que ceux là, seront les grandes vedettes de ce cirque médiatique qui se développera

et finira par convaincre l'opinion publique que nous courrions le risque des changements

climatiques imminents et qui auront beaucoup d'impacts négatifs.

49 CORNUT (P.), op cit

23

En 1987, la Commission « Brundtland »50, nommée quatre ans plus tôt par les

Nations unies, publiera son rapport « Our common future ». pour l'essentiel ce document est

une étude des solutions pour des problèmes parallèles de dégradation environnementale et de

manque de développement social et économique en demandant d'adresser ces problèmes. Ce

rapport aura le mérite de la popularisation de concept « développement durable » qui fut défini

comme étant un développement qui puisse répondre aux besoins présents sans toutefois compromettre

l'habilité des générations futures à répondre à leurs propres besoins.

Toronto, 1988. A l'occasion de la conférence sur l'atmosphère qui y est organisée

en juin, toujours sous l'égide du Programme des Nations-Unies sur l'Environnement

(PNUE) et de l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM), la communauté scientifique

alerte les responsables politiques, affirmant pour la première fois qu'il faut absolument stabiliser

la concentration atmosphérique de CO2 et précisant qu'à l'échelle mondiale, le premier objectif

devrait consister à réduire les émissions de CO2 d'environ 20% de leur valeur de 1988

d'ici à l'an 2005". Les participants recommanderont, pour la toute première fois, l'élaboration

d'une convention-cadre pour la protection de l'atmosphère. Aussi, à la suite d'une proposition

de Malte, l'Assemblée générale des Nations Unies se penchera pour la première fois sur la

question des changements climatiques en adoptant la résolution 43/53, dans laquelle elle a

considéré « l'évolution du climat comme une préoccupation commune de l'humanité, le climat

étant l'une des conditions essentielles de la vie sur Terre » et a estimé qu'il fallait «prendre en

temps voulu les mesures nécessaires pour traiter de l'évolution du climat dans un cadre mondial...

».51

Une plate forme scientifique intergouvernementale sera mise en place à la

même occasion : le Groupe Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat, GIEC en sigle. Sa

mission est de rassembler les donnés scientifiques, techniques et socio-économiques pertinentes

afin d'envisager les risques des changements climatiques liés aux activités humaines,

formuler et évaluer des stratégies possibles de prévention et d'adaptation. Cadre de confrontation

scientifique, le GIEC jouera un rôle important dans la compréhension de la question climatique

surtout pour les pays du sud où il n'existait, à l'époque, quasiment pas de programme

50 Du nom de sa présidente Mme. Gro Harlem BRUNDTLAND

51 Assemblée générale des Nations Unies, Résolution A/RES/43/53 du 6 décembre 1988, Nations Unies, New

York, 1988, op cit.

24

climatologique national. Son premier rapport de 1990 servira de base à la Conférence de Rio

qui donnera naissance à la Convention de Rio sur les changements climatiques.

En définitif, il faudra retenir qu'à la fin des années 80, il fut acquis que le climat

se réchauffait. En même temps, la mobilisation internationale se précisa. Toutes les rencontres

qui suivront ne serviront qu'à aplanir la route aux « négociations-climat » qui aboutiront

à la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

§2. Les instruments juridiques internationaux de lutte contre les changements

climatiques

L'adoption de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques

(1) marque une nouvelle phase dans l'appréhension de la question climatique : celle

d'une politique concertée des Etats dans la lutte contre le réchauffement anthropique. Agissant

dans son sillage, le Protocole de Kyoto (2) viendra renforcer ses mesures et consolider

cette action en faveur de la planète.

1. La convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques

Après avoir survolé son historique, il sera question d'analyser ses objectifs

et principes ainsi que son cadre institutionnel.

1.1 Historique de la Convention

Au début des années 90, les gouvernements, prenant acte des inquiétudes

scientifiques sur le réchauffement climatique et de la responsabilité humaine dans ce dérèglement,

commencèrent à reconnaitre la nécessité d'agir. Il faudra signaler que L'Europe

avait déjà pris le devant de la scène avec la "Déclaration de La Haye", en mai 1989, dans laquelle

24 Chefs d'Etat et de gouvernements s'engagèrent, sur l'initiative de la France, des

Pays-Bas et de la Norvège, à lutter contre le renforcement de l'effet de serre. En octobre 1990,

à l'occasion du Conseil Energie - Environnement de Luxembourg, les ministres de l'environnement

des 12 pays de la Communauté Européenne s'engagèrent à stabiliser les émissions de

CO2 de la Communauté à leur niveau de 1990 d'ici l'an 2000.52

52 CORNUT (P.), op cit, p.54

25

Mais le vrai pas décisif sera franchi lors de la seconde Conférence mondiale

sur le climat, tenue à Genève en novembre 1990. S'appuyant sur les conclusions du premier

rapport d'évaluation du GIEC, la déclaration finale confirmera que l'évolution du climat constitue

une préoccupation commune de l'humanité et préconisera l'instauration d'une Convention

internationale sur les changements climatiques.53

C'est dans ce contexte que l'Assemblée générale des Nations Unies adoptera,

22 décembre 1990, la résolution 45/212 par laquelle elle décidera : « d'établir sous ses auspices

un processus intergouvernemental unique de négociation, appuyer par le programme des

Nations Unies pour l'environnement et l'Organisation météorologique mondiale, sous la

forme d'un comité intergouvernemental de négociation chargé d'élaborer une Conventioncadre

concernant les changements climatiques et comportant des engagements appropriés et

de mettre au point tout autre instrument connexe qui pourrait être convenu, en tenant compte

des propositions qui pourraient être formulées par les Etats participant aux négociations, aux

travaux du groupe intergouvernementale d'experts pour l'étude et des conclusions des réunions

internationales sur la question[...]avant la Conférence des Nations Unies sur

l'environnement et le développement, qui aura lieu en juin 1992... ». 54 Ce Comité, présidé par

Jean Rippert, se réunira quatre fois en 1991 et deux fois en 1992 pour enfin adopter le 9 mai

1992, le texte de la Convention.

Formée d'un préambule de 23 points, de 26 articles et deux annexes, la Convention

cadre des Nations Unies sur les changements climatiques est un instrument qui pose

les principes directeurs d'une coopération dans le cadre de la lutte contre le réchauffement

climatique. L'article premier défini les changements climatiques comme des « changements

de climat qui sont attribués directement ou indirectement à une activité humaine altérant la

composition de l'atmosphère mondiale et qui viennent s'ajouter à la variabilité naturelle du

climat observée au cours de périodes comparables ». Sont aussi définis les gaz à effet de serre

qui sont « Les constituants gazeux de l'atmosphère, tant naturels qu'anthropiques, qui absorbent

et réémettent le rayonnement infrarouge ».

53 CORNUT (P.), op cit, p.54

54 Assemblée générale des Nations Unies, Protection du climat mondial pour les générations présentes et Futures,

A/RES/45/212 du 21 décembre 1990, Nations Unies, New York, 1990, p.160.

26

1.2 Objectifs et principes

Le présent point traite de l'objectif (art.2) et des principes (art.3) énoncés par la

Convention. Il convient de noter que les termes objectif et principes tels que donnés aux articles

précités ne figurent pas dans le texte négocié. Ils ont été rajouté pour besoin de commodité.

a) Objectif (art.2 de la convention)

Aux termes de l'article 2, l'objectif ultime de la Convention est de « stabiliser

conformément aux dispositions pertinentes de la Convention, les concentrations de gaz à effet

de serre dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique [résultant

de l'activité humaine] du système climatique ». Cet objectif est précisé puisque le texte prévoit

qu'il conviendra de l'« atteindre [...] dans un délai suffisant pour que les écosystèmes puissent

s'adapter naturellement aux changements climatiques, que la production alimentaire ne soit

pas menacée et que le développement économique puisse se poursuivre d'une manière durable

».

En énonçant cet objectif, la Convention traduit la crainte de voir le système

climatique terrestre menacé par une augmentation des concentrations de gaz à effet de serre

(GES) dans l'atmosphère, imputable à l'accroissement des émissions de GES d'origine anthropique.

Elle ne fixe pas, s'agissant des émissions totales de GES d'origine anthropique, de

limite à respecter pour atteindre l'objectif. Elle n'indique pas non plus le niveau des concentrations

totales de GES au-delà duquel une « perturbation anthropique dangereuse du système

climatique » se produirait. Les estimations de ces niveaux ne cessent de varier avec le progrès

scientifique et la nécessité politique de tenir compte de l'aptitude des sociétés à s'adapter aux

changements climatiques, laquelle est en constante évolution, vient encore compliquer les

choses. Un autre point important est que pour stabiliser les concentrations de GES dans

l'atmosphère à des niveaux proches de ceux observés aujourd'hui, il faudrait en fait, dès à

présent, réduire fortement les émissions car, une fois émis, les GES demeurent dans

l'atmosphère pendant longtemps: c'est le cas par exemple du dioxyde de carbone, dont le

temps de séjour dans le système climatique est en moyenne d'un siècle, voire plus.55

55 UNFCCC, Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques: Guide, Secrétariat de la Convention-

cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, Bonn, 2008, p. 24

27

b) Principes (art.3)

Les principes qui sous-tendent la Convention sont énoncés à l'article 3, dans

lequel il est également précisé que « ... Dans les mesures qu'elles prendront pour atteindre

l'objectif de la Convention et en appliquer les dispositions, les Parties se laisseront guider,

entre autres, par ce qui suit ».

Au paragraphe 1 de l'article 3, l'accent est mis sur le principe de l'équité et celui

des responsabilités communes mais différenciées, lequel a été également proclamé dans la

Déclaration de Rio de 1992 (Principe 7).

Dans le cadre de la Convention, ce principe a plusieurs applications. Les émissions

passées et présentes de GES se répartissent de façon inégale entre les Parties et celles-ci

ne disposent pas des mêmes capacités ni des mêmes ressources pour faire face aux causes et

aux effets des changements climatiques. Au paragraphe 1 de l'article 3, il est donc demandé

aux pays industrialisés «d'être à l'avant-garde de la lutte contre les changements climatiques

et leurs effets néfastes», ce qui conduit dans la Convention à distinguer entre les Parties visées

à l'annexe I et les Parties qui ne sont pas visées dans cette annexe (Parties non visées à

l'annexe I). À l'intérieur de ces deux grands groupes, de nouvelles distinctions sont faites

pour tenir compte des capacités différentes des Parties, de leur situation particulière et des facteurs

de vulnérabilité qui leur sont propres.56

En effet, si toutes les Parties ont pris des engagements au titre de la Convention,

engagements qui pour la plupart sont énoncés au paragraphe 1 de l'article 4, les Parties

visées à l'annexe I doivent satisfaire à des obligations particulières pour démontrer qu'elles

sont à l'avant garde de la lutte contre les changements climatiques. Le paragraphe 2 de

l'article 4 prévoit qu'il leur faut adopter des politiques et prendre des mesures pour atténuer

les changements climatiques en limitant leurs émissions de GES et en renforçant leurs puits et

réservoirs de GES. L'article 12 définit les modalités selon lesquelles les Parties communiquent

des informations sur l'application de la Convention. La Convention impose aux Parties

visées à l'annexe I de ramener leurs émissions de GES aux niveaux de 1990 avant 2000, mais

elle prévoit également un réexamen de l'adéquation de ces engagements.57

56 UNFCCC, Op cit, p. 26

57 Idem.

28

Une autre distinction est opérée entre les Parties visées à l'annexe I. D'une

part, les Parties visées à l'annexe II de la Convention (Parties visées à l'annexe II) sont tenues

d'apporter une aide financière aux pays en développement et de faciliter le transfert de technologies

à destination de ces pays pour les aider à s'acquitter des engagements pris au titre de

la Convention. D'autre part, les pays en transition sur le plan économique (pays en transition)

se voient accorder une certaine latitude dans l'exécution de leurs engagements en raison des

bouleversements économiques et politiques qu'ils ont connus récemment.58

Une distinction est faite également entre les Parties non visées à l'annexe I. Les

48 Parties classées dans la catégorie des pays les moins avancés (PMA) par l'Organisation des

Nations Unies bénéficient d'une attention particulière dans le cadre de la Convention, car ils

sont mal armés pour faire face aux changements climatiques et s'adapter à leurs effets néfastes.

Les Parties sont instamment invitées à tenir pleinement compte de la situation particulière

des PMA lorsqu'ils envisagent un financement ou le transfert de technologies. En outre,

les règles applicables en matière de communication d'informations sont moins strictes pour

les PMA que pour les autres Parties non visées à l'annexe I, les PMA pouvant soumettre leur

communication nationale initiale quand ils le souhaitent.59

La Convention reconnaît aussi que certaines catégories de pays en développement

sont particulièrement vulnérables face aux effets néfastes des changements climatiques.

Il s'agit des pays ayant des zones côtières de faible élévation et des pays sujets à la désertification

et à la sécheresse. D'autres pays, dont ceux qui sont fortement tributaires des recours

tirés des combustibles fossiles, sont plus vulnérables aux incidences économiques potentielles

des mesures prises pour faire face aux changements climatiques. Dans la Convention (aux paragraphes

8 et 9 de l'article 4), l'accent est mis sur les activités susceptibles de permettre de

répondre aux besoins et préoccupations spécifiques de ces pays vulnérables, tels que

l'investissement, l'assurance et le transfert de technologies.60

La différenciation des responsabilités au titre de la Convention ressort également

du paragraphe 7 de l'article 4, qui prévoit que la mesure dans laquelle les pays en développement

parties s'acquitteront effectivement de leurs engagements «dépendra de

l'exécution efficace par les pays développés parties de leurs propres engagements en ce qui

58 UNFCCC, Op cit, p. 26

59 Idem, p. 27

60 Ibid., p. 28

29

concerne les ressources financières et le transfert de technologies et tiendra pleinement

compte du fait que le développement économique et social et l'éradication de la pauvreté sont

les priorités premières et essentielles des pays en développement parties».

Le paragraphe 2 de l'article 3 vise à prendre en considération le fait que les

Parties seront touchées à des degrés différents par les changements climatiques et par les mesures

prises pour donner effet à la Convention. Il appelle à «tenir pleinement compte des besoins

spécifiques et de la situation spéciale des pays en développement parties, notamment de

ceux qui sont particulièrement vulnérables aux effets néfastes des changements climatiques,

ainsi que des Parties, notamment des pays en développement parties, auxquelles la Convention

imposerait une charge disproportionnée ou anormale». Cette disposition se situe dans le

droit fil du Principe 6 de la Déclaration de Rio.

Dans la Convention, cette disposition est développée au paragraphe 8 (Besoins

et préoccupations spécifiques des pays en développement parties), au paragraphe 9 (Besoins

particuliers et situation spéciale des PMA) et au paragraphe 10 (Situation des Parties dont

l'économie est vulnérable aux effets néfastes des mesures de riposte) de l'article 4.

Le paragraphe 3 de l'article 3 renvoie au principe de précaution, qui est très

présent dans le droit de l'environnement et les accords conclus dans ce domaine: «Quand il y

a risque de perturbations graves ou irréversibles, l'absence de certitude scientifique absolue ne

doit pas servir de prétexte pour différer l'adoption de telles mesures» - cette disposition reprenant

largement le texte du Principe 15 de la Déclaration de Rio.

Dans le prolongement de ce principe, l'accent est mis dans le même paragraphe

sur la nécessité d'un bon rapport coût-efficacité. Il s'agit d'éviter que les mesures prises en

application de la Convention ne pénalisent indûment l'économie. L'application conjointe

pourrait être un moyen de réduire les coûts au minimum (voir l'article 4.2 a).

Le paragraphe 4 de l'article 3 énonce le droit et l'obligation de promouvoir un

développement durable, dans le droit fil du Principe 3 de la Déclaration de Rio. Il est précisé

dans le même paragraphe que les politiques et mesures visant à protéger le système climatique

devraient être «adaptées à la situation propre de chaque Partie et intégrées dans les programmes

nationaux de développement, le développement économique étant indispensable

pour adopter des mesures destinées à faire face aux changements climatiques».

30

Le paragraphe 5 de l'article 3 défend le principe du libre-échange, appelant les

Parties à promouvoir un «système économique international qui soit porteur et ouvert et qui

mène à une croissance économique et à un développement durable de toutes les Parties, en

particulier des pays en développement parties, pour leur permettre de mieux s'attaquer aux

problèmes posés par les changements climatiques». Dans le même paragraphe, les Parties sont

appelées également à éviter que les mesures prises «constituent un moyen d'imposer des discriminations

arbitraires ou injustifiables sur le plan du commerce international ou des entraves

déguisées à ce commerce». Cet article est étroitement lié au Principe 12 de la Déclaration de

Rio.

1.3 Le cadre institutionnel de la Convention.

Plusieurs institutions et organes oeuvrent dans le cadre de la Convention. Il

s'agit, des institutions et organes créés en application de cet instrument, dont une brève analyse

de certains s'impose:

a) la Conférence des Parties à la Convention (COP)

Les travaux relatifs aux changements climatiques s'ordonnent autour des sessions

annuelles de la Conférence des Parties, qui rassemblent tous les pays qui sont parties à

la Convention. Au paragraphe 2 de l'article 7, la Conférence des Parties est définie comme

l'«organe suprême» de la Convention puisqu'elle en est la plus haute instance décisionnaire.

Suivant le paragraphe 2 de l'article 7, la Conférence des Parties est chargée de

faire le point de l'application de la Convention et de tout instrument juridique connexe et doit

prendre les décisions nécessaires pour favoriser l'application effective de la Convention. Son

rôle consiste, en particulier, à :

- Examiner les engagements des Parties en fonction de l'objectif de la Convention, de

l'évolution des connaissances scientifiques et de l'expérience acquise dans le cadre de

l'application des politiques relatives aux changements climatiques;

- Encourager et faciliter l'échange d'informations sur les mesures adoptées par les Parties

pour faire face aux changements climatiques et à leurs effets;

- Faciliter, à la demande de deux Parties ou davantage, la coordination des mesures adoptées

par celles-ci pour faire face aux changements climatiques et à leurs effets;

31

- Encourager et guider l'élaboration et le perfectionnement de méthodes comparables aux

fins des activités entreprises en application de la Convention, notamment de

l'établissement des inventaires des émissions et des absorptions de GES et de

l'évaluation de l'efficacité des mesures prises pour limiter les émissions et renforcer les

absorptions;

- Évaluer l'application de la Convention par les Parties, les effets des mesures prises par

celles-ci et les progrès accomplis pour se rapprocher de l'objectif ultime de la Convention;

- Examiner et adopter des rapports sur l'application de la Convention et en assurer la publication;

- Faire les recommandations nécessaires sur toute question aux fins de l'application de la

Convention;

- S'efforcer de mobiliser des ressources financières;

- Examiner les rapports soumis par ses organes subsidiaires et leur donner des directives;

- Exercer les autres fonctions qui peuvent se révéler nécessaires pour atteindre l'objectif

de la Convention, ainsi que toutes les autres fonctions qui lui sont assignées au titre de

la Convention.

Entre sa première session en 1995 et sa onzième session en 2005, la Conférence

des Parties a adopté 221 décisions conformément au paragraphe 2 de l'article 7. Indépendamment

de l'adoption de décisions, les travaux de la Conférence des Parties peuvent déboucher

sur d'autres résultats, tels que des déclarations ou des résolutions. Il s'agit de déclarations

politiques non contraignantes destinées à orienter les travaux découlant de la Convention

ou à exprimer la volonté de la Conférence des Parties. Ainsi, la Déclaration ministérielle de

Genève, dont la Conférence des Parties a pris note (sans l'adopter) à sa deuxième session, a

permis de relancer les négociations en vue de l'adoption du Protocole de Kyoto. Aux quatrième

et sixième sessions de la Conférence, les Parties ont adopté des résolutions pour exprimer

leur solidarité avec, respectivement, les pays d'Amérique centrale et les pays

d'Afrique australe, en particulier le Mozambique, frappés par des phénomènes météorologiques

extrêmes aux effets dévastateurs. Le plus souvent, les résolutions adoptées par les Par32

ties visent à faire part de leur gratitude aux pays qui accueillent les sessions de la Conférence.

61

b) le secrétariat

Le Secrétariat, appelé également Secrétariat des changements climatiques, assure

le service de la Conférence des Parties, des organes subsidiaires, du Bureau et des autres

organes créés par la Conférence des Parties. Il est basé à Bonn et son mandat, défini à l'article

8 de la Convention, est le suivant:

- Organiser les sessions des organes créés en application de la Convention, c'est-à-dire

de la Conférence des Parties et de ses organes subsidiaires;

- Aider les Parties, en particulier les pays en développement, à s'acquitter de leurs engagements;

- Appuyer les négociations; et

- Assurer la coordination avec les secrétariats des autres organismes internationaux compétents,

notamment le Fonds pour l'environnement mondial (FEM) et ses agents

d'exécution (Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Programme

des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et Banque mondiale, le

GIEC et les autres conventions apparentées.

c) les organes subsidiaires

La Convention a prévu la création de deux organes subsidiaires permanents, à

savoir l'Organe subsidiaire de conseil scientifique et technologique (SBSTA) à l'article 9, et

l'Organe subsidiaire de mise en oeuvre (SBI) à l'article 10. Ces organes donnent des avis à la

Conférence des Parties. Conformément au paragraphe 1 de l'article 9 et au paragraphe 1 de

l'article 10, il s'agit, dans les deux cas, d'organes multidisciplinaires ouverts à toutes les Parties

et les gouvernements s'y font représenter par des spécialistes.

Le SBSTA et le SBI, sont les principaux organes subsidiaires chargés

d'exécuter le programme de travail découlant de la Convention. Ils se réunissent deux fois par

an pendant une ou deux semaines, la première fois normalement en milieu d'année et, la seconde,

à l'occasion de la session annuelle de la Conférence des Parties. En général, vu le ca-

61UNFCCC, Op cit, p. 31

33

ractère plus technique de leurs activités, les personnes qui y siègent sont des spécialistes des

questions techniques plutôt que des négociateurs politiques de haut niveau et leurs sessions

rassemblent un peu moins de participants (environ 1 500) que celles de la Conférence des Parties.

Quant aux modalités d'organisation de leurs travaux, elles sont comparables à celles suivies

par la Conférence des Parties dont il a été question plus haut.62

Il convient de signaler qu'en vertu du point i du paragraphe 2 de l'article 7 des

organes peuvent spécialement être créés par la Conférence des Parties. Tel était le cas du

Groupe spécial du Mandat de Berlin (AGBM) qui sera crée à la première session de Conférence

des Parties et dont le rôle était de mener les négociations qui ont conduit à l'adoption du

protocole de Kyoto. En outre, la convention dispose d'un mécanisme financier assuré par le

fond mondial pour l'environnement.

Avec la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques

sont jetés les substrats d'une action juridique internationale dans le but de les contenir. Cependant,

elle n'est qu'une Convention cadre qui, par définition, ne fait qu' «... énoncer les

principes devant servir de fondement à la coopération des Etats parties dans un domaine déterminé...

», 63 la protection de l'environnement dans le cas d'espèce. En dépit des objectifs

tant louables qu'elle s'est fixée, la Convention ne définie pas avec pertinence les modalités de

réalisation de ces objectifs. C'est ainsi que, dès la première conférence des parties, il a été reconnu

l'inadéquation des engagements de la convention par rapport aux objectifs fixés et la

nécessité d'initier un nouveau cycle de négociation devant aboutir un instrument qui devra

renforcer la convention : le protocole de Kyoto.

62 UNFCCC, Op cit, p. 35

63 KISS (A.), « Les traités- cadres : une technique juridique caractéristique du droit international de

l'environnement », in AFDI, 1993, p. 793.

34

2. Le protocole de Kyoto

Apres un bref aperçu la cause de sa naissance, nous analyserons son contenu

ainsi que son mécanisme institutionnel.

2.1 Naissance du protocole de Kyoto : la question de l'adéquation de l'alinéa a et b

du paragraphe 2 de l'article 4

La question de l'adéquation des alinéas a et b du paragraphe 2 de l'article 4 de

la Convention découle de l'alinéa d du paragraphe 2 de ce même article 4, qui a été incorporé

dans le texte de l'instrument pour rassurer un certain nombre de pays qui craignaient que

l'engagement pris par les Parties visées à l'annexe I de ramener à l'horizon 2000 leurs émissions

de GES aux niveaux de 1990 ne soit pas suffisant.64

En effet, cette disposition prévoit que: «la Conférence des Parties, à sa première

session, examinera les alinéas a et b [du paragraphe 2 de l'article 4]65 pour voir s'ils

sont adéquats. Elle le fera à la lumière des données scientifiques et évaluations les plus sûres

concernant les changements climatiques et leur impact, ainsi que des données techniques, sociales

et économiques pertinentes. Sur la base de cet examen, la Conférence des Parties pren-

64 UNFCCC, Op cit, p. 94

65 Art 4§2 :« Les pays développés parties et les autres Parties figurant à l'annexe I prennent les engagements

spécifiques prévus ci-après:

a) Chacune de ces Parties adopte des politiques nationales et prend en conséquence les mesures voulues pour

atténuer les changements climatiques en limitant ses émissions anthropiques de gaz à effet de serre et en protégeant

et renforçant ses puits et réservoirs de gaz à effet de serre. Ces politiques et mesures démontreront

que les pays développés prennent l'initiative de modifier les tendances à long terme des émissions anthropiques

conformément à l'objectif de la Convention, reconnaissant que le retour, d'ici à la fin de la présente décennie,

aux niveaux antérieurs d'émissions anthropiques de dioxyde de carbone et d'autres gaz à effet de serre

non réglementés par le Protocole de Montréal contribuerait à une telle modification et, tenant compte des

différences entre ces Parties quant à leur point de départ et à leur approche, à leur structure économique et à

leur base de ressources, de la nécessité de maintenir une croissance économique forte et durable, des technologies

disponibles et des autres circonstances propres à chaque cas, ainsi que de la nécessité pour chacune de

ces Parties de contribuer de façon appropriée et équitable à l'action mondiale entreprise pour atteindre cet

objectif. Ces Parties peuvent appliquer de telles politiques et mesures en association avec d'autres Parties et

aider d'autres Parties à contribuer à l'objectif de la Convention, en particulier à celui du présent alinéa;

b) Afin de favoriser le progrès dans ce sens, chacune de ces Parties soumettra, conformément à l'article 12,

dans les six mois suivant l'entrée en vigueur de la Convention à son égard, puis à intervalles périodiques, des

informations détaillées sur ses politiques et mesures visées à l'alinéa a, de même que sur les projections qui en

résultent quant aux émissions anthropiques par ses sources et à l'absorption par ses puits de gaz à effet de

serre non réglementés par le Protocole de Montréal, pour la période visée à l'alinéa a, en vue de ramener individuellement

ou conjointement à leurs niveaux de 1990 les émissions anthropiques de dioxyde de carbone et

d'autres gaz à effet de serre non réglementés par le Protocole de Montréal. La Conférence des Parties passera

ces informations en revue, à sa première session puis à intervalles périodiques, conformément à l'article 7 »

35

dra les mesures voulues, qui pourront comporter l'adoption d'amendements aux engagements

visés aux alinéas a et b... ».

La première session de la conférence des Parties à la CCNUCC aura lieu en

mars 1995 à Berlin et, à l'occasion de celle-ci, un premier examen des alinéas a et b. Dans sa

décision 1/CP.1, intitulée le «Mandat de Berlin», la Conférence des Parties conclura que les

alinéas a et b du paragraphe 2 de l'article 4 n'étaient pas adéquats et initiera un nouveau cycle

de négociations visant à définir d'ici 1997 un protocole ou un autre instrument légal définissant

des nouveaux engagements plus spécifiques pour après l'an 2000. Aux termes du paragraphe

4 de son point 1, le processus de négociation devrait porter tout autant sur l'élaboration

de politiques et mesures que sur l'établissement d'objectifs quantifiés de limitation et de réduction,

à des horizons spécifiés tels que 2005, 2010 et 2020, des émissions nettes de gaz à

effet de serre. Ces objectifs de limitation et de réduction se situeront à un niveau inférieur à

celui de l'année de référence 1990.

Un autre point des négociations est le problème spécifique de l'association des

pays en développement au processus. Le mandat de Berlin spécifie que le nouveau cycle de

négociations conduirait tout au plus à réaffirmer les engagements existants des pays en développement

(au titre de l'article 4.1 de la Convention), aucun nouvel engagement ne devant être

introduit pour ces pays. La question de la participation progressive des pays en développement

à l'effort collectif de prévention du risque climatique reste néanmoins ouverte, en particulier

en ce qui concerne ceux d'entre eux qui se développent le plus rapidement. La Convention

Climat offre en effet à ces derniers la possibilité de rejoindre volontairement le groupe

des pays développés (article 4, § 2.g).66

L'adoption du "Mandat de Berlin" se traduira aussi par la mise en place d'un

groupe de négociation, le Groupe ad hoc du Mandat de Berlin ("AGBM") conformément au

point i du §2 de l'article 7. Cet organe spécifique à composition non limitée se réunira à plusieurs

reprises depuis, l'objectif étant de trouver un accord permettant l'adoption d'un Protocole

ou tout autre instrument légal à l'occasion de la troisième Conférence des Parties qui se

tiendra à Kyoto en décembre 1997. Différents projets de protocole seront discutés, dont une

proposition formulée par la Communauté Européenne, qui s'est prononcée pour une approche

combinant des engagements relatifs aux "politiques et mesures" qui devront être mises en

66 CORNUT (P.), Op cit, p.56

36

place et des engagements relatifs à des "objectifs quantifiés de limitation et de réduction" à

des horizons spécifiés. Fruit des travaux de la huitième session de l'AGBM, le Protocole de

Kyoto sera adopté le 11 décembre 1997. Quel en est le contenu ? Tel sera l'objet du point suivant.

2.2 Le contenu du Protocole de Kyoto

Si le protocole de Kyoto vient en complément de la CCNUCC, il en partage

tant les objectifs que les principes, une stabilisation des GES, tout en renforçant de manière

significatif la convention en engageant les Parties de l'annexe I à des objectifs individuels de

réduction légalement contraignant.

En effet, les Parties visées à l'annexe I qui sont également parties au Protocole

ont accepté d'être juridiquement liées par des engagements précis en matière de limitation ou

de réduction des GES. Ici encore est mis en évidence le principe de la responsabilité commune

mais différenciée tel que défini par le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention. Les

objectifs que toutes ces Parties se sont engagées à atteindre à cet égard sont consignés à

l'annexe B du Protocole.67 Les réductions prévues ont été calculées de façon à obtenir au total

une réduction d'au moins 5 % par rapport au niveau de référence pour l'ensemble du groupe,

l'année de référence étant normalement 1990.68 Toutefois, pour le choix de l'année de référence,

une certaine latitude est accordée aux pays en transition et pour certains types de gaz.69

Les objectifs de limitation et de réduction ne sont pas calculés pour une année

donnée; ils correspondent à la moyenne des réductions à opérer sur une période d'engagement

de cinq ans, de 2008 à 2012. La quantité maximale d'unités d'émission de dioxyde de carbone

(ou de leur équivalent dans le cas d'autres GES) qu'une Partie peut émettre pendant la période

d'engagement, si elle entend respecter pleinement l'engagement qu'elle a pris à cet égard, est

dénommée quantité attribuée.

67 UNFCCC, Op cit, p. 95

68 Idem.

69 Ibid.

37

Le Protocole ne fait pas de distinction entre les GES ni entre les sources, les

considérant dans leur globalité. S'agissant des GES, au lieu de définir des valeurs gaz par gaz,

il fixe des objectifs de réduction/limitation pour un ensemble de quatre gaz (dioxyde de carbone,

méthane, oxyde nitreux, hexafluorure de soufre) et deux catégories de gaz (les hydrofluorocarbones

et les hydrocarbures perfluorés), énumérés à l'annexe A du Protocole. Figure

également dans cette l'annexe la liste des secteurs qui sont à l'origine d'émissions de GES et

des catégories de sources correspondantes. À certaines conditions, un pays peut prendre en

compte les absorptions de GES par les puits pour s'acquitter de ses engagements. Même si à

chacune des Parties visées à l'annexe B correspond un engagement de réduction ou de limitation

particulier, le Protocole renferme une série de dispositions destinées à assurer une certaine

flexibilité. Les Parties peuvent se regrouper afin que leurs émissions soient comptabilisées

collectivement plutôt qu'individuellement; c'est ce qu'a choisi de faire l'Union européenne.

En outre le Protocole institue trois mécanismes de flexibilité dont une analyse profonde

fera l'objet du deuxième chapitre.70

Il prévoit que les engagements qui y sont énoncés seront réexaminés en vue

d'être renforcés au fil du temps. Il fixe à 2005 le début des négociations concernant les objectifs

à retenir pour la deuxième période d'engagement, les Parties visées à l'annexe I de la

Convention qui sont parties au Protocole devant, d'ici là, avoir progressé de façon manifeste

dans l'exécution de leurs engagements. En conséquence, à sa première session, la COP/MOP

a décidé d'engager un processus afin d'étudier les nouveaux engagements des Parties visées à

l'annexe I de la Convention pour la période postérieure à 2012 et a créé à cet effet un groupe

de travail spécial réunissant des Parties au Protocole de Kyoto. Ce groupe a été chargé de diriger

les travaux et de faire rapport sur leur état d'avancement à chaque session de la

COP/MOP (décision 1/CMP.1). Il a également été prié d'accomplir sa mission dans les meilleurs

délais afin d'éviter tout hiatus entre la première et la deuxième période d'engagement.71

2.3 Du système institutionnel mis en place par le Protocole de Kyoto

Dans le but d'assurer le respect des engagements, le Protocole de Kyoto prévoit

un système de contrôle ambivalent. Il s'agit d'une part d'un mécanisme d'observance du

protocole en général, assuré par le comité d'observance et d'autre part, un mécanisme spécifique

de régulation des mécanismes de flexibilité assuré par deux organes, le Comité exécutif

70 UNFCCC, Op cit, p. 95

71 Idem

38

du mécanisme de développement propre et le Comité de supervision de la mise en oeuvre conjointe

que nous analyserons dans la deuxième partie consacrée à l'étude des mécanismes de

flexibilité.

S'agissant du comité d'observance, il convient de retenir que celui-ci doté de

deux branches :

- une branche coercitive chargée de sanctionner le non-respect avéré des principales

obligations du Protocole (engagements quantifiés, obligations d'informations et

critères d'éligibilité aux mécanismes de flexibilité cfr chap. 2) ;

- et une branche facilitatrice chargée d'aider les Parties au Protocole à respecter leurs

engagements - et ce par un dispositif d'alerte reposant sur la délivrance d'avis et de

recommandations - et de faciliter une assistance technique et financière spécifique

aux pays en transition et en développement.

Le comité est composé de vingt experts, dont une majorité auront été proposés,

sur la base de leurs compétences individuelles, par les Parties n'ayant pas conclu d'engagements

quantifiés (c'est-à-dire aujourd'hui les pays en développement). Le système

d'observance comprend aussi des procédures qui garantissent les droits d'une Partie en difficulté,

l'accès du public à l'information non confidentielle échangée devant le Comité d'observance

ainsi qu'une résolution rapide des litiges (32 semaines devant la branche coercitive, sauf

pour les cas relatifs à la suspension du droit d'accès aux mécanismes de flexibilité pour lesquels

existe une procédure accélérée de 22 semaines). La saisine du Comité d'Observance est

ouverte à toute Partie en difficulté, et également à une Partie contre une autre. Aussi, une panoplie

de sanction est prévue, mettant en évidence le caractère contraignant du protocole. A

titre d'exemple, la suspension du droit de vendre des permis d'émission ou encore la suspension

aux mécanismes de flexibilité.

Aussi, il faudra signaler que certains organes de la Convention ont été retenus

comme organes du Protocole. Tel est le cas de la conférence des Parties et du Secrétariat de la

convention qui ont été retenues respectivement, aux termes des articles 13 et 14 du protocole,

comme réunion des parties et secrétariat du protocole.

39

De ce qui précède, il apparait clairement que si les changements climatiques

sont un phénomène naturel, l'homme, par ses activités, y exerce une influence non moins considérable.

Dès lors, la nécessité d'encadrer ce forçage anthropique a élevé le climat, depuis la

fin des années 70, au rang d'objet de droit international au même titre que la guerre, les relations

entre pays...

En dépit des hésitations dues à la divergence des intérêts étatiques, caractéristique

de la société internationale, les Etats sont quand même parvenu à un compromis sur la

question climatique et la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques,

ainsi que son protocole subséquent - le Protocole de Kyoto - en sont l'expression juridique.

Mais les objectifs de Kyoto ont un prix. Ce prix se répercute directement sur le

rythme socio-économique des Etats qui ont des engagements chiffrés. Dans ce contexte,

l'éventualité de son inefficacité ne fait l'ombre d'aucun doute ; la politique interne aura toujours

raison d'une politique commune en faveur du climat. La question qui demeure est celle

de savoir comment amortir ce « cout » qui inquiète des Etats industrialisés (habitués à certain

train de vie) et assurer par la même occasion l'efficacité de cette action internationale?

La réponse à cette question est à chercher dans l'outil économique auquel le

protocole fait appel, dans le but justement de rassurer les Etats industrialisés et à permettre à

ceux qui, parmi eux, sont des maillons faibles dans le domaine de la production-propre, de

tenir leur engagement : les mécanismes de flexibilité et le marché-carbone.

40

CHAPIITRE IIII.. LA PROTECTIION DE L''ENVIIRONNEMENT PAR LE

MARCHE--CARBONE

Le recours aux stratégies de marché comme moyen d'assurer une protection de

l'environnement est un phénomène nouveau et la principale innovation de Kyoto. Il se justifie

par la spécificité de la question climatique qui appel aussi des stratégies spécifiques.

En effet, comme nous avions eu l'occasion de le faire remarque ci-haut,

l'action climatique internationale, globale et nécessairement couteuse économiquement,

s'inscrit dans un contexte particulier où tous les Etats n'ont pas la même part de responsabilité.

Les Etats industrialisés, mis en avant plan dans cette action compte tenu de leur responsabilité

dans la dégradation du climat, doivent trouver en celle-ci (l'action) une certaine flexibilité

afin de les permettre de tenir leurs engagements respectifs sans qu'ils en ressentent trop

l'incidence sur le plan économique. En d'autres termes, les réductions de GES émis doivent

être les moins couteux possibles. Tel a été l'équation de Kyoto ; comment maximiser

l'efficacité d'une action environnementale internationale sous contrainte d'acceptabilité ?

Ainsi, l'instauration des mécanismes de flexibilité, et du marché-carbone par

ricochet, a donc été fondamentalement guidée par ce souci de réduire le coût des mesures (la

réduction des GES) tout en accroissant, par le recours aux instruments économiques,

l'efficacité du Protocole.72

Il sera donc question dans ce chapitre d'analyser les mécanismes de flexibilité

et l'émergence du marché carbone en réponse aux exigences de Kyoto (section 1) et de cerner

leurs effets dans la protection de l'environnement (section 2)

72 LASSUS Saint Génie (G.), Op cit, p.62

41

SECTION I. LES MECANISMES DE FLEXIBILITE ET L'EMERGENCE

D'UN MARCHE - CARBONE EN REPONSE AUX EXIGENCES

DE KYOTO

Cette section sera consacrée à l'étude des mécanismes de flexibilité consacrés

par le protocole (§1) ainsi que du marché qu'ils instituent : le marché-carbone (§2)

§1. Les mécanismes de flexibilité

Si les changements climatiques ont déjà, et auront encore, des effets sur nos

sociétés, les mesures d'atténuations de ceux-ci en auront aussi, sur tous les secteurs de la vie

mais surtout...sur les systèmes économiques. Le besoin de gérer cette particularité du dossier

climatique à emmener le Protocole de Kyoto a consacré des mécanismes de flexibilité.

En effet, cette option résulte de la lecture combinée des deux donnés essentielles

de la question climatique ; outre la prise en compte de l'envergure du cout des mesures

de réduction de GES et la volonté d'assurer l'efficacité du protocole (l'approche coutefficacité),

il s'agit de stabiliser la concentration de gaz à effet de serre présent dans

l'atmosphère. De ce fait, le lieu où s'opère la réduction de gaz à effet de serre est sans importance

car le résultat final obtenu- un certain état du climat- ne dépend quasiment pas de

l'endroit où les émissions de gaz à effet de serre sont produites.

La prise en compte de ces arguments conduira certains Etats à militer en faveur

des « ...instruments de marché assurant [...] une flexibilité géographique... »73, permettant

ainsi d'agir là où les coûts des réductions sont moins élevés en termes de progrès et de croissance

économique.

Les mécanismes de flexibilité tels que définis par les dispositions du Protocole

de Kyoto sont au nombre de trois. Il s'agit d'une part du mécanisme d'échange qu'incarne le

permis d'émission négociable (1) et d'autre part, des mécanismes sur base de projet : la mise

en oeuvre conjointe [MOC] et le mécanisme de développement propre [MDP] (2).

73 FAUCHEUX (S.), JOUMNI (H.), Economie et politique des changements climatiques, Paris, La Découverte,

2005, p. 70.

42

1. Le système international d'échange : le mécanisme de permis d'émission négociable

(art. 6 et 17)

La possibilité de mettre en place un commerce des droits d'émission résulte de

l'article 6 du Protocole de Kyoto qui prévoit que «...toute partie visée à l'Annexe I peut céder

à toute autre Partie ayant le même statut, ou acquérir auprès d'elle, des unités de réduction des

émissions... ». L'art. 17 reconnait le droit aux Parties de l'annexe B de «...participer à des

échanges de droits d'émission aux fins de remplir leurs engagements au titre de l'article

3... ». A cette fin chaque pays se voit attribuer une certaine quantité de gaz à effet de serre à

émettre, quantité fixée en fonction de ses objectifs chiffrés de réduction d'émissions à réaliser.

Cette unité de quantité attribuée, évaluable en tonne de dioxyde-carbone équivalent

(tCO2eq), est ensuite repartie entre les différentes entreprises nationales sous forme de permis

d'émission. Chaque permis donne ainsi le droit à son détenteur d'émettre une quantité précise

de gaz à effet de serre. Si une entreprise rejette plus de gaz que son permis ne le lui permet,

elle devra soit réaliser des investissements pour compenser ses émissions en surplus, soit

acheter un permis auprès d'une entreprise d'un autre pays n'ayant pas consommé la totalité de

son quota d'émission. D'autres crédits, les unités d'absorption, correspondent aux activités de

puits carbone.

Il s'agit donc, comme le notent Faucheux et Joumni : «...de créer une rareté

sur un bien (les émissions de gaz à effet de serre) avec pour conséquence la mise en place

d'un marché sur lequel les participants peuvent céder ou acquérir une partie des quantités

d'émissions... ».74

Il convient aussi de noter que si l'art.17 reconnait aux pays industrialisés le

droit de participer à des échanges de droits d'émission, cette participation vient en complément

aux mesures de réductions nationales. Cette option a été motivée par la volonté de ne

pas déboucher sur une simple transaction des droits de polluer.

74 FAUCHEUX (S.), JOUMNI (H.), Op cit, p. 71

43

2. Les mécanismes sur base des projets : la mise en oeuvre conjointe (art.6) et le

mécanisme de développement propre (art.12 )

A la différence des échanges de permis, où les droits d'émission ont un prix

monétaire bien défini, les transactions sur base des projets se font dans une logique de troc : il

s'agit de troquer ses unités de quantité attribuée contre un projet émanant d'une entité désireuse

de compenser ses émissions (pour atteindre ses objectifs de Kyoto ou d'un autre instrument

ou pour des raisons d'image). Le projet peut être de réduction d'émissions (projet énergétique

ou industriel) ou d'absorption (projet forestier).

Le Protocole de Kyoto prévoit deux mécanismes de projets, toujours dans le

but d'aider les 38 pays industrialisés figurant à l'annexe B d'atteindre leurs objectifs respectifs.

Il s'agit de la mise en oeuvre conjointe et du mécanisme de développement propre.

2.1 La mise en oeuvre conjointe

A l'instar du mécanisme de permis négociables, le mécanisme de mise en

oeuvre conjointe est aussi consacré par l'art.6 et supposent la participation de deux pays de

l'Annexe B. l'idée est simple : par un investissement sur un projet pouvant réduire des émissions

de GES dans un pays de l'annexe B, un autre pays, lui aussi de l'annexe b, reçoit des

crédits d'émission qui sont ajoutés à ses unités de quantité attribuée.

Les projets de ce type génèrent des unités de réductions des émissions (URE)

correspondant aux réductions d'émissions de GES ; leur quantité précise est certifiée par un

vérificateur indépendant. Les projets MOC doivent être approuvés par le pays hôte et enregistrés

auprès du Secrétariat de la CCNUCC. Ils ne créent pas de nouveaux crédits mais entraînent

le transfert des unités de réduction d'un pays de l'Annexe B vers un autre : pour chaque

crédit transféré et ajouté aux quotas du pays récipiendaire, la quantité équivalente de quotas

est annulée dans le pays hôte.75

Une grande majorité de projets MOC sont mis en oeuvre en Russie, en Ukraine

et dans les pays d'Europe de l'Est. Néanmoins, d'autres pays ont commencé à développer des

projets MOC, notamment l'Allemagne et la France.76

75 DELBOSC (A.) et PERTHUIS (C.), Les marchés du carbone expliqués, Paris, Caring for Climate Series, 2009, p.14

76 Idem

44

2.2 Le mécanisme de développement propre

L'art. 12 du protocole établi un mécanisme de développement « propre ». Ce

mécanisme s'appuie sur le même principe que le MOC, mis à part le fait qu'il est mis en

oeuvre dans des pays qui ne font pas parties de l'Annexe B. Leur financement doit être assuré

par un pays de l'Annexe B, ou un porteur de projet basé dans un pays de l'Annexe B. Une fois

le projet approuvé et enregistré auprès du Secrétariat de la CCNUCC et les réductions

d'émissions vérifiées par une entité indépendante, les participants aux projets MDP reçoivent

la quantité correspondante d'unités de réduction certifiée des émissions (URCE, ou CER pour

Certified Emissions Reductions). Les pays non Annexe B n'ayant pas de plafond d'UQA, les

crédits MDP sont créés ex-nihilo.77

Aux termes du §2 du même article mécanisme pour un développement

«propre» poursuit un double objectif ; « ...aider les Parties ne figurant pas à l'annexe I à parvenir

à un développement durable ainsi qu'à contribuer à l'objectif ultime de la Convention,

et d'aider les Parties visées à l'annexe I à remplir leurs engagements chiffrés de limitation et

de réduction de leurs émissions ». Il s'agit en fait de promouvoir l'investissement des pays

industrialisés dans les PED et encourager le transfert des technologies faiblement émettrices

de GES.

Si le système de Kyoto avait défini clairement ses objectifs, il ne permettait pas

le déploiement, en son sein, d'un dispositif complet et cohérent d'incitation au respect des engagements

ainsi que de contrôle de ce respect. Dans le cas spécifique des mécanismes de

flexibilité, plusieurs zones d'ombre demeuraient quant à leur mise en ouvre.

Il y'a d'abord la question de la supplémentarité car le Protocole spécifie que les

mécanismes de flexibilité viennent en appui à des mesures et politiques nationales de réduction.

Comment alors éviter que certains pays de l'annexe B, sans réaliser des efforts de réduction

au plan interne, réalisent l'essentiel de leurs réductions par les mécanismes de flexibilité?

En outre, les dispositions instituant ses mécanismes ne se limitent qu'à définir

les critères de participation à ces mécanismes et à la limite, à mettre sur pied un comité de supervision.

Ni plus ni moins.

77 DELBOSC (A.) et PERTHUIS (C.), Op cit, p.14

45

Or, un dispositif d'observance serait la clé de voute d'une bonne mise en oeuvre

des mécanismes de flexibilité et un pare-feu à une application anarchique des articles 6, 12 et

17.

C'est dans le souci de palier à cette carence, que lors de la COP778 (qui devait

préparer l'entrée en vigueur du Protocole), l'essentiel des négociations porteront sur la mise

en oeuvre des mécanismes de flexibilité. Conformément au §2 de l'art.6, à l'art.12 §7 et à l'art

17 du Protocole, les accords de Marrakech adopteront quatre décisions :

- 15/CP.7 portant principes, nature et champ d'application des mécanismes prévus aux

articles 6, 12 et 17 du Protocole de Kyoto .

- 16/CP.7 portant lignes directrices pour l'application de l'article 6 du Protocole de

Kyoto

- 17/CP.7 relative aux modalités et procédures d'application d'un mécanisme pour un

développement propre tel que défini à l'article 12 du Protocole de Kyoto.

- 18/CP.7 relative aux modalités, règles et lignes directrices applicables à l'échange de

droits d'émission (art. 17 du Protocole de Kyoto).

La décision 16 /CP7 concerne essentiellement le mécanisme de mise en oeuvre

conjointe. Après un rappel des définitions en son paragraphe premier, elle définie le rôle de la

COP qui est de donner l'orientation concernant l'application de l'art.6.Quant à la supervision

78 La 7ème session de la Conférence des Parties (COP/MOP), tenue à Marrakech du 29 octobre au 10 novembre

2001 à déboucher sur les accords de Marrakech. Les principaux enjeux des négociations de la CP 7 étaient de

permettre l'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto malgré le retrait en mars 2001 des Etats-Unis, de ne pas

renégocier l'accord de Bonn comme étaient suspectés de vouloir le faire la Russie, le Canada, le Japon et

l'Australie et d'établir un système contraignant. L'accord conclu à Marrakech finalise donc le Plan d'Action de

Buenos Aires établi en 1998 en résolvant plusieurs problèmes techniques sensibles. Les points principaux de

l'Accord de Marrakech concernent :

· le maintien de l'intégrité de l'accord politique conclu à Bonn en juillet 200 1 ;

· la mise en place d'un système de respect des engagements fort qui sera d'application dès l'entrée en vigueur

du Protocole de Kyoto, mais la question de la contrainte légale a été reportée à la prochaine CP ;

· les règles et modalités des mécanismes prévus dans le Protocole Kyoto, ce qui permet un départ rapide des

projets MDP et le lancement dès 2008 des projets d'AC ;

· un marché international de droit d'émissions qui sera mis sur pied dès 2008 ;

· la définition des règles d'éligibilité pour participer aux mécanismes de flexibilité ;

· les procédures de surveillance et de rapport ont été établies en ce qui concerne les mécanismes de flexibilité

ainsi que des procédures de comptabilisation : les unités d'émissions issues des 3 mécanismes de flexibilité

peuvent être transférées plusieurs fois comme des unités égales ;

· des règles pour l'utilisation de crédits à partir d'activités de puits dans la foresterie et l'agriculture, ce qui renforce

l'intégrité environnementale du Protocole de Kyoto ;

· un ensemble de décisions pour les pays les moins développés vulnérables aux effets du changement climatique

qui prévoit l'octroi des ressources nécessaires dans les prochaines années pour les aider à construire

leurs capacités à adapter leurs économies aux inévitables effets des changements climatiques.

46

de ce mécanisme, il a été institué un comité de supervision du MOC composé des représentants

des Parties au protocole. Ses rôles et fonctions sont définis au §3.79 Les critères de participation

et d'admissibilité des Parties au MOC sont établis du §20 au §29. Le §30 éclaire

quant à la procédure de vérification des projets et de leurs admissibilités au MOC.

S'agissant du mécanisme pour un développement propre, la décision 17/CP7

en définie les modalités et procédure d'application. Elle institue un Conseil exécutif chargé de

superviser le MDP sous l'autorité de la COP/MOP. Ses fonctions et sa composition sont posées

respectivement par le §5 et 8.80Sont aussi définies, les normes d'accréditation et les

79 Décision 16/CP7 §3 :

« Le comité de supervision au titre de l'article 6 supervise la vérification des URE générées par des activités

menées dans le cadre de projets relevant de l'article 6, visée dans la section E ci-dessous. Ses fonctions sont les

suivantes:

a) Rendre compte de ses activités à chaque session de la COP/MOP;

b) Accréditer les entités indépendantes conformément aux normes et procédures figurant à l'appendice A ;

c) Examiner les normes et procédures d'accréditation des entités indépendantes visées à l'annexe A, en prenant

en considération les travaux pertinents menés par le conseil exécutif du mécanisme pour un développement

propre (MDP) et, le cas échéant, en faisant des recommandations à la COP/MOP sur la révision de ces

normes et procédures;

d) Examiner et réviser les lignes directrices en matière de notification et les critères intéressant la détermination

des niveaux de référence et la surveillance visés à l'appendice B ci-après, pour examen par la COP/MOP, en

prenant en considération les travaux pertinents menés par le conseil exécutif du MDP, selon qu.il conviendra;

e) Élaborer le descriptif du projet relevant de l'article 6, aux fins d'examen par la COP/MOP, en prenant en considération

l'appendice B de l`.annexe sur les modalités et procédures d'application d'un mécanisme pour un

développement propre et en prêtant attention aux travaux pertinents menés par le conseil exécutif du MDP,

selon qu'il conviendra;

f) Entreprendre la procédure d'examen indiquée aux paragraphes 35 et 39;

g) Élaborer tout règlement intérieur complétant les dispositions de la présente annexe, aux fins d'examen par

la COP/MOP.

80 Le Conseil exécutif supervise le MDP sous l'autorité de la COP/MOP et suivant les orientations que celle-ci

pourra lui donner, et est pleinement responsable devant la COP/MOP.

À cet égard, le conseil exécutif:

a) Fait des recommandations à la COP/MOP au sujet de nouvelles modalités et procédures pour le MDP, selon

qu'il convient;

b) Fait des recommandations à la COP/MOP au sujet des modifications ou des ajouts éventuels à apporter, s'il y

a lieu, au règlement intérieur du Conseil exécutif figurant dans la présente annexe;

c) Fait rapport sur ses activités à la COP/MOP à chacune des sessions de cette dernière;

d) Approuve les nouvelles méthodes concernant, entre autres, la définition des niveaux de référence, les plans

de surveillance et la délimitation du périmètre des projets, conformément aux dispositions de l'appendice C ciaprès;

e) Examine les dispositions concernant les modalités et procédures simplifiées et la définition des activités de

projet de faible ampleur et fait des recommandations à la COP/MOP;

f) Est responsable de l'accréditation des entités opérationnelles, conformément aux normes d'accréditation

figurant dans l'appendice A ci-après, et fait des recommandations à la COP/MOP au sujet de la désignation des

entités opérationnelles, conformément au paragraphe 5 de l'article 12. Cette responsabilité consiste notamment

à:

i) Se prononcer sur le renouvellement, la suspension et le retrait de l'accréditation;

ii) Mettre en oeuvre les procédures et normes d'accréditation;

47

fonctions des entités opérationnelles chargées de valider les activités de projets proposés.81 Le

paragraphe 28 quant à lui, concerne les critères de participation au MDP. L'évaluation du projet,

sa validation et son enregistrement sont régis au §35. La vérification et la certification du

projet au §61. Et enfin la procédure de délivrance d'unités de réduction certifiées au §64.

Quant à l'application de l'échange des droits d'émission, c'est la décision

18/CP7 qui en établit les modalités, règles et lignes directrices, dans la même logique que

pour les deux mécanismes précédents, mis à part le fait que ces sont les parties prenantes qui

supervisent la cession ou l'acquisition des crédits-carbone.82

g) Examine les normes d'accréditation figurant dans l'appendice A ci-après et fait des recommandations à la

COP/MOP pour qu'elle les examine, selon qu'il convient;

h) Fait rapport à la COP/MOP sur la répartition régionale et sous-régionale des activités de projet relevant du

MDP en vue d'identifier les obstacles systématiques ou systémiques à leur distribution équitable;

i) Rend publiques les informations pertinentes, qui lui ont été soumises à cette fin, sur les activités de projet

proposées au titre du MDP pour lesquelles un financement est nécessaire et sur les investisseurs à la recherche

de possibilités d'investissement afin d'aider à organiser, si nécessaire, le financement d'activités de projet relevant

du MDP;

j) Rend publics tous les rapports techniques qui auront été commandés et prévoit une période de huit semaines

au minimum pour permettre au public de faire des observations sur les projets de méthodes et

d'orientations avant que la version définitive des documents soit mise au point et que des recommandations

éventuelles soient présentées à la COP/MOP pour qu'elle les examine;

k) Établit, gère et tient à la disposition du public un recueil des règles, procédures, méthodes et normes approuvées;

l) Établit et tient le registre du MDP tel que défini à l'appendice D ci-après;

m) Met sur pied et gère une base de données accessible au public sur les activités de projet relevant du MDP

qui contient des informations sur les descriptifs des projets enregistrés, les observations reçues, les rapports de

vérification, ses décisions ainsi que des informations sur toutes les URCE délivrées;

n) Examine les questions de respect des modalités et procédures d'application du MDP par les participants aux

projets et/ou des entités opérationnelles et en rend compte à la COP/MOP;

o) Élabore et recommande à la COP/MOP, pour qu'elle les adopte à sa session suivante, des procédures permettant

d'effectuer un réexamen ainsi qu.il est indiqué aux paragraphes 41 et 65 ci-après, y compris des procédures

visant notamment à faciliter l'examen des informations provenant des Parties, des parties prenantes

et des observateurs accrédités au titre de la Convention. Tant qu'elles n'auront pas été adoptées par la

COP/MOP, ces procédures seront appliquées à titre provisoire;

p) S'acquitte de toutes les autres fonctions qui pourront lui être dévolues en vertu de la décision 17/CP.7, de la

présente annexe et des décisions pertinentes de la COP/MOP.

81 17/CP7 §20-27

82 18/CP7 §5

48

Schématisation simplifiée des mécanismes de flexibilité

Avec les contraintes de Kyoto et les mécanismes de flexibilité, les émissions de

CO2 deviennent des véritables actifs négociables dans un lieu où l'offre (une émission évitée)

peut rencontrer une demande (des émissions à compenser), le marché carbone, et qui fera

l'objet du paragraphe suivant.

§2. Les marchés-carbone

Il sera question dans ce paragraphe de cerner la typologie de ces marchés(1),

leurs acteurs(2) ainsi que leur dynamique(3), ceci après avoir dit un mot sur l'historique de

leur apparition. Cependant, comprendre les marché-carbone nécessite préalablement

d'appréhender la notion même du marché.

49

v Notion générale du marché

Dans le langage courant, qui remonte sans doute à 1' Antiquité, on utilise le

mot marché pour désigner un lieu géographique où s'échangent des produits. On parlera ainsi

de la place du marché où l'on ira faire ses courses le dimanche.

En analyse économique, on s'est peut-être inspiré de cet ancien vocabulaire,

mais on en a étendu progressivement le sens jusqu'à faire disparaître, à la limite, les connotations

physiques d'origine. Aujourd'hui, dans son sens le plus général, un marché est un réseau

d'échanges au sein duquel on retrouve l'ensemble des acheteurs et des vendeurs, observés ou

potentiels, d'un produit donné.83

Augustin Cournot va plus loin quand il dit qu' «...on sait que les économistes

entendent par marché, non pas un lieu déterminé où se consomment les achats et les ventes,

mais tout un territoire dont les parties sont unies par des rapports de libre commerce, en sorte

que les prix s'y nivellent avec facilité et promptitude.»84

La lecture combinée de cette observation de Cournot et de la définition donnée

ci-haut permet de dégager certains éléments caractéristiques du marché qui, confrontés à la

pratique des transactions ou d'échange des crédits-carbone, permettent d'affirmer que ces

derniers sont véritablement des marchés :

- Un produit donné car un marché se définit toujours par « ...référence à un bien qui

doit être clairement identifié et homogène ...».85 Dans le cadre des transactions sous

examen, le produit est bel et bien les émissions de CO2 (unité de quantité attribuée et

crédits) et, en dépit du fait que le Protocole de Kyoto impose des limites de réduction

concernant six GES, l'unité de mesure des quotas qui est l'équivalent carbone assure

une homogénéité du produit.

- Des acheteurs et des vendeurs qui sont les acteurs du marché. A l'origine de

l'essentielle de l'offre et de la demande 86, ils sont, dans le cadre de Kyoto de nature

très diverse, partant des Etats aux simples particuliers, en passant par les personnes

83 RAYNAULD (A.), « Observations sur la notion de marché », in L'Actualité économique, vol. 67, n° 2, 1991, p.

219

84 COURNOT (A.), Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses, citées par RAYNAULD

(A.), Op cit, p. 219

85 RAYNAULD (A.), Op cit, p.220

86 http://www.fimarkets.com/finance-carbone/introduction.html

50

morales, tant de droits publics que de droits privées, les organisations nongouvernementales...

- Un prix qui varie selon le rapport offre-demande. Chaque marché carbone est doté de

caractéristiques propres tant en termes d'industries et de gaz couverts qu'en termes

d`objectifs de réduction. Ces différences d'ambitions expliquent pourquoi le prix de la

même commodité, une tonne d'équivalent CO2, peut varier de moins d'1 € à presque

20 € suivant le marché carbone.87

v Historique des marchés-carbone

En 1920, Arthur-Cecil Pigou (1877 - 1959), économiste libéral britannique,

met en lumière le problème des externalités. Ce terme recouvre les impacts, positifs ou négatifs,

qu'une activité économique peut avoir sur d'autres acteurs sans qu'ils soient reflétés dans

le prix final.88

Pigou prend pour exemple les escarbilles, ces morceaux de charbon incandescents

qui sont éjectées par la cheminée des locomotives de l'époque et qui provoque des incendies

à proximité des voies de chemins de fer. Il s'agit d'un cas typique d'externalité négative

: l'activité ferroviaire crée un préjudice économique et environnemental pour lequel la

société de chemin de fer ne paie pas. Pigou suggère donc que l'Etat impose aux sociétés de

chemin de fer une taxe assise sur les risques de dommages provoqués par les escarbilles. Cette

taxe devrait inciter les sociétés de chemins de fer à équiper leurs locomotives de systèmes anti-

escarbilles et permettra également de dédommager les victimes. La première écotaxe vient

de voir le jour.89

Quarante ans plus tard, un autre économiste, Ronald Coase, critique cette solution

fiscale qui repose en grande partie sur l'intervention de l'état et qui nuit à l'efficacité

économique du système. En effet, il implique une augmentation du prix du billet de train.

Coase propose donc d'attribuer des droits de propriété de l'environnement. Ensuite, ces

87 DELBOSC (A.) et PERTHUIS (C.), Op cit, p.12

88 http://www.CO2solidaire.com/ prise-conscience.html

89 http://www.CO2solidaire.com, Op cit.

51

droits sont échangeables sur un marché par transactions privées entre les différents acteurs

concernés.90

Dès le début des années 1960, les Etats-Unis lance un plan de lutte contre une

pollution atmosphérique persistante : le Clean air act. En 1990, un volet y est ajouté afin

d'intégrer le problème des pluies acides, provoquées notamment par la combustion du charbon

dans les centrales électriques thermiques, qui émet de fortes quantités de dioxyde de

souffre (SO2) : le programme Acid Rain. Il prévoit un véritable marché des droits à polluer,

suivant en cela les préconisations de Coase. En fonction d'un objectif de réduction fixé à

l'avance, le pouvoir politique attribue aux industriels ce que l'on peut concevoir comme des

tickets de rationnement de SO2, appelés «permis d'émissions». A la fin de l'année,

l'exploitant est tenu de présenter aux autorités autant de permis que de tonnes de SO2 réellement

émises. Entre les deux, le marché, qui autorise un échange de quotas entre les acteurs,

sans droit de regard des autorités. Cette technique des quotas échangeables, appelée Cap and

trade (attribution d'un plafond d'émissions - cap - et échange sur un marché - trade) constituera

le socle des mécanismes du Protocole de Kyoto. Ce sont donc les Etats-Unis, sur la base

des résultats positifs de leur programme Acid Rain, qui auront façonné le Protocole de Kyoto...

sans jamais le ratifier.91

Appliqués aux émissions de GES dans le cadre du Protocole de Kyoto, puis à

différents niveaux régionaux et multinationaux, les marchés-carbone sont en plein expansion.

Le plus développé à ce jour est le marché européen d'échange de quotas de CO2 (EU ETS

pour European Union Emissions Trading Scheme).

1. Types de marché-carbone

Il existe deux grands types de marchés-carbone. D'une part, les marchés régulés

(1.1) qui font intervenir des acteurs qui ont des engagements de réduction d'émission dans

le cadre d'accords internationaux ou de politiques nationales. D'autre part, les marchés volontaires

(1.2), qui fonctionnent en dehors d'engagements formels de réduction.

90 http://www.CO2solidaire.com, Op cit

91 Idem

52

1.1 Les marchés régulés

Les marchés de carbone régulés sont ceux où les Etats ou opérateurs économiques

sont contraints par des plans de réduction d'émissions de carbone issus d'accord internationaux

ou régionaux.

a) Les marchés régulés du système de Kyoto

Dans le cadre du Protocole de Kyoto, les directives européennes (2003/87/EC

dite « quotas » et 2004/101/EC dite « projets ») ont défini un marché européen du carbone,

effectif depuis le 1er janvier 2005. Ce marché, appelé EU ETS (European Union Emission

Trading System), est une mesure communautaire pour réduire les émissions et atteindre les

objectifs de Kyoto. Il concerne environ 12.000 sites industriels émetteurs de gaz à effet de

serre en Europe. Les entreprises se voient attribuer des quotas d'émission au travers des Plans

Nationaux d'Attribution des Quotas (PNAQ) et peuvent échanger des quotas. Une entreprise

qui ne respectera pas ses engagements se verra attribuée une pénalité de 40 € par tonne de

CO2 émise en plus de son quota. Cette taxe est passée à 100 € en 2008.

Le marché européen est connecté au marché MDP. Selon la directive "projets",

les entreprises européennes peuvent également avoir recours à des crédits issus de projets

MDP ou MOC en plus des quotas internes à l'Europe. Toutefois, selon cette directive, seuls

les projets de réduction d'émissions (projets énergétiques et industriels) sont concernés, les

crédits issus de projets MDP forestiers ne sont pas utilisables. Des propositions ont été soumises

par des ONG ou des scientifiques dans le but d'étendre le marché ETS aux crédits MDP

forestiers.92

Quant au marché-carbone anglais, il a été mise en place d'un marché national

du carbone dès 2002. Les entreprises ont des objectifs de réduction et peuvent s'échanger des

permis d'émission. Ce marché est intégré dans le marché de l'Union Européenne, mais il concerne

un éventail plus large d'entreprises.93

Le Canada et le Japon mettent également en oeuvre des marchés nationaux pour

veiller au respect des engagements du Protocole de Kyoto. Par exemple, dans le cadre du

92 GARDETTE (Y-M.) & LOCATELLI (B.), Les marchés du carbone forestier : Comment un projet forestier peut-il

vendre des crédits carbone ?, Paris, CIRAD, 2007, p.12

93 GARDETTE (Y-M.) & LOCATELLI (B.), Op cit, p.12

53

JVETS (Japan's Voluntary Emission Trading Scheme), les industriels japonais s'engagent volontairement

à réduire leurs émissions et peuvent échanger des permis.94

b) Les marchés régulés en dehors du système de Kyoto

Aux Etats-Unis et en Australie, des marchés-carbone ont vu le jour bien que

ces pays aient décidé de ne pas ratifier le protocole de Kyoto. En Australie, un système de réduction

des émissions est en place depuis janvier 2003 dans l'Etat de la Nouvelle Galles du

Sud et depuis 2005 dans l'Etat d'ACT (Territoire de la Capitale Australienne, Canberra). Les

entreprises productrices d'énergie doivent réduire leurs émissions et peuvent s'échanger des

permis.95

Aux Etats-Unis, malgré l'absence d'initiative du gouvernement fédéral, les

gouvernements d'Etats se sont concertés pour la mise en place de marchés régionaux. En Décembre

2005, l'initiative RGGI (Regional Greenhouse Gas Initiative) a vu le jour dans sept

Etats du Nord-Est et, en Février 2007, la WRCAI (Western Regional Climate Action Initiative)

a été décidée pour cinq Etats de l'Ouest. Ces deux initiatives sont des systèmes de "capand-

trade", c'est à dire des systèmes où l'on fixe un objectif de réduction d'émissions avec

possibilité d'échanger des permis, comme pour le Protocole de Kyoto ou le marché EU

ETS.96

1.2 Les marchés volontaires

A coté des marchés régulés, il existe des marchés volontaires où des organisations

ou des individus cherchent à acheter des crédits-carbone pour compenser leurs émissions,

pour des raisons éthiques ou d'image publique.97Ils se distinguent des marchés

d'engagements par :

- Leur cadre réglementaire défini directement l'opérateur du marché (le Chicago

Climate Exchange par exemple) ou selon une norme spécifique (par exemple le

Voluntary Carbon Standar) ;

- Des objectifs de réduction d'émissions sur base volontaire de l'industriel adhérent

au marché ;

94 GARDETTE (Y-M.) & LOCATELLI (B.), Op cit, p.12

95 Idem

96 Ibid., p.13

97 http://www.fimarkets.com, Op cit.

54

- La diversité des participants. Il n'existe en général pas de restriction ni sur le

secteur industriel ni sur sa localisation ;

- Les produits échangés qui peuvent être des produits carbones existants sur des

marchés régulés ou des produits carbones standardisés, propres à ce marché là

c'est-à-dire issu d'un projet non éligible selon les critères d'un cadre réglementé.

Aux Etats-Unis, la bourse d'échanges de Chicago (CCX, Chicago Climate Exchange)

regroupe des entreprises ayant décidé de réduire volontairement leurs émissions. Sur

ce marché effectif, les entreprises échangent des permis d'émissions et des crédits issus de

projets.98

Le marché de détail concerne les particuliers ou les entreprises qui cherchent à

compenser leurs émissions, généralement en finançant des projets de réduction d'émissions ou

des projets de séquestration de carbone. De nombreux intermédiaires existent et s'emparent de

niches de marchés, comme celle de la compensation des émissions des voyages aériens.99

Les marchés volontaires peuvent quelquefois être liés aux autres marchés. Par

exemple, certaines compagnies proposant des compensations d'émissions, comme Atmosfair1

et MyClimate2, achètent des crédits de projets MDP et les annulent pour qu'ils ne permettent

d'autoriser des émissions par ailleurs. D'autres organisations permettent à des particuliers

d'acheter des crédits sur le marché européen pour les annuler. Les crédits achetés par des particuliers

réduiront la quantité d'émissions totales permises pour les entreprises sur le marché

réglementé.100

2. Les acteurs des marchés-carbone

Il existe sur les marché-carbone, plusieurs acteurs qui déterminent l'offre et la

demande. Si les Etats sont les acteurs par excellence, il y'a aussi les entreprises (dans le cadre

des mesures nationales) ainsi que les investisseurs financiers qui y jouent un rôle non moins

considérable.

98 GARDETTE (Y-M.) & LOCATELLI (B.), Op cit, p.13

99 Idem, p.14

100 Ibid.

55

2.1 Les Etats

Sujets par excellence du droit international, les Etats sont les principaux acteurs

des marchés-carbone. Ces sont eux qui ratifient les accords et qui, évidemment, prennent des

engagements chiffrés sur base desquelles on leur attribue les UQA, objet des transactions en

cas de réserve ou de dépassement.

2.2 Les entreprises

Nous avions vu précédemment que les UQA acquises par les Etats, selon leurs

engagements chiffrés respectifs, étaient réattribuées aux entreprises nationales selon plans interne

d'attribution des quotas. Ainsi, elles peuvent vendre ou acquérir des crédits selon

qu'elles ont pues éviter ou dépasser leurs quotas. Cette situation fait d'elles des acteurs importants

sur les marchés-carbone.

2.3 Les autres acteurs et les intermédiaires des marchés-carbone

A coté de ses deux acteurs, ils existent aussi des investisseurs financiers. Cette

dernière catégorie regroupe à la fois les grandes institutions financières, tout comme les

grandes banques, et même toute personne physique ou morale désireuse d'acheter ou de

vendre des quotas à titre personnel. Par ailleurs, comme dans le marché général, il existe aussi,

au sein du marché-carbone, des intermédiaires.

En effet, la technicité et la complexité des marchés-carbone obligent souvent

les éventuels acheteurs ou vendeurs à recourir à des personnes ayant maîtrisé les arcanes de

ceux-ci. Ces intermédiaires sont les brokers, les traders et les fonds-carbone.

Le broker peut être assimilé à un courtier. Principal intermédiaire de marché

de permis, il ne fait que mettre en contact l'éventuel acheteur et vendeur de crédits-carbone. Il

est rémunéré par une commission sur le coût de la transaction.

Le volume des transactions où les acteurs ont été obligés de recourir à un broker

témoigne de l'incontournabilité de ce dernier dans le circuit commerciale du carbone.

A la différence du broker, le trader achète des crédits ou des permis et il prend

donc un risque. Lorsqu'un trader achète des crédits, il a tout intérêt à appuyer les projets pour

améliorer leur attractivité sur le marché. Ainsi, certains traders fournissent un appui technique

56

et regroupent plusieurs projets en un portefeuille pour réduire les risques. Un exemple d'entreprise

se définissant comme trader est Ecosecurities.101

Les fonds carbone sont des partenariats entre acheteurs et institutions privées

ou publiques. Ils centralisent une demande de crédits de la part d'acheteurs et prospectent des

projets. Les crédits générés par les projets sont alors distribués aux différents financeurs au

prorata de leur participation.

Les fonds peuvent apporter un appui technique pour l'élaboration des projets.

De nombreux fonds existent actuellement. Les plus connus sont les fonds gérés par la Banque

Mondiale : le Prototype Carbon Fund (PCF), les Fonds MDP et MOC des Pays-Bas, le Community

Development Carbon Fund (CDCF), le Bio Carbon Fund (BioCF) et les fonds carbone

italien, espagnol et danois.

A l'instar des brokers et des traders, l'intérêt des fonds-carbone réside aussi

dans le fait que tous les acteurs des marché-carbone ne sont pas forcément familiers des actifs

CO2, et peuvent considérer que leurs transactions sont risquées, puisque les procédures

d'approbation des projets sont relativement longues et incertaines avant que ne soient délivrés

les crédits. Les fonds d'investissement ont alors l'avantage de pouvoir regrouper plusieurs

acheteurs et de permettre un investissement dans un portefeuille de projets : le risque d'achat

est alors mutualisé et diminué pour les acquéreurs.102

3. Dynamique des marchés-carbone

Il est question, dans le cadre de ce point, de présenter d'abord un aperçu de

l'EU ETS quant à l'évolution des volumes échangés et des prix durant la phase pilote de sa

mise en place, à savoir de 2005 à 2007, et ensuite de brosser les tendances actuelles.

3.1 Evolution de L'EU ETS durant la première phase.

Il faudra noter que depuis 2005, le marché d'échange de permis le plus actif est

le marché européen EU ETS. Au total, 322 millions de tCO2eq ont été échangées en 2005 et

1101 millions pendant le premier trimestre 2006. Ces échanges ont représenté respectivement

101 GARDETTE (Y-M.) & LOCATELLI (B.), Op cit, p.17

102 ALBEROLA (E.) & STEPHAN (N.), « Les fonds carbone en 2010 : investissement dans les crédits Kyoto et réductions

d'émissions », in Etude climat, n°23, mai 2010, p.6

57

7,9 et 24,4 milliards de dollars. En 2005 et 2006, les autres marchés de permis ont rassemblé

2,6% des échanges (1,8% pour NSW, 0,8% pour CCX et moins de 0,1% pour UK ETS).

Pendant l'année 2005 et le début de l'année 2006, le prix de la tonne de CO2

sur le marché européen a oscillé entre 20 et 30 €. Fin avril 2006, il a chuté à 11 € suite à l'annonce

de quelques pays que leurs réductions d'émissions étaient supérieures aux prévisions.

En janvier 2007, le prix comptant était de 2,30 € pour des crédits utilisables pour la première

période du marché européen (2005-2007) et moins de 1 € en mai 2007, ce qui montre le

manque de tension sur les réductions à l'échéance 2007. Cependant le prix pour des permis

futurs utilisables dans la seconde période était entre 15 et 20 € en 2006 et 2007.

Les permis sur les différents marchés-carbone ont des prix différents. Par

exemple, en 2005-2006, le prix moyen était de 12,4 US$ sur le marché australien NSW, de

4,4 US$ sur le marché britannique UK ETS et de 2 US$ sur le marché volontaire de Chicago

(CCX).

S'agissant des mécanismes de projets, en 2005 et 2006, les volumes de transactions

avec ont atteint respectivement 374 et 518 millions de tonnes de CO2, principalement

avec des projets MDP (92%), les autres marchés étant minoritaires: 3% pour la MOC, 2%

pour les marchés volontaires et 3% pour les autres marchés d'engagements en 2006. Sept

études différentes évaluent le potentiel total du MDP pour la période 2008-2012 entre 250 et

2.500 millions de tCO2e, avec une valeur moyenne de 1.500 millions.

La part du MDP reste importante. En février 2007, environ 1.600 projets MDP

étaient formalisés, dont 1000 en attente de validation, 100 en cours d'enregistrement et 500

enregistrés.

Les transactions avec des projets se répartissent entre marchés volontaires et

marchés d'engagements (MDP et MOC principalement). Cette répartition a fortement évolué

depuis 2000. En effet, en 2000 les marchés volontaires étaient les plus importants et représentaient

97% du total. En 2002, les marchés volontaires et les marchés d'engagements regroupaient

des volumes semblables avec respectivement 49% et 51%. A partir de 2005, les transactions

se font essentiellement sur les marchés d'engagements avec 98% du total.

58

L'échelle des projets évolue également. Entre 2004 et 2005, l'échelle moyenne

des projets est passée de 1,24 à 1,90 millions de t CO2eq. Ceci reflète l'émergence de grands

projets industriels de réduction de gaz synthétiques (par exemple les HFC) et une préférence

du marché pour les grands projets qui permettent de réduire les coûts de transaction.

Dans les transactions avec des projets, le prix de la tonne de CO2 dépend du

type de marché. Les prix sont faibles sur les marchés volontaires comme le CCX avec un prix

moyen d'environ 4 US$ et une faible variabilité au cours de la période 2005-2006. Sur le marché

des petites transactions volontaires (marché de détail), la variabilité est très grande avec

des prix compris entre 0,5 et 9,5 US$ et une moyenne de 6,5 US$. Sur ce marché, de nombreux

projets ont valorisé leur image liée aux impacts positifs sur les communautés locales ou

la biodiversité.

Les transactions réalisées avec des projets MDP présentent des prix très variables,

entre 2,5 et 24 US$, avec une moyenne de 7,5 US$ en 2005 et des prix supérieurs en

2006 (de 7 a 25 US$, moyenne de 11 US$). Le prix de la tonne de carbone négocié entre

l'acheteur et le projet dépend de nombreux facteurs. Par exemple, si le projet n'a pas encore

été validé, les contrats d'achats de crédits proposent des prix plus bas que pour les projets validés.

D'autres facteurs de risques influent sur la confiance qu'a l'acheteur en la délivrance des

crédits pendant la vie du projet. Ils dépendent par exemple de l'expérience du développeur de

projet et de la viabilité technique ou financière du projet. Les prix dépendent également du

type de payement (anticipé ou à la livraison), de la responsabilité des parties en cas de non

délivrance, de la date d'émissions des crédits et des bénéfices socio-économiques et environnementaux.

Les prix les plus élevés sont constatés sur le marché de revente de crédits

CERs, avec un prix moyen de 23,5 US$ en 2005 et une faible variabilité. En 2006, les prix

sont de 18 US$ en moyenne avec une plus grande variabilité. Dans le cas d'une revente, les

prix sont élevés car l'acheteur ne prend pas de risque de non délivrance du crédit ou de retard,

il achète un service qu'il peut utiliser aussitôt.103

103 Lire, au sujet de l'évolution de l'EU ETS entre 2005-2007, GARDETTE (Y-M.) & LOCATELLI (B.), Op cit, p. 20-

24

59

3.2 Les tendances actuelles du marché-carbone

Les marchés du carbone n'ont pas été pas épargnés par la volatilité de l'économie

mondiale, conséquence logique de la crise ayant caractérisé cette dernière. Soumis aux

signaux toujours plus clairs d'une offre excédentaire au sein de l'EU ETS, les prix du carbone

ont décroché vers fin 2011. La valeur totale du marché toutefois a crû de 11% pour atteindre

176 milliards de dollars (126 milliards d'euros) en fin d'exercice, entrainée par un volume total

de transactions record de 10.3 milliards de tonnes de CO2eq négociées.

Les quotas européens ont constitué la majorité de ces transactions, avec 7.9

milliards d'unités échangées, pour une valeur estimée à 148 milliards de dollars (106 milliards

d'euros). Le marché des crédits compensatoires du Protocole de Kyoto, emmené par la liquidité

croissante des unités de réduction certifiées d'émissions et l'introduction des unités de

réduction d'émissions sur les plateformes boursières, a également connu une hausse des volumes

négociés en 2011. Ainsi, 1,8 milliards de tonnes de CO2eq ont changé de mains (croissance

annuelle de 43%), pour une valeur totale de 23 milliards de dollars (17 milliards

d'euros). Alors même que l'Europe a pu voir, en raison d'une faible activité industrielle, le

niveau de ses émissions annuelles de GES baisser pour la deuxième fois en trois ans, et que

les prévisions s'accordent sur une offre excédentaire de quotas éclipsant largement la demande,

cet accroissement des échanges a en fait été principalement motivé par des opérations

de couverture et d'arbitrage. Dans ce contexte, les discussions se sont recentrées autour de la

faiblesse du signal prix créé par le marché, et de sa capacité à stimuler des investissements sur

le long-terme. Egalement au coeur du débat, le déséquilibre résultant d'une caractéristique

unique à ce marché: la confrontation d'une demande reflétant la situation macroéconomique

actuelle, et d'une offre préétablie selon un scénario différent.

Du fait de la fin imminente de la première période d'engagement du Protocole

de Kyoto, la valeur du marché primaire des URCE pré-2013 a à nouveau chuté en 2011. Elle a

ainsi atteint 1.0 milliards de dollars (0.7 milliards d'euros), soit une baisse annuelle de 32%.

Les marchés des URE et des UQA ont également vu leur taille se réduire. Le marché primaire

des URCE post-2012 a en revanche augmenté de 63% pour atteindre 2.0 milliards de dollars

(1.4 milliards d'euros), et ce malgré la baisse générale des prix. Bien que la Chine conserve

son rang de premier pays vendeur d'URCE, la présence de pays d'Afrique - en marge du

marché pré-2013 - s'est renforcée en 2011, ceux-ci représentant 21% des achats sur le marché

60

primaire de crédits post-2013. Il faut malgré tout souligner que les contrats d'achat sont devenus

bien moins contraignants, en raison des incertitudes persistantes quant au niveau réel de

demande résiduelle et à l'éligibilité des crédits internationaux au sein des marchés du carbone

existants et en cours de développement.104

SECTION II. LES EFFETS DU MARCHE-CARBONE SUR LA PROTECTION

DE L'ENVIRONNEMENT

Parler des effets du marché-carbone dans la protection de l'environnement appelle

la question de leur efficience dans la problématique de la réduction des GES.

En effet, la consécration par le Protocole de Kyoto des mécanismes de flexibilité,

et des marchés-carbone par la même occasion, résulte de la nécessité d'une réduction des

GES dans le but d'une stabilisation de la température globale de l'atmosphère à un certain degré.

Permettre aux Etats industrialisés de respecter leurs engagements respectifs et aux PED

de se développer de façon durable, tel était l'esprit des dispositions du Protocole consacrant

ces mécanismes.

Mais qu'en est-il pour l'instant ? Les marchés du carbone ont-ils permis

d'atteindre ce double objectif ? Après avoir analysé si les marchés-carbone contribuent vraiment

à la réduction des GES (§1), il sera question d'aborder la problématique du développement

des PED, question de voir si les marchés-carbone permettent réellement leur développement

durable (§2).

§1. De la réduction des GES par les marché-carbone

« Afin de remplir ses engagements au titre de l'article 3, toute Partie visée à

l'annexe I peut... ». Tel est le libellé de l'art.6 du protocole. Dans la même optique, l'art.17

note que « ... Les Parties visées à l'annexe B peuvent participer à des échanges de droits

d'émission aux fins de remplir leurs engagements... », le §2 de l'art .12 va aussi dans sens

«... d'aider les Parties visées à l'annexe I à remplir leurs engagements chiffrés de limitation et

de réduction de leurs émissions prévus à l'article 3... ». La lecture combinée des ces trois articles

nous permet d'affirmer sans équivoque que les mécanismes de flexibilité ont été insti-

104 GUIGON (P), Etat et tendances du marché-carbone 2012 : résume analytique, Washington (DC), Banque

mondiale, 2012, p. 3

61

tués dans le but premier de permettre aux Parties de tenir leur engagement et l'objectif des

marchés du carbone est d'inciter à réduire les émissions de CO2.

Ces incitations peuvent influer à la fois sur les décisions à court terme des principaux

acteurs du marché et sur celles de long terme. À court terme, elles encouragent les industriels

des pays de l'annexe b à diminuer tout de suite leurs émissions en utilisant les technologies

mobilisables et les réserves de capitaux disponibles. À long terme, elles ont un impact

sur les décisions d'investissements des chefs d'entreprise prises au fil du temps. Si les

incitations à long terme conduisent les dirigeants à tenir compte des prix du carbone lorsqu'ils

planifient de nouveaux investissements en capital, elles peuvent avoir des effets durables sur

l'économie.105 Mais Qu'en est-il ?

La réponse à cette question ne peut être catégorique car s'il est vrai que le bilan

des marché-carbone reste mitigés (2), on a quand même observé - surtout en ce qui concerne

l'EU ETS - des réductions limitées mais significatives (1).

1. Des réductions limitées mais significatives...

Bien que les recherches se poursuivent sur la question et que les rapports concernant

la deuxième phase (2008-2012) du marché-carbone européen ne sont pas encore publiés,

les premiers résultats vont dans le sens d'une diminution modérée enregistrée entre

2005 et 2006, dans le droit fil des modestes ambitions de plafonnement imposées pendant la

première phase. Comme le fait remarquer Barbara BUCHNER dans une de ses analyses :

«...D'un point de vue plus général, trois observations permettent de tirer la conclusion vraisemblable

que les émissions ont été légèrement réduites :

- Les émissions de CO2 ont coûté aux pollueurs en 2005-2006, ce qui aurait eu pour

conséquence de diminuer les émissions au fur et à mesure que les entreprises

s'adaptaient à la nouvelle réalité économique. L'expérience montre d'ailleurs que

les entreprises ont pris en compte le prix du CO2, en particulier dans le secteur de

l'énergie.

- La production réelle a augmenté dans l'UE à un rythme relativement soutenu en

2005-2006, ce qui laisse supposer, si l'on se réfère à l'intensité des émissions de

CO2 qui va traditionnellement de pair avec les taux historiques de croissance du

105 CONVERY(F), ELLERMAN(D) & DE PERTHUIS(C), Le marche européen du carbone en action: enseignements de

la première phase, Paris, CEEPR, 2008, P. 18

62

secteur de l'énergie, que les émissions auraient été plus élevées ou tout au moins

se seraient maintenues au même niveau que les années précédentes.

- Les émissions enregistrées en 2005-2006 ont été plus faibles que le niveau des

émissions indiquées par le SCEQE en 2002-2004, même si on constate une tendance

vraisemblable à la hausse dans les données antérieures à 2005. »106

Elle estime qu'avec le SCEQE, la réduction des émissions de CO2 peut raisonnablement

être évaluée entre 50 et 100 Mt par an, soit de 2,5 à 5 % de moins que si le système

n'existait pas.107

Les résultats d'une étude plus ciblée réalisée sur les secteurs allemand et britannique

de l'électricité confortent le constat d'une réduction modeste. En effet, en Allemagne,

on observe un changement dans la production d'électricité : le lignite très polluant est

remplacé par le charbon plus propre, et on a davantage recours à la biomasse. Au Royaume-

Uni, on utilise davantage le charbon dans la production d'électricité aujourd'hui, et moins le

gaz naturel malgré le nouveau prix du carbone, en raison d'une baisse de la production nucléaire

et des prix exorbitants atteints par le gaz naturel en 2005 et au début de 2006. Pourtant,

il est probable que la production d'électricité à partir du charbon eût été encore plus importante

s'il n'y avait pas eu un prix à payer pour le CO2. De même, on a constaté une nette amélioration

de l'efficience de la production d'électricité dans les centrales à charbon en termes

d'émissions de CO2, qui pourrait être due à l'utilisation accrue de la biomasse ou à un meilleur

rendement énergétique obtenu à la suite de l'envolée des prix du charbon nécessaire pour

produire de l'électricité.108

2. ...un bilan qui reste mitigé néanmoins

Les activistes écologiques estiment que, pour une réduction d'au moins 5% par

rapport au niveau de 1990, le rendement des marchés-carbone vu ci-haut laisse à désirer.

D'après « Les amis de la terre », une réduction de seulement 50 à 100 Mt de CO2 par an ne

peut permettre d'atteindre les objectifs de Kyoto. Le très respecter Committee on Climate

Change va dans le même sens lorsqu'il reconnaît que « Nous ne pouvons donc pas espérer

106 BUCHNER (B), « Première étape : l'allocation de quotas ; Les émissions ont-elles diminué ? », in CONVERY(F),

ELLERMAN(D), DE PERTHUIS(C), Op cit, P. 18

107 BUCHNER (B), « Première étape : l'allocation de quotas ; Les émissions ont-elles diminué ? », in CONVERY(F),

ELLERMAN(D), DE PERTHUIS(C), Op cit, P. 18

108 Idem, P.19

63

que le système communautaire d'échange des quotas d'émissions garantisse les investissements

en solutions à faible émission de carbone exigés pour la décarbonisation du secteur

ayant fait l'objet des échanges, d'ici les années 2020. Compte tenu de ce risque, le Comité recommande

d'envisager sérieusement toute une série d'options, telles que la règlementation ou

la taxation, afin d'intervenir sur les marchés de l'électricité et du carbone».109

Ce bilan pas assez convaincant se justifie par plusieurs circonstances et les impératifs

matériels de ce travail ne nous permettront pas de les répertorier tous. Néanmoins, il

convient de noter, à titre illustratif, que l'une des causes n'ayant pas permis l'atteinte des résultats

escomptés est liée à l'allocation des quotas. En effet, la valeur d'un produit se définissant

par l'offre et la demande, la présence en quantité considérable de ladite marchandise sur

le marché ne peut entrainer qu'une perte de sa valeur et le cas du SCEQE est assez éloquent à

ce sujet.

En effet, si celui-ci a fait ses preuve en s'imposant comme le marché le plus

important, des critiques fusent de tous les « milieux verts » en ce qui concernent

« ...générosité dont ont fait preuve les états membres de l'Union Européenne, lors de

l'élaboration des plans d'allocations des quotas (PNAQ)... »110en distribuant une quantité trop

importante de quotas à leurs entreprises nationales pour préserver leur compétitivité. En raison

d'un excès de quotas présents sur le marché, le prix de la tonne de CO2 a chuté lors de la

phase pilote, à la fin 2007, pour atteindre un niveau proche de zéro. En outre, le système des

quotas établi dans l'Union Européenne ne s'adresse qu'aux grandes entreprises fortement

émettrices de carbone opérant dans les secteurs de l'électricité, du ciment, du verre, de l'acier

et du papier. Il ne couvre dès lors, au niveau européen, qu'à peine 50% des émissions de CO2.

Les émissions générées par d'autres secteurs économiques, tel que l'agriculture, le transport,

le bâtiment et le traitement des déchets n'ont pas été inclus dans le système de quotas européens.

111

Cet état de chose n'encourage que très faiblement la réduction, l'innovation et

l'investissement dans des technologies de productions plus propres, éléments pourtant essentiels

dans le dossier climatique.

109 FRIENDS OF THE EARTH ENGLAND, Les marches-carbone: une obsession dangereuse, rapport de synthèse,

Novembre 2009, p.4

110 MOZAS (M), L'après Kyoto : Etat des lieux de l'application du Protocole de Kyoto et enjeux post-2012, Paris,

IPEMED, 2009, p. 12

111 Idem

64

Par ailleurs, le système d'observance mis sur pied par les accords de Marrakech

laisse aux parties plusieurs façons de le contourner. Si la question de la complémentarité

des mécanismes de flexibilité demeure, il reste aussi la possibilité des entreprises de se délocaliser

pour des régions où le prix de CO2 est bas ou encore dans les régions non soumis à des

objectifs quantifiés.

3. De 2009 à début 2012

S'agissant des tendances actuelles, on note une hausse dramatique des émissions

de CO2 qui ont atteint 40% en 2010 (par rapport au niveau de référence établi par le

Protocole de Kyoto) pour une franchise de 36 milliards de tonnes de dioxyde de carbone.

La légère amélioration enregistrée en 2009 (- 1,3 % d'émissions de CO2 dans

le monde) n'était qu'illusoire et liée aux conséquences de la crise financière globale. En effet,

les émissions de CO2 sont reparties à la hausse dès 2010, conséquence de la relance de la

croissance dans les grandes économies. Une hausse de surcroît très significative de 5,9 %

pour 36 milliards de tonnes de CO2 ont ainsi été libérées dans l'atmosphère en 2010, valeur

intégrant l'effet des déforestations, avec une concentration globale en CO2 de l'atmosphère

établit à 390 ppm (parties par million) : le niveau le plus élevé de l'histoire de l'humanité.112

Le charbon demeure une plaie environnementale, avec 41 % des émissions

liées aux combustibles fossiles.

Sans surprise, le niveau d'émissions progresse dans les pays émergents (+ 7,6

% au global contre 3,4 % pour les pays développés). Les plus fortes progressions ont été enregistrées

en Chine (+ 10,4 %) et en Inde (+ 9,4 %).

En valeur absolue, les pays qui émettent le plus de CO2 sont la Chine, les

Etats-Unis, l'Inde, la Russie et le Japon. Mais attention, le niveau de la Chine et de l'Inde apparaissent

encore éloigné que ceux des Etats-Unis, de la Russie et du Japon.

Dans la zone Europe, l'Allemagne a le rôle du mauvais élève en 2010, tandis

que la France figure dans la même tranche que le Royaume-Uni et l'Italie. Toujours dans cette

112 http://www.Planetoscope.com/261-emissions-mondiales-de-co2-dans-l-atmosphere.html

65

zone, les pays les plus vertueux en 2010 ont été l'Espagne, la Suisse et plusieurs pays de

l'Est.113

Ce qui précède démontre qu'en dépit des efforts consentis et de la volonté de

réduire les émissions de GES par les marchés-carbone, ces derniers sont encore loin

d'atteindre leur but.

§2. Les pays du Sud et le développement durable

La problématique Nord-Sud dans le dossier climatique tire son fondement du

principe 7 de la déclaration de Rio qui consacre la responsabilité commune mais différenciée.

Ainsi, la question qui demeure est de savoir si, le mécanisme de développement propre, une

des incarnations de ce principe, contribue réellement au développement durable des pays du

Sud conformément à l'art. 12 du Protocole de Kyoto.

En effet, comme nous l'avions vu ci haut, le Protocole de Kyoto prévoit le mécanisme

de développement propre, qui consiste à aider les pays en développement à atteindre

leurs objectifs de développement durable, en favorisant des investissements profitables pour

l'environnement, par l'entremise des gouvernements ou des entités privées dans les pays industrialisés.

Les conséquences de ces mécanismes bien pensés devraient fournir aux PED

des retombées en terme de développement durable telles que les réductions de pollution de

l'air et de l'eau par l'utilisation réduite des combustibles fossiles, particulièrement le charbon,

l'amélioration de la disponibilité en eau, la réduction de l'érosion des sols et sur une meilleure

protection de la biodiversité.114

Sur le plan technique, il y'a le transfert Nord-Sud des technologies de production

portant moins atteinte à l'environnement.

Sur le plan social, beaucoup de projets créeraient de nouvelles opportunités

d'emploi dans les régions ciblées et favoriseraient l'indépendance énergétique locale.115

113http://www.Planetoscope.com, op.cit

114 KOM TCHUENTE (F), « La finance carbone, les politiques écologiques. Et l'Afrique dans tout ça ? », in http// :

www.finafrique.com/FINANCE CARBONE_AFRIQUE.PDF, p.5

115 Idem

66

Qu'en est-il ? La réponse à cette question, à l'instar de celle relative à la réduction

des GES par les marchés-carbone, mérite d'être nuancer car s'il est vrai que le cas

l'Afrique, qui peine à se retrouver dans les marchés-carbone, est paradoxalement inquiétant

(3) certains pays émergents comme la Chine ou le Brésil tirent réellement profits des ces aubaines

de financement. Les coûts d'élaboration des projets MDP (1) sont sans doute à la base

de cette inégalité de répartition des MDP(2).

1. Des coûts considérables pour le montage d'un projet MDP...

Sur le plan opérationnel, notamment en matière de transfert de technologie et

d'aide au développement durable, la mise en ouvre de projets MDP n'a pas et, ne pourra vraisemblablement

pas bénéficier dans une même mesure à tous les PED. La possibilité d'obtenir

des gains en termes d'unités de réductions certifiées d'émissions -URCEs- ne saurait suffire à

ce qu'un investissement devienne immédiatement rentable, dans la mesure où le poids des

coûts administratifs et de transaction correspondant au montage des projets MDP est considérable.

En effet, le MDP reste le seul mécanisme de flexibilité grevé par un prélèvement et les

droits d'enregistrement imposés par le comité exécutif ainsi que les frais généraux de conception

et d'approbation du projet sont assez significatifs.116

Ces frais varient selon la quantité de réductions d'émissions découlant du projet:

de $US 5.000 pour les projets générant des réductions de moins de 15.000 T/CO2 par an,

jusqu'à $US 30.000 pour les projets dont les réductions sont supérieures à 200.000 T/CO2 par

an. Dans ce contexte, les coûts d'enregistrement, couplés aux frais logistiques propres aux

projets MDP déterminent que le montage de ce type de projet ne soit pas une tache aisée. Ainsi

donc, la rentabilité des petits projets dans le cadre du MDP se voit pénalisée par rapport aux

autres mécanismes de flexibilité.

Une étude du gouvernement français117, sur la base d'une hypothèse des prix

des crédits d'émission de l'ordre de 3 € teq CO2, affirme que :


· Un projet est «intéressant» s'il produit des réductions d'émissions de plus de 50.000 teq

CO2 par an.

116 CALDERON (J.S), Le mécanisme de développement propre : Quel impact sur le système global de lutte contre

le changement climatique ?, Master de recherche en administration publique, Paris, ENA, 2005-2007, p.32

117 Voir MINISTERE DE L'ECONOMIE DES FINANCES ET DE L'INDUSTRIE, MISSION INTERMINISTERIELLE DE

L'EFFET DE SERRE, FONDS FRANÇAIS POUR L'ENVIRONNEMENT MONDIAL; Guide de mécanismes des projets

prévus par le protocole de Kyoto: Le mécanisme de développement propre, 2ème édition. Rapport de synthèse.

67


· Pour les projets générant entre 30.000 et 50.000 teq CO2 par an de réductions d'émissions,

le projet peut être « intéressant », mais une étude approfondie sera souvent nécessaire avant

d'aller plus loin.


· Pour les projets générant moins de 30.000 teq CO2 par an, il y a une forte probabilité que

le coût de préparation du projet MDP soit trop élevé par rapport aux revenus « carbone »

attendus. Dans ce cas il faut noter que le projet a des chances de bénéficier d'une procédure

simplifiée, dit procédure pour des projets à « petite échelle.»

Il est important de préciser que certains projets bénéficient d'un traitement préférentiel

en ce qui concerne la détermination de la ligne de base et la procédure de validation

et registre. Il s'agit pour l'essentiel des projets d'énergie renouvelable à capacité inférieur à 15

MW, des projets d'efficacité énergétique et de réduction de consommation de moins de 15

GWh par an, et des activités qui émettent moins de 15.000 T d'équivalant CO2 par an.118

2. ... D'où l'inégalité dans la répartition des MDP dans les pays du sud

Dans ce contexte, le développement du marché des crédits de réduction issus

des projets MDP montre clairement que la plupart des projets s'orientent vers les pays les plus

attractifs pour les investissements étrangers, qui d'ailleurs sont souvent les plus émetteurs de

GES et les plus développés parmi les PED.119

La répartition des projets MDP par pays est également assez disparate. L'Inde

et le Brésil accaparent en termes de volume presque 50% de tous les projets enregistrés, soit

200 projets sur une totalité de 411 enregistrés, au 27 novembre 2006. En Afrique, seul 8 projets

on été enregistrés, avec une localisation géographique correspondante aux économies les

plus performantes soit, 4 projets en Afrique du sud, 3 au Maroc, 2 en Tunisie et 1 projet en

Egypte.120

Dans un autre ordre d'idées, en ce qui concerne la participation au marché

MDP en termes monétaires, le marché est « accaparé » à 80% par 4 pays : la Chine, le Brésil,

L'Inde et la Corée du Sud. Parmi ceux-ci, la Chine domine le panorama mondial avec une

participation de 43.55% en moyenne annuelle sur la totalité des URCEs. Durant les trois premiers

quarts de l'année 2006, la Chine dominait la vente des URCEs avec une participation de

118 CALDERON (J.S), Op cit, p.34

119 Idem, p.34

120 Ibid, p.35

68

61 % sur la totalité des transactions enregistrées. Ceci s'explique dans la mesure où elle accueille

des projets de taille considérable, notamment en matière de réduction de hydro fluorocarbures

(HF3). Or, le potentiel en matière de génération des crédits issus des projets de

réduction de HF3 est assez attractif pour les investisseurs car chaque tonne de HCF23 abattue

est équivalant à 11.700 tonnes de CO2, donc 11.700 URCEs.121

3. L'Afrique non-émergente : un cas paradoxal et inquiétant

Le cas de l'Afrique dans le dossier climatique est paradoxal et inquiétant. En

effet, avec un taux d'absorption de 20% des GES, grâce à ses forêts, et une contribution de

moins de 5% d'émissions mondiales de GES, elle reste néanmoins le continent le plus vulnérable

sur le plan économique face aux conséquences des changements climatiques.122

En effet, L'Afrique est l'un des continents les plus exposés à la variabilité et

aux changements climatiques à cause de ses caractéristiques géophysiques et socioéconomiques.

Les principaux moyens de subsistance des africains sont l'agriculture,

l'élevage, la pêche, le tourisme et les ressources naturelles. Ils sont donc particulièrement menacés

par l'insécurité alimentaire, la malnutrition, un accès à l'eau restreint et des baisses de

revenus importantes (des pertes économiques pouvant représenter jusqu'à 14% du PIB). Les

plus pauvres seront les plus affectés.123

Les températures moyennes qui augmentent, la modification des quantités et de

la régularité des précipitations, les sécheresses et les inondations en croissance impliquent la

dégradation des sols et donc une baisse du rendement agricole et de l'accès à l'eau potable. La

disparition des ressources naturelles diminuent considérablement la qualité de vie des Africains.

Le tourisme, souvent tributaire de la nature, sera également affecté. Près de

30% de la faune des parcs nationaux d'Afrique subsaharienne risquent l'extinction dans les 10

prochaines années selon les experts du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur

l'évolution du climat).

121 CALDERON (J.S), Op cit, p.34

122 KOM TCHUENTE (F), op cit, p.4

123 Idem, p.5

69

Et ne l'oublions pas, près de la moitié des africains vivent dans l'extrême pauvreté

et, parmi eux, la plupart vivent dans les zones rurales, dont la principale source de revenue

se défini essentiellement grâce à l'agriculture et l'élevage.

Cependant, l'Afrique qui devrait être le premier bénéficiaire des opportunités

du MDP semble être le grand oublié. un rapport de la Banque mondiale qui met en évidence

un fort potentiel de développement de projets dans le cadre du Mécanisme de Développement

propre en Afrique précise néanmoins que la part de l'Afrique représente une fraction minime

des projets développés. Actuellement elle est de l'ordre de 2,4% soit 120 projets sur un total

de 4.900 projets soumis, sachant que 90% de ces projets en Afrique se limitent à l'Egypte et à

l'Afrique du Sud (pays qui, paradoxalement est responsable de 50% des émissions de gaz à

effet de serre sur le continent).

Bien qu'on assiste ces deux dernières années à la naissance d'organismes financiers

dont l'objectif est de promouvoir les projets éligibles au de mécanismes de développement

propre telles que le Fonds Africain des Biocarburants et des Energies renouvelables

(FABER) et le Fonds Capital Carbone Maroc qui est le premier Fonds africain francophone

spécialement dédié à la finance carbone au Maroc, l'Afrique qui espérait bénéficier du faible

montant de ses émissions pour attirer les capitaux du Mécanisme pour le développement

propre est néanmoins victime d'un manque d'intérêt. Ce manque d'intérêt s'explique, d'après

les experts, par les conditions généralement peu propices aux investissements qui règnent en

Afrique, notamment la pénurie d'organismes financiers et commerciaux performants et

l'insuffisance des moyens administratifs et de gestion du continent.124Une excuse un peu trop

facile pour un continent qui n'abrite 13,8 % de la population mondiale et qui ne consomme

que 2,3 % de l'énergie fossile utilisée chaque année dans le monde.

Avec l'argument du « climat des affaires non-propice », les objectifs des accords

de Kyoto qui étaient mettre en place un système répressif sur base du principe Pollueur-

Payeur se défini en Afrique comme un système de « Non-pollueur-Payeur » ; « nonpollueur...

» Considérant la quantité minime de ses émissions et, « ...payeur» car l'Afrique

paye de sa capacité de développement.

124 KOM TCHUENTE (F), op cit, p.5

70

De ce qui précède, il se dégage que le marché-carbone présente des failles qu'il

convient de colmater pour après 2012, date de la fin de la première période d'engagement. Le

point suivant sera l'occasion de mettre en exergue certains éléments qui devront être pris en

compte pour cette réforme.

§3. De la nécessité d'une redéfinition post-2012 du fonctionnement des marchés-

carbone

Avec la fin de la première période d'engagement, la nécessité d'une revisite du

fonctionnement des marchés-carbone s'impose car, si la question de leur effectivité ne fait

l'ombre d'aucun doute, celle de leur efficacité par contre...

Il s'agit, dans le cadre de ce paragraphe, de soumettre certaines propositions

pertinentes qui, nous estimons, devront être prises en compte dans la structuration du marchécarbone

post-2012.

v Le marché-carbone, de par les mécanismes de flexibilités, est un dispositif créé par le

droit international dont l'objectif est de garantir la réduction des émissions à moindre

coût : la robustesse du signal prix est à cet égard déterminante et doit être préservée

En effet, Le système international d'échanges de quotas est d'abord un instrument

de contingentement volumique des émissions de gaz à effet de serre, avant d'être un système

d'échanges. Ce qui implique que l'objectif environnemental doit constituer le pilier du

marché-carbone et ne le pourra que par la robustesse et la crédibilité du signal prix, éléments

fondamentaux de l'efficacité du système d'échange.125

Or, comme nous l'avions noté plus haut, le manque de parcimonie dont ont fait

preuve les Etats dans l'attribution des quotas nationaux n'ont pas permis cette émergence d'un

signal-prix fort.

Il convient dès lors de définir un prix-carbone robuste et unique, applicable à

tous les acteurs, suffisamment crédible. En un mot, un signal prix capable de susciter la confiance

de tous les acteurs et de jouer son rôle d'inducteur de comportements d'investissement

et d'optimisation opérationnelle.126

125 Lire à ce sujet PRADA (M.), la régulation des marchés du CO2, Paris, inédit, 2009, p.21-26

126 Idem

71

v Si le principe de marché ouvert doit être préservé dans les marchés-carbone, les participants

au marché doivent être mieux encadrés, afin de garantir l'intégrité et

l'efficience du marché.

Il a été établit par la CCNUCC que les mesures de lutte contre les changements

climatiques ne doivent point constituer «...un moyen d'imposer des discriminations arbitraires

ou injustifiables sur le plan du commerce international, ou des entraves déguisées à ce

commerce».127Comme nous avions eu à le démontrer, les transactions-carbones sont des marchés

à part entière. De ce fait, ils ne peuvent pas échapper aux règles et principes posés par le

droit du commerce international.

Ainsi, le marché du CO2 s'est développé dans le cadre d'un accès totalement

ouvert qui a favorisé une diversification d'acteurs et d'intérêts. A côté des Etats ayant des engagements,

des entreprises assujetties et des intermédiaires, on a vu émerger certains acteurs

agissants pour leur propre compte et, parfois à des fins purement spéculatifs.

Si certains de ces acteurs poursuivent réellement des objectifs environnementaux,

certains ne visent que le lucre. Dès lors, il convient, en plus de la couverture des acteurs

traditionnels (les financiers, courtiers...), d'adopter certaines mesures visant à réglementer

l'activité des autres intervenants (surtout ceux qui interviennent à titre personnel), afin de

s'assurer que les transactions dans lesquelles ils interviennent ont vraiment un objectif environnemental

et ce, toujours dans le but de protéger l'efficience du marché-carbone.

v Corollairement, un cadre de prévention et de sanction des abus de marché, adapté aux

spécificités du marché du CO2, doit être mis en place pour limiter les risques de manipulation

de cours et les délits d'initiés.

Plus en amont nous avions souligné que, du fait de la technicité et de la complexité

du marché-carbone, certains acteurs étaient obligés de recourir à d'autres. De cette situation,

ceux d'entre eux qui sont mal intentionnés peuvent abuser de leur position.

Le premier abus peut consister en des manipulations de cours. Ce sont des manoeuvres

visant à tromper les autres acteurs du marché sur l'état de l'offre et de la demande,

127 Art.3§5

72

au bénéfice de leur auteur, qui aura pris des positions lui permettant de profiter de l'évolution

induite du prix de marché.128

Le second abus consiste en l'utilisation par un acteur d'informations privilégiées,

ayant une influence sur le prix de l'actif, qui n'ont pas été portées à la connaissance des

autres acteurs. L'acteur concerné peut ainsi exploiter à son profit une situation d'asymétrie

d'information.129

Ces deux types d'abus recouvrent des enjeux différenciés quant à leur impact

sur le fonctionnement du marché. Des manipulations de cours sont de nature à nuire à la robustesse

du signal-prix, en l'écartant de ses fondamentaux, et à l'efficacité même de

l'instrument économique que constitue le marché de quotas. Le cas de l'utilisation

d'informations privilégiées est sensiblement différent : il ne met pas en péril la robustesse du

signal prix, mais constitue un cas d'inégalité entre acteurs participant au marché. Néanmoins,

les deux types d'abus ont en commun qu'ils constituent des détournements de l'instrument

environnemental, à même de nuire à la confiance des participants et des citoyens à l'égard du

marché du CO2.130

Il faudra alors réfléchir sur l'élaboration d'un cadre de prévention et de sanction

effective de ces abus de marché adapté au marché du CO2, régissant l'utilisation

d'informations sensibles et d'informations privilégiées, et couvrant l'ensemble des produits

échangés, et des modalités de négociation.

v L'émergence de certaines puissances appelle une remise en question du principe de la

responsabilité commune mais différencier.

Le principe de la responsabilité commune mais différencier dans le dossier

climatique traduit un besoin de justice et d'équité : l'essor économique de Etats industrialisés

ayant entrainé des concentrations de GES considérables dans l'atmosphère, les contraintes découlant

d'une action internationale doivent d'abord concerner ceux-ci. Cependant, avec la

montée économique des pays tel que la Chine ou le Brésil, devrait-on imposer des engagements

chiffrés qu'aux seuls pays industrialisés figurant dans l'annexe B du Protocole ?

128 PRADA (M.), Op cit, p. 118

129 PRADA (M.), Op cit, p. 118

130 Idem.

73

Une réponse dans le sens de l'affirmatif remettrait en cause le principe du pollueur-

payeur, principe sur lequel repose la rationalité du marché-carbone.

Dès lors, il faudrait penser à revoir la différenciation de la responsabilité des

Etats. Voir dans quelle mesure les pays émergents peuvent rejoindre l'annexe B du protocole

ou trouver une solution intermédiaire qui permette de les inciter à réduire leurs émissions.

v Renforcer et encrer la supplémentarité au coeur de l'action environnementale par le

marché-carbone

Comme nous l'avions évoqué, le Protocole de Kyoto institue les mécanismes

de flexibilité en appui à des mesures à des politiques nationales de réduction de GES. Cependant,

en dépit du cadre d'observance de Marrakech, cette question de la supplémentarité demeure.

Par conséquent, il semble plus que nécessaire d'éluder cette question en renforçant les

mesures d'atténuation internes par une définition claire et nette de la quantité exacte de GES

qu'un Etat peut réduire sur le territoire d'un autre.

v Revoir la politique de prix des crédits carbone dans le cadre des mécanismes de développement

propre pour orienter davantage les investissements des compagnies énergivores

vers l'Afrique

Il serait impératif de revoir le système d'achat des crédits carbone concernant

les mécanismes de développement propres. Car il n'est absolument pas logique que ce soit le

même prix pour une tonne de carbone suivant qu'il s'agisse d'un projet d'investissement en

Chine ou d'un projet d'investissement en RDC : le rapport rendement/risque ne les met pas

sur un pied d'égalité.

Les prix des crédits carbone varient en fonction du type des projets de mécanismes

de développement propre, de son état d'avancement et du risque correspondant. A titre

d'exemple, en fin Août 2007 les prix des crédits-carbone se présentaient comme suit :

- 5 à 6 € pour les projets à risque moyen dans le futur,

- 7 à 10 € pour les projets à faible risque dans le futur,

- 9 à 13 € pour les projets enregistrés,

- 15 à 16 € pour les crédits carbones délivrés.

74

Cette méthodologie est intéressante mais il faut aller plus loin. Le prix effectif

du carbone étant défini sur le marché par un équilibre classique entre l'offre et la demande et

sachant que le but serait de trouver des solutions pour attirer plus d'investisseurs énergivores

vers l'Afrique, pourquoi ne pas attribuer une décote (réduction de prix) sur les crédits carbone

relatifs à des investissements en Afrique. Décote ajustée en fonction de l'aversion au risque

des investisseurs suivant les pays et qui serait fixé en pourcentage du prix d'équilibre défini

par le marché. Ainsi, plus d'investissements iraient vers l'Afrique et permettrait notamment

de valoriser, par le transfert technologique, les importants gisements d'énergie renouvelable

dont dispose l'Afrique (solaire, éolienne et hydraulique) et ainsi de pallier progressivement au

déficit énergétique dont elle souffre.

v Dans la même optique, revoir les critères d'éligibilité selon la nature du projet et les

capacités du pays hôte et, élargir le champ des projets admis aux MDP

Comme nous l'avions souligné, la structure de gouvernance internationale qui

a été retenue pour le MDP prévoit plusieurs étapes et opérations de vérification, fait intervenir

plusieurs acteurs et s'appuie sur des prescriptions détaillées concernant la méthodologie et

l'additionalité.

Si ces dispositions sont nécessaires pour assurer l'intégrité du mécanisme fondé

sur le jeu du marché qu'est le MDP, la procédure d'approbation des projets a été critiquée

comme trop lourde et trop rigide et parce qu'elle implique des coûts de transaction élevés

pour les pays en développement pauvres. En outre, il faut noter que c'est le secteur de

l'utilisation des terres qui offre potentiellement le plus important gisement de financements

carbone dans la plupart des pays d'Afrique. Cependant, les règles actuelles limitent les activités

de projet éligibles dans le secteur de l'agriculture, foresterie et autres usages du sol aux

activités de boisement et de reboisement définies de façon restrictive. En plus de la complexité

des règles et modalités de génération de crédits AFAU, le marché européen - qui est le plus

important - exclu les activités de boisement et de reboisement.

Il faudrait donc revoir ces dispositifs afin de permettre un assouplissement des

procédures et des modalités et une réduction des coûts de transaction liés au développement

de projets MDP, simplifier les modalités de production de crédits par les activités de boisement

et de reboisement et imposer ces derniers comme activités éligibles aux MDP.

75

v Intégrer les pays du Sud dans le processus de négociation des mécanismes de flexibilité,

particulièrement du MDP

Les décisions concernant les mécanismes de flexibilité sont prises au cours des

réunions des Parties aux Protocoles, les COP/MOP, dans lesquels les autres Parties à la

CCNUCC ne participent qu'à titre d'observateur.131 Il en résulte une situation telle que les

Etats parties non-parties au protocole sont appelés à se plier en aval à des décisions arrêtées

en amont, dans des réunions auxquels ils n'ont pas participé, sans parfois en saisir les enjeux

réels.

Dans le cas sous examen, intégrer les Etats non-Parties au protocole ne ferait

que renforcer la confiance entre les Parties, la crédibilité des mécanismes de flexibilité ainsi

que du marché-carbone et répondrait à un besoin d'équité.

v Intégrer le REDD dans les marchés-carbone

La déforestation tropicale est responsable de 15 à 20 % de l'ensemble des

émissions humaines de gaz à effet de serre. De l'agriculture au commerce du bois, en passant

par le besoin énergétique, plusieurs facteurs, dans un contexte socio-économique, contribuent

à ce phénomène.

En décembre 2007, lors de la Conférence internationale de Bali, les Nations

Unies ont reconnu qu'une solution viable au changement climatique devait intégrer un mécanisme

visant à limiter la déforestation et la dégradation des forêts. La Conférence encourage

également les pays et les organisations et parties concernées à entreprendre des activités pilotes

susceptibles de nourrir les négociations des règles détaillées du futur mécanisme REDD.

C'est dans ce contexte que le Fonds Bio Carbone de la Banque mondiale, bien que principalement

tourné vers les projets de reforestation, signera un contrat d'achat avec trois projets (à

Madagascar, en Colombie et au Honduras) qui comportent une composante REDD.

Décliné en REDD+ par la prise en compte des activités de gestion durable des

forêts, le bilan de la phase pilote, bien que mitigé en RDC (conséquence d'une mauvaise gouvernance),

semble satisfaire toutes les Parties : le montage des projets REDD sont moins coûteux

que ceux des mécanismes de flexibilité existants et, de ce fait, se présentent comme une

131 Art. 13 du protocole

76

aubaine tant pour les pays à forêts. Aussi, ces derniers n'étant pas tenus à des objectifs de réduction,

peuvent générer des crédits forestiers ex-nihilo et bénéficier de beaucoup de financement.

Cependant, A l'heure actuelle, le seul débouché pour les « actifs climatiques »

des initiatives REDD demeure le marché de la compensation carbone volontaire : les émissions

réduites par ces initiatives sont financées par des entreprises ou des particuliers qui souhaitent

volontairement compenser leurs émissions de GES. De ce fait, l'accord post-Kyoto

devra pensée à consacrer le REDD comme mécanisme de flexibilité à part entière car elle est

d'une importance capitale, tant sur le plan écologique que sur le plan économique.

v Les gouvernements du Sud en général et ceux de l'Afrique en particulier doivent penser

à renforcer leurs capacités en finance-carbone et à instaurer un climat d'affaire

propice aux investissements-carbone

Les capacités institutionnelles d'un pays constituent un facteur important qui

peut favoriser ou au contraire freiner son évolution dans le marché-carbone. En ce qui concerne

le MDP, le lancement de tels projets suppose d'évaluer et de comprendre de nombreux

aspects juridiques, financiers, opérationnels et techniques. Or, la plupart des pays en développement

(particulièrement ceux d'Afrique), disposant de capacités institutionnelles limitées,

ont et auront du mal à prospérer dans la finance-carbone. Par ailleurs, le climat d'affaire (pollué

par la corruption, la concussion, les tracasseries administratives qui se sont érigés en système

de gouvernance), les crises politico-militaires... n'incitent pas les investisseurs à

s'engager sur des projets-carbones en Afrique.

Les Etats africains doivent penser à mettre sur pied des organes sérieux chargés

de la gestion de leurs actifs sur les marchés du carbone, à renforcer les capacités de ceux existants,

à assainir le climat des affaires et à proposer des mesures incitatives aux investisseurs

(par exemple des exonérations fiscales)...

v Les PED doivent renforcer la coopération SUD-SUD s'ils veulent vraiment peser sur

les marchés-carbone post-2012.

La question climatique évolue dans un contexte géopolitique particulier où la

préservation de l'environnement, chère au Nord, doit être conciliée à la croissance économique

mondiale en générale, du Sud en particulier. Cependant, dans cette société internatio77

nale, bordel d'intérêts, les Etats ne se font pas des cadeaux. Chaque partie cherche à tirer son

épingle du jeu, quit à écraser, diplomatiquement parlant, celui qui lui paraît en position de

faiblesse.

Ainsi, pour peser dans les prochaines négociations qui aboutiront au marchécarbone

d'après Kyoto, les Etats du Sud doivent se serrer les coudes afin de faire face à

l'occident. Ceci passe par une coopération Sud-Sud, tant sur le plan technique que sur le plan

financier :

- Sur le plan technique, ceux d'entre eux qui ont développés des capacités et acquis

l'expérience dans la finance carbone devront aider les canards boiteux à évoluer et à se

mettre à la hauteur des enjeux.

- Sur le plan financier, la Chine par exemple, fort de son économie, peut être un partenaire

financier important en ce qui concerne le montage des projets-carbone.

Et ceci bien entendu, dans le respect mutuel de souveraineté.

78

CONCLUSIION

L'essentiel de ce travail a consisté en l'analyse de l'efficience des marchéscarbone,

et par conséquent des mécanismes de flexibilité, dans la problématique de la réduction

des GES. Force est de constater qu'en dépit des efforts déployés en ce sens, leur rendement

est encore à des années lumières des objectifs de Rio et de Kyoto. D'où, des reformes

qui s'imposent non seulement dans le fonctionnement des marchés-carbone, mais aussi dans

le système mondial de gouvernance environnementale.

Les accords de Kyoto, par l'entremise des marchés-carbone, offrent des opportunités

- de financement, d'investissement et de transfert technologique - dont l'Afrique pourrait

bénéficier pleinement grâce à son potentiel énergétique et ses faibles émissions en carbone.

Avec l'éventuelle intégration du REDD au marché régulé du système de Kyoto, la RDC

se retrouve dans une situation doublement avantageuse. Cependant, avoir du potentiel est une

chose. Convertir ce potentiel en réalité palpable en est une autre. Ceci requiert une volonté

politique réelle et la mise en place d'un cadre propice, reposant sur la bonne gouvernance, qui

nous permettra de tirer réellement profit de la finance-carbone. Tel est l'un des prix de cette

émergence dont nous rêvons et notre position actuelle dans le dossier climatique n'est pas satisfaisante

: nous devrions en être complexés.

L'émergence du concept « économie verte », durant le Sommet de la terre tenu

en juin de cette année, ne vient que conforter l'idée selon laquelle croissance économique et

protection de l'environnement sont des termes qui peuvent être conciliés. Avec le renforcement

des politiques volontaristes en termes de mitigation, il devrait être possible de « décarboniser

» les économies des pays développés et en développement, à un niveau qui soit compatible

avec l'objectif de stabilisation, et ce sans porter atteinte à la croissance économique.

Cependant, l'efficacité de la lutte contre le changement climatique ne saurait dépendre exclusivement

de la mise en place d'instruments économiques dans une logique compensatrice.

Une politique de mitigation effective requiert en effet, et peut-être même avant tout, des

changements en termes des habitudes de consommation et de modifications beaucoup plus

fondamentales des modes de production, de transport et de consommation dans une perspective

de développement durable telle que le propose le rapport Brundtland.

79

23 novembre 2012. En ce jour mémorable où nous concluons ce travail, la partie

Est du territoire de la RDC est, depuis 2 jours, sous contrôle des forces rebelles du M23.

Du coup, ce travail qui a d'abord suscité notre enthousiasme, suscite en nous des interrogations.

Quelle est la pertinence de travail ? Entre crises politiques, militaires, recherche de la

stabilité économique et de la vérité des urnes, la question environnementale trouvera-t-elle

une place dans l'agenda de la classe politique congolaise ?

Le temps vient où les enjeux de géopolitiques seront environnementaux. Il est

déjà venu. A nous de le comprendre et de nous positionner car si aujourd'hui l'Est du pays est

déstabilisé pour de l'or ou du coltan, demain c'est toute la RDC qui le sera à cause de la forêt

équatoriale, du fleuve Congo, de l'Okapi, du jardin botanique de Kisantu ou du parc Virunga

... il est plus que temps d'y réfléchir afin de nous éviter le ridicule des solutions « diplomatiques

», « politiques » et « militaires ».

80

BIIBLIIOGRAPHIIE

1. TEXTES ET AUTRES DOCUMENTS

A. Instruments juridiques internationaux

1. La Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, UNFCCC,

Juin 1992

2. Le Protocole de Kyoto, UNFCCC, Décembre1997.

3. Principes, nature et champ d'application des mécanismes prévus aux articles 6, 12 et

17 du Protocole de Kyoto, FCCC/CP/2001/13/Add.2. COP, Décision 15/CP.7.

4. Lignes directrices pour l'application de l'article 6 du Protocole de Kyoto,

FCCC/CP/2001/13/Add.2. COP, Décision 16/CP.7.

5. Modalités et procédures d'application d'un mécanisme pour un développement propre

tel que défini à l'article 12 du Protocole de Kyoto, FCCC/CP/2001/13/Add.2. COP,

Décision 17/CP.7.

6. Modalités, règles et lignes directrices applicables à l'échange de droits d'émission

(art. 17 du Protocole de Kyoto), FCCC/CP/2001/13/Add.2. COP, Décision 18/CP.7.

7. Le Mandat de Berlin, FCCC/CP/1995/COP, Décision 1/CP.1.

B. Décision judiciaire internationale

1. CIJ, affaire de La licéité de la menace ou de l'emploi d'armes nucléaires, avis consultatif

du 8 juillet 1996, Rec. 1996

C. Résolutions et déclarations des organisations internationales

1. La déclaration de Rio sur l'environnement et le développement, Rio de Janeiro, juin

1992

2. La Déclaration de Stockholm, Stockholm, juin 1972

3. Résolution A/RES/43/53 du 6 décembre 1988 relative à Protection du climat mondial

pour les générations présentes et futures

4. Résolution A/RES/45/212 du 21 décembre 1990 relative à Protection du climat mondial

pour les générations présentes et futures

D. Rapports

1. DENEUX (M.), Rapport sur l'évaluation de l'ampleur des changements climatiques

sur la géographie de la France à l'horizon 2025, 2050, 2100, Office parlementaire

d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, Assemblée nationale française,

session ordinaire 2001-2002, p. 36

81

2. GIEC, Changements climatiques, Bilan 2001 : rapport de synthèse, résumé à

l'intention des décideurs, GIEC, 2001

3. Ministère français de l'économie des finances et de l'industrie, Mission interministérielle

de l'effet de serre, Fonds français pour l'environnement mondial; Guide de mécanismes

des projets prévus par le Protocole de Kyoto: Le mécanisme de développement

propre, 2ème édition. Rapport de synthèse.

2. OUVRAGES

1. BAKANDEJA WA MPUNGU (G.), Le droit du commerce international ; les

peurs justifiées de l'Afrique face à la mondialisation des marchés, Bruxelles, De

Boeck & Larcier, 2001, 174p.

2. BALANDA MIKUIN (G.), Le droit des organisations internationales. Théories

générales, Kinshasa, CEDI, 2006, 613p

3. BARBAULT (R.), Ecologie générale : structure et fonctionnement de la biosphère,

5èmeéd, Paris, Dunod, 2003, 236p.

4. BLACHER (P.), Droit des relations internationales, 3ème éd, Paris, Litec, 2008,

237p.

5. COLLIARD (C-A.) et DUBOUIS (L.), Institutions internationales, 10èmeéd, Paris,

Dalloz, 1995, 532p.

6. CONVERY (F.), ELLERMAN (D.) & DE PERTHUIS (C.), Le marche européen

du carbone en action: enseignements de la première phase, Paris, CEEPR, 2008,

48p.

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www.finafrique.com/FINANCE CARBONE_AFRIQUE.PDF)

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84

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22. VINOT (S.) & COUSSY (P.), « Point sur les émissions des gaz à effet de serre des

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23. WANG (X.), « La Chine et le marché international des crédits carbone », CI, avril

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système global de lutte contre le changement climatique ?, Master de recherche en

administration publique, ENA, 2005-2007, 64p.

2. CHEVALIER (J.), les règles de fonctionnement du marché européen du carbone

(2005-2007) : le rôle du stockage et de l'emprunt des quotas, les fondamentaux du

prix et les stratégies de gestion des risques, Thèse de doctorat en sciences économiques,

Université Paris X- Nanterre, 2008, 301p.

3. DE JESSEY (B.) & LAMY (P-M), Etude du système européen d'échange de quotas

carbone, Mémoire de recherche de fin d'études, Panthéon-Sorbonne Paris 1,

2007-2008, 84p.

4. DENRUYTER (J-P), Mécanisme pour un Développement Propre et Développement

Durable - stratégies belges de sélection de projets, Travail de fin d'études

spécialisées en gestion de l'environnement, Université Libre de Bruxelles, IGEAT,

2005-2006, 269p.

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de recherche en droit international et organisations internationales, Panthéon-

Sorbonne Paris I, 2005-2006, 101p.

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1. http// :www.cirad.fr/ les marché-carbone

2. http// :www.finafrique.com/FINANCE CARBONE_AFRIQUE.PDF

3. http//:www.CO2solidaire.com/ prise-conscience.html

4. http//:www.fimarkets.com/finance-carbone/introduction.html

5. http//:www.globalcanopy.org/le REDD+

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7. http//:www.notre-planete.info/ Gaz à effet de serre et influence des activités humaines

- notre-planete_info.html : « Gaz à effet de serre et influence des activités humaines »

8. http://www.Planetoscope.com/261-emissions-mondiales-de-co2-dans-latmosphere.

html

9. http//:www. unfcc. com

85

TABLE DES MATIIERES

REMERCIEMENTS ............................................................................................................................... i

SIGLES ET ABREVIATIONS ............................................................................................................... ii

I. INTRODUCTION ............................................................................................................................... 1

I.1. PROBLEMATIQUE ..................................................................................................................... 3

I.2. INTERET DE SUJET ................................................................................................................... 6

I.3. METHODOLOGIE ....................................................................................................................... 6

I.4. DELIMITATION DU SUJET ET PLAN SOMMAIRE ............................................................... 7

CHAPITRE I. LA DETERIORATION DE L'ENVIRONNEMENT PAR LES CHANGEMENTS

CLIMATIQUES ..................................................................................................................................... 8

SECTION I. LE RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE DE LA TERRE............................................... 8

§1. Les gaz à effet de serre ............................................................................................................ 11

1. Les gaz à effet de serre naturellement présent dans l'atmosphère ..................................... 11

La vapeur d'eau ..................................................................................................................... 12

Le dioxyde de carbone........................................................................................................... 12

Le méthane ............................................................................................................................ 12

Le protoxyde d'azote ............................................................................................................. 13

L'ozone ................................................................................................................................. 13

2. Les causes additionnelles de concentration de GES dans l'atmosphère : le forçage

anthropiques .............................................................................................................................. 13

§2. Les conséquences du réchauffement climatique ..................................................................... 16

1. Les effets liés à la hausse moyenne des températures ....................................................... 17

2. Les problèmes de droit international que pose la hausse des températures. ...................... 18

SECTION II. DES DONNES SCIENTIFIQUES AU CADRE JURIDIQUE DE LA LUTTE CONTRE

LE RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE ........................................................................................... 20

§1. Le monde scientifique comme facteur incitatif de la prise de conscience internationale du

problème du réchauffement climatique. ........................................................................................ 20

§2. Les instruments juridiques internationaux de lutte contre les changements climatiques ........ 24

1. La convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques ........................ 24

1.1 Historique de la Convention ............................................................................................ 24

1.2 Objectifs et principes ....................................................................................................... 26

1.3 Le cadre institutionnel de la Convention. .................................................................. 30

2. Le protocole de Kyoto ....................................................................................................... 34

2.1 Naissance du protocole de Kyoto : la question de l'adéquation de l'alinéa a et b du

paragraphe 2 de l'article 4 ..................................................................................................... 34

2.2 Le contenu du Protocole de Kyoto .................................................................................. 36

2.3 Du système institutionnel mis en place par le Protocole de Kyoto ................................. 37

86

CHAPITRE II. LA PROTECTION DE L'ENVIRONNEMENT PAR LE MARCHE-CARBONE .... 40

SECTION I. LES MECANISMES DE FLEXIBILITE ET L'EMERGENCE D'UN MARCHE -

CARBONE EN REPONSE AUX EXIGENCES DE KYOTO ............................................................. 41

§1. Les mécanismes de flexibilité ................................................................................................. 41

1. Le système international d'échange : le mécanisme de permis d'émission négociable (art.

6 et 17) ...................................................................................................................................... 42

2. Les mécanismes sur base des projets : la mise en oeuvre conjointe (art.6) et le mécanisme

de développement propre (art.12 ) ............................................................................................. 43

2.1 La mise en oeuvre conjointe ............................................................................................. 43

2.2 Le mécanisme de développement propre ........................................................................ 44

§2. Les marchés-carbone ............................................................................................................... 48

1. Types de marché-carbone .................................................................................................. 51

1.1 Les marchés régulés ........................................................................................................ 52

1.2 Les marchés volontaires .................................................................................................. 53

2. Les acteurs des marchés-carbone ...................................................................................... 54

2.1 Les Etats .......................................................................................................................... 55

2.2 Les entreprises ................................................................................................................. 55

2.3 Les autres acteurs et les intermédiaires des marchés-carbone ......................................... 55

3. Dynamique des marchés-carbone ...................................................................................... 56

3.1 Evolution de L'EU ETS durant la première phase. ......................................................... 56

3.2 Les tendances actuelles du marché-carbone .................................................................... 59

SECTION II. LES EFFETS DU MARCHE-CARBONE SUR LA PROTECTION DE

L'ENVIRONNEMENT ....................................................................................................................... 60

§1. De la réduction des GES par les marché-carbone ................................................................... 60

1. Des réductions limitées mais significatives... ................................................................... 61

2. ...un bilan qui reste mitigé néanmoins .............................................................................. 62

3. De 2009 à début 2012 ........................................................................................................ 64

§2. Les pays du Sud et le développement durable ......................................................................... 65

1. Des coûts considérables pour le montage d'un projet MDP... .......................................... 66

2. ... D'où l'inégalité dans la répartition des MDP dans les pays du sud ............................. 67

3. L'Afrique non-émergente : un cas paradoxal et inquiétant ............................................... 68

§3. De la nécessité d'une redéfinition post-2012 du fonctionnement des marchés-carbone ........ 70

CONCLUSION .................................................................................................................................... 78

BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................................................... 80

TABLE DES MATIERES ..................................................................................................................... 85__






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"Il y a des temps ou l'on doit dispenser son mépris qu'avec économie à cause du grand nombre de nécessiteux"   Chateaubriand