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Etude de la biodiversite des insectes pollinisateurs : cas de la region de Lwiro


par Irénée TAYI KARUME
Université du cinquantenaire-Lwiro - Licence 2022
Dans la categorie: Sciences
   
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CHAPITRE V. DISCUSSION DE RESULTATS

5.1. Structure taxonomique des pollinisateurs et dominance des Hyménoptères

L'inventaire réalisé dans la région de Lwiro met en évidence une prédominance nette des Hyménoptères au sein des communautés d'insectes pollinisateurs échantillonnées. Cette configuration est conforme aux observations faites dans plusieurs agroécosystèmes d'Afrique centrale, où les Apoidea constituent le noyau fonctionnel des réseaux de pollinisation.

En République Démocratique du Congo, les travaux de Bukaka (2018) sur les insectes floricoles des systèmes agricoles du Kongo Central montrent une forte représentation des abeilles sauvages dans les milieux semi-naturels et cultivés. De même, Lukoki et al. (2021), dans leurs analyses des interactions plantes-pollinisateurs en RDC, soulignent que les Hyménoptères occupent une position centrale dans les réseaux écologiques en raison de leur efficacité de transport du pollen et de leur fidélité florale.

La dominance observée dans la présente étude peut s'expliquer par plusieurs facteurs écologiques dont la plasticité trophique, la capacité de dispersion, l'organisation sociale pour certaines espèces et aptitude à exploiter des milieux perturbés. Milau et al. (2020), travaillant sur la biodiversité entomologique associée aux cultures vivrières en RDC, ont également mis en évidence que les Hyménoptères résistent mieux aux perturbations agricoles que d'autres ordres comme les Lépidoptères ou les Coléoptères.

Ainsi, la structure taxonomique observée à Lwiro s'inscrit dans une dynamique cohérente avec les tendances décrites dans d'autres régions agroécologiques congolaises.

Ainsi, les résultats confirment que les jachères jouent un rôle de réservoir écologique et de corridor biologique dans le paysage agricole de Lwiro.

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5.2. Organisation des abondances et hiérarchisation des espèces

La courbe rang-abondance révèle une distribution caractérisée par quelques espèces dominantes et un ensemble d'espèces faiblement représentées. Cette organisation traduit une hiérarchisation écologique typique des milieux soumis à des perturbations modérées.

Dans les agroécosystèmes tropicaux, Munyuli (2013) a montré que la simplification du paysage favorise les espèces généralistes, qui deviennent dominantes, tandis que les espèces spécialistes déclinent. Les observations faites dans la région de Lwiro corroborent cette tendance.

Bukaka (2018) note également que dans les zones agricoles du Kongo Central, certaines espèces d'abeilles et de fourmis présentent des abondances élevées, reflétant leur capacité d'adaptation aux milieux anthropisés. Cette dominance peut être interprétée comme un indicateur de résilience écologique, mais aussi comme un signal d'homogénéisation fonctionnelle progressive.

La présence d'espèces rares dans l'échantillonnage peut traduire soit une spécialisation écologique, soit une faible densité naturelle, soit une limitation temporelle de l'étude. Lukoki et al. (2021) soulignent que les réseaux tropicaux comportent souvent un cortège d'espèces à faible fréquence, contribuant néanmoins à la stabilité globale du système.

5.3. Rôle structurant des jachères dans la conservation des pollinisateurs

Les jachères présentent les indices de diversité les plus élevés. Ce résultat est écologiquement significatif. Les habitats semi-naturels constituent des zones refuges offrant une diversité floristique plus importante et une continuité de ressources trophiques.

En RDC, Milau et al. (2020) ont montré que la diversité entomologique est significativement plus élevée dans les parcelles non intensifiées que dans les cultures homogènes. De même, Munyuli (2013) a démontré que la proximité d'habitats semi-naturels augmente la richesse et l'abondance des pollinisateurs dans les paysages agricoles d'Afrique des Grands Lacs.

Les jachères offrent non seulement des ressources nectarifères diversifiées, mais aussi des sites de nidification pour les abeilles terricoles et cavicoles. Cette hétérogénéité structurelle favorise une meilleure équitabilité, comme le montrent les indices obtenus dans cette étude.

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5.4. Simplification écologique des champs cultivés

Les champs cultivés présentent une richesse et une diversité inférieures à celles des jachères. Cette tendance correspond aux observations faites par Milau et al. (2020) dans les systèmes agricoles congolais, où l'intensification entraîne une réduction des niches écologiques disponibles.

Bukaka (2018) souligne que les cultures à faible diversité floristique limitent la présence des pollinisateurs spécialistes et favorisent les espèces opportunistes. Cette homogénéisation écologique peut réduire la stabilité des services de pollinisation à long terme.

La dominance de quelques espèces dans les champs étudiés suggère une sélection écologique liée aux contraintes environnementales et aux pratiques agricoles locales.

5.5. Particularité écologique du milieu marécageux

Le milieu marécageux présente une diversité plus faible que la jachère. Ce résultat peut s'expliquer par la structure floristique spécifique des écosystèmes hydromorphes.

Lukoki et al. (2021) indiquent que la diversité des pollinisateurs dépend fortement de la composition végétale et du type de syndromes de pollinisation dominants. Dans les zones humides, certaines espèces végétales peuvent être moins attractives pour les insectes floricoles généralistes, ce qui limite la richesse spécifique.

Il est également possible que les conditions microclimatiques propres aux marais influencent la distribution des pollinisateurs, notamment en ce qui concerne la nidification des abeilles terricoles.

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5.6. Connectivité écologique et similarité des habitats

La similarité plus élevée entre jachères et champs traduit une connectivité fonctionnelle entre ces deux milieux. Munyuli (2013) a montré que les habitats semi-naturels agissent comme sources de recolonisation pour les parcelles cultivées adjacentes.

Cette dynamique semble se confirmer dans le paysage étudié. La faible similarité entre le marais et les champs suggère une différenciation écologique liée aux contraintes environnementales spécifiques de chaque biotope.

5.7. Implications pour la gestion durable des paysages agricoles du Sud-Kivu

Les résultats confirment que la diversité des pollinisateurs dépend fortement de l'hétérogénéité paysagère. Dans le contexte du Sud-Kivu, caractérisé par une pression foncière croissante, la conservation des jachères apparaît comme une stratégie prioritaire pour maintenir les services écosystémiques.

Les travaux de Bukaka, Lukoki et Milau en RDC convergent vers la même conclusion : la simplification des agroécosystèmes entraîne une réduction de la diversité entomologique, tandis que les habitats intermédiaires soutiennent la stabilité écologique.

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