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La migration andine, rapport à la terre et conquête de la ville. Entre Huancavelica et la Vizcachera. De la Sierra à Lima.

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par Tiphaine POULAIN
Université Paris VII - Denis Diderot - Maitrise Ethnologie 2005
  

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De l'histoire de vie à la vie et ses histoires

AI La communauté : identité et appartenances

1/ De l'adaptation en ville : identité et appartenance.

L'arrivée à Lima, bien que facilitée par des réseaux fiables n'est évidemment pas si facile... Face aux préjugés défavorables des autres couches sociales (vis-à-vis de la façon d'être et de vivre des paysans et du monde andin), les migrants semblent développer des stratégies de comportement. Montrer ou dissimuler leur permet une meilleure intégration. Ils apparaissent alors sous différents visages selon l'interlocuteur et le contexte, et autant d'identités apparaissent dans leurs discours.

Les rapports sociaux dans la ville

On peut remarquer --je le ressens ainsi - qu'il existe des formes de ségrégation assez fortes vis à vis des "migrants", appelés péjorativement "cholos" ou "indios" (entre autre) par les classes supérieures. Entre eux, les gens utilisent souvent cette expression "el cholo cholea al otro140, (cholo n'est plus péjoratif s'il est dit dans l'"entre-soi" et même, beaucoup disent « nous les péruviens, on est tous des cholos ») qui veut finalement dire que les anciens migrés se sont appropriés un identité urbaine et "discriminent" le nouveau venu, celui qu'il a été à ses débuts. En réponse à cela, ils adoptent différents discours sur leurs origines, ceux-ci semblent passer par plusieurs phases.

Ternies pour qualifier et catégoriser les gens, avec toute la connotation affective ou dépréciative qu'ils peuvent revêtir.

Façons de dénomer

- serran, cholo, Jucha, indigenas, chuto / pituco, criollo, costereo...

- gente humilde, gente de pocos recursos, en la necesidad, gente de mal vivir... / gente de tener, gente decente....

"El Peur de iodas las sangres"- selon les "couleurs"

Achinado : aux traits asiatiques ou indigènes

Blanquinoso : péruvien (costeno-gens de la cote) qui parait européen.

Zambo descendant d'un noir avec une indienne ou inversement, ou personne avec des traits négroïde.

('huncho ternie dépréciatif qui s'utilise dans l'aire andine pour dénommer les Natifs d'Amazonie. (Dans les rites andins, c'est la personne ridicule qui représente l'indien d'Amazonie).

Etc....

140Chohl désigne l'individu d'origine indigène qui, par sa migration à la ville, pour son éducation ou son comportement social, cesse d'être considéré comme un « indio (indien) ». Cependant, pour les costetIos des couches supérieures, cholo devient dans son langage, synonyme de d' incita ». Par contre dans les secteurs populaires, cholo --et encore plus « cholito», le diminutif, devient un terme affectif. (d'après Arguedas)

C'est la rencontre d'une identité provinciale fortement ruralisée avec une culture urbaine moderne qui serait la configuration la plus caractéristique d'une « choledad », qui a changé la configuration de la ville du l'ail de cette migration devenue massive (la « cholification » de Lima). In Guillermo NUGENT, El laberinto de la choledad.

Des étapes d'"intégration"?

« Ils te marginalisent, ils te discriminent... On te dit "chola", "serran"... »

Être étranger. On peut se sentir méprisé, discriminé, exclu : ils n'ont pourtant suivi que l'exemple de ceux qui les ont précédés ! Ce sentiment de honte, de déconsidération ou d'exclusion, peut être compensé par les réseaux d'appartenances et de liens qui préexistent, et qui se construisent (et déconstruisent ?) au fur et à mesure. Dans un premier temps, ils sont donc dépendants de leurs « compatriotes » mais surtout des membres de leur famille, sur qui seuls, ils peuvent compter.... Ils échappent à cet isolement social et culturel en appartenant à un groupe, un territoire. Conquérir, construire de nouveaux liens, les difficultés sont toujours présentes, mais ils s'entraident et s'unissent Ils sont nouveaux mais nouveaux dans le quartier, dans la communauté d'appartenance et non plus dans la ville, impersonnelle.

Comment reprend-on à son compte les façons de faire, habitus, habitudes et codes qui y circulent... Comment les fait-on siens ? Se les approprier (tout en les adaptant..) paraît plus aisé pour une meilleure cohésion et la construction d'un sens commun

On entendra beaucoup dire à Lima qu'ils "se laissent contaminer" par la ville, par les autres, en dissimulant leurs origines et adoptant des comportements de pervertis --on parlera de « viveza141 »- de la ville (vision de l'"humble" paysan ?).

Mais comment rester soi tout en s'intégrant ? Faut-il adopter des stratégies pour conquérir une nouvelle place, en délaissant une partie de soi ? Il est nécessaire de donner un sens à l'univers qui nous entoure, mais surtout trouver son propre sens clans ce nouveau contexte.

Jusqu'à ce qu'un jour, on commence à "réussir", à avoir un chez soi. C'est peut-être aussi devenir quelqu'un, c'est aussi appartenir à un territoire, à un groupe ? Peut-être à cet instant disparaît la vergogne "des débuts", celle des migrants, grâce à la nouvelle cohésion. Après des moments d'errance, se cristallisent des appétences : acquisition d'un terrain pour la construction d'un habitat commun et le développement d'un espace de vie commun.

Ce qui semble être une sorte de recherche d'identité à travers la migration, ne se consolide-t- elle pas dans une volonté d'appartenance ? Celle-ci s'inscrit-elle dans le quartier, sorte de communauté dans la ville, et, en l'occurrence, communauté en tant que telle dans le cas de la Vizcachera ?

La communauté vers le « nous »

«Je suis d'ici, de tel quartier ».

Les origines ne sont pas prépondérantes. Dans le discours, on appartient à son quartier avant tout. On voit là une réelle volonté d'identification dans l'ici et maintenant, et d'affirmation dans l'appartenance à la communauté, le « nous » ; « nous, les comuneros » (membres de la communauté).

A la Vizcachera, les liens familiaux consolident les réseaux de circulation d'informations et d'entraide. S'ils semblent être à la base de l'adaptation, la communauté joue un rôle important pour souder les rapports entre les habitants et la construction du quotidien et peu à peu, du vécu commun. Faute d'exprimer ses origines par la parole, on le manifeste plus volontiers par ses manières de faire, notamment par l'organisation communautaire. Ce sont les anciennes

141 Comportement de profit de l'autre, de mesquinerie, caractéristique des gens de la côte. ("La viveza criolla")

pratiques qui implicitement se « reproduisent » tout en les adaptant au nouveau contexte spatial et social. Ne systématisons rien : il s'agit malgré tout de réinventer une organisation propre et de construire de nouveaux rapports.

Le quartier au pueblo, la communauté dans la ville

Les migrants (mais aussi les gens --enfants d'immigrés pour la plupart-, en quête de "casa propia" pour s'installer) semblent prêts à tout pour conquérir leur nouvel espace de vie, matérialisé par l'acquisition d'un terrain « à soi » et de leur propre chez eux, dans le but de « levcmtar » (dresser), plus tard une maison en matériau "noble". Pourtant, les terrains appartiennent réellement à la communauté (ils n'en sont que les usufruitiers), encore que, la communauté n'a qu'un certaine autonomie dessus : c'est la matrice qui en est "maître".

Aussi, ils semblent reprendre à leur compte l'identité d'un lieu -même lorsqu'ils ne l'ont pas "fondée" ou construit à la base, et l'appartenance communautaire, cohésion bien plus andine qu'urbaine.

Mais cette façon d'exister, dans un tel melting pot générationnel et régional, en un lieu de vie commun, n'est-elle pas devenue finalement, proprement liménienne ? (L'identité liménienne n'est pas tout à fait l'identité urbaine). S'interroger sur le sens de la communauté peut aussi nous éclairer sur le combat mené par les habitants pour défendre le territoire commun, et en deçà, son propre espace. La communauté est aussi un échafaudage de liens tiraillés par les personnalités...

Appartenir à la Vizcachera, c'est aussi asseoir son identité en un lieu, c'est passer de "pas grand-chose" à quelqu'un d'impliqué dans la grande ville142.

Vivre en communauté

II n'est pas vain de le répéter, la Vizcachera n'est plus la ville car des limites administratives l'ont jusqu'à présent déterminée ainsi (mais jusqu'à quand ? n'est-elle pas vouée à s'inscrire dans la ville, comme son voisin avec qui elle est étroitement liée --quartier de Campoy). Mais elle n'en est pas moins un quartier de la périphérie de Lima, réceptacle des migrants (en majorité) "du coin" en quête de lieu pour enfin s'établir. Avec cette différence : elle est régie par un système communal à proprement parler, tandis que les autres quartiers nouvellement constitués de Lima voient leurs terres gérées par le système urbain de la Côte143. Ils n'en fonctionnent pas moins comme des communautés, qui se fondent ensemble, travaillent pour un bien commun, luttent ensemble pour défendre leur territoire et conquérir leurs droits...

Les pratiques et l'organisation communautaires

C'est par la "possession" (droit d'usage) d'un terrain que l'on devient comunero (membre de la communauté). Celle-ci engage l'usufruitier à. participer à la vie de la collectivité.

142 Christophe Martin. Ibid.

143 Deux systèmes fonciers sur la Côte : celui des terres urbaines et celui des terres rurales (diffet eut de celui des

terres de la Sierra)

Il peut s'agir du travail communal : la faena, des tours de garde nocturnes : rondos vecinales (rondes vicinales), ou encore de la participation et du vote à l'assemblée directive (Junta directiva). Ces pratiques, d'origine communautaire et andine, se développent dans beaucoup de quartiers de Lima.

Elles permettent à la communauté de se souder et de construire ensemble un espace de vie qui, par leur seul travail au début, disposera du minimum d'installations. S'il faut se construire une maison soi-même, il faut aussi rendre habitable le quartier (autrement dit, les collines de terres et de pierres...). Néanmoins, l'électricité ne s'acquiert pas du jour au lendemain : la Vizcachera ne dispose de lumière électrique que depuis une dizaine d'années, et l'obtention de l'eau144 est encore un combat d'aujourd'hui. « Ça fait déjà dix ans que nous sommes sans eau », déplorait une dame (comme tant d'autres !) qui est là depuis autant d'années. Certains racontaient même qu'aux débuts, il fallait descendre à l'entrée pour aller chercher de l'eau.

· Lafaencii45

C'est le travail réalisé collectivement, par les habitants de la communauté pour une oeuvre qui profitera à l'ensemble de la communauté, ou du village, dans l'intérêt de tous et qui bien sûr, n'est pas rémunéré... C'est une pratique de la Sierra, peut-être un héritage des Incas, ou d'encore avant... On n'est pas obligé dans l'absolu d'y participer, mais si l'on est directement concerné, cela va de soi. Par exemple, si l'on habite dans la rue où les travaux vont être réalisés ; ou si l'on se sert de l'eau du canal qui va être nettoyé... En bref, dès que l'on se sent bénéficiaire (direct ou pas), on sent l'obligation sociale d'y participer.

A la Vizcachera (comme ailleurs), des faenas sont organisées pour réaliser les gros travaux du quartier. C'est ainsi que les gens ont rendu viable l'environnement : en dégageant les pierres et aplanissant le terrain pour faire une route, en frayant des accès pour que le marchand d'eau puisse passer dans le lotissement avec son camion... etc. Ce qui semble avoir été fait dernièrement, et dont les gens parlent, désespérés. Ils ont apporté un tank d'eau sur le sommet de la colline, en vue d'obtenir l'eau courante. Des canaux de distribution (et de tout à l'égout ?) ont été creusés (des tranchées longent toutes les rues !...) depuis déjà deux ans, et jusqu'à maintenant, pas une goutte d'eau, au plus grand découragement de tous, d'où la dérision de ceux qui ne participent pas aux travaux communautaires...

· L"activité"

Si un projet est onéreux, alors "une activité146" sera réalisée pour réunir des fonds... Les uns
et les autres se trouvent l'obligation sociale et la volonté de "collaborer", ou pas. Cela dépend

144 La ville aide parfois les quartiers à obtenir ces infrastructures, mais seulement au bout d'un certain nombre d'années, une fois la possession formalisée... En outre, la Vizcachera ne peut pas obtenir d'aide de Lima... c'est pour cela qu'elle a dû (pu ?) faire appel à l'aide extérieur : allemand et suédois semblent avoir collaboré pour le collège et le tank d'eau) -- N.B Ceci dit, l'allemand a la réputation d'être un sacré corrompu qui profite de ces actions pour « s'en mettre plein les poches »... )

145 En quechua de la zone centrale. "beim" se dit "vupanaco" du verbe « _vupanaku » qui veut dire « ayudarse uno al otro », c'est à dire, s'aider les uns les autres

146 Faire une activité » déjà explicité dans une autre partie : il s'agit de réaliser une fête oit Fon vendra un plat cuisiné (poulet, chicharron...)_ en y invitant tous ses réseaux et voisins. afin de réunir de l'argent pour une cause. Dans la Sierra, il s'agit souvent de "cuyadas". c'est-à-dire de préparation de cuv (cochon d'inde), animal de la sierra par excellence...Mais à Lima. bien que de nombreux habitants en élèvent dans leur maison et cour (oui, à la ville 1), leur nombre est trop limité...pour que cela devient aussi courant. (Le cuv est très connoté "serrano"...)

également du degré d'intérêt que l'on a, et aussi des relations entretenues avec les organisateurs et bénéficiaires... Cela peut-être pour un proche malade, une famille en deuil, mais aussi à dessein commun : des chicharronadas ont été réalisées dernièrement pour financer l'installation électrique d'une nouvelle partie du quartier (la partie où les gens vont être relogés le long du hueco). Ils préparent ensemble l'installation de la zone.

· Rondes vicinales / "lynchages"

« Les rondes vicinales, c'est à cause de ce problème d'invasion. Il y a eu celle-là et celle-là etc. Une fois, il avait des bombes, on respirait comme ça [elle me mime l'asphyxie], j'ai failli mourir ! C'était il y a 6 mois... Il faut être là, pour nous défendre... Qu'ils n'entrent plus !

La communauté se construit, mais elle se protège elle réalise des tours de garde, rondes de nuits, afin de se protéger contre les éventuels prédateurs et usurpateurs de terres, et aussi contre les délinquants... (Ces deux raisons expliquent la remise en route des rondes vicinales toutes les nuits)... C'est ainsi que la communauté se défend des éventuels "envahisseurs" (ceux qui viennent effectivement envahir leurs terres) et des drogués qui traîneraient là, la nuit. Tour à tour, 3 personnes d'un îlot vont faire des rondes pour surveiller le territoire. Cette pratique vient également de l'organisation communautaire usuelle dans la Sierra.

Le plus extrême, c'est la façon dont un délinquant est lynché ou renvoyé de la communauté, lorsqu'il est surpris à voler, ou à commettre un autre délit... Il semble que la Vizcachera traite également ces problèmes en s'en protégeant : « Et quand c'est le sifflet, tous nous allons attraper le voleur. Ils font ça aussi dans des lieux comme ça, des communautés... à Canto Grande, Puente Piedra ... [Quartiers de la périphérie de Lima] » (Vilma).

· Le comedor popular 147

La cantine populaire semble être le lieu d'organisation de la "communauté de femmes" par excellence. Non seulement, on y prépare les aliments communs, mais c'est aussi le moyen d'organiser des activités annexes. C'est aussi un lieu de grande sociabilité.

En revanche, cette pratique n'est pas si courante dans les Andes, elle existe certesiu, mais n'est pas le lot commun. La cuisine y est plutôt familiale. A Lima, les comedores populares pullulent dans tous ces quartiers. C'est qu'il a fallu communautariser la préparation de la nourriture pour pouvoir s'en sortir (manger est plus difficile à Lima que dans la Sierra où l'on a les produits de la chacra). Paradoxalement, on y cuisine des plats de la Sierra (adaptés aux aliments d'ici)! Les femmes mettent en oeuvre leurs savoirs culinaires du lieu d'origine. Cela semble faire cohésion dans tout le groupe, même pour les enfants d'immigrés qui connaissent cette alimentation, transmis par leurs parents.

Mais les pratiques communautaires ne s'arrêtent pas là, elles donnent sens au groupe sous différentes formes. Aux débuts de la communauté, une fête a été créée (j'imagine) : celle de la croix, à travers la chancheria. Les fîtes religieuses sont importantes dans les communautés (et parfois dans les quartiers) partout au Pérou. Elles sont toujours propres à un lieu.

La techa casa, safa casa149, ou techada, c'est à dire la "pose" du toit est un moment très important dans la sierra, accompagnée de festivités. Il marque une étape importante, le

147 Cantine populaire

148 Elle est appuyée financièrement par un le PRONAA, organisme de l'État.

149

safa casa, terme espagnol, "safar" c'est. comme "le terminé", soit terminer les finissions du toits. En quechua on dit "wasi qispi'

symbole du toit. Pour l'occasion, des proches viennent aider à la construction et participer aux festivités.

Même si je vais peut-être un peu loin dans mes interprétations, je voudrais soulever la question de savoir si l'on peut retrouver dans le vivre en communauté du cadre urbain, perturbé par la migration, certaines formes de services, de travail, en dehors de la faena, qui se réalisent entre deux ou trois personnes, comme l'ayni ou la minka. L'ayniI5° est un service rendu à une personne, qui en attend la réciprocité... Cela se passe généralement entre des personnes d'un même niveau social. Par exemple, quand quelqu'un apporte du sucre ou des fleurs pour une fête : c'est ayni ; le bénéficiaire devra faire la même offrande quand à son tour, il fera une activité. On peut penser que cela se fait lors des activités organisées par des gens de la communauté, car ils se sentent, ou pas l'obligation sociale (selon le lien) d'y aller, et de fait de « collaborer »... en ce sens !

Le minka est un service rémunéré ; on est employé pour un travail précis, et l'on perçoit un salaire. C'est plus généralement entre des gens de niveaux différents. Ce pourrait être le service que rend cette vieille voisine en lavant le linge et en recevant en échange quelques pécules. Ces pratiques peuvent se retrouver également lors des "techadas"...Mais à vrai dire : je n'en sais rien. J'émets l'hypothèse, puisque ce sont des rapports de réciprocités importants dans les communautés...

Ce serait des questions intéressantes à étudier afin de comprendre comment fonctionne le rapport entre les gens au-delà de la migration.

C'est donc dans l'espace communautaire que les migrants, d'une manière générale, semblent retrouver des pratiques bien connues de leur culture. La communauté d'origine n'a plus grand-chose à voir dans ce nouveau noyau en tant que culture locale, mais plutôt dans ses manières de s'organiser. C'est aussi ce nouveau rapport communautaire qui donne sens au nouvel univers commun et construit les relations entre les habitants.

La migration semble être un véritable enchevêtrement de la culture d'origine avec le nouveau cadre de vie, sous toutes ses manifestations, plus tacites, qu'ostentatoires... La volonté commune de reconstruire et de consolider de nouveaux liens y est fondamentale. Mais qu'en est-il des rapports ?

2/ Territoire et appartenances... les rapports entre les habitants

Le nouveau tissu social de la communauté

A l'intérieur de la Vizcachera (comme ailleurs !), diverses "sous appartenances" et différenciations sociales se laissent deviner. Entre "anciens" et "nouveaux", entre communauté et association (on le verra dans la partie suivante), ainsi que, selon les origines sociales des gens. Mais dans quelle mesure ?

150

Par exemple, deux personnes en aident une Sème - et ensuite. la Sème personne devra à son tour aider les 2 autres pour quelque chose de la même nature. Ou bien. les cadeaux de mariage ou les bandes et orchestres engagés. ils sont souvent fait sous la forme de awzi. ce qui fait que quand ceux qui ont donné la bande seront à leur tout "nuryordomos". ceux qui l'avait reçu devront la donner à leur tour.

JE

t.

n

il

Li

L

Il est perceptible que dans la Sierra, les rapports sociaux sont très hiérarchisés, même à l'intérieur d'une communauté. On dirait que les gens attestent de leur statut par ces rapports. Peut-être ne le conçoivent-ils pas ainsi, mais d'un regard extérieur, les positions sont bien marquées.

Par exemple dans la Sierra, les gens s'autodésignent comme « la gente decente » (les gens décents) par opposition aux autres, qualifiés comme la "gente humilde" --(les gens humbles), également par les gens de Lima (pour évoquer le côté "pauvre" économiquement et socialement --culturellement ?), qui diront aussi "les gens qui ont peu de ressources" (« gente de pocos recursos »), ou "dans la nécessité.", etc. Reste les "gens de mauvaise vie", qui sont les délinquants, mais selon les plus hautes sphères, il représente à peu près tout ce peuple des nouveaux districts (exagération ?). Aussi, les gens "décents" (désignation endogène) semblent respectés en tant que tel --c'est peut-être dans cette mesure que l'on petit parler de "hiérarchie' (cf tableau ci-dessus)

En dépit de cela, ils s'unissent dans la même lutte, parce qu'ils sont partie intégrante de la communauté.

Reste ceux qui n'ont rien, rien sur quoi s'appuyer pour se faire valoir, pour exister. Peut être à la ville peuvent-ils conquérir aussi un peu de statut. Peut-être que malgré un racisme assez consternant et la ségrégation inhérente --qui n'est pas, certes, exprimée en ces termes, mais se ressent dans la population citadine-, ils ont une chance Soit ils se perdent dans l'anonymat, soit ils y gagnent leur place... Alors ils peuvent tenter d'être, à l'image de leur aspiration. L'ascension sociale en ville est également un modèle de réussite.

L'exemple des églises évangéliques est intéressant : elles pullulent dans la ville, et d'autant plus dans ces quartiers (dans la Sierra également). Elles semblent être un nouveau "lieu" d'appartenance, un réseau de liens et donc de solidarité fortifiée Certains auteurs y voit une sorte de substitution à la "morale andine", comme un mode de vie andin idéal... Certes, c'est une communauté qui fonctionne, et qui se substitue à une appartenance de caractère communautaire (celle du village par exemple) mais je n'irais pas si loin dans le sens de leur interprétation... Simplement, comme un réseau et une appartenance forte, et une façon d'être considéré. A entendre Genobeba expliquant que les gens de réglise" appelait son mari "hermano" (frère), on peut se demander si ce n'est pas une façon d'égaliser les rapports, de se mettre tous au même niveau, on est tous "frères" et solidaires... contrecarrant les rapports de domination.

Mais, ne nous méprenons point : les apparences rappellent les positions : la couleur de peau, le style (tenue plus "relâchée"), l'accent (certains gardent un accent très andin), ou encore la façon de vivre...

E

Des rapports...

A la Vizcachera, comme ailleurs, la communauté ne dissout pas les rapports de domination qui peuvent exister, ou se constituer_ Mes propos vont peut-être un peu loin, mais si l'exceptionnelle solidarité entre les habitants et l'insatiable lutte qui l'accompagne surprennent agréablement, les différenciations sociales et la discrimination peuvent parfois être consternants.

On pourrait aller jusqu'à se demander si certaines distinctions se font, de manière plus implicite. Dans la sierra, on peut constater des différenciations importantes entre des gens qui habitent des zones (ou "étages") distinctes : particulièrement entre les gens venant des hauteurs (la "puna" --dans les 4000m d'altitude) et ceux de la vallée (étage "quechua"). Pour

illustrer, il m'a été conté que dans le village de Churcampa, un quartier s'est créé de toutes pièces pendant la période de terrorisme. Les gens des punas sont descendus se réfugier à Churcampa (parce qu'il y avait une base militaire). Ce quartier s'appelle normalement « Are° pampa» ("arc", et "surface plane") mais il est plus connu sous le nom de « chuto pata » (chuta Indio "indien"-- un nom connoté négativement qui est utilisé par les gens de l'étage quechua pour parler des gens de la puna, pata : petite altitude)

Celles-ci peuvent-elles encore se ressentir dans les rapports entre les gens de la nouvelle communauté ? Ont-ils des moyens de se distinguer en vertu de ces (anciens) rapports ? Ou cette distinction disparaît-elle avec les nouveaux noyaux d'appartenance qui valorisent chacun dans ce nouvel univers ?

On peut constater qu'a Lima, on parle des gens « du eerro » et « de l'invasion » (ils ont envahi le terrain sur lequel ils habitent) avec parfois un certain dédain. Ils sont presque des boucs émissaires, et reçoivent divers blâmes : d'envahisseurs et autres receveurs des maux dont on les accuse...

A la Vizcachera, on entend parler des gens des latéraux, ceux de la pampa et ceux des cerros. Sont-ce de simples localisations, comme des sous-divisions du quartier ? Ou y a-t-il là une reconnaissance de ceux qui, étant sur la pampa, sont là depuis le début, par opposition à ceux qui sont venus après et les ont quelque part « envahis » (sans que ce soit dans le cadre de ce mode d'accès au sol qu'est l'"invasion") ? « Los de arTiba y los de abajo... » (Ceux d'en haut et ceux d'en bas)...

Au-delà de l'appartenance à une province ou à un district d'origine commun, il existe des origines sociales qui influent probablement sur les rapports et activités. Néanmoins, les « professionnels » (gens qui ont fait des études et la profession qui leur correspond) semblent être assez rares à la Vizcachera.

C'est significatif dans le « laver du linge », faire laver le linge par quelqu'un d'autre par exemple. Une dame, d'une classe plus "professionnelle" (mais qui ne dénigre pas les autres dans ses discours et s'inclut dans une certaine pauvreté, même si elle la différencie- à raison, de celle, extrême, d'autres...) faisait laver son linge par sa voisine d'en face, « parce qu'elle avait mal au dos ».Elle l'assistait du début à la fin de la besogne... Sa voisine, évidemment n'était pas de la même classe (elle lui donnait des ordres --avec sympathie et respect) mais elles avaient l'air d'entretenir de bons rapports. Laver le linge des autres signifie dans les Andes, être au bas de l'échelle sociale. D'autres jeunes femmes s'en vont laver du linge dans divers quartiers de Lima, pour couvrir leurs besoins (la fille d'une dame le faisait pour « pouvoir acheter le lait pour son bébé »). Force est de constater qu'à la Vizcachera, peu nombreuses sont celles qui ne lavent pas leur linge elle même ! (voir chapitre « activités »)

Les enfants de migrés (parfois de fondateurs) et "liméniens"

Tous ne viennent pas directement de la sierra. D'une part, nombreux sont ceux qui ont vécu un certains temps à Lima avant de venir s'installer ici, et d'autre part certains sont des "deuxième génération" : autrement dit, des enfants d'immigrés --de parents de la Vizcachera pour certains_ Enfin, quelques personnes sont de Lima. Quoique, pas exactement, je n'en ai rencontré qu'une dans ce cas dont la famille vient de Chincha, sur la côte, au sud de Lima.

Ils semblent se distinguer des autres (qui viennent de la sierra), peut-être parce qu'ils ont un
certain niveau d'"éducation" (scolaire) alors que la majorité sont allés très peu à l'école. Ce

n'est pas en ces termes qu'ils l'expriment, mais plutôt dans la façon de remarquer les

ri "manques" et disparités.

Néanmoins, même s'ils se différencient (notamment sur l'éducation, le rapport au travail...),
ils partagent avec les autres une certaine façon de vivre, transmise par leurs parents, et
semblent pouvoir faire cohésion dans la communauté. Ils ne se séparent pas nécessairement

i. des autres, de la même manière qu'ils ne se groupent pas "entre eux", ils ne forment d'ailleurs pas une catégorie, c'est juste leur vision qui est particulière. Du reste, les uns et les autres ne se rangent pas forcément dans le même "camp", c'est donc davantage leurs expectatives --avec ou contre la communauté, qui les mettent en rapport avec les autres.

Parmi eux, certains sont des enfants d'antiguos ; ils ont vécu ici un certain temps, puis ils sont partis avec leurs parents habiter un autre quartier (Zarate ou Campoy). Ils y allaient toujours pour les cochons. Mais certains sont revenus, leurs parents jouissant d'un plus grand nombre de parcelles (en raison de leur statut de fondateurs), ils avaient donc la possibilité de s'y installer. D'autres enfants d'antiguos ont toujours vécu à la Vizeachera et jusqu'à présent, ne la quittent pas, s'étant installés en ménage.

D'autres enfants d'immigrés, sont venus s'installer, simplement parce qu'ils recherchaient eux aussi un terrain. Ils sont peu nombreux.

Aussi, ceux qui viennent de « Lima » parlent souvent avec compassion mais distance de la pauvreté des autres... Mais cette différenciation reste infime dans la cadre plus global de la communauté : ils s'incluent tous dans une certaine catégorie de « pauvreté » et les liens communautaires sont prégnants --pour ceux qui ne s'opposent pas à la communauté...

On parle facilement de ceux d'en dessous (les plaignant, mas pas de ceux qui discriminent ou dominent...)

« Ils ont des coutumes différentes. Leur éducation est différente, plus faible. Par exemple, "untelle", elle est différente... Il faut leur enseigner ...par exemple, ils ne peuvent pas aider [en parlant de sa belle famille] les enfants pour leurs devoirs. Il faudrait les aider eux : ils sont pires ! Par exemple mon mari, il ne peut pas enseigner... tu crois que ça pourrait être une maladie ?! Les gens d'ici ne peuvent pas aider leurs enfants... Rosa, une dame mariée à quelqu'un de la sierra, qui est ici avec toute sa famille. Elle a habité Lima et la côte sud...

« Ici, il y en a qui frappent leurs enfants. Parce qu'ils ont des manières de faire très différentes. Nos enfants sont très différents._ Vilma, fille d'immigré

« Les gens ont beaucoup d'enfants. Ils ne devraient pas...les études, c'est cher, ils ne vont pas pouvoir permettre à leurs enfants d'étudier...

L

H

j

« 1,es enfants des autres : ils sont sales... ils jouent toujours dans la rue. Ils disent des grossièretés... c'est pour ça que je ne veux pas que mes enfants sortent...

«Les gens de la Vizcachera... (avec un air désolé.._) il y a de tout. Certains n'aiment pas travailler. Ils ne veulent pas progresser. Ils sont habitués à ce qu'on leur donne. On ne peut rien faire avec ces gens-là... On lutte seul...

Elles [les femmes du comedor ?] sont soumises, elles ne te parlent pas... Juste pour parler mal. Alors qu'elles ne font rien ! Elles racontent par exemple : "j'ai entendu dire que mais au lieu de critiquer, il faut voir !! Parce qu'il y a beaucoup d'ignorance. Elles ne savent même pas écrire ...Il y a eu des ateliers : elles ny vont pas... Les mères n'aident pas...On a

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fait une pachamanca151, elles mangent et elles s'en vont...elles n'aident pas...juste par intérêt... elles ne veulent pas s'intégrer au travail ...Par exemple au comedor, il faut toujours tourner152... il y en a qui viennent juste récupérer à manger I C'est de la paresse ... les gens ne veulent pas progresser, ni apprendre, sinon, vivre dans la même pauvreté. Moi je voulais faire quelque chose pour couper les cheveux. Il n'y en a pas ici [de salon de coiffure]. Mais elles ne veulent pas faire ces choses là parce qu'ils faut investir beaucoup ... ! Une dame, fille d'immigrés. Elle ajoutera plus tard qu'elle aussi, est paresseuse... ! Ne nous alarmons pas : s'ils avouent ces défauts, c'est parce que ils souhaitent poursuivre et intensifier cette lutte qui fait partie intégrante de leur vie.

« Le système communal, c'est moche... Là-bas, c'est plus avancé, en progrès. Ici, ça manque. Ici c'est derent, la majorité, ils sont de la Sierra ». Vilma. Ses parents viennent du département de Cerro de Pasco et habitent Campoy

Ceux qui ne viennent pas de la Sierra, mais y ont leurs origines, ont une vision plutôt "négative" des autres, surtout en ce qui concerne leur niveau d'éducation (scolaire) et envers leurs enfants (comportement, mais aussi rigueur du suivi). D'ailleurs, les mères mettent souvent leurs enfants dans d'autres collèges, en dehors de la Vizcachera, parce que le niveau serait très mauvais153. C'est un sujet de conversation qui revient souvent. Reste la vision du progrès et du développement humain154, ainsi que le rapport au travail qui semble divergent : discours ou réalité ?!

On parle souvent de désunion, du manque de participation. Peut-être cela correspond-t-il plus au discours d'un vision idéale qu'à une réalité des faits. Par exemple, certaines se plaignent que seulement la moitié des femmes participent au comedor. Pourtant, ces unités, malgré quelques zizanies, semblent faire cohésion, à l'instar de la communauté... Le seul conflit qui m'a paru prépondérant et exacerbé n'est autre que celui lié aux terres... En effet, les petites discordes s'effaceraient presque devant la nécessité de s'unir dans une même quête et une même appartenance.

Les anciens/les nouveaux : fondateurs versus intégrés ?

« Il y a peu d'antiguos... Ils ne se mettent pas dans les affaires de la Directivasont à part... ce sont eux qui ont acheté dans les parties latérales, les nouveaux... Isabel

« Il y a plus de gens nouveaux, oui...avec le nouveau président... » Consuelo

« Nous les anciens, on a toujours travaillé. C'est nous qui avons .fait le plus de travail... Carine

« Entre antiguos, les enfants, on se connaît, on sait qui est qui...qui est... »

« Les gens arrivés récemment, ils ignorent...Ils [la communauté] abusent d'eux, en les
menaçant de les jeter s'ils ne les soutiennent pas.
Isabel A l'intérieur de la communauté, des
oppositions existent, véhémentes. Par exemple, celles vis-à-vis des nouveaux, qui ne cessent

151 Plat traditionnel de la Sierra, à base de patates. maïs, fèves, et différentes viandes...cuit sur des pierres chauffées et enseveli dans la terre, puis recouvert.

15: "Tourner" c'est-à-dire travailler de manière tour à tour. en tant que membre. et en parallèle aller y chercher sa nourriture.

153 Tout comme dans la Sierra, les gens disent que le niveau dans les villages est mauvais, ils vont donc vers les villes (cf. chapitre suivant sur la Sierra)

1'4 Une daine me disait : rt et un jour je me suis dit qu'il fallait que je trouve 2m terrain, sinon jamais je ne pourrais me développe »r,

d'arriver. C'est un peu comme si les autres --ceux qui ne sont pas "les nouveaux"- avaient tout construit dans la communauté pour la rendre meilleure et qu'il était facile pour les autres d'arriver maintenant...Alors qu'ils fassent à leur tour quelque chose ! C'est peut être aussi pour échapper aux tâches qui incombent aux comuneros, et ainsi impliquer (et se décharger !) les derniers arrivés... En outre, c'est probablement parce que la communauté s'élargit beaucoup, selon les désirs du président (qui ferait rentrer beaucoup de monde en vendant beaucoup de terrains.. 1), et que la cohésion entre tous est désormais plus difficile. Il est plus naturel de s'asseoir sur un fions commun lorsque l'on a un vécu commun...

D'autre part, les "anciens" revendiquent la légitimité de leur présence attestée depuis les débuts... En effet, parmi ceux qui désapprouvent d'une manière ou d'une autre ces "nouveaux", tous ne sont pas des "anciens" dans le sens de tous premiers habitants. Ceux-là revendiquent leur présence depuis un certain temps, et tout ce qu'ils ont construit ensemble, mais pas de la même façon que les fondateurs de la communauté.

Leur statut de pionniers semble leur conférer un certain rôle d'autorité et de prestige. Ce sont les fondateurs, les "natos criadores", c'est à dire les "éleveurs de plein droit" ou plutôt, "les gens qui sont d'ici de plein droit, comme éleveurs". Ils sont aussi les antiguos (anciens), les "vrais" ! De cette catégorie naît celle des "hijos comuneros", soit les enfants des anciens communautaires, possesseurs légitimes...

Les autres antiguos semblent être ceux qui sont là depuis très longtemps, mais pas lors de la fondation. Enfin, restent ceux qui sont là depuis un temps plus court, mais ne sont pas "nouveaux". Tous sont des "intégrés"... !

Autrement dit, il y aurait les fondateurs (natos criadores), et leurs enfants (hijos comuneros), les anciens (là depuis les débuts, mais pas le début), les nouveaux et ceux qui se situent entre les deux... Mais ces rapports ne sont pas exclusifs comme ceux qui opposent la communauté et 1' "association".

« Ça fait 9 ans que je suis ici, et c'est toujours pareil...Et il y a plus de monde : c'est pire... Quand il y a une réunion, les gens disent, "qu'ils y aillent, les nouveaux" ...On ne s'en mêle plus... on ne participe plus... » Rosa

Beaucoup prôneront que ce sont davantage les nouveaux qui participent. Les uns diront que c'est parce qu' « on leur met la pression » en tant que nouveaux, en les menaçant de reprendre leurs terres, par exemple. D'autres accuseront le manque d'union qui fait que les comuneros agissent à leur guise ...Bref, à la louange d'une communauté plus unie, se substituera une communauté en discorde Une multiplicité de nous » s'inclut et s'exclut....

3/ La communauté et les rapports sociauxt vers les conflits ....

Etre comunero donne accès à un ensemble de droits, mais contraint à un certain nombre de devoirs, qui n'en restent pas moins souples... Si la communauté sait adapter ses exigences (certaines personnes n'ont payé que la moitié des droits sur leur terrain, sans que leur dû leur soit réclamé, depuis de nombreuses années), les comuneros offrent leur participation selon leur situation, selon ce qu'ils jugent nécessaire : soit au regard des devoirs envers les uns et

les autres, soit selon leur prise de position dans les conflits de la communauté, ou encore à partir de leur jugement personnel.

Union/désunion

"Ici, c'est bien, es gente sana. Il y a beaucoup d'union entre voisins. C'est nous, le pueblo qui avons tout fait ensemble"-Lila

« Ici, c'est loin, mais c'est plus tranquille. On est tous unis...Mais là où j'étais, à El augustine, il y avait l'eau, l'électricité ...plus de choses ...plus d'aides...

"On est unis, solidaires, c'est ce qui est bien ici"... Puis l'on parle des tensions latentes où les groupes se déchirent...Est-ce pour donner d'abord une bonne image? Ou plutôt en souvenir du temps où la communauté faisait cohésion avant que le nombre ne s'accroisse et surtout, que des groupes entrent en conflits...?

"Il manque de l'union entre les comuneros" --Agusta. C'était au début, je ne savais pas encore qu'elle se référait aux conflits sous-jacents, elle ne les évoquait pas encore. Pas d'union, sans expliquer ces importants conflits, réels responsables de ce constat peu réjouissant. Une fois que je serais au courant de l'histoire, ce sera notre principal sujet...

« //y a beaucoup de désunion et de conflits._ » Participation / démission

«Ici, à la communauté, on participe ...aux "rondes vicinales", aux assemblées... Consuelo

« Il n'y agas d'appui de la population. Ils critiquent, ceux qui ne participent pas !! » Le président' .

« Sur 10 personnes, disons que 4 participent à la communauté, et six, non... Mais nous, nous collaborons... Par exemple, quand il y a des chicharronadas ». Isabel et son mari, tous deux enfants d'antiguos. Ils ne participent pas à la vie de la communauté, ou plutôt ils ne "l'appuient" pas (ne la soutiennent pas), montrant que nombreux sont ceux qui s'en sont écartés. Ils savent quand même être solidaires, en apportant leur soutien aux gens lorsqu'ils font des activités...

« Comme on ne participe pas à la communauté et qu'on est brouillé avec la Directiva, on a un compte à part pour la lumière. Eux [les gens de la communauté], ont eu une convention de 13 ans, payée. C'est pour ça que lorsqu'ils ont installé la lumière, elle est passée juste devant nous, et ils ne nous l'ont pas installée !! » Isabel - fille d'antiguos, dont les parents ont un rôle clé à l'intérieur de l'association.

Mors, une communauté pas si unie et harmonieuse... Mais quoi de plus naturel dans la vie commune ? Dans les Andes deux principes importent particulièrement --nous l'avons vu en partie avec les rapports communautaires (faenas, ayni .) et la défense de celle-ci (rondes, lynchages...)- ce sont ceux de réciprocité et justice (qui ne veut pas nécessairement dire harmonie ou équilibre....)

155 J'emploie tantôt "président" tantôt "dirigeant", il s'agit de la même personne_ celle qui est à la tête de l' "assemblée directive" de la communauté paysanne. Les gens emploient généralement les deux termes. peut-être davantage celui de président (plus propre à la commtmauté). Les autres quartiers de Lima ont eux aussi leur "dirigeant" (plus que président)

L'association contre la communauté

Ces quelques discordes n'empêchent pas de cohabiter à la Vizcachera, elles font partie des rapports de la vie. Ce qui est primordial, c'est ce terrible conflit entre la communauté campesina et "l'association". Il oppose la communauté dans sa globalité avec les autres, "ceux qui sont contre nous". Il y a "nous", les habitants de la Vizcachera, de la communauté et "eux", les perfides, les fourbes, les imposteurs, les traîtres... Certains les méprisent parce qu'ils trahissent la communauté, et donc, chacun des membres...

On entend toujours parler de "eux", parfois sous le terme "l'association156". Il s'agirait du groupe qui soutient l'entreprise ayant racheté les terres de la Vizcachera, en contrant le fonctionnement et les droits sur la terre de la communauté.

Rappelons que lorsque la loi de 1995 permettant aux terres agricoles et d'élevage (sur la côte157) d'être vendues158 -à condition qu'elles conservent cette même finalité -, a été votée, le dirigeant de l'époque a vendu l'ensemble des terres à une firme immobilière bien connue. Non seulement pour une somme dérisoire, mais de surcroît, il n'en avait pas le droit --en principe, les terres appartiennent à la matrice et ne peuvent être destinées à l'agriculture (d'après le dirigeant actuel).Les acquéreurs n'avaient pas un tel dessein (cela serait utopique !) et depuis la communauté est en procès avec l'entreprise, cette dernière étant vraisemblablement appuyée par l'association.

Ce conflit entame-t-il les efforts remarquables d'union pour une construction commune ? Après les éloges de l'union, on met l'accent sur son antonyme. Contradictions ? Cette ambivalence montre peut-être qu'à l'intérieur de la communauté, c'est à dire tout ceux qui sont en sa faveur --la majorité-, les habitants s'unissent pour lutter contre tous les problèmes qui forment les dissidences et les désaccords à la Vizcachera... Les autres rapports et sous appartenances semblent ne plus avoir d'importance devant la gravité de ce conflit, terreau d'une nouvelle lutte commune... Il s'agit de défendre ses terres face à l'usurpation et à. la privatisation indue.

La désunion : ce sont ces tensions, permanentes, ces jeux d'appartenances (dans ces conflits !)

L'union, c'est la construction commune, et c'est aujourd'hui la lutte commune.

Si certains ne participent plus guère à la vie de la communauté, c'est parce qu'il y a quelques petites tensions, des mécontentements... Mais c'est aussi qu'ils ne "s'identifient" (terme qu'ils emploient) plus avec la communauté, et ont reporté leurs attentes vers l'association.

Ou bien, ils se positionnent entre les deux, sans vraiment savoir sur quel pied danser, parfois sans l'affirmer clairement, les traîtres sont très mal vus... Se mettre en marge des activités de la communauté n'est pas la même chose que de s'y opposer.

Aussi la plus virulente confrontation semble opposer la communauté et l'association, sur le statut d'occupation des sols convoités. En d'autres termes, les rapports sociaux deviennent tributaires de la terre et des désirs de propriété (communale, privée...) Nombre de conversations tournent autour de ces problèmes : avancement du procès propre à ce litige,

156 Diminutif « association de viviencia (logement) »

157 La législation quant aux terres de la côte diffère de celle de la sierra.

158 Les terres appartenant aux communautés, donc de propriété communale, étant inaliénables, ne pouvaient être vendues jusqu'au décret de cette loi.

délits commis ou même attitude des uns et les autres. La participation des habitants aux activités de la communauté en pâtit. Tout semble devenir fonction de "qui est avec qui"... C'est ce que l'on peut constater à travers l'exemple de la fête de la Vizcachera.

Pachamanca plat traditionnel de la Sierra

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"L'imagination est plus importante que le savoir"   Albert Einstein