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Le sacrifice de l'animal dans les sociétés africaines précoloniales: le cas des Mbo à  la lumière ds égyptiens anciens

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par Cédric Stéphane Mbah
Université de Yaoundé 1 - Master 2 en Histoire 2017
  

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CHAPITRE IV : LA SYMBOLIQUE ET FONCTION DU SACRIFICE

DE L'ANIMAL CHEZ LES EGYPTIENS ANCIENS ET LES MBO PRECOLONIAUX

Le langage courant souligne principalement l'idée de renoncement contenu dans le mot sacrifice dont l'étymologie met en valeur le caractère religieux : « sacer face » qui veut dire rendre sacré. Cependant, le sacrifice est avant tout un rite dont le moment culminant est marqué par la destruction d'une offrande consacrée330(*). Ainsi, pour ce qui est des sacrifices animaliers, un animal consacré en offrande plantera à cet effet, le décor sacrificiel qui traine en lui, un panel de symbolisme dont la portée peut se mentionner dans les considérations historiques, théologiques, anthropologiques, et bien d'autres auxquelles l'on pourrait les lier. Toutefois, il sera judicieux de reconnaitre que tout fondement symbolique vise une finalité bien définie. L'objet du sacrifice en ce qui concerne la symbolique des sacrifices animaliers dans l'univers égyptien et Mbo précolonial, nous revoie à l'idée que  les sacrifices animaliers auraient des fonctions ou des portées, magico-religieuses, socioculturelles et médicales.

I- LA SYMBOLIQUE DU SACRIFICE DE L'ANIMAL CHEZ LES EGYPTIENS ANCIENS ET LES MBO PRECOLONIAUX

Les sacrifices animaliers dans les sociétés négro-africaines et Mbo en particulier sont porteurs de significations, qui se lisent sous l'angle théologique, anthropologique, sociale, etc. Ainsi, le sacrifice de l'animal chez les égyptiens anciens et les Mbo précoloniaux symbolisera une donation aux divinités, l'ouverture vers unemeilleur vie, une communion entre vivants et morts, un tremplin de purification, etc.

A- UNE DONATION AUX DIVINITES

Pour mieux cerner la symbolique du sacrifice de l'animal en tant qu'offrande dans la société égyptienne ancienne et Mbo précoloniale, il sera important de ressortir l'aspect de la conception de l'être humain chez ces peuples. Ceci dans le but de mettre en exergue le bien fondé des entités ontologiques qui sont susceptibles de recevoir les offrandesà eux dévouées par les sacrifices animaliers.

1- L'ontologie égyptienne ancienne et Mbo précoloniale

Les Egyptiens considèrent la personne humaine comme étant un composé complexe constitué d'un élément physique ou matériel et des composantes spirituelles ou immatérielles impérissables331(*). Ces composés liés les uns des autres atteignent généralement le chiffre de neuf éléments.

a- Djet et Khat ou Ekheu : corps physique

C'est le corps physique, périssable, qui meurt, cette enveloppe corporelle qui est vouée à la putréfaction après la mort. Cette entité du défunt était momifiée lorsqu'on voulait assurer la pérennité des entités spirituelles à lui inhérentesà l'au-delà. C'est pourquoi compte tenu du caractère putrescible de la terre dans laquelle on devrait placer le Djet 332(*), ce dernier avait besoin des soins particuliers, d'où l'idée de la momification qui était une véritable nécessité car Djet devenait Khat ou cadavre lorsqu'on déposait dans un sarcophage déposé dans une tombe333(*).Cependant le Djet devient Khat lorsqu'il est momifié comme nous l'apprenons à travers la phrase« Khat. i qeres tw.334(*)»  mon corps est enterré.Djet devenu khat est représenté dans les textes hiéroglyphiques par un ensemble de signes dont l'un met en relief, un corps humain allongé, immobile et inerte déposé sur une table335(*) 336(*) après le rite de momification.

 

Le terme Ekheu est polysémique en langue Mbo337(*). Il signifie  le pied  ou encore la  peau. En faite c'est le terme même qui désigne corps physique, souvent on lui adjoint le mot « Yeul » pour désigner corps humain ce qui donne «  Ekheu Yeul » le terme français qui nous paraît adéquat pour rendre le sens de ce mot est  enveloppe charnelle  ou enveloppe corporelle338(*). C'est ce corps physique qui est mortel. C'est lui qui, une fois le décès constaté, est mis dans un cercueil après purification ou lavage du corps, pour être transporté à la tombe chez les Mbo. Il est à remarquer que la tombe est souterraine chez les égypto-Mbo et que la terre serait le lieu par excellence de conservation du Djet devenu Khat ou bien d'Ekheu Yeul appelénd'èm. D'où l'expression extrait des textes de la cinquième dynastie égyptienne : « soul to havent, body to the earth 339(*)».

Ainsi le corps physique s'en va dans la terre et les entités spirituelles vont au ciel. Cette conception est reprise chez les Mbo qui, dans leurs chants d'accompagnement des défunts, reprennent en choeur le refrain suivant :

Ekheu yeul dj'è ko'o n'do-nsèh

Ebweuh dj'è ko'o ni n'san dieuh

Mé wéeih mée

Woumsié, a-woumsiéé

Mé wéeih mée

Woumsié, a-woumsiéé340(*)

Littéralement, c'est le corps qui reste dans la terre et les entités spirituelles au ciel. Comme pour dire que le corps est souterrain et l'âme transcendant. Je ne suis pas mort, je me repose. Ce qui amène inéluctablement à nous intéresser à l'âme qui est intrinsèque au corps du vivant de l'homme.

b- Ba ou Ebweuh : corps spirituel (âme)

Ba est représenté en écriture hiéroglyphique, soit par un oiseau à la tête humaine ou par une cigogne ou un jabiru 341(*). Selon Birch, Ba est l'élément les plus puissant du corps, il a la faculté de s'associer au Ka pour permettre au corps ou à Khat de revivre et gouter aux délices des offrandes déposéesdans la tombe, il représente la conscience de l'homme et très proche de Ka comme le présente E .W Budges.  «As the Ba was closely associated with the Ka, it partook of the funeral offerings, and in one aspect of its existence at least it was liable to decay if not properly and sufficiently nourished342(*)».C'est donc l'âme ou la conscience qui habite en l'homme et qui peut vivre indépendamment du corps ou Khat car il est capable de vivre après la mort. Il peut vivre à l'au-delà comme parmi les hommes mais sous la forme spirituelle dit esprit.

Ba ou Ebweuh est en quelque sorte le siège par excellence de l'Homme, à savoir l'homme intérieure. Il arrive souvent et très souvent que l'Homme se parle à lui-même, les Mbo disent alors qu'il parle, qu'il discute avec son âme qui devient de ce faite un véritable interlocuteur343(*). C'est alors un autre homme invisible qui vit en l'homme lorsqu'il est vivant ou même mort.

c- Ka ou Nkukeu : le double

Il est représenté par le signe de deux bras 344(*), c'est une manifestation des énergies vitales ou la force qui entretiennent la vie. Desroches-Noblecourt pense que c'est une sorte de génie très complexe, dont-on peut dire qu'il contient le principe de la vie immanente et indestructible, individualisé en même temps que l'homme momifié345(*). Maspero pense pour lui que, le Ka est une sorte de double de la personne humaine d'une matière moins grossière que la matière dont est formé le corps. Toutefois il faut nourrir et entretenir cette entité comme le corps même ; ce double vivait des offrandes dans le tombeau346(*)où était déposé Djet. A travers Ceci il convient de remarquer que, Ka est la partie de l'homme qui a besoin d'être alimenté après la mort. Cependant appelé double du défunt, il a évolué pour designer fantôme347(*) du défunt. Il y avait ainsi les prêtres du Ka ou les prêtres des dieux. Pour cela, avons-nous souvent vue Horus Ka d'Osiris ou encore le temple de Ka d'un dieu donné348(*).

Les Mbo pensent que pour que nkukeu ou le fantôme ne dérange pas les vivants, l'on devrait apaiser celui-ci par les offrandes349(*). C'est la raison pour laquelle, les troisièmes jours après l'enterrement d'une personne ou lors des funérailles d'un défunt, les Mbo sacrifiaient un ou plusieurs animaux en dévotion aux défunts. Lorsque Ceux-ci n'étaient pas apaiser, ils sortaient physiquement de leurs tombes pour causer les dégâts, Nkukeu est la composante humaine tout comme le Ka chez les Egyptiens qui a besoin d'être alimenté.

d- Khaibitet Eden-Den : ombre

«Connection with the Ka and Ba must mentionthe Khaibit350(*)». C'est l'apparence à demi-matérialisé d'un mort d'où parfois l'expression, l'ombre de soi-même. Khaibit peut dans ce sens êtres appréhendé comme une composante pouvant mener une existence indépendante, cependant lié à l'âme ou à Ba.

C'est l'ombre qui accompagne les hommes dans le royaume des morts351(*). Cependant nous pouvons associer Shout à Khaibit car l'ombre ayant acquis deux formes l'une appelée Shout qui est capable de sortir du tombeau et l'autre appelée Khaibit qui accompagne le défunt dans l'au-delà. Au demeurant nous pouvons comprendre que le défunt, pour communiquer avec les vivants utilise Khaibit, mais Shout pour le faire avec les ancêtres.

Eden-den c'est ce que les Mbo désignent par ombre. L'ombre ne quitte jamais l'homme dans un pays de soleil, elle évoque l'idée de bien-être, de repos, de calme352(*). Chez les Mbo on dit couramment que si l'on capture l'ombre d'une personne, cette personne mourra à coup sûr et aucun remède ne pourra rien pour elle. Cette vision Mbo de l'ombre, nous rapproche de celle que les Egyptiens font du Khaibit, c'est alors une composante chargée d'une puissance du service des vivants. Cet ombre du défunt pouvait selon la conception Mbo, sortir de la tombe du mort au vue du commun des mortels lorsque ce dernier n'était pas satisfait des offrandes, pour y retournée après ses randonnées sur terre. C'est alors un revenant lié au fantôme si non peut ainsi dire.

e- Akh ou khu ou esprit lumineux

Représenté par un oiseau appelé Ibis camata. Il est l'esprit lumineux impérissable du défunt, qui est divin en l'homme353(*). Akh, est une composante spirituelle le plus ésotérique de l'Égypte car les simples morts (en dehors du roi) ne possèdent sans doute pas Akh. Il confère au défunt une illumination aux glorifications surnaturelle. Posener cité par Yves Ngono pense que c'est une « puissance invisible qui peut prêter son efficacité aux hommes mais également aux dieux 354(*)».

Dans ce contexte, Akh est assimilable à l'entité immatérielle du défunt divinisé à qui l'on fait les doléances ou encore, pour qui l'on performe les sacrifices animaliers dans l'univers égypto-Mbo. C'est donc à cette composante fluide que les hommes s'adressent lorsqu'ils s'adressent aux ancêtres dans le cadre des sacrifices animaliers via la parole. Il est dès lors la courroie de transition entre les dieux et les hommes. De ce fait, Akh peut séjourner dans la tombe, près de Djet et dans le cosmos, auprès des dieux ou de Rê.

f- Sahu ou shé : corps spirituel.

C'est le corps subtil ou être spirituel qui émerge du cadavre ; c'est lui qui sort pour se placer sur le cercueil et s'identifiant encore du cadavre355(*). Il s'identifie souvent au Khat selon qu'il est représenté en hiéroglyphe avec un déterminatif d'une momie de l'homme couché sur une bière représentant Khat. Quelquefois, il y a eu confusion entre Sahu et le khat, et certains passages du livre des respirations égyptien précisent que « Ton khat est établi et ton Sakhou germe 356(*)» ainsi, Sakhou émerge du Khat qui germe pour évoluer indépendamment de celui-ci. Cette représentation égyptienne de Sahu ou Sakhou, indique un corps invisible qui a obtenu un degré de connaissance, de savoir, de pouvoirs, de gloire à partir duquel il devient désormais éternel, durable et incorruptible357(*). Dans l'univers égypto-Mbo, c'est à cette entité qu'on adresse les prières, les doléances, les rites etc, car prêt à entreprendre le voyage vers la transcendance divine. Toutefois, Sahu peut s'associer selon la conception égyptienne à Ba pour converger avec lui vers . Cependant la durée de vie de cette entité spirituelle est éternellepour cela Budges précise que « his duration of life is eternity358(*)».

Chez les Mbo, le terme Shé ou Séepourrait designer cette entité spirituelle. Sée ou Shé désigne par ailleurs le monde souterrain. Aussi, Mo-she, désigne-t-il l'homme de dessous- terre. C'est-à-dire habitant du monde souterrain. En effet, comme le précise Essoh Ngomé, le terme She semble plus être un adjectif rendant un état, à savoir celui des défunts qui sont restés dans leurs tombes ou presque pour devenir Yèmeuh359(*). Cependant, il apparait lorsqu'on analyse ce terme que She est surtout relatif au cadavre qui est dans la tombe et qui se transforme. Ainsi, Mo-she devient l'homme à l'état du cadavre, en pleine transformation pour devenir Yèmeuh ou dieu.

g- Sekhem ou Akhem : puissance intrinsèque

Il est appelé puissance ou pouvoir, c'est le terme utilisé pour désigner les dieux à coté de Dieu ou Ntr360(*) ;Sekhem est lié au Khou ou aux divinités. Ceci veut dire que, Khou a besoin de Sekhem pour se protéger et manifester sa puissance.

Sekhem est la puissance que l'être possède en lui, et qui, lorsqu'elle est développée, le met à l'abri de toutes attaques mystiques. Le concernée ne peut subir aucune attaque venant du monde invisible. En effet, chez les Mbo, tout initié possède cet élément. C'est par cet élément qu'ils parviennent à communiquer avec l'au-delà. Aussi tout homme possède en lui, cette composante qui peut rester endormi d'une part ou ravivé d'autre part, à partir des rites d'initiations. Lorsqu'on fait son entrée dans le Mouankoum ou Ekheum, cette entité doit obligatoirement être activée.

Les Mbo utilisent souvent l'expression« mo a-khem-té »pour désigner une personne dont l'Akhem est ravivé comme pour le qualifier de puissant. C'est la même composante qui se dit « Sekhem » chez les Egyptiens Anciens. En revanche. Akhem chez les Mbo est une sorte de bouclier intégré en l'homme, et qui préserve des dangers, en effet, l'Akhem est un constituant protecteur dans le sens le plus général possible ; d'autant plus qu'il protège Khu pendant ses aller et retour ; c'est-a-dire du monde des vivants vers l'au-delà et vice-versa.

h- Ib, ab ou N'lem : le coeur

C'est le siège de la pensée de la conscience intime, et de la réflexion qui sert d'outil de jugement lors du tribunal d'Osiris en comparaison avec la Mâat après la mort. Ce n'est pas le coeur biologique ou ce composé anatomique qui a pour fonction de propulser le sang dans les verseaux sanguin et partant tout le corps. Selon qu'ils nous présentent les textes de pyramide, Ib devait être placé sur une balance avec Mâat représenté par la plume afin de savoir si le défunt avait une vie exemplaire ou pas. S'il était de bonne conduite sur terre, il devrait être proclamé juste. En revanche, s'il était d'une conduite déplorable, il devait simplement être dévoré par la dévoreuse du tribunal.

Les Mbo conseillent souvent aux proches ayant commis des actes répréhensibles, de faire un examen de leur personne intérieure en ces terme : « be'uel kou'n n'lem ». Comme pour leurs demander confronter leurs coeurs, siège de la conscience, aux les lois établies par la tradition.

Dans le même ordre d'idées, Desroches-Noblescourt361(*)reconnaît que le sort du défunt dépendait de la pesée du coeur, qui permettait de savoir si les aveux sont empreints de vérité. Ainsi, suivant que la vérité représentée par la plume, symbole de la Mâat, ou le coeur fera pencher l'un ou l'autre des plateaux, le mort sera condamné ou absous, et dans ce dernier cas, il sera déclaré «  juste devoix ». Le mort durant cette épreuve, s'adressait au coeur comme à un élément indépendant de lui-même, mais plutôt comme un témoin permanant de ses actions.

Le coeur de ce fait devient une composante très déterminante dans la vérification du plaidoyer du défunt face aux dieux. C'est pour cette raison que Kolpaktchy décrit en ces termes la conversation intérieure d'un défunt : « mon coeur ne témoigne pas contre moi, ne te tourne pas contre moi devant le gardien de la balance [...] puisses-tu sortir heureusement de l'endroit ou nous allons362(*) ». Ainsi, le coeur se présente comme l'élément le plus représentatif de la personne d'autant plus qu'il est le siège de la conscience intime, morale, éthique et religieuse. C'est pour cela qu'il, est inscrit sur un cercueil du musée de vienne : «  le coeur de l'homme est son propre dieu363(*). »

Photo 9: Illustration de la peser du coeur par Anubis dans l'au-delà

Source : « Psychotasie », http : //User.Belgacom.net/coeurégyptien/datation.htm, consulté le 15 Avril 2015

i- Ren ou Den : le nom

Ren c'est le nom chez les égyptiens anciens ou Den en langue Mbo. Le nom peut être appréhendé comme l'appellation attribuée aux membres d'une famille, d'un clan ou mieux d'un groupe de personnes. Le nom va bien au-delà d'une simple appellation, d'autant plus qu'il est le maillon essentiel de la conception de la personne humaine dans l'univers égypto-Mbo. Les Egyptiens attribuaient une puissance profonde au nom, car pour eux, connaitre le nom d'un ennemi « c'est avoir pouvoir sur lui 364(*)». Aussi surprenant que ce la puisse être, le nom est l'une des composantes de l'être et de ce fait, il constitue une véritable essence dans l'être.

A propos de l'essence, « le nom africain est souvent porteur d'histoire en tant que lié à l'existence individuelle et social365(*) ». Toutefois, pour attribuer un nom à l'enfant né, il fallait faire une rétrospection, c'est-à-dire regarder dans l'arbre généalogique via les initiés qui se chargeaient de lui attribuer un nom. Ainsi, Mubesala Lanza, cité par Yves Ngono, nous donne un jalon très élaboré pour comprendre la portée du nom dans l'univers négro-africain, à partir des Kikit du Congo366(*). Toutefois dans la société Mbo, il était interdit aux enfants de répondre, lorsqu'ils s'entendaient appelés par leur nom, tant qu'ils n'auraient pas identifié avec précision celui qui les appelle. Ceci était également valable pour les grandes personnes, de nuit comme de jour ; sinon l'on se trouvera emporté par les esprits du mal à travers le nom367(*).

Le défunt, devenu ancêtre, conserve son nom. C'est par ce nom qu'on l'invoque lors de cérémonies rituelles. Lorsqu'on a besoin des bénédictions des ancêtres, le nom est le seul moyen par lequel on peut entrer en contact avec les morts afin de déposer les doléances. Bref le nom est un élément essentiel dans le culte des ancêtres, toujours vivants chez les Mbo.Jean Vandier et Drioton précisent que certaines opérations magiques utilisaient les contraignants qui impliquent la connaissance du nom. Une opération entremêlée qui à la magie et à la religion, consistait à verser de l'eau sur une statue couverte de noms des dieux, des défunts et de formules appropriées368(*). Cette eau immunisait ceux qui l'absorbaient contre les morsures de serpents, piqures de scorpions369(*), etc. Le nom attribué à un enfant peut être un remerciement aux défunts divinisés, avec pour intention de le pérenniser son nom. Pour cela le nom reste l'élément essentiel pour un être. Il a une puissance surnaturelle. Les rois en Egypte changeaient-ils leurs appellations lorsqu'ils accédaient au trône pour s'assimiler soit aux animaux ou aux autres éléments significatifs de la nature : c'est le cas des noms de la titulature royale de Pharaon370(*).

De ce qui précède, nous remarquons que les éléments de la personne dans l'univers égyptien ancien et Mbo précolonial se recensent parmi les éléments physiques et immatériels. Ainsi ces éléments sont intrinsèquement liés afin d'assurer au défunt une vie post-mortem ou une vie de dieu. Toutefois dans les sociétésmonothéistes comme chez les Egyptiens anciens et les Mbo précoloniaux, faire une offrande sacrificielle à ntr ou àson me yèmeuh[Dieu], revient au sacrificateur de transiter par les ancêtres qui sont les défunts divinisés après certains rites surtout sacrificiels. De ce fait ces divinités reçoivent les dons des vivants via certains de leurs éléments ontologiques suscités. Certains de ces entités sont immobiles et d'autres mobiles comme Akh et Shout qui ont la capacité de transporter les dons et doléances des vivants vers Dieu. Ce rapprochement entre Dieu et les vivants plonge ainsi les hommes dans une situation d'alliance avec la transcendance dans le cadre des sacrifices animaliers.

2- Le sacrifice : Une alliance du corps et la transcendance

En Egypte antique, le mot offrandes peut être traduit par hetep, qui signifie être en paix, être satisfait, il désigne également le table d'offrande. Ainsi, hetep conceptualisé serait l'état de grâce, le vide, la paix qui une fois, nos contraires (morts) réunis, nous mène à la communion entre le fixe et le volatile, entre le don et la réception, entre la terre et le ciel, bref entre les vivants et les morts. C'est l'état de plénitude dans le partage qui permet l'échange d'énergies entre le monde visible et le monde invisible.

La finalité de la démarche du sacrificiel de l'animal dans l'univers égyptien ancien et Mbo précolonial s'inscrit dans la relation d'échange et du don entre Hommes et le monde suprasensible. C'est dans ce sens que les offrandes, les sacrificesanimaliers et les prières constituent les lieux où se réalisent les formes essentielles d'échange et de don. Par ce geste, l'homme exprime de façon extérieure son humilité, sa dépendance à la divinité. Dans tout sacrifice, l'objet offert reste un signe, un symbole, un langage où viennent s'incarner des réalités spirituelles. Ainsi offrir un sacrifice devient une obligation religieuse.

La pensée négro-africaine et Mbo en particulier, reconnait que le but ultime de la communion via les offrandes sacrificielles, reste et demeure un processus de recherche de l'équilibre entre les vivants et les divinités. Ceci est très marqué dans la société égyptienne en ce sens que le but des fonctions sacerdotales dans l'Egypte antique reste et demeure la recherche de l'harmonie entre l'univers divin et celui des hommes371(*). Dans cette perspective, les offrandes sacrificielles des animaux pouvaient être effectuées de manière spontanée, par dévotion, en signe de gratitude, en échange d'une grâce divine ou d'une demande particulière auprès de la transcendance, mieux de Dieu. Ainsi les Egyptiens anciens faisaient des dons de nourritures pour se nourrir en retour, des énergies divines. Ceux-ci dévouaient également des animaux en sacrifice aux dieux afin de leur donner les forces nécessaires pour tuer symboliquement les forces du mal susceptibles de ramener au chaos primordial372(*).

Toutefois les vivants sont astreints aux offrandes afin de participer à leurs manières à l'équilibre cosmique maintenu par les dieux auxquels ces offrandes sont destinées. En Egypte antique, cette pratique des dons aux divins par le biais des tombaux a tout son sens. Dans la mesure où le recours à la perpétuelle collaboration avec le divin est un moyen pour garantir le cycle de l'année, la montée du Nil, la croissance des plantes, la neutralisation des rebelles, la sécurité des frontières, la joie de vivre et le règne de Mâat... ,bref la quiétude373(*).

Les offrandes peuvent mieux se comprendre dans la société Mbo avec le culte des ancêtres ou l'ancestrologie qui désigne tout discours sur les ancêtres. Cependant, les ancêtres dans la société Mbo sont des mystiques qui ont laissé de bonnes heures après leurs morts aux vivants. Le sentiment de vivre en communion avec les divinités, élève l'Homme. Toutefois. Nous présentions la religion Mbo comme monothéiste374(*). Elle est fondée sur la croyance en un seul Dieu : « l'ancêtre des ancêtres » dispensateur de vie. Les Mbo dans le même sillage reçoivent la vie de leurs ancêtres biologiques (parents, grands-parents...) qui deviennent désormais des intermédiaires entre le proto-ancêtre(Dieu) et les vivants. Ainsi les ancêtres puisent la vie auprès de Dieu pour la communiquer à leurs descendants ; raison pour laquelle communiquer aves les ancêtres, c'est rester en communication avec le Divin par le biais des offrandes sacrificiels. Les ancêtres dans la société Mbo sont appelésO-yèmeuh375(*) et le proto-ancêtre ou l'ancêtre des ancêtres est appelé Son-me-yèmeuh, littéralement le père de l'ancêtre.

Par ailleurs, les défunts deviennent ancêtres ou passent du statut de défunt à celui de divin par les soins des vivants. Ces derniers pour y parvenir dans la société Mbo, procèdent aux sacrifices animaliers. C'est de la même manière que les Egyptiens vainquaient les forces du mal devant conduire à la mort. Ces deux aspects de la culture égyptienne et Mbo trouvent leurs fondements dans l'idée de vaincre la mort.

* 330 Digard, L'homme et les animaux domestiques ..., 1990, p. 45.

* 331 L.V Thomas, « le pluralisme cohérent de la notion de la personne en Afrique noire traditionnelle », G. Dieter (dir), La notion de la personne en Afrique noire, L'harmattan, Paris, 1993, no 544, p. 388.

* 332A. Gardiner, Egyptian Grammar, Oxford, Third edition, revised, Griffith institute, Ashmolean Museum, p. 447.

* 333 A l'époque pharaonique on le mettait dans une maison surmonté d'une pyramide dans laquelle on creusait un puits vertical et au fond du puits on creusait ensuite une cavité horizontal qui devait contenir la momie; les offrandes et d'autre objets rituels.

* 334 W. Budges, The Egyptian book of the Dead (The papyrus of Ani) Egyptian text transliteration and translation, New York, 1967, LVIII, note 4.

* 335Budges, The Egyptian book..., 1967, p .VIII.

* 336Gardiner, Egyptian Grammar, p. 447.

* 337Essoh, Origines et civilisation..., p.39.

* 338 Ibid.

* 339Budges, The Egyptian book..., 1967, p. VII.

* 340 Entretien avec N'nongo Mispa, 80ans, cultivatrice, Ekanang le 15 Aout 2014.

* 341Gardiner, Egyptian grammar, p. 412.

* 342Budges, The Egyptian book..., p. VIII.

* 343 Essoh, Origines et civilisation..., p.39.

* 344 Sauneron, « Ka », Dictionnaire..., p.143.

* 345 Mitambo, « De l'origine historique du Mbo-Ngoe..., 2006, pp. 24-26.

* 346 Compte rendu du congrès provincial des orientalistes, Lyon 1878. www.congres.france,1878, consulté le 25 Mars 2014.

* 347 Essoh, origines et civilisation..., p.39.

* 348Anonyme, « les pratiques religieuses », http://egypte-des-pharaons.over-blog.com/ consulté le 28 Mars 2015

* 349 Essoh, origines et civilisation ..., p. 40.

* 350Budges, The Egyptian book...., p. LXV,I.

* 351Budges, The Egyptian book..., p. LXV, II.

* 352 Essoh, Origines et civilisation ..., p..39.

* 353Budges, The Egyptian book..., p. LXV, II.

* 354Ngono, Théologie de l'oblation en Afrique..., p113.

* 355 Essoh, Origines et civilisation..., p. 42.

* 356M.N. Sarr, « Conceptions et rites funéraires », séminaire de Master I, année 2009-2010.

* 357 Budges, The Egyptian book, p. X.

* 358 Ibid. p. XI.

* 359 Essoh, Origines et civilisation..., p. 41.

* 360 E. Hormung, Les Dieu de l'Égypte, pp 52-53.

* 361 Desroches-Noblecourt, La religion égyptienne..., p.246.

* 362 G. Kolpaktchy, Livre des anciens Egyptiens, champs Elysées, Paris, 1967, chap., XXX.

* 363 Posner, « Coeur », Dictionnaire.., p. 61.

* 364 Essoh, Origines et Civilisation..., p.40.

* 365 R. Bolingo, la nomination négro-africaine, sociologie et philosophie du nom en Afrique Noire, CEPER, Yaoundé, 1980, p.32

* 366Ngono, « Théologie de l'oblation en Afrique..., p. 114.

* 367 Entretien avec Charles Nguem, 62 ans, Mbouango le 28 mai 2015.

* 368 Vandier et Drioton, L'Egypte, Collection Clio, Paris, 1962, p. 41.

* 369 Ibid.

* 370N. Grimal, histoire de l'Egypte ancien, http://www.Histoire de l'Egypte Ancienne.htm, consulté le 2 juin 2015.

* 371 Sauneron, « Religion », Dictionnaire.., p.250.

* 372N. Grimal, histoire de l'Egypte ancien, http://www.Histoire de l'Egypte Ancienne.htm, consulté le 28 novembre 2015.

* 373 G. Mokhtar, (dir) Histoire Générale de l'Afrique, Tome II, jeune Afrique/stock/Unesco, p.123.

* 374Essoh, Origine et civilisation..., p.44.

* 375 Yèmeuh ici se comprend comme le défunt divinisé par le biais des rituels observé lors des funérailles. « O » est pris ici comme article masculin pluriel pour désigner l'ensemble des ancêtres.

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