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La migration andine, rapport à la terre et conquête de la ville. Entre Huancavelica et la Vizcachera. De la Sierra à Lima.

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par Tiphaine POULAIN
Université Paris VII - Denis Diderot - Maitrise Ethnologie 2005
  

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De la lessive au comedor...De l'intendance familiale à la gestion communautaire

Les femmes, quant à elles, sont nombreuses à être affairées à la lessive à tout moment de la journée, devant chez elles: la lutte contre le polvo (la poussière du sol, si sec) s'y déploie ! Un quelconque tour de la Vizcachera permettra d'aller à la rencontre des femmes qui lavent le linge, encore que c'est souvent un moment de grande occupation, voir d'indisponibilité pour certaines...

Autant de bassines pour autant d'utilisation et stockage de Peau. La lessive est abondante dans ces procédés...

Le laver du linge est une activité socialement marquée dans la Sierra.

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Souvent, ces sont souvent les personnes les plus démunies qui lavent le linge des autres. Laver son linge semble être un avilissement : mieux vaut le faire laver. Avoir cette activité comme gagne pain n'a rien de valorisant, au contraire, c'est signe que l'on est au plus bas de l'échelle sociale24. A la Vizcachera, pratiquement toutes les femmes lavent elles-mêmes leur linge. Et si souvent ! Il n'y a une dame que je trouvais toujours devant chez elle en train d'assister méticuleusement sa voisine d'en face qui accomplissait cette tâche pour elle. Celle-ci semblait avoir un certain niveau socio-économique, conservé depuis la Sierra, et l'on voyait bien que la dame qu'elle engageait n'était pas du même rang. Il ne m'est pas agréable de parler en ces termes, mais les rapports sociaux sont prégnants et la classe sociale au Pérou est très ancrée, à travers les rapports de domination et les activités... La fille de Cirila, qui peine à nourrir ses enfants, s'en va toute la journée laver du linge chez les gens, loin de là...Rosa semble être la plus connue pour sa difficile situation de jeune maman seule avec trois très jeunes enfants, sans ressources. Un des labeurs qu'elle réalise occasionnellement est aussi le lavage de vêtements, entre l'abattage de porcs et la préparation du maïs en mote25 pour accompagner les chicharron

Sans aucun doute, le comedor est le lieu des femmes par excellence : nombreuses sont celles qui « en sortent » le repas familial quotidiennement ou très régulièrement. Le fonctionnement, de manière tournante, en fait travailler un certain nombre d'entre elles... C'est tôt le matin que commence l'épluchage des patates de chaque jour ! Cela peut se prolonger aussi l'après- midi : j'ai déjà eu le loisir d'accompagner à l'épluchage de seau entier de fèves chez une dame avec sa belle soeur venue en renfort I D'autres doivent gérer l'intendance, les courses, la direction... Restent les membres sans participation particulière si ce n'est d'y acheter la nourriture cuisinée et de participer aux décisions, lors du vote pour la présidence par exemple...Bien au-delà, le comedor est un lieu de cohésion allant vers d'autres prérogatives : à travers un réseau de femmes qui s'organisent, s'esquisse une interconnaissance intégrante et une relative solidarité, ainsi que la mise en place d'autres événements au sein de la communauté...

Un marché a vu le jour lors de mes pérégrinations à la Vizcachera. Des stands s'installent chaque matin le long d'un mur donnant sur le collège. On y vend des fruits et légumes, de l'épicerie, des plats cuisinés, parfois du poisson, etc. Ce n'est pas le premier qui s'y établit et son fonctionnement semble toujours menacé par des habitudes et rapports particuliers entre les gens. En effet, beaucoup ont l'habitude d'acheter dans telle épicerie, selon la localisation de leur habitat, et en cela qu'elles sont plus « garnies », diraient certains. En outre, comment choisir à qui l'on va acheter, que dira la voisine qui vendait la même chose ?!

Activité interne, elle dépend du fournisseur qui n'est autre que La Parada26 où il faut se rendre tous les jours, aux aurores.. Mais certaines femmes vont y faire leurs courses hebdomadaires (ce qui ne va pas dans le sens d'un essor du marché...). Nombre d'hommes ont un travail à la Parada. On dit même qu'un bus part tous les matins, à 4 heures, de là-haut, faisant le ramassage de tous les travailleurs (une dame qui habite en bas de sa route l'entend chaque jour).

24 Elles deviennent souvent les « borrachitas », petites alcooliques, parce que les mains dans l'eau glaciale tout le temps nécessite un petit réchauffant...

25 Graine de maïs qui accompagne de nombreux plats dans la Sierra...

26 La parada, le Rungis de Lima. Y arrivent quotidiennement tous les fruits et légumes du pays, c'est le

terminal pesquero, bref, un grossiste en tout. Les prix y sont très très bas. Une activité quotidienne démente s'y déploie ; et une odeur sympathique, de ses déchets... C'est d'ailleurs le lieu du désordre absolu tel que le classifie les liméniens.

 

Fraîchement arrivés du terminal pesquero (la parada, aussi)...

C'est l'un des kiosques du marché, les autres s'étendent sur sa droite...

Nous sommes sur la partie pampa de la Vizcachera.

Derrière, un mur de brique encercle le bleu collège....

 

Moins visibles, les ateliers de menuiserie en casa --chez soi, fonctionnent ci et là, certains peinant à obtenir un marché.... ou autres artisans : bois (pour construction de maison), peinture sur verre, etc....

Gamarra, concentration d'ateliers de vêtements et vente en gros est aussi un lieu de travail pour quelques couturiers de la Vizcachera. Il existe aussi quelques ateliers plus ou moins familiaux, dans Campoy par exemple, c'est le cas d'un cordonnier qui fabrique des chaussures pour un parent. . mais le salaire reste très bas...

Enfin, combien ne diront pas qu'ils sont albaiiil (maçon) ou qu'ils travaillent dans la construction... ils attendent alors qu'une connaissance leur passe le mot pour un chantier quelque part, un toit à faire... Dans tous ces lieux, beaucoup de cachuelos (petits boulots) finalement...qui n'ira pas un jour de temps en temps travailler à la Parada, ou venir en renfort quelques temps à un ami... etc. Comme nous le savons, le marché du travail est relativement fictif, il est à la mesure de leurs relations et inventivité....

Et la chancheria ?

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Les chanchos rythment la journée de certains habitants. Aller chercher leurs aliments, et -w= surtout les leur porter, parfois même

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leur cuisiner quelque chose...

Augusta en possède trois, mais l'enclos

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se trouve tout au fond de la porcherie, il lui faut 45 minutes de marche pour s'y rendre...elle doit caler ce labeur 1' après- midi, une fois le marché clôturé, et la famille nourrie...Elle les vend au fur et à mesure et en tue parfois pour faire une ehicharronada (activité où l'on vend de le porc cuisiné). En revenant, elle aura peut-être encore « un peu » de lessive à faire, ou devra aller gérer l'intendance du comedor (faute de préparer des aliments, elle s'occupe de préparer les menus, etc...) ou se rendra à une réunion à l'association du collège... Et, 41 r avant l'aube, elle s'en ira faire ses
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emplettes à la Parada pour garnir son

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petit stand de fruits et légumes. En dépit de toutes ses activités, et du travail de son mari comme aide cordonnier dans un atelier à Campoy (si toutefois la demande exige travail : parfois, il n'y a rien I) de dire, en montrant sa maison, qu'elle ne voudrait pas vivre dans ça mais, pour « levantar » son logis avec du matériel noble, ce n'est pas suffisant. Ils ont dû faire un sacrifice pour obtenir le terrain, quoiqu'ils soient en dette envers la communauté : ils n'ont pas encore pu payer la totalité des « frais » dus pour en avoir l'usufruit : « C'est juste pour pouvoir manger... ».

C'est aussi un va-et-vient de gens venant de l'extérieur, qui s'arrêtent à l'entrée de la chancheria avec de grands seaux...

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De l'élevage...

A la Vizcachera, comme dans la majeure partie des nouveaux quartiers de Lima, l'élevage est partout de rigueur... Derrière les maisons, sur les flancs de collines, des petits enclos abritent des canards, des lapins, ou dans la cour de la maison courent. poules

 
 

et poulets...Parfois même, dans les demeures, de petits élevages de cochons d'Inde, animal très prisé dans les Andes. On peut parfois voir d'autres bêtes se promener... Comme ici, ce mouton devant une maison...

Même à la ville, il est bon de pouvoir élever ses petits animaux...

Une vie endogène semble se développer à la Vizcachera, notamment par l'organisation des femmes, par le comedor et par les activités qui se développent en interne. Certains sortent manifestement très peu du quartier.

Néanmoins, beaucoup de choses ne sont pas encore prêtes à y fonctionner ; diverses expériences ont été tentées mais ont échoué...Une femme me commentait tous les non avancements de la Vizcachera....

« Ici, le commerce est 171011... regarde, il y a eu une polleria [restaurant où l'on mange chi poule] et elle a *fermer... Rosa

Le quartier, le pueblo --à vrai dire comment devrions-nous le qualifier ? Les jeunes qui traînent toujours à un coin de rue l'appellent barriada, terme assez réducteur... En fait que dire d'autre que la Vizcachera... ?! La Vizcachera est très liée avec Campoy, son voisin, et Zarate, la zone urbanisée, avec ses commerces, son marché. Certains vont y chercher les restes de restaurant ou de marché pour nourrir les chanchos. Enfin, la parada semble être le point le plus éloigné où les gens se rendent très régulièrement.

Organisation de la communauté

D'après le président actuel de la comunidad campesina, Feliciano, d'Ayacucho...

Nous nous retrouvons au local communal, dont il a oublié les clés. Nous allons donc en face, dans une quelconque guinguette l'on nous laisse nous installer volontiers sur de grandes tables de cantine, avec quelques mouches pour compagnie. Alors que je m'apprête à partir, il m'invite à y boire l'incontournable Inca Kola27, pour discuter un moment de plus. Mon intérêt pour son quartier l'a peut être interpellé... D'ailleurs, mes questions quant à l'organisation, au fonctionnement du quartier et aux lois qui s'y rapportent lui font penser que je suis étudiante en droit... Ce sont pourtant des éléments dont on entend beaucoup parler par les gens, sans jamais précisément comprendre.

Origine et fonctionnement de la communauté

La communauté a été créée en 82, ou 83, bien qu'il y eut une présence due aux porcs depuis 75. Les premiers habitants (fundadore.$) avait prévu d'utiliser cet espace pour leurs enfants et petits-enfants. Or, des gens sont venus de l'extérieur, comme lui même, C'est pour cela que l'on parle de comuneros integrados ("nosotros! "), à la différence des comuneros natos28 (comuneros de plein droit) et de leurs enfants (132 comuneros seulement). Sur les terres de la Vizcachera, les gens en ont l'usufruit --possession des terres attribuées par la communauté, pour un temps indéfini (c'est pour cette raison qu'il y a une forme d'héritage, par la transmission des terres de génération en génération).

La boisson nationale! Gazeuse, .jaune flua. au gofit chimique... mais on finit par l'apprécier...

Ils possèdent des terrains plus grands (400m2). et d'autres. de 200m2 destinés aux enfants. Tandis que les habitants, aujourd'hui ne jouissent que de II0m2

"Nous, nous sommes l'annexe de la province". Or la loi qui incombe à ces annexes leur reconnaît l'autonomie mais ne leur permet pas de s'inscrire dans les registres publiques (je ne comprends pas très bien, mais il me semble que c'est pour faire reconnaître la propriété et en user pour se défendre). En effet, le problème, c'est qu'ils n'ont pas, et ne peuvent avoir, de "personne juridique", la matrice en ayant l'exclusivité...Cela pose problème pour les titres de propriété (Ils semblent donc vouloir la propriété en se rendant plus autonome et maître de celle-ci). "Nous voulons une loi pour que les annexes aient leur registre". Et de voir ça

ry directement avec les congressistes.

Les noeuds juridiques au sein de la communauté

Il me parle naturellement des problèmes inhérents à la communauté, dus au "litige" qui y a eu lieu. C'est se trouve le terrain des revendications. Les dirigeants (d'ici ou de la matrice? Ou d'un compromis des deux...) ont vendu toutes les terres de la communauté, pour une somme dérisoire29, à l'époque où une nouvelle loi, concernant les terres communales de la Costa30, a été adoptée (en 97, semble-t-il...). Celle-ci autorisait à vendre les terres agricoles et d'élevage à condition qu'elle garde cette même finalité. Or, les terres de la Vizcachera ne sont aucunement cultivées (ni cultivables!) et seulement une partie est destinée à l'élevage. C'est pour cette raison qu'il y a litige: ils n'étaient pas en leur droit et ont abusé de cette loi : "cela ne convient pas ! ". Et d'ajouter que la proximité à Lima fait entrer dans les problèmes de trafics de terres, si précieuses...Il y a eu 84 achats-ventes et "pas le moindre sous pour la communauté!"

L'entreprise qui a acheté les terres, ne représenterait que 5 personnes. Mais, alléchées par les promesses émancipatoires, certaines personnes "se sont identifiées31" (une trentaine), cette aubaine promettant le titre de propriété à des gens qui n'en ont que la possession.

A cela s'ajoute le problème, primordial, de l'eau. Ils sont en "pelea" (combat/ dispute) avec la firme distributrice, Cedapal, "pour un problème de juridiction". Et les problèmes de l'eau: "a cuantas cosas nos exponen" (à combien de problèmes ils nous exposent...). Selon lui, les problèmes avec l'entreprise acheteuse sont surpassés pour ce qui est de l'installation de l'eau32. Les habitants, quant à eux, insistent encore sur la responsabilité de "l'association" -- nom du collectif qui a opté pour la propriété, aux cotés de l'entreprise-- qui empêche le développement du quartier.

Il en sait long sur les procédés juridiques et les façons d'administrer. Heureusement! Serions- nous tenté de dire, à en voir toutes les démarches qu'il doit mener pour régulariser la situation, l'actualiser, la faire avancer et régler les problèmes judiciaires auxquels il doit faire face pour le procès qui oppose la communauté et l'association...

En tant que dirigeant, il se sent politiquement très impliqué et espère pouvoir avancer dans ce monde dans lequel on ne peut rien faire si l'on arrive pas à un niveau donné.

29 10 000 soles, ce qui équivaut à moins de 20 000 francs.

30 Il faut savoir que les lois relatives à la propriété et aux droits sur la terre sont différentes sur la Costa et dans la Sierra.

31 Ce qui veut dire qu'elles se sont appropriées l'idée et en ont fait une cohésion, en se ralliant au groupe.

32 Le tank a été monté par les habitants (lors de faenas, ou travaux communaux). Reste l'accord de Cedapal pour distribuer l'eau et le financement, mais celui-ci aurait déjà été déposé par la princesse de Suède. Comme dirait le dirigeant, pour se justifier : "l'aide social est plus facile de l'extérieur quand on est une communauté paysanne"

"La loi ne s'applique pas !"

« On dirait qu'elle est faite pour la corruption et que tout le capital part dans les formalités et la bureaucratie. Ici, la loi ne correspond pas aux faits ; en Suède au moins, ils partent des faits pour élaborer une loi. Le président du pays n'a pas réussi ce qu'il a promis, même s'il est cholo comme moi!"

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"Là où il n'y a pas d'espoir, nous devons l'inventer"   Albert Camus