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Environnement, paysage et projet de territoire. Vers une approche territoriale pour la sauvegarde et la mise en valeur de la réserve de biosphère des oasis du sud marocain.

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par SADKI Aba
Université Internationale de langue française au service du développement Africain (Université Senghor d'Alexandrie) - Master en Gestion de l'environnement 2007
  

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CHAPITRE III : PERSPECTIVES DU DÉVELOPPEENT DES PALMERAIES ET ALTERNATIVES D'AMENAGEMENT :

Les terroirs des palmeraies : Conditions et atouts d'une survie

Que l'on se place dans des perspectives de conservation, de réhabilitation, de restructuration ou d'intégration, ce sont les principes du programme Mab et les dispositions de la stratégie de Séville sur les réserves de biosphère qui devront orienter les possibilités d'aménagement dans le but de concrétiser les objectifs du statut de la réserve de biosphère de l'UNESCO. Quand les approches de développement local s'inscrivent dans cette optique, les palmeraies offrent un cadre d'interventions et de gestion relativement facile à aborder. A l'opposé, lorsqu'elles sont tiraillées entre des intérêts divergents, les contraintes dues à l'optimisation des choix et à la prise des décisions rendent les actions éventuelles moins aisées. La valeur et l'intérêt du patrimoine, des circuits fonctionnels des villages et la solidarité qui caractérise les populations peuvent constituer un atout non négligeable pour la recherche de solutions menant à une survie des palmeraies. Si les villages présentent encore un caractère polarisateur du point de vue culturel et social et s'ils participent toujours à un apport économique quelque peu considéré, ils revêtent une valeur historique et paysagère considérable pour la communauté locale, nationale et internationale qu'il conviendrait d'entretenir et de préserver pour les générations futures. Si l'on tient compte des atouts écologiques et paysagers des palmeraies et leurs valeurs économiques, l'on a avantage à améliorer le cadre de vie des populations et préserver l'environnement naturel d'autant plus qu'elles bénéficient de deux statuts internationaux de protection. Cette amélioration du cadre de vie peut nécessiter relativement peu de moyens, si elle est accompagnée d'une participation des habitants et de l'utilisation des savoirs écologiques traditionnels (SET) hérités du génie oasien. A terme, il s'agit d'arrêter la dégradation de des palmeraies et de ses richesses paysagères et de les intégrer dans la vie urbaine tout en conservant leur identité.

La sauvegarde stérile et la sauvegarde dynamique :

a. Un témoin de passé : la conservation « stérile » :

Une stratégie de conservation qui ne concernerait que la restauration des monuments historiques les plus remarquables tend à limiter le rôle des villages à celui de témoin du passé et de documents d'histoire. Par la définition qu'elle donne au patrimoine culturel en insistant sur le caractère historique, scientifique, artistique ou archéologique, la loi sur la conservation du patrimoine culturel (loi 22-80) encourage cette tendance sélective de protection. Cette conservation a déjà montré ces limites quant à sa contribution réelle au développement local car elle n'intéresse finalement que des "objets" architecturaux isolés de leur contexte urbain et n'interfère pas sur les conditions humaines

environnantes. Cette conservation qu'on peut qualifier de « stérile » ne répond souvent qu'aux préoccupations des opérateurs touristiques. Elle se résume souvent en une remise en état un peu factice des monuments principaux et des cheminements y conduisant (traitement des sols, actions sur les façades, réfection des enduits et des ornements, etc...) conférant au monument une vocation de "musée" à travers la reconstitution du décor architectural.

b. Un pôle d'attraction économique : la sauvegarde "dynamique" :

Une redéfinition du village en vue d'en faire un centre de rayonnement et d'activités rentables peut constituer une vocation précise pour le développement des oasis. Ceci se justifie d'autant plus quand le village présente encore un potentiel paysager et environnemental considérable et qu'il garde un certain impact économique. Dans le contexte dépersonnalisé des palmeraies, il s'agira d'une revalorisation de la part du paysage naturel et culturel qui caractérise les terroirs villageois et d'amplifier leur rôle dans ce domaine. Afin de maintenir l'identité des palmeraie, une sauvegarde plutôt "dynamique", renforçant en premier lieu les spécificités locales et le renforcement des structures de production traditionnelles et une amélioration d'ensemble du cadre urbain pour rendre ce dernier plus propice, plus salubre, plus humain et plus attractif et plus rentable. Un tel choix nécessite la définition d'objectifs précis et la recherche de méthodes et de moyens appropriés et une action globale planifiée dont l'initiative revient aux collectivités locales. Tous ces aspects doivent être conditionnés par des préoccupations systématiques visant à la mise en oeuvre du statut de la réserve de biosphère à traves la conservation et le développement des activités locales et le maintien de la population dans des conditions de vie meilleure. Il peut paraître nécessaire, dans l'optique d'une nouvelle évolution puisant aux sources du développement humain durable, de chercher à retrouver pour les palmeraies une nouvelle cohérence en conjuguant la conservation avec une adaptation à la nouvelle réalité urbaine et économique de la société oasienne. Cet objectif visant à réanimer les palmeraies tout en s'inscrivant dans le contexte contemporain du développement urbain, peut être atteint par une intervention globale recouvrant notamment :

ï Une relance économique des secteurs productifs et commerciaux, les moins nuisibles et les moins exigeants au plan des accès, alliant les modes de production traditionnels à une évolution des systèmes de gestion et de financement;

ï Un rééquilibrage de la population au plan urbain en favorisant l'installation dans les villages de populations importante, ce brassage nécessitant la recherche de nombreux attraits en matière de qualité de vie susceptibles de primer sur les contraintes inhérentes à la morphologie des villages;

ï Une amélioration du cadre urbain par la réhabilitation du bâti; aménagement des voies et restructuration des réseaux conjuguant l'intérêt, le caractère et l'adéquation des actions d'aménagement au milieu naturel.

Des choix cohérents pour un aménagement global :

A partir du moment où une vocation précise a été définie pour le développement des palmeraies, des choix d'aménagement d'ensemble doivent être pris pour préciser la place accordées aux particularités locales. Le premier problème qui se pose est celui de la valorisation des paysages, dans la mesure où la centralité du milieu urbain l'emporte sur le reste des composantes du territoire. Cette centralité repose en général sur les forces d'attraction du centre urbain dans l'ensemble de l'agglomération. Ainsi les villages finissent par être déprimés avec le temps par asphyxie ou par abandon. Les tentatives de restructuration qui existent ne concernent que les villages situés dans les communes dotées d'un plan d'aménagement urbain mais sans prendre en compte réellement le rôle capital de l'environnement et du paysage qui représentent les éléments essentiels de la vitalité et de la spécificité des palmeraies.

a. Équilibre et complémentarité des composantes urbaines:

La forme de développement urbain qui caractérise les villes oasiennes parait discontinue, dispersée, voire anarchique, à l'opposé de l'image cohérente, progressive et unifiée qu'offre le noyau traditionnel à travers son développement au fil du temps. A cette forme désarticulée qui laisse, à l'intérieur du tissu urbain, des espaces libres non-affectés et continue d'appréhender le site de la même façon (pour des raisons spéculatives, d'opportunité ou d'insuffisances de politique d'aménagement) correspond, un déséquilibre flagrant des parties constitutives de l'urbanisation récente au plan de la répartition des fonctions et des types, qualités et densités d'habitat ainsi que des caractéristiques sociodémographiques des quartiers. De plus, ces disparités morphologiques, fonctionnelles et démographiques semblent souvent avoir tendance à se prolonger au fur et à mesure que l'urbanisation moderne se développe ce qui ne constituent pas des conditions favorables à une revalorisation des tissus anciens, délaissés et dévalorisées en parallèle avec le développement urbain. Dans la logique d'une revalorisation du paysage des palmeraies, se pose le problème difficile du traitement de ses abords des villages. Que le Ksar bénéficie d'une zone périphérique non-bâtie, ou se trouve au contraire, totalement englobée dans des tissus plus récents, l'aménagement de la zone qui la ceinture doit impérativement obéir aux objectifs principaux suivants :

ï Assurer le débouché convenable des voies automobiles extérieures qui mènent au centre ville moderne ;

ï Permettre l'amélioration de ses accès par un réseau de voirie approprié ;

ï Constituer dans la mesure du possible, une zone de protection non constructible et de mise en valeur bordant le Ksar et soulignant physiquement son unité et sa qualité paysagère.

b. Exigences et fragilité du milieu :

Avec une volonté affirmée de réanimer la palmeraie, et une fois prises les options relatives à son rôle, son intérêt, son apport et son intégration dans le cadre de l'agglomération nouvelle, la valorisation de son potentiel paysager et environnemental doit passer par des réponses aux problèmes intérieurs posés par le milieu. Les principales contraintes à ce type de revalorisation sont imputables à la fragilité du milieu naturel et l'extrême pression de l'habitat sur l'environnement et le paysage. Du coût, toute intervention ayant, pour objectif de remodeler, même légèrement, telle ou telle aspect du paysage ou de réorganiser telle ou telle structure fonctionnelle, entraîne des répercussions sensibles à tous les niveaux de la palmeraie. L'interférence contenant / contenu rend toute action d'aménagement extrêmement délicate, difficile à maîtriser quant à ses conséquences, voire même dangereuse pour l'organisme cohérent que constitue une palmeraie. Aussi, la percée d'une voie de circulation étrange au système urbain oasien est susceptible de porter atteinte grave à l'homogénéité et la cohérence d'une palmeraie sinon bouleverser totalement l'équilibre de ses paysages. Tout en écartant donc les méthodes de valorisation qui risqueraient d'être fatales à la cohérence des palmeraies, par leur brutalité face à un milieu d'une extrême sensibilité, des aménagements bien étudiés progressifs et moins traumatisants sont nécessaires.

Essai de synthèse :

De tout temps, les palmeraies ont traversé des périodes de fluctuations et de transformations qui ont laissé leurs empreintes parfois brutales mais toujours adaptées aux données constantes des conditions locales. Elles n'ont relativement pas provoqués de graves conflits tels qu'ils apparaissent aujourd'hui. Bien sûr, les palmeraies des époques historiques très anciennes ont connu successivement des rayonnements et des déclins, mais elles ont malgré tout survécu et elles sont arrivées jusqu'à nous, grâce à une dynamique conservatrice très forte. Dans le contexte contemporain, tourné vers une modernisation grandissante et un mode de consommation induisant une urbanisation accélérée, très vulnérables pour résister aux poussées du « modernisme », les palmeraies de la réserve de biosphère se dégradent et se marginalisent de plus en plus. C'est

pourquoi il importe de les sauvegarder à cause du potentiel paysager et environnemental qu'elles représentent, du creuset de la civilisation présaharienne qu'ils constituent, et du fait de leur apport économique considérable. Les aménagements qui ont touché les palmeraies et qui avaient pris leur cohérence en compte avec plus ou moins de respect, montrent, à travers les enseignements que l'on peut en tirer, qu'une adaptation des nouvelles mises en scènes urbaines au contexte local est une solution dont les effets sont bénéfiques pour les humains et pour leur environnement. Car il s'agit de conserver d'une manière souple et évolutive l'harmonie entre les deux. Rendre aux palmeraies leur rayonnement et leur force attractive doit constituer un objectif primordial des politiques d'aménagement et du développement. Au vu de ces constats, on peut esquisser quelques conclusions majeures qui devront servir de base pour la formulation des orientations pour un projet de territoire objet de la dernière partie de ce travail :

Le problème des oasis est tout d'abord politique : Elles ont besoin d'un projet d'ensemble basé sur des actions du développement claires et ciblées, des axes d'intervention hiérarchisés et spatialisés. Elles ont également besoin d'un support réglementaire pour encadrer les interventions et les différentes opérations de développement. Il est donc urgent de :

· Promulguer des mesures réglementaires et institutionnelles spécifiques aux oasis (nouvelle échelle de planification, nouveau découpage administratif, nouvelles institutions de gestion);

· fédérer les diverses institutions intervenant dans les oasis pour harmoniser les interventions et mieux cibler les acteurs;

· imposer des conditions strictes pour l'utilisation des ressources naturelles (l'eau et le sol).

Le problème des oasis, c'est aussi une question d'approche et de méthodologie : Il nécessite d'autres niveaux d'intervention territoriaux pour le développement rural; l'initiative lancée par le PNUD pour les palmeraies de la province d'Errachidia (annexe 01), pourrait constituer une solution à la crise des oasis. Dans le même sens, il faudrait adopter les approches intégrées et horizontales dans la promotion des projets, associer les acteurs locaux dans l'identification des besoins et la mise en place des programmes de développement. La fragilité du milieu requiert la création d'une institution pour le suivi et l'évaluation. Un Observatoire des Oasis pourrait être créé afin de suivre les tendances et cerner les urgences. Ces actions et ces programmes doivent être soutenus par des mécanismes et des instruments de financement spécifiques et par une politique d'aménagement du territoire particulièrement active.

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"Le don sans la technique n'est qu'une maladie"