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La migration andine, rapport à la terre et conquête de la ville. Entre Huancavelica et la Vizcachera. De la Sierra à Lima.

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par Tiphaine POULAIN
Université Paris VII - Denis Diderot - Maitrise Ethnologie 2005
  

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Le bien-être ou l'idée de « l'ailleurs »

Les modèles et la migration. Le rôle des retours.

Conquête de la ville. Quête de l'ailleurs, celui où demeure le bien-être ? Des changements de valeurs ont eu lieu, sans aucun doute en oeuvre "là-bas". Des influences optimisées par la télévision, les retours et visites de ces "conquérants" (les gens de la Sierra sont aussi déjà venus à Lima, de là, rejet ou illusion), et d'autres, pessimistes : la précarité dans la Sierra, la pauvreté, le manque, l'abandon... De plus, un monde qui change, évolue perpétuellement, et qui semblerait se paupériser. Mais aussi une population qui a toujours été habituée à aller chercher ailleurs ce qu'elle n'avait plus chez elle...

Déjà à l'époque des Incas, on peut lire qu'il existait une forme de migration forcée, sorte de palliation aux déséquilibres (alimentaires et hydriques), sorte de transfert de population d'une vallée à l'autre132 appelée "mitiniaq133" (en quechua) ou "minime" (terme hispanisant). On lit aussi que cette migration forcée était un déplacement organisé des populations pour coloniser des régions faiblement peuplées ou dévastées par la guerre ou une épidémie, ou pour assurer la défense dans des régions peu sûres et aux frontières de l'empire134.

Aujourd'hui, n'est-ce pas "la modernité", tout simplement, qui propose autre chose, parfois considérée comme meilleure, ce monde moderne qui attire ? Cependant, les choses ont nécessairement évolué, le temps passe vite, d'autres informations arrivent, des pratiques changent, des interactions s'actualisent...

En deçà de cette "adaptation" des représentations dans un discours montrant souvent que l'ici est meilleur, peut-être s'opère-t-il aussi un changement d'aspirations, par de nouveaux modèles, d'autres possibilités, devenues désirables. Ces références sont, sans aucun doute, véhiculées par la télévision, mais aussi par les "néo-liméniens135 qui ont réussi". Des gens comme soi, qui n'avaient rien, ou qui ne voyaient pas de meilleure issue, et sont finalement partis conquérir la ville. Une illusion, accompagnée d'une nouvelle perspective qui se fait évidente : c'est là-bas qu'il faut aller ; pour le moins il faut tenter

131 Serge Latouche. L'autre Afrique, emre don et marché. Khartala.

132 Oswald de Riveur. Le mythe du développement. Enjeux planète. 2003, p. 220

133 En quechua, mitimaq signifie aussi « migrant »

134 Carmen Salazar-Soler, Anthropologie des mineurs des Andes, L'H.armanan, 2002, p. 358

135 Rolando Arellano C., David Burgos A. Cuidad de los Reyes, de los Chaves, de los Quispe... EPENSA. 2004

L'argent, modèle ?

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Des visions qui s'opposent...

« Lima, todo es plata * » (A Lima, tout est fric!)

Et son corollaire : à Lima, rien sans argent. Serait-ce la dictature de l'argent en milieu urbain ? Répéter ces quelques mots devenus adage*, c'est réitérer ce que les habitants n'ont de cesse de rappeler. Ici. Et, là-bas136...

Cette idée est très répandue dans la Sierra. C'est pour cette raison que beaucoup rechignent à rejoindre leurs pairs à Lima... Ils rejettent cette vie matérialiste et pénible : ce monde n'est pas désirable

A Lima, tous s'expriment également en ces termes, bien qu'ils en aient, a priori, accepté le jeu. Sont-ils lassés de ce monde régi à outrance (relativement, si on le compare au Pérou non littoral/ urbain, mais d'aucune façon, avec nos sociétés du tout monétaire), par l'argent, ou dépassé par la quête qu'elle génère ? Peut-être cela exprime-t-il la difficulté quotidienne pour l'obtenir, pour s'émanciper en ville, la mesure de leur survie. Et de leur vie.

Sentiment de pauvreté ? Au regard de ce qui serait accessible, possible... Serait-ce un manque, dû à une certaine abondance que l'on a connu ? On entendra toujours : « l'argent qu'on a, c'est juste pour manger ». Alors qu'avant, manger était à la portée de tous, c'était la terre qui donnait, sa propre terre, ou sinon, la famille (« il y a tout de la chacra »). Alors on peut se sentir limité. Parce que l'argent, qu'on arrive péniblement à avoir, ne sert qu'à s'alimenter, et ce n'est pas ce que l'on est venu chercher ici...

De fait, thésauriser quelques pécules pour pouvoir obtenir un terrain, construire sa maison, devient plus compliqué. Mais cela se réalise ! Malgré les difficultés du quotidien tant déplorées, certains arrivent à "mettre de côté". Probablement un changement dans la façon d'obtenir ce qui est nécessaire à la vie, tant matériellement que moralement.

Lima vs. Sierra

Ne nous engluons pas dans les visions romantiques des indiens qui feraient mieux de rester sur leurs terres "sacrées" plutôt que de venir surpeupler la ville : la situation dans les Andes est critique, nul ne semble prendre en compte la population qui peuple la majeure partie du pays. Lima, le dos toujours tourné à sa Sierra, semble rester indolente aux besoins de celle-ci. Une situation andine qui semblerait s'aggraver. Pourtant, le gouvernement semble s'en soucier peu... Des "mesures" ont été prises, telle que la décentralisation (encore faudrait-il savoir l'appliquer et lui permettre de s'accomplir concrètement) ou le revenu contre l'extrême pauvreté, encore de l'assistance... Remplir les bouches pour faire taire ? Le monde urbain semble plus s'intéresser à la Sierra avantageuse pour les escapades touristiques et ainsi vanter les merveilles du pays. Et pourtant, tous savent déplorer la terrible situation des gens dans la Sierra. On peut constater une certaine indifférence des habitants de la capitale. Et parfois, un certain racisme...

136 Cette dichotomie "ici"/ "là-bas" a peut-être été intensifiée par mes questions...Entre ce qu'il racontait du présent et mes interrogations sur le lieu d'où ils venaient. Ce sont bien deux espaces distincts et séparés, mais plutôt dans la manière de dire. ils s'entremêlent néanmoins dans la mémoire et dans les faits...

Malgré ces jeux de discours et de représentation, on peut penser qu'ils portent leur "culture " ("leurs racines") en eux, la Sierra est présente en eux et se manifeste dans les rapports sociaux et certaines pratiques, dans les "traditions", même indirectement et involontairement « Alors... je suis toujours ce que je suis. Et puis ici, c'est la communauté campesina [c'est à dire, ce n'est pas comme si j'étais dans Lima]. » Loin du bruit, de la confusion, de l'anonymat... dans l'entre-soi

Mais jusqu'à quand la Vizcachera gardera ce caractère retiré? A quoi aspirent-ils ?? Devenir un vrai quartier urbanisé ? Rester un havre de tranquillité, avec la proximité des possibilités et les "avantages" de Lima ?

Quelle rupture ?

« Ya me acostumbre »

« Ça y est, je me suis habitué ».

Ces quelques mots, si redondants semblent lourds de signification...

Implicitement « J'ai eu du mal. Mais je m'y suis fait. Et maintenant, j'ai décidé de continuer comme ça. Je suis adapté ici. Je n'ai plus besoin de retourner là-bas. C'est trop tard maintenant... ».

Cela veut dire l'adaptation, ou la résignation. Cela veut dire la rupture, ou la coupure... Le pas est fait. Pas de retour en arrière ? Ce n'est pas pour autant que la migration s'arrête en un lieu. Elle est en de multiples endroits, rien ne peut laisser prévoir d'autres pérégrinations, d'autres projets, rien ne coupe complètement avec le passé. Toujours une oscillation...

Incapacité de revenir en arrière, et même si les conditions de vie à Lima sont aussi dures ; subsiste l'espoir de réussir et d'accéder à toutes les possibilités. Cette foi en demain permet d'accepter les incertitudes d'aujourd'hui et à supporter le poids du quotidien.

Mais s'ils disent s'être habitués, "enfin", ou "déjà", n'est-ce pas aussi pour avoir goûté à un certain confort : gain matériel (argent), transport, variété de la nourriture, etc. ? Autant de choses dont on peut devenir quelque part "dépendant" ? La question se pose, même s'ils lamentent sur le fait qu'ici tout soit contaminé, et là-bas tout soit à portée de main (aliments...), et que leur lot est la pauvreté : on a "juste de quoi manger"

De la coupure. Désirée ou subie ?

DESIR de couper avec le passé, en renouvelant les appartenances ; d'intégrer le changement parce que c'est un choix. Désir d'être dans un ici et maintenant, désir pour demain. Désir de construire, de créer. Désir de ne plus revenir en arrière mais de "se réaliser" jusqu'au bout, d'assumer ses choix ? Hier appartient au passé, ils doivent y renoncer.

Pour aller de l'avant, ne faut-il pas mettre un pied dans l'inconnu?

SUBIR la rupture, la coupure parce que c'est trop loin, dans le temps, dans l'espace, dans les
liens, dans les sentiments... Parce qu'on n'a plus les moyens (matériel --pas de téléphone etc.,
ou humain) de garder le contact, ni d'argent pour y retourner ou pour envoyer quelque

chose137. Parce que là-bas, on n'a plus de considération ou de raison d'être, donc d'y

r retourner... Parce que l'on a dû tout changer pour survivre ici, alors plus de retour en arrière. De la souffrance, on en parle aussi. D'être loin, d'être parti.... Parce que l'on a renoncé, bon gré, mal gré.

Parfois, les gens disent qu'ils n'ont plus de lien avec "là-bas", mais lorsque arrive un proche à Lima « mon dernier frère vient d'arriver de là-bas », ils sont au courant. L'information passe toujours ; les liens et les réseaux, peut-être moins ostensibles, sont toujours là.

Du reste, dans l'"entre-soi" de la communauté, chacun sait d'où vient l'autre, même si cela ne s'énonce pas directement (jusqu'à le dissimuler), les gens semblent le dire à propos... Des moments de valorisation, ou son revers, selon qui, selon quoi. Tout semble fonction de l'interaction 1 Ardu, pour l'oeil non averti, de l'appréhender. Des identités versatiles ? La constitution d'une nouvelle appartenance implique nécessairement d'autres rapports entre les habitants, en vertu d'autres critères ?

Quel réel lien existe-t-il avec la terre des origines ? Comment le maintenir ou le recréer sur ce nouveau territoire de vie ?

*

Discours sur pauvreté

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"Ici, il y a beaucoup de pauvreté, d'enfants dénutris. On devrait faire un cornedor pour les petits enfants" Lila

Ces propos sur la pauvreté dépendent de la représentation que l'on s'en fait : on est pauvre, mais on peut sortir de sa condition, et il y a toujours plus pauvre que soi....On parle toujours de ces personnes, seules, avec des enfants et qui sont démunies de tout. Mais restent la solidarité, les liens et la communauté.

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H

Au Pérou on est pauvre, mais on l'est surtout à l'aune de la pauvreté du lien social, du réseau. La solidarité sert à pallier la pauvreté. C'est quand on est seul que la pauvreté devient souffrance et vous isole, le vide. Le lien est leur réelle richesse, absent de notre monde occidental. Ce ne sont pas les différentes aides de nos pays industrialisés qui couvriront les carences de l'isolement ; qui rétablira ce lien ?

Quelle transmission ? La mémoire par les enfants ou la transmission de la mémoire

« Comme qui dirait je connais mes origines 1 » Carine.

Comme enfants d'immigrés, et donc déjà liméniens, on peut se demander quel rapport ils entretiennent avec leurs origines et la culture qui lui est propre.

Leur famille ont évidement véhiculé des pratiques, bien que parfois refoulées par l'arrivée en ville, ainsi qu'un regard sur le lieu d'origine.

Pour certains, c'est un peu le lieu des vacances, où l'on vient profiter des beautés du lieu.
Certains n'y vont que pour les fêtes, de temps en temps ou régulièrement : ce sont elles qui

137 Les encomiendas : beaucoup envoient des colis à leur famille restée là-bas, ou, inversement, la communauté envoie à ses migrés les produits locaux... moyen d'entretenir ce que l'on aime là-bas, moyen de faire découvrir Lima... (on en reparlera plus loin)

maintiennent le lieu d'avec l'origine des parents, par des retours, ou tout simplement dans les lieux de retrouvailles des migrants du lieu d'origine.

C'est en me racontant le parcours et la vie de leurs parents que j'ai pu réaliser une certaine "transmission de la mémoire".

Cette transmission n'est parfois pas évidente ; la langue est en générale mise de côté, par exemple, le lieu d'origine reste "lointain" et le rapport avec les autres habitants "primo- arrivants" (ou "lère génération") marque cette différence.

« Le quechua...parfois, on dirait que c'est une honte »

Le cas du quechua est éloquent. Langue maternelle, elle est souvent parlée en parallèle avec l'espagnol. Rares sont ceux qui ne connaissent pas l'idiome d'origine latine. Il arrive de croiser quelques vieilles personnes, à Lima (dans a Sierra, il en est encore beaucoup), qui sont venues très tardivement, ramenées par leurs enfants. Souvent, elles ne parlent que très peu l'espagnol. Parmi les autres générations, les deux langues étaient souvent pratiquées dans le lieu d'origine. A Lima, les gens ne parlent quechua qu'avec leurs vieux parents, ou avec leur famille ou quelques paisanos. Il est très rare de les voir parler à leurs enfants dans ce langage vernaculaire, et on voit vite les quelques tentatives d'enseignement abandonnées.

Certains diront que le quechua leur donne un sentiment de honte, les stigmatise. On peut se dire qu'il cherche à ne pas rester "trop serranos" dans leur existence citadine... ! Il est vrai que ce n'est plus la langue du lieu de vie... Ne leur sert-elle plus à rien ?! Ne sont-ils pas fiers de cette langue qui est la leur, qui est si riche, comme ils aiment à le dire ? A contrario, on peut s'aventurer avec les gens avec quelques termes en quechua, ils en sont toujours ravis (bien qu'ils prétendent avoir un peu "oublié" !)

Pourtant --et bien qu'ils aient une vision parfois négative des autres "moins avancés"-- ils partagent avec les autres (migrants) bon nombre de pratiques. Celles de la cuisine sont les plus patentes. Le comedor semble jouer un rôle important dans cette rencontre culturelle qu'est la préparation de plats (pour certaines, qui ne viennent pas de la Sierra : c'est une façon de partager avec cette culture), ceci dit, les pratiques culinaires s'adaptent également à la ville et aux produits accessibles. D'autres pratiques, de type communautaire et une certaine forme d'organisation sont aussi partagées. Cela est peut-être dû à l'environnement dans lequel les familles ayant migrées ont vécu : des quartiers constitués en intégralité par les protagonistes !? Il en est sûrement bien d'autres et il serait intéressant d'approfondir la question.

La façon d'imposer son habitat m'a particulièrement attirée l'attention chez ces "2ème génération", dans le contexte liménien. Si l'on constate que les "invasions" (voir détail dans le chapitre qui lui est consacré) sont toujours d'actualité, beaucoup sont organisées et par les descendants d'immigrés qui récupèrent cette pratique, cherchant à s'émanciper du foyer familiali38 et à recréer leur propre lieu de vie (en général ce sont de grandes fratries : tous ne peuvent pas rester). Ils semblent donc adopter ce mode d'occupation de l'espace, de construction du lieu de vie en repartant depuis les bases et de conquête de la propriété. Paradigme à élucider....

138 ll faut quand même noter que les enfants restent longtemps dans le domicile familial et construisent souvent leur foyer en rajoutant un étage à la maison des parents. En effet, les maisons (en dur) ont toujours un aspect inachevé : elles sont toujours en attente du prochain étage... I.

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Dans le chapitre qui suit, concernant les rapports sociaux au sein de la communauté, j'aborderai les différences qui se ressentent à travers leur discours sur les autres. (Accent, éducation...)

Le melting pot d'origine, d'identité et de statuts sociaux...

Des disparités d'origine géographique, sociale ainsi que des parcours uniques viennent composer le peuple de la Vizcachera et façonner la vie du quartier. Par delà, une histoire commune en train de se créer, celle qui assoit l'appartenance dans le groupe.

Néanmoins, selon des moments d'arrivée distincts, différents noyaux tendent à se créer, s'agrégeant dans ce « nous » en construction... Des générations différentes s'y entrecroisent : des immigrés de longue date, des provinciaux récemment arrivés, des enfants de migrés, et même quelque « liméniens » (mais qu'est-ce qu'un liménien aujourd'hui ?). Et toujours, de nouveaux venus.

La Vizcachera est (presque) un quartier de Lima. Mais à la Vizcachera, on construit à côté. On s'intègre à la ville, tout en s'éloignant, on prend ses distances pour créer du soi, à l'intérieur d'un « nous ».

La Vizcachera est un prodigieux mélange, presque harmonieux...

Et pourtant, la Vizcachera est mise en porte-à-faux par de nombreuses réprimandes et querelles... On entend parler de traîtres, d'une association contre la communauté, de conflits à propos de terres. Comme spécifié précédemment, l'attachement à la terre et à la propriété (communale et/ou privée) est tangible, voir, indubitable...

*

Les espaces de la mémoire sont difficiles à sonder, ils se manifestent par des discours parfois flous (pour l'interlocuteur ?).

Au-delà des quelques difficultés mentionnées réside une réelle volonté d'identité. Mais qu'en est-il de l'esprit "campesino" ? Probablement se manifeste-t-il dans d'autres manières de faire... On n'est pas de Lima, mais on n'est plus de "là-bas". Au delà d'une assimilation ou acculturation dans la ville, ou au contraire d'une pâle reproduction de l'identité andine (catégorie qui n'a pas forcément beaucoup de sens non plus...), ne s'agirait-il pas plutôt d'une culture spécifique du migrant139, qui se développe et s'invente entre ces pôles. Celle-ci s'inscrit peut-être dans l'appartenance à la communauté, sous un autre visage, parce qu'elle conquiert un nouveau lieu... La conquête d'un espace matériel et social nouveau est le point de départ d'une nouvelle identité, que l'on va valoriser, malgré les vicissitudes de la vie à la Vizcachera. Serait-ce en un lieu de l'"entre-deux", où oscillent des aspirations multiples... ?

Arriver à la Vizcachera, signifie une autre arrivée, et aussi un nouveau départ. Qu'apporte la communauté à la constitution d'une nouvelle identité ? Une appartenance sans doute moins floue que dans l'immersion en ville, et qui permet la constitution de nouveaux rapports, malgré la versatilité des discours et des alliances ...

139Il est important de noter que ceux que j'appelle les "migrants" ne se disent pas eux même "migrants" ou "immigrés", d'ailleurs peu. de gens les appellent ainsi. Mais il est difficile de trouver un terme qui convienne, et par ce terme, je prends en compte tout le mouvement. Les gens de la ville utilisent des termes plutôt péjoratifs ou des périphrases (voir analyse de vocabulaire dans la partie suivante)

Ainsi, si la communauté est constituée d'une pluralité d'identités (réunies dans celle d'être migrant, ou en quête de lieu ?), il semble se créer une identité plus spécifique à la Vizcachera, Et ce, même si (et d'autant plus !?) elle est altérée par les conflits sous jacents... En effet, si le peuple de la Vizcachera vante son unité, les uns et les autres expriment les différends qui hantent leur quotidien, en raison de problèmes de terrain. Mais ces dissensions sont peut-être le lieu d'exaltation du "nous" et des enjeux propres à la terre et à la propriété.

Les rapports au territoire et à la propriété sont autant de manières d'appréhender l'adaptation en ville et les rapports qu'ils suscitent entre les gens, ainsi que les conflits d'appartenances qu'ils génèrent.

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"Le don sans la technique n'est qu'une maladie"