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Le passage de l'économie agricole à  l'économie de pêche:les changements sociaux à  Ndayane

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par Mamadou Ndoye
Université Cheikh Anta Diop de Dakar - Maitrise de Sociologie 1998
  

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CHAPITRE IV Situation générale de la pêche au Sénégal

a/ La motorisation des pirogues

b/ Développement de la consommation locale avec un marché

intérieur qui prend de l'ampleur

c/ Les unités de traitement du poisson

CHAPITRE V LES LEBU DE NDAYANE ET LA PECHE

PIROGUIERE: LES CARACTERISTIQUE NOUVELLES DE

LA PECHE PIROGUIERE

A/ La pêche piroguière : caractéristiques principales

a/ Le pêcheur de Ndayane: un itinérant

b/ Le centre de pêche de Joal.

c/ Le centre de pêche de Djifère

d/ les présentations sociales ou dons

B/ Le mareyeur.

C/ Le rôle économique des femmes avec la transformation des produits de la mer.

CHAPITRE VI : LA PECHE INDUSTRIELLE ET LES PECHEURS

DE NDAYANE

a/ Caractéristiques générales de la pêche industrielle.

b/ Les matelots de Ndayane.

c/ situation actuelle de la pêche industrielle: Les difficultés

3ème Partie: LES CONSEQUENCES DE LA PECHE A

NDAYANE.

CHAPITRE VII les conséquences morphologiques, économiques et

démographiques.

A/ Transformation du cadre physique

B/ Accélération de l'accumulation monétaire

C/ Accentuation des migrations vers le sud de la Petite Côte

CHAPITRE VIII : MODIFICATIONS DE L'ORGANISATION

SOCIOECONOMIQUE ET SOCIALE

A/ Modifications de l'organisation socio-économique

traditionnelle

a/ Les relations mareyeurs / Usines de traitement

b/ Les relations pêcheurs / Mareyeurs.

B/ Les transformations sociales

C/Une vie associative grippée

CONCLUSION

INTRODUCTION

Les Lebu sont traditionnellement appelés des paysans-pêcheurs. Ils se retrouvent dans la presqu'île du Cap-vert et le long de la façade maritime méridionale jusqu'à Mbour c'est-à-dire dans la petite côte. Ainsi de Dakar jusqu'à Mbour , le littoral est bordé par les villages Lébu Traditionnels tels que Yène, Ndayane, Guéreo, Somone, Ngaparu etc. Tous ces villages partagent en commun l'organisation socio-économique mixte. La production des biens nécessaires à la reproduction de vie était la préoccupation immédiate des populations riveraines du Littoral, sous ce rapport, l'agriculture avait une place centrale en tant qu'activité alimentaire.

A Ndayane comme partout ailleurs dans le littoral, l'agriculture avait une double orientation. La première était d'essence vivrière. C'était la culture du mil et du sorgho qui occupaient la quasi totalité des terres.

La seconde orientation concernait l'arachide comme culture commerciale. Du fait de sa spécificité, l'arachide était mise en dehors du système de production collective traditionnelle. Elle était une culture privée donc mise en valeur dans des champs individuels .

Ainsi, contrairement à l'intérieur du pays notamment dans le bassin arachidier où la graine occupait une bonne partie des terres cultivables, à Ndayane le système d'assolement biennal donnait à l'arachide une place secondaire.

Le champ d'arachide était appelé «Konon». L'arrivée de l'hivernage consacrait la primauté absolue de l'agriculture sur toute autre activité notamment la pêche. Pendant la saison des pluies, toutes les activités extra agricoles étaient mises entre parenthèse. Ainsi, durant les trois mois de la saison des pluies toutes les énergies vives du village rythmaient à travers le bruit des «hilaires.»

La fin de l'hivernage marquait le début de la saison de «Lo'oly» caractérisée par une reprise de la pêche après l'interruption due par l'hivernage. C'est donc une période de pêche dans les centres de Joal, Mbour ou dans les eaux locales. Les migrations vers ces dits centres étaient motivées par le souci d'accéder aux marchés du poisson plus dynamiques c'est-à-dire aux revenus plus abondants. Avec ces deux saisons apparaît clairement le caractère dual de l'organisation socio-économique à Ndayane. L'agriculture et la pêche qui sont les deux principales activités fonctionnent chacune de manière saisonnière. En effet, si l'agriculture occupe les populations pendant trois mois, la pêche prend le reste de l'année avec une intensité variable selon les saisons (No'or, Coron, Lo'oly). La pirogue à voile était le principal support de la pêche et la ligne de fond (xiir) comme engin de pêche.

La pêche fonctionnait selon la même logique et les mêmes structures que l'agriculture. En effet c'est sous la bannière des «borom kër» que les premières pirogues ont vu le jour.

«La société est histoire».1(*) Ainsi, les sociétés humaines sont engagées dans un processus de transformation sociale d'elles mêmes de leurs membres et de leurs milieux. Ce fonctionnement nécessaire atteste l'évolution socio-économique en cours à Ndayane. En effet, le fonctionnement dual de l'organisation socio-économique a été remis en cause. La sécheresse qui sévit dans le Sahel semble contribuer à la pérennisation de cette situation.

La complémentarité entre l'agriculture et la pêche est rompue, les greniers se vident, la rente arachidière baisse, à l'intérieur du pays c'est l'exode vers Dakar la grande métropole.

Comme par combinaison de circonstance, la pêche rudimentaire jusqu'ici se modernise. Un mouvement général de motorisation est enclenché. Les paysans pêcheurs traditionnels trouvent solutions à leur problèmes. La pêche redistribue les rôles. Il se produit ainsi à Ndayane comme un peu partout dans le littoral un processus de migration professionnelle2(*).

Cette migration caractérise le transfert de la main d'oeuvre agricole traditionnelle vers la pêche. La pêche comme nouveau mode de production s'est positionnée comme activité alternative après l'échec de l'agriculture. C'est donc une situation nouvelle qui prend racine dont Abdoulaye SENE rend compte dans ces lignes « la pêche maritime traditionnelle sénégalaise est une pêche piroguière qui est le fait de population riveraines en voie de dépaysannisation ». 3(*)

De même poursuit-il contrairement au passé où la pêche se faisait sous forme d'activité de soudure, dans son nouveau contexte, elle devient un moyen de transformations sociales où la production s'est insérée pleinement dans l'économie de marché.

Le problème qui se pose à nous ici est de savoir quels sont les fondements d'une telle mutation ? également quels sont ces conséquences sur une économie d'autosubsistance ? Enfin quels perspectives offre t - elle aux populations de Ndayane ?

L'intérêt de cette étude est d'éclairer de pareilles interrogations mais nous dégageons les hypothèses suivantes pour guider la recherche.

1. La péjoration climatique qui a secoué le Sénégal dans son ensemble a eu pour effet d'entamer de manière profonde la sécurité alimentaire octroyée par l'agriculture et partant à éloigner les agriculteurs pêcheurs de Ndayane de la terre.

2. La modernisation de la pêche advenue dans ce contexte a précipité le délaissement de l'agriculture en rendant les pêcheurs plus professionnels.

3. La pêche devenue un mode de production fortement mobilisateurs de revenus a produit un effet d'attrait considérable sur les jeunes qui du coup ont préféré l'économie maritime à l'agriculture.

4. Par les revenus qu'elle procure, elle a libéré les énergies et fait des anciens paysans pêcheurs de véritables « chasseurs de revenus » à travers tout le littoral. Sous ce rapport la pêche a joué un grand rôle dans la transformation des mentalités.

5. Avec des possibilités financières jusque là inconnues, la pêche (piroguier, chalutier) a contribué à désintégrer les carrés traditionnels car étant un puissant facteur du changement de mode d'habitation.

Ainsi, l'intérêt de la pêche est lié à ce qu'elle constitue un mode de production plus moderne où le marché au sens économique du terme devient le baromètre de la production.

Essayer de cerner le tassement des activités agricoles faiblement rémunératrices, c'est éclairer en même temps la part des déterminations psychologiques dans la transformation des mentalités des paysans pêcheurs de Ndayane.

Notre étude veut surtout mettre au coeur des problèmes de développement la dimension microsociologique qui s'avère heuristique pour cerner la complexité de certains problèmes .

METHODOLOGIE

Les études qui ont été consacrées au groupe Lebu ont été effectué la plupart du temps dans une perspective historique. Ainsi, du fait qu'ils sont considérées comme des Lebu entièrement à part car teintés de Sereer les Lebu de la petite côte sont assez mal connus. C'est donc une nécessité pour la sociologie d'éclairer la question à ce niveau. Pour ce faire , nous partons d'un trait particulier de la culture Lebu à savoir l'économie mixte. En effet, il s'agit de voir l'évolution nécessaire du paysans pêcheur traditionnel d'une double activité vers une professionnalisation en pêcheur uniquement.

La question a été abordée différemment par deux géographes mais selon chacun sa démarche propres en rapport avec les exigences de leur discipline.

Le premier Mohamed El Fadel DIA 4(*) a eu à monter le caractère mixte de l'organisation économique des Lebu de Yène. Son objectif dans cette étude visait à montrer le caractère authentique de la culture des Lebu qui se trouvent en dehors de la grande Métropole Dakar. Ainsi, pensent-ils que l'urbanisation a contribué à altérer d'une certaine manière la culture Lebu originelle. L'hypothèse posée par DIA n'a pas eu le développement souhaité par un sociologue. L'auteur a surtout montré les changements morphologiques c'est à dire les transformations du mode d'habitat.

La seconde étude est celle de Régine BONNARDEL5(*). Elle part d'un constat à savoir l'importance de plus en plus affirmée de la pêche sur l'agriculture. Cette situation découle selon elle de conditions d'exploitation plus favorables de la première sur la seconde. Pour BONNARDEL, ceci est caractéristique de la rupture d'équilibre agriculture/pêche dans tout le littoral. L'étude a pesé de fort belle manière la nouvelle donne dans le littoral cependant, elle demeure très générale. Elle n'a pas ciblé un groupe particulier ou une zone particulière pour essayer de saisir les significations profondes du phénomène

Nous nous donnerons pour objectif de pousser la réflexion sous un autre angle en y intégrant cette fois-ci la dimension culturelle. Plus que le développement technique noté par BONNARDEL dans la pêche, nous allons mettre l'accent sur les modifications comportementales face à la rationalité de l'économie maritime moderne. Ainsi, l'étude va permettre de montrer le rôle majeur joué par la pêche dans le processus de transformation socio-économique à Ndayane depuis une vingtaine d'années.

Pour saisir l'essence de cette mutation, nous avons jugé primordial d'utiliser la technique des entretiens semi-directifs mais aussi des histoires de vie. En procédant ainsi, nous voulons dans une perspective phénoménologique, saisir de l'intérieur les raisons qui ont motivé les paysans pêcheurs Lebu de Ndayane à se spécialiser.

* 1 ROCHER(G), Le changement social, Paris, édition MH, Ltée 1968, p. 5

* 2 MENDRAS(H), Sociétés paysannes, Paris, Armand Colin, 1976

* 3 SENE (A), Les transformations sociales de la pêche maritime piroguière : Condition de travail et mode de vie des pêcheurs de Guet-Ndar, Thèse de sociologie, Toulouse 1985, Page 19

* 4 DIA `(M. F. ) Les paysans pêcheurs de la petite côte, DES Géographie, Université de Dakar, 1966

* 5 BONNARDEL'(R.) L'essor de l'économie de pêche artisanale et ses conséquences sur le littoral sénégalais in Cahiers d'études Africanise 77-78 vol xx, Paris, 1981

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