5.1. Structure taxonomique des pollinisateurs et
dominance des Hyménoptères
L'inventaire réalisé dans la région de
Lwiro met en évidence une prédominance nette des
Hyménoptères au sein des communautés d'insectes
pollinisateurs échantillonnées. Cette configuration est conforme
aux observations faites dans plusieurs agroécosystèmes d'Afrique
centrale, où les Apoidea constituent le noyau fonctionnel des
réseaux de pollinisation.
En République Démocratique du Congo, les
travaux de Bukaka (2018) sur les insectes floricoles des systèmes
agricoles du Kongo Central montrent une forte représentation des
abeilles sauvages dans les milieux semi-naturels et cultivés. De
même, Lukoki et al. (2021), dans leurs analyses des interactions
plantes-pollinisateurs en RDC, soulignent que les Hyménoptères
occupent une position centrale dans les réseaux écologiques en
raison de leur efficacité de transport du pollen et de leur
fidélité florale.
La dominance observée dans la présente
étude peut s'expliquer par plusieurs facteurs écologiques dont la
plasticité trophique, la capacité de dispersion, l'organisation
sociale pour certaines espèces et aptitude à exploiter des
milieux perturbés. Milau et al. (2020), travaillant sur la
biodiversité entomologique associée aux cultures vivrières
en RDC, ont également mis en évidence que les
Hyménoptères résistent mieux aux perturbations agricoles
que d'autres ordres comme les Lépidoptères ou les
Coléoptères.
Ainsi, la structure taxonomique observée à
Lwiro s'inscrit dans une dynamique cohérente avec les tendances
décrites dans d'autres régions agroécologiques
congolaises.
Ainsi, les résultats confirment que les
jachères jouent un rôle de réservoir écologique et
de corridor biologique dans le paysage agricole de Lwiro.
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5.2. Organisation des abondances et
hiérarchisation des espèces
La courbe rang-abondance révèle une
distribution caractérisée par quelques espèces dominantes
et un ensemble d'espèces faiblement représentées. Cette
organisation traduit une hiérarchisation écologique typique des
milieux soumis à des perturbations modérées.
Dans les agroécosystèmes tropicaux, Munyuli
(2013) a montré que la simplification du paysage favorise les
espèces généralistes, qui deviennent dominantes, tandis
que les espèces spécialistes déclinent. Les observations
faites dans la région de Lwiro corroborent cette tendance.
Bukaka (2018) note également que dans les zones
agricoles du Kongo Central, certaines espèces d'abeilles et de fourmis
présentent des abondances élevées, reflétant leur
capacité d'adaptation aux milieux anthropisés. Cette dominance
peut être interprétée comme un indicateur de
résilience écologique, mais aussi comme un signal
d'homogénéisation fonctionnelle progressive.
La présence d'espèces rares dans
l'échantillonnage peut traduire soit une spécialisation
écologique, soit une faible densité naturelle, soit une
limitation temporelle de l'étude. Lukoki et al. (2021) soulignent que
les réseaux tropicaux comportent souvent un cortège
d'espèces à faible fréquence, contribuant néanmoins
à la stabilité globale du système.
5.3. Rôle structurant des jachères dans la
conservation des pollinisateurs
Les jachères présentent les indices de
diversité les plus élevés. Ce résultat est
écologiquement significatif. Les habitats semi-naturels constituent des
zones refuges offrant une diversité floristique plus importante et une
continuité de ressources trophiques.
En RDC, Milau et al. (2020) ont montré que la
diversité entomologique est significativement plus élevée
dans les parcelles non intensifiées que dans les cultures
homogènes. De même, Munyuli (2013) a démontré que la
proximité d'habitats semi-naturels augmente la richesse et l'abondance
des pollinisateurs dans les paysages agricoles d'Afrique des Grands Lacs.
Les jachères offrent non seulement des ressources
nectarifères diversifiées, mais aussi des sites de nidification
pour les abeilles terricoles et cavicoles. Cette
hétérogénéité structurelle favorise une
meilleure équitabilité, comme le montrent les indices obtenus
dans cette étude.
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5.4. Simplification écologique des champs
cultivés
Les champs cultivés présentent une richesse et
une diversité inférieures à celles des jachères.
Cette tendance correspond aux observations faites par Milau et al. (2020) dans
les systèmes agricoles congolais, où l'intensification
entraîne une réduction des niches écologiques
disponibles.
Bukaka (2018) souligne que les cultures à faible
diversité floristique limitent la présence des pollinisateurs
spécialistes et favorisent les espèces opportunistes. Cette
homogénéisation écologique peut réduire la
stabilité des services de pollinisation à long terme.
La dominance de quelques espèces dans les champs
étudiés suggère une sélection écologique
liée aux contraintes environnementales et aux pratiques agricoles
locales.
5.5. Particularité écologique du milieu
marécageux
Le milieu marécageux présente une
diversité plus faible que la jachère. Ce résultat peut
s'expliquer par la structure floristique spécifique des
écosystèmes hydromorphes.
Lukoki et al. (2021) indiquent que la diversité des
pollinisateurs dépend fortement de la composition végétale
et du type de syndromes de pollinisation dominants. Dans les zones humides,
certaines espèces végétales peuvent être moins
attractives pour les insectes floricoles généralistes, ce qui
limite la richesse spécifique.
Il est également possible que les conditions
microclimatiques propres aux marais influencent la distribution des
pollinisateurs, notamment en ce qui concerne la nidification des abeilles
terricoles.
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5.6. Connectivité écologique et
similarité des habitats
La similarité plus élevée entre
jachères et champs traduit une connectivité fonctionnelle entre
ces deux milieux. Munyuli (2013) a montré que les habitats semi-naturels
agissent comme sources de recolonisation pour les parcelles cultivées
adjacentes.
Cette dynamique semble se confirmer dans le paysage
étudié. La faible similarité entre le marais et les champs
suggère une différenciation écologique liée aux
contraintes environnementales spécifiques de chaque biotope.
5.7. Implications pour la gestion durable des paysages
agricoles du Sud-Kivu
Les résultats confirment que la diversité des
pollinisateurs dépend fortement de
l'hétérogénéité paysagère. Dans le
contexte du Sud-Kivu, caractérisé par une pression
foncière croissante, la conservation des jachères apparaît
comme une stratégie prioritaire pour maintenir les services
écosystémiques.
Les travaux de Bukaka, Lukoki et Milau en RDC convergent vers
la même conclusion : la simplification des agroécosystèmes
entraîne une réduction de la diversité entomologique,
tandis que les habitats intermédiaires soutiennent la stabilité
écologique.
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